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04 juillet 2008

Mélanie est une coquine

Mélanie est heureuse.
Enfin.
Elle a récupéré son bol breton en faïence bleu et blanc avec Mélanie d’écrit.
Elle en rêvait depuis toute petite.

Elle va enfin pouvoir.
Boire son Nesquik dans son bol breton Mélanie.
Oui.
Mélanie, aujourd’hui, elle est heureuse.

Car elle n’aimait pas.
Boire son Nesquik dans un bol breton Jacqueline en faïence bleu et blanc.
Mélanie.
Et je ne parle pas du Viandox.
Il n’avait pas le même goût, le Nesquik.
Il n’avait pas le même goût non plus, le Viandox.
Dans un bol breton Jacqueline en faïence bleu et blanc.

Mais Mélanie, c’est avec Henri qu’elle aimerait partager son Nesquik.
Et son Viandox.
Quand elle l’a vu, elle aurait voulu lui offrir.
Un bol breton en faïence bleu et blanc avec Henri d’écrit.
Faut dire, il était élégant, Henri.
Courtois.
Gentil.
Poli.
Lui.

Et tout s’est passé comme ça.

Mélanie rentre de Saint-Malo.
Mélanie est heureuse.
Car.
Mélanie a son bol breton en faïence bleu et blanc avec Mélanie d’écrit.
Déjà.

Et puis.
Et puis Mélanie devait rentrer chez elle.
Installer son bol breton en faïence bleu et blanc avec Mélanie d’écrit.
Donc.
Mélanie prend le train.

Saint-Malo.
Paris.
Tout le monde descend.
Même vous mademoiselle Mélanie.
Oui, vous.
Vous et votre bol breton en faïence bleu et blanc Mélanie.
Allez. Hop.
On descend. Et plus vite.

Oui, car il faut se dépêcher.
Le train pour Orléans n’attendra pas.
Mélanie avec son bol breton en faïence bleu et blanc avec Mélanie d’écrit.

Alors Mélanie court.
Court.
Court.

Alors ils arrivent à gare d’Austerlitz.
Mélanie.
Et son bol breton en faïence bleu et blanc Mélanie.

Le train part dans vingt-trois secondes.
Mélanie court.
Mélanie a chaud.
Mélanie a très chaud.

Mais Mélanie est une coquine.
Oui.
Mélanie a oublié de prendre son billet.
Pas le temps.

Le train part dans seize secondes.

In extremis, ils réussissent à se faufiler dans un wagon.
Mélanie.
Et son bol breton en faïence bleu et blanc Mélanie.

Depuis deux secondes, le train est parti.
Avec eux.
Mélanie.
Son bol breton en faïence bleu et blanc Mélanie.
Sa chaleur ruisselante.
Sans lui.
Le billet.

Mais voilà.
C’était sans compter sur lui.
Henri.
Qui n’a pas de bol breton en faïence bleu et blanc Henri.

«
Et merde ! Encore une fois j’vais me faire avoir ! Vais encore tomber sur un gros connard. Mais il est beau ce con en plus !
- Je suis désolée, je n’ai pas eu le temps de prendre de billet !
Si je vous dis que vous êtes aussi beau que des escarpins Mark Jacobs, vous pouvez faire quelque chose ?

Bon, comment vais-je la gérer cette petite mignonne…
- Je sais, je vous ai vu courir.
Y’a peut-être moyen que j’me l’envoie vite fait entre deux wagons si je lui fais une faveur.
- Installez-vous dans le wagon 1ère classe, je vous en prie, il n’y a personne, nous vous y serez plus à l’aise.

Courtois en plus. Ou bien c’est parce que je pue trop d’avoir couru et qu’il ne veut pas que j’emmerde les autres passagers avec mes odeurs ??
- Merci beaucoup, vous êtes très gentil.
Quel sourire il a ! Et ces yeux!! Mazeeeeeette !!

Bon, comment s’y prendre alors…
- Ecoutez, ça va aller pour cette fois-ci. Mais gardez-le pour vous.
Bon, si elle ne me saute pas dessus direct après ça, je n’connais plus rien aux nanas. Celle de tout à l’heure m’avait déjà sauté dessus au bout d’une minute !!

Il est gentil en plus !!!
- Vous voulez dire que vous ne me verbalisez pas et que je peux rester ici, en 1ère ?
Il a de ces yeux !!! Waouh !!

Allez fonce mon gars c'est le moment!
- Oui, vous pouvez rester ici. Mais bon, maintenant, que nous sommes tranquilles, à l’aise, passons aux choses sérieuses si vous voulez bien…

Oula !! Mais c’est qu’il a l’air chaud bouillant du slip en plus ce petit !! Lui, à mon avis, il veut voir autre chose que mon bol breton en faïence bleu et blanc Mélanie.
- …
»


Non.
Mélanie est une coquine, oui.
Mais Henri n’est pas un coquin.
Je rectifie.
Mélanie est une coquine, parfois.

Et tout ne s’est pas passé comme cela.
En fin de compte.
Je suis mauvaise langue.

Henri, charmé, mais qui n’a pas de bol breton en faïence bleu et blanc Henri, lui a proposé de s’installer en 1ère.
Oui.
Et avec courtoisie.
Et surtout.
De ne pas la verbaliser.

Mélanie, charmée, a doublement accepté.

Et puis.
Et puis, Mélanie et Henri ont parlé.
Trois.
Quatre.
Voire cinq minutes.

Mélanie était rouge.
Henri était rouge.

Mais il s’est passé un drame.
Mélanie et Henri ont discuté.
Mélanie et Henri se sont plus.
Mais Henri n’a rien demandé à Mélanie.
Henri a oublié.
Et Mélanie n’a rien demandé à Henri.
Mélanie a oublié.

Leurs rougeurs l’ont emporté.
Ils se sont quittés.
Sur des tons de tomates siciliennes.

Mélanie est rentrée chez elle.
Mélanie a enfin pu boire.
Son Viandox dans un bol breton en faïence bleu et blanc Mélanie.

Mais Mélanie est triste.
Mélanie s’en veut.
De ne pas avoir osé demandé à Henri son numéro.

Alors Mélanie va s’en référer à une formidable entité pensante aux extraordinaires capacités.
Oui.
Nous nommerons cette entité M_x___.
Cette entité est d’ailleurs un exemple même de modestie.

Après un long entretien avec M_x___, Mélanie reprend espoir.
Un jour, de pouvoir offrir à Henri un bol breton en faïence bleu et blanc Henri.

Car Mélanie aura trouvé le moyen, un jour.
De recroiser Henri dans les couloirs du train Paris Orléans.
Sans que lui ne l’ait reconnue.
Une règle : l’assurance.
Courage à deux mains.
Vingt-deux de tension.
Cœur à la chamade.
Se diriger vers lui.
Bafouille interdite.
Péter un coup.
Une occasion.
Gorge serrée.
Lui reparler.
L’occasion.
Ou jamais.
On y croit.
Mélanie.
Allez.
Zou !

«
Pardon, excusez-moi, mais je suis embêtée.
J’ai rencontré il y a une quinzaine de jours un charmant contrôleur.
Nous avons discuté d’escarpins Mark Jacobs et de bol breton en faïence bleu et blanc.
J’ai beaucoup apprécié.
Mais troublée, j’ai oublié de lui demander son numéro.
Depuis, j’espérai le recroiser.

Dîtes, le connaîtriez-vous ?
»


Oui.
Mélanie est une coquine.
Un peu quand même.

05 novembre 2007

Défaite de Federer à Paris-Bercy

Rien.
Ils ne parlent plus.
Pourtant, il y a encore une dizaine de minutes, ils parlaient.
Normalement.
Et depuis, plus rien.

Lui, accoudé sur la tablette.
Yeux tournés vers le plafond.
Sa main tenant sa tête.
Perplexe.

Elle, songeuse.
Pensive.
Jambes croisées.
Tournée vers l’allée.
Main gauche sur le menton.
Main droite gardant soigneusement le Kleenex.

Elle, yeux rouges.
Nez pris. Artificiellement.
Deuxième Kleenex.

Il la regarde.
Yeux perdus.
Elle ne répond pas.
A son regard.
Et continue de tapoter sa cuisse gauche de sa main.
Elle penche sa tête.
Vers l’allée.
Vers moi.
Elle le boycotte.
Affreux.

Nous en sommes témoins tous les deux.
Mon stylo.
Et moi.

Il se tient la tête.
La baisse.
Face à elle, une place vide.
Elle la fixe.
L’envie-t-elle ?
Face à lui, un jeune homme lit l’Equipe.
Tout haut.
Il a raison. Oui.
S’il te plait, n’arrête pas de lire. Tu rajouterais du drame à la situation.
Tension.
Mal à l’aise.
Gêne.

Elle, bras croisés.
Lui, de sa main, prend la sienne.
Tentative.
D’une violente douceur, elle retire sa main.
Croise ses jambes.
Blottit sa main entre ses jambes.
A l’abri.
Se tourne de nouveau vers l’allée.
Pose sa main gauche contre sa joue.

Je ne les regarde pas.
Interdit.
Je ne perçois juste leurs mouvements.
Et devine.

Il se tourne vers l’Equipe.
De nouveau.
Et lit sans doute le gros titre sur la défaite de Federer à Paris-Bercy.
La vitre a désormais son attention.

Elle prend son livre sur la tablette.
Elle lit cinq minutes.
Tourne rapidement les pages.
Comme s’il s’agissait de leur histoire.
D’aujourd’hui.
Tourne rapidement les pages.
A la même allure qu’elle dégaine ses Kleenex.

Troisième Kleenex.

Le soleil se couche.
Les nuages passent du gris au rose.
Ses yeux se ferment.
Ils passent du bleu au rouge.

Rien.
Ils ne parlent pas.
Seul s’exprime le silence.
Ce silence.
Si pesant.
Silence.
Confusion des pensées.
Dans la tête.
«
T’es qu’un con.
T’es qu’une conne.
Parle moi.
Parle moi.
Regarde moi.
Regarde moi.
Comprends-moi idiot.
Comprends-moi idiote.
Il m’énerve.
Elle m’énerve.
Pour combien de temps ?
Pour combien de temps ?
Chartres. Il va débloquer un mot.
Chartres. Elle va débloquer un mot.
Allez, un effort !
Allez, un effort !
»
Doucement. Moins fort.
Je n’entends plus ce que j’écris !

Rien.
Ils ne parlent pas.
Toujours pas.
Quatrième Kleenex.
Elle n’est pas enrhumée.
Ses larmes s’échappent de son nez.
Funèbre cérémonie.

Chartres.

Elle se lève.
Prend son sac et part.
Je la regarde.
Elle part précipitamment.
Yeux rougis.

Lentement, il se lève.
Attrape son sac.
Je ne le regarde pas.
Tension palpable.
Il sort.
Lentement.

 

C'était vendredi soir.
Dans le TER.

Je raconte cela.
Mais parfois, il m'est arrivé d'être aussi bavard.