Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

17 avril 2009

L'image du vendredi (3)

 

IMG_2228.JPG


Tibet.
C’est mon premier voyage en solitaire.
Une sorte de défi.
Oui, quand on grandit, on a envie de se prouver plein de choses.
Bref.
Un souvenir exceptionnel.

Ce jour-là, nous arrivons au camp de base de l’Everest avec deux néerlandais et deux israëliennes.
On est 5200m.
La dernière ligne droite est une petite colline à gravir.
Mais l’altitude nous jouera des tours.
Au final, une vue exceptionnel sur l’Everest, avec au premier plan les drapeaux de prières.
Comme si nous étions dans la vallée de Chamonix avec le Mont-Blanc au dessus : aussi proche, nous croyons pouvoir le toucher.


Le même soir, il y aura une anecdote, mais un peu gore…



29 mai 2008

Bouche bée

Jamais j’aurais pu m’attendre à une telle chose.
La probabilité était nulle.
Donc, non probable.
Et pourtant.


Je remonte dans le temps.
8 octobre 2005.
Je suis au Tibet.

Au monastère de Samyé.
En haut de ma colline.
Avec mon sage.
Celui-ci.
Un de mes plus beaux souvenirs.


27 mars 2008.
Je suis à Paris.

A écrire cette note.
Dont ça :
«
Alors il s'est approché de moi.
S'est accroupi.
Et s'est assis.
A mes côtés.
Les pieds ballants dans le vide.
Aussi.
»

Je n’avais pas joint d’illustration de cette scène pour la note.
Lui, je ne l’avais pas en photo.
Lui, je ne voulais pas le mettre dans la boîte.
J’avais bien pris une photo du monastère, du haut de cette colline.
Mais.
Mais elle n’aurait pas été en adéquation avec le texte.
J’avais préféré décrire.


Je remonte encore dans le temps.
7 octobre 2005.
Je suis au Tibet.

Ou plutôt, je suis en train de dîner dans une salle faisant office de restaurant du monastère de Samyé.
Nous sommes cinq.
Cinq touristes.
J’ai rejoint quatre trois japonais à leur table, m’invitant à boire de la « Lhasa beer, the beer of the roof of the world ».
Et à manger des yacks burgers.
Je m’en souviens.

Cinq touristes.
Dont elle.
Seule à sa table.
En train de dîner.
En train de lire.
En train d’écrire.
C’est une jeune et belle asiatique, brune aux cheveux longs.
Elle nous regardera.
Nous sourira.
Mais ne se joindra pas à nous.
Elle semblait Sage.
Je m’en souviens.


17 mai 2008.
L'escapade de mai.
Je suis en Jordanie.

Dans une auberge.
J’arrive de Paris.
Je pose mes sacs.
Demande un lit en dortoir.
Monte mon sac dans le dortoir.
Mange un carambar.
Redescends dans le salon.
Lis la blague carambar.
Salue les différentes nationalités présentes.
Une australienne.
Un néerlandais.
Un allemand.
Un irlandais.
Et un Maxime.

Je leur parle de ma passion pour les carambars.
Et malabars.
Et puis.

Et puis, je vois une pile de livre dans une bibliothèque.
Me lève.
Vais la voir.
Il y a le Lonely Planet en anglais sur la Jordanie.
Il y a le Rough Guide de la Jordanie.
Un autre Lonely Planet sur Israël.
Et en dessous, il y avait l’improbable…

Le Guestbook de l’auberge.
Mais avec une illustration sur la couverture.
Et quelle illustration !
Une photo.

D’une asiatique.
De dos.
Prise en photo.
Du petit muret de la colline de mon Sage.
Avec vue sur le monastère de Samyé.

 

2129580706.JPG
Dans la note "Mon Sage", nous étions tous les deux, assis, ici.


Pourrait-ce être l’asiatique que j’avais croisé ce 7 octobre 2005 dans la salle de restaurant du monastère ?
J’aimerai.
Pourquoi retrouvai-je la photo d’un des sites qui m’avait le plus marqué, ici, dans cette auberge Jordanienne, à Amman, un soir de mai 2008 ?

Je pourrais être niais et naïf en affirmant que c’est mon Sage qui me l’a replacée sur mon chemin ce soir-là.
Mais non.
Je ne serai pas affirmatif.
Je continuerai de trouver cela fabuleux.
Laisser une part de hasard…
…ou pas.


Y’a pas à dire.
La vie est bien faite.
Les voyages sont merveilleux et restent le meilleur investissement.
A court.
Et à long terme.
Car sont immatériels.
On investit.
Pour le personnel.

Profitons-en.
Tant que possible.

27 mars 2008

Mon Sage

A la base, ce n'était pas pour ça que j'y suis allé.
Pas pour le voir lui.
Ni eux spécialement.
Pourquoi y être allé? Ca, c'est une autre histoire.

Mais lui, il faisait partie du voyage.
Lui, il fait partie des souvenir qui m'ont le plus marqué.

Je me souviens.
C'était durant ma dernière semaine.
C'était le 8 octobre 2005.
La veille, j'étais déjà arrivé au monastère.
Nous n'étions que très peu.
Quelques pèlerins tibétains et trois japonais.

Non loin de ce monastère isolé entre le Brahmapoutre et des hauts sommets, quelques dunes étaient présentes sur une petite étendue.
J'avais trouvé ça extraordinaire, improbable : être à 4500 et pouvoir courir, se rouler dans des dunes.
Ce que je fis.
Mais pendant que je jouais avec ce sable asiatique, je vis une colline.
Une colline à taille humaine: c'est à dire que l'ascension pouvait être maîtrisable même par un fumeur.
Qui plus est, je me disais qu'une fois tout là-haut, je pourrais avoir une très jolie vue, me poser quelques heures et dessiner.

Mais ce fut dur.
Très dur.
De devoir se séparer des dunes.
Alors je me suis attaqué à cette colline.
Difficilement.
Ascension ponctuée de pauses clopes, de souffle court.
Plus haute que prévu.
Plus haute vue du pied.
Je mettrai bien trois quarts d'heure avant d'atteindre le sommet.
Plus je monte, plus je me rends compte que tout en haut il doit y avoir un petite cahute.
Oui.
Une cahute de pierres décorée de drapeaux de prières, colorée est bien là.
Un instant, je pense au mythe de l'ermite tibétain qui pourrait vivre ici seul en reclus.
L'image même du Sage tibétain que nous, occidentaux, avons en tête.

Car pourtant.
Là bas, le mythe du vieux Sage, moine, spirituel, que nous imaginons, n'existe pas.
Ou plutôt si, il existe.
Mais se cache.
Ne se montre pas à tous les coins de rue.
Au contraire, parfois on croise de jeunes moinillons.
Mais ceux-là n'ont rien de ré-incarnés.
Ou plutôt si.
Des ré-incarnés de nos jeunes branlicots boutonneux à mobylettes de nos campagnes.
Voilà. ce sont les mêmes.
Rien de Sages.
Le Sage bouddhiste, lamaïste au regard transperçant, au sourire rassurant de l'expérience, n'existe que dans les esprits des plus rêveurs.

Alors ce mythe, un instant, en m'approchant enfin de la cahute au sommet de la colline, quand même, j'y pense.
Rêveur je resterai.
Je sais.

Je m'approche.
Fais le tour.
Remarque le panorama sur le monastère 400m au dessous de moi. Là. Abrupte. Impressionnant.
Et puis.
Et puis j'entends soudainement un bruit de clochettes.
Le bruit provient de la cahute.
Je m'approche.
Limite tends l'oreille contre la porte.
Avant que celles-ci ne s'ouvrent.
La porte.
Et l'oreille.

Je me recule.
Il s'avance.
Je lui souris.
Il me dévisage.
De sa main gauche il donne un coup de clochettes.
Il me sourit.
Je lui souris.
Toujours.
De sa main droite, il me tend un paquet de biscuits.
Je lui souris.
Il me sourit.

Son visage est marqué.
Par le soleil.
Par l'altitude.
Sa peau est mate.
Sa barbe blanche est fine, courte et peu dense.
Il avoisine les soixante dix ans.
Son regard est... transperçant.

Ding ding.
Font ses clochettes.
Et il part faire le tour de la cahute.
Je le regarde faire son rituel, avant d'aller rejoindre le bord de la montagne à quelques mètres et me poser avec vue sur l'ensemble du monastère.

Ding ding.
J'entends toujours les clochettes faire le tour de la cahute.
Et puis plus rien.
Ayant sorti mon matériel à dessin, je me retourne.
Mon Sage s'était arrêté.
Il me regardait.
Il me souriait.
Avec son biscuit dans la main droite.
Je lui ai souri.

Alors il s'est approché de moi.
S'est accroupi.
Et s'est assis.
A mes côtés.
Les pieds ballants dans le vide.
Aussi.

Il a le sourire de l'enfant.
Il a le regard du Sage.
Il a son biscuit dans une main.
Et maintenant mon lecteur MP3 dans l'autre.
Et c'est comme ça, qu'un jour d'octobre 2005, un Sage tibétain a découvert le Concerto pour clarinette de Mozart.

Ding ding.
Je suis resté tout l'après-midi là-haut. Sans crème, ma joue gauche s'en souvient encore.
Je suis resté avec lui.
Assis l'un à côté de l'autre, à contempler la vallée, dessiner ou grignoter pendant deux heures.
Et jamais, à aucun moment, nous n'avons parlé.
Je lui montrais mes carnets et dessins, il me montrait ses livres de prières.
Je lui faisais écouter ma musique, il me partageais ses biscuits secs aussi durs que du pain congelé.
Je lui souriais, il me souriait.
Il me souriait, je lui souriais.

Je me souviens.
Il était beau.
Et je l'avais devant moi.
Lui.
Le fameux Sage tibétain aux rides finement taillées par le travail de la méditation.

Alors forcément.
Je n'ai jamais osé le prendre en photo.
Pas eu envie d'enfermer dans une boîte ce moment si particulier. Fort.
Et je l'ai toujours en tête.
Je le revois me proposer ses biscuits.
Je le revois s'émerveiller devant les écouteurs de mon MP3.
Je le revois me montrer ses clochettes et ses livres de prières.
Je le vois sourire.
Toujours.

Et bien souvent après, j'ai pensé à lui.
Et encore bien après, je pense à lui.

Et encore plus aujourd'hui.


12 février 2008

1er jour, Tibet 2005

Mon souvenir le plus fort.
Là-bas, je passerai d'abord 5 jours en Chine, via Canton et Chengdu (petit bled de 12 millions d'habitants, fief du Panda) avant d'arriver à Lhassa, le temps de constituer un faux pseudo groupe pour pouvoir entrer au Tibet, car le voyageur solo ne peut "légalement" entrer seul.




Samedi 17 septembre, 1er jour.

Me voici ici, aux côtés de cette grande baie vitrée, éclaboussée de lumière du soleil parisien. Me voici ici en train de noter ces premiers mots, point de départ de tant d’autres qui suivront… Me voici ici, observant cette personne dans le reflet de la vitre. Cette personne, c’est bien moi. Je me regarde, ici, dans cette salle d’embarquement C90, Terminal 2C, dans l’attente d’embarquer pour le vol qui me mènera à Canton.
Ça y est, le rêve commence, le rêve est en train de se réaliser.

Enfin, je me suis posé pour commencer à écrire dans ce carnet.
Enfin, ce moment où je suis tranquille à pouvoir noter, écrire sereinement sans gêne aucune, enfin, ce moment est arrivé.

Tout est allé si vite ces derniers temps, au point que je n’ai même pas pu me préparer psychologiquement à ce voyage ces quinze derniers jours.
J’aime tant cette phase de préparation, de montée d’adrénaline comme j’ai pu avoir avant de partir cette année au Maroc, cette phase si singulière de préparation à la découverte de nouveaux horizons gégraphiques et d’intérieur; de voyage à travers le monde et à travers soi. Pour ce voyage au Tibet, je ne pars pas seul, je m’emmène.
Je ne sais pas si je me sens prêt ou pas; tout ce que je sais, c’est que je suis bien, vraiment très serein.

En arrivant à l’aéroport, j’entrai directement dans ce hall de départ, avec toutes les destinations qui font rêver, qui invitent au voyage: Miami, Los Angeles, Washington, Pékin, Pnomh Penh… et Canton.
Je ne réalise pas ou pas encore, je suis toujours dans cette atmosphère de départ, où l’excitation commence peu à peu à se faire sentir. Je pense que je commencerai mieux à réaliser une fois arrivé à Canton, à la descente de l’avion. Là, oui, l’aventure commencera, ce sera un autre monde.
Peut-être aussi tout simplement que mon état d’esprit d’avant décollage était d’une sérénité à toute épreuve? Je ne sais pas, les heures passant me le diront.

Ces quinze derniers jours auront été d’un speed comme jamais je n’avais atteint; cette échéance « postale » du 15 septembre mobilisant toute mon attention, ma concentration, et surtout tout mon stress…
Ce voyage au lendemain de ce rendez-vous arrive à point nommé. La détente, le repos, le repos de l’esprit.

Hier soir, le sac a été bouclé, les carambars ont été bien cachés, les bancos ont bien tous été grattés. Derniers coups de fils à la famille - si important - les parents, Aurélien et Katia. Avec Seb, on se sera croisé, échangeant les messages. J’avais réservé mon dernier « au-revoir » en salle d’embarquement, face à cette baie vitrée donnant sur le monde, à Tif, la personne qui m’avait le plus marqué.

Salle d’embarquement, quelques minutes avant l’embarquement, des visages qui me seront familiers durant ces quatre semaines se multiplient. Oui, c’est bien en Chine que je vais, et c’est bien un vol chinois que je vais prendre.
Une dernière cigarette s’impose, dans une toute petite salle spécialement dédiée; ici, que des chinois. Je ne me sens déjà plus en France: les paquets de cigarettes jetés étant un florilège des destinations possibles et inimaginables!

11h30.
L’embarquement peut commencer. Je ne ressens absolument rien, ou ne me rends compte toujours de rien. Je reste très zen, imperturbable, sans stress, mais avec le sentiment d’être « bien », tranquille… Bref, toujours cette impression de sérénité… Que c’est agréable!

J’embarque donc dans un Boeing 777 de la compagnie China Southern Airlines (partenaire de SkyTeam s’il vous plaît) et suis accueilli par des hôtesses chinoises au grand sourire et à grande beauté. Je sens que c’est un vol qui va se passer sous les meilleurs hospices…
Séance de remplissage de papiers en tout genre; papiers sur les maladies, services de l’immigration, et déjà, même si c’est en anglais, je ne comprends pas tout, et le steward ne me comprend pas non plus… Tant pis.
En tous cas, c’est grande classe: téléviseurs incorporés aux sièges, avec la cartographie du chemin parcouru! Rien de mieux pour un géographe!

Je me retrouve tout au fond, avec mon ami le hublot; vraiment l’endroit idéal pour écrire et à laisser aller ses pensées, aux côtés d’une jeune chinoise toute gentille, toute timide et mignonne comme tout.
Le vol durera onze heures, le décalage est de plus six heures; donc, en étant parti à 12h30, j’arriverai à Canton à minuit heure française, et 6h le dimanche matin heure locale.
La théorie est donc simple: pendant quatre semaines, je vais vieillir de six heures supplémentaires que si j’étais resté en France. Mais c’est un peu con ce que je raconte, puisque ces six heures, je les rattraperai au retour en fait.
Par contre, ce qui est sûr, c’est qu’à ce moment là actuellement, à 16h heure française, nous rattrapons le temps… au dessus de la Russie, le soleil commence à se coucher. La lumière sur les nuages est de plus en plus splendide; les nuages, ces « nounours » qui rosissent à vue d’œil, puis violacent avant que nous ne rentrions dans une pénombre qui se fait de plus en plus imposante.
Il n’est que 17h, et il fait déjà noir… Nous sommes frappés en direct par le décalage qui se matérialise sous nos yeux où se trouve en ce moment l’Asie centrale, la grande étendue russe, l’immensité russe.
Bizarrement, de nombreux feux sont allumés en lisière de ce que l’on pourrait appeler des bois.
Je ne sais pas si je dois essayer de dormir ou pas, en sachant que je ne réussirai absolument pas à m’endormir.
Le temps… on en revient toujours au même point: le temps… le temps passe, et d’ailleurs ce soir, en fin plutôt aujourd’hui, ou demain, quand serons-nous dimanche? Quand devrai-je inscrire « Dimanche 18 septembre, 2ème jour »? Quand? Je ne sais, mais c’est pas bien grave, la terre ne va pas s’écrouler, ou bien disons que le second jour démarrera au moment du vol Canton-Chengdu. Voilà, ça y est, c’est acté.

La question qui me trotte en ce moment, c’est la question de la prochaine cigarette… Oui, c’est triste, mais c’est comme ça, alors que n’en sommes encore qu’à la moitié du vol… Oui, je trouve qu’on manque d’occupation dans les avions!
Je me rends compte qu’un des plus gros malheurs (en dehors bien sûr d’oublier les carnets de voyage, ça, c’est hors catégorie!) aurait été d’oublier le lecteur MP3 qui lui est rempli de 900 Mo de musique… quel bonheur!
Sans musique, je pense que ça aurait été dramatique, difficile, très difficile, tout le temps plongé dans un silence qui aurait parfois pu être difficile à supporter.

19h heure française, 1h du matin heure locale.
Ça y est, je viens de dépasser le point d’éloignement maximum que j’avais pu faire jusqu’à aujourd’hui. Je n’ai jamais été aussi loin dans le monde.
Nous empruntons maintenant, ou suivons plutôt, la route de la soie, survolons les pays en « Istan » … ces pays qu’a traversé seule Dominique Verot, seule à vélo après s’être séparée de son compagnon et amant durant trois mois! Quel courage, quel exemple!
C’est cet exemple qui me conduit ici, enfin là bas pour quatre semaines. Ce n’est absolument rien comparé aux deux compères qui sont partis durant treize mois, mais le bonheur n’est pas de comparer, et chacun à son rythme le vit et doit le vivre de la manière dont il le souhaite.
Oui, ce récit de voyage est à la base, source de ce voyage au Tibet.

La fatigue est soudainement arrivée, mais il aura été très difficile d’enchaîner plus d’un quart d’heure continu de sommeil…
Nous ne sommes plus qu’à 45 minutes de Canton, les yeux sont tirés.
Nous avons survolé Chengdu, et dans quelques heures, je ferai le chemin inverse.
Voilà, nous allons nous poser dans cinq minutes, mais je sais déjà que ce pays va me plaire, une intuition soudaine…
Il fait encore noir, mais je sais que le sol asiatique n’est plus qu’à quelques minutes, j’ai hâte d’y poser les pieds!

Je suis aux portes d’une nouvelle culture et civilisation.




Peu après, en arrivant à Chengdu, la sérenité a laissé place au stress. N'avoir aucune monnaie locale n'a pas aidé pour le 2ème jour... Et le 3ème, après avoir réussi à changer ses euros, énorme coup de boost. C'est dingue comment
le fait de se retrouver avec le salaire annuel d'un chinois en poche a évacué direct toutes les angoisses. Anormal pour un non-matérialiste... mais bon, là, c'était obligatoire.

La suite fut un vrai rêve, tout simplement incroyable;
A rencontrer des personnes plus marquantes les unes que les autres.
Des paysages synonymes de gorge serrée.
Des lacs sacrés plus hauts que notre Mont Blanc.
Un Everest qui nous sublime quand on le distingue pour la première fois au loin.
Des nuages si bas qu'on les attraperait pour mettre dans notre besace.
Du thé au beurre de yack au goût si singulier.
Les contrastes des couleurs de l'automne sur fond d'un décor de carte postale.

Jamais eu autant de boules dans la gorge en si peu de temps.
Rien qu'à contempler.

Là bas, un maître mot: "Enjoy!".




f09f6613cf40e2d482196f157c523a10.jpg
L'Everest, du monastère de Rongbuk
cf24d7c8b9ebfb368207e7b57c1d66e0.jpg
Le palais du Potala, à Lhassa
2632a9f6a88f3c3d76a8a3f3484571f6.jpg
Toujours plus près des nuages, d'un plateau à 5100
3e63f82c1450a40f4ea0a6ba7bc75151.jpg
Un futur "Yack burger"
f861592d736da9f0cc0dddb5d73df290.jpg

06 août 2007

Ca, j'aime

Alors ça, c’était vraiment un grand moment.
Remarque, y’en a eu un autre aussi.
Parfois, le monde est si petit !
J’ai entendu dire qu’il existait un inconscient collectif qui incitait certaines personnes à se croiser.
Ah, me souviens d’un autre maintenant.
Ca fait trois là.

Par lequel commencer ?
Mais avec recul, aucune de ces rencontres n’a été significative.
Si. Juste de réfléchir à propos de ce hasard.
Recommencer et recommencer.
Du coup, aujourd’hui, on en cherche encore la raison.
Quelqu’un m’a dit un jour que ces hasards étaient provoqués par une vie antérieure commune.
Peut-être.
Ce quelqu’un, je ne l’ai jamais revu d’ailleurs. C’était un illuminé.
Peut-être l’avais-je croisé dans une vie antérieure. Va savoir.

La première remonte à quelques mois.
On était vendredi soir. Il devait être 19h58.
Oui, je m’en souviens. J’ai retrouvé le billet sept jours plus tard dans la poche arrière de mon jean qui sortait froissé de la machine à laver.
Je quittai Paris pour rejoindre le pays des rillettes.
Le TGV devait continuer jusqu’à la capitale bretonne.

Ah, maintenant, je me souviens d’une quatrième fois.
Comme quoi, le pouvoir de l’écriture.

Je monte dans la voiture, m’installe à ma place. Une place à quatre.
Ces places à quatre, parfois je les aime. D’autres fois, moins.
Ce soir-là, face à moi, une mère et sa fille. Rien d’extraordinaire.
Mais d’original, leur ressemblance.
Frappante.
Elles devaient avoir à peine vingt ans de différence.
Sans doute quarante et vingt ans.
Oui, sans doute ça.
Madame quarante, Voici dans les mains, en faisait trente-cinq.
Mademoiselle vingt, Kundera dans les mains en paraissait vingt-cinq.
A trente, par laquelle se laisserait-on tenter ?
La maturité ou la fougue ? La raison ou la folie ?
Les mêmes traits.
Le même cheveu.
La même peau.
Les mêmes yeux.
La même posture.
La même beauté.
Soupir.
Je me serai bien envoyé les deux. Là, dans l’entre-wagons.


Le voyage s’est passé. Cinquante-cinq minutes. Point.
Ca, c’était le vendredi.

Dimanche. Le Mans. 20h12.
Mon train, 20h19.
Annulé.
Merde.
Exceptionnellement, un TGV venant de Rennes s’arrêtera pour prendre les rillettes stationnées sur le quai.
Du coup, beaucoup de monde.
Du coup, je vais au bout du quai, monter dans la dernière voiture.
Du coup, là, moins de monde.

J’entre dans la voiture. La première place libre est dans un espace à quatre.
Je m’installe.
Et là, en face, elles.
Clin d’œil.
Ca, c’est génial.
Ca, j’aime.


Une deuxième fois, c’était au Tibet.
Je pars seul.
Envie de partir seul. C’est tout. Oui, c’est bien de partir seul parfois.

Après trois semaines.
Dans un restaurant tibétain à Lhassa, avec des compagnons parlant anglais comme je maîtrise le claquage du réveil le matin.
Et là, enfin un couple de français.
Premiers français croisés.
Enfin ! Echanger.
Moi, mon anglais, c’est comme mélanger de l’Efferalgan avec un Mojito.
Ils viennent à notre table.
On parle. De tout et de rien.

Jusqu’au moment où.
Oui.
Je me rends compte qu’ils habitent à cinq kilomètres du village où j’ai grandi.
De chez moi, là où les poneys puent mais où les forêts sont pleines de cèpes.
Clin d’œil.
Ca, c’est génial.
Ca, j’aime.


Une troisième fois, c’était au pays des rillettes.
Dans une rue.
Comme un flash.
Je pense à quelqu’un.
Ou plutôt l’image de ce quelqu’un déboule comme ça.
D’un seul coup.
Pourquoi ? Aucune idée.

Ca remontait bien à deux années que je n’avais pas eu de nouvelles de cette personne.
Ni moi-même y repenser.
Désolé Virginie.
Vingt mètres plus loin, un angle de rue.
Elle, elle était là.
Sur le trottoir. Immobile.
Clin d’œil.
Ca, c’est génial.
Ca, j’aime.


Et une quatrième fois.
Là où j’aime. Une gare.
Un matin. Un samedi matin oui. Tôt. Très tôt.
Trop tôt. Ma joue avait la trace de l’oreiller. Marque de fabrique.
Dans le hall. Je lève la tête.
Un œil à gauche, sur l’horloge.
L’autre à droite, sur les horaires.
J’ai l’œil souple. Oui.

Etrange.
Je sens une présence derrière moi.
Une présence familière.
Je dois me retourner.
Je me retourne.

Là, à cinq mètres, sur le banc, un ami d’enfance perdu de vue.
Clin d’œil.
Ca, c’est génial.
Ca, j’aime.


Aujourd’hui, encore envie de cligner de l’œil.


Dis, on se connaît ?