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21 juillet 2008

What else?

Y a-t-il vraiment des règles?
Doit-on obéir?
Suivre une règle?
Un comportement?

Comment s'occupe-t-on?
Y a-t-il des formes pré-définies d'occupations?
Et celui qui pense.
Oui, celui qui pense éternellement, lui, s'occupe-t-il?
Est-ce que penser est s'occuper?

Je suis direction Genève
Voiture dix-sept.
Mais pas de bol.
Un groupe de jeunes est là aussi.
« Camps Jeunes ».
De huit.
A douze ans.
Turbulents.
Ils hurlent.
Et ça se lit.
Dans leurs yeux.
Sur leur visage.
Qu'ils ne sont pas du seizième.

Et puis.
Il y a Georges Clooney.
Enfin son sosie.
Face à moi.
Le même regard.
La même élégance.
Le même poivre.
Le même sel.
Mais pas le même.
Nom.
La monitrice délaisse l'espace de quelques secondes son attention de ses loulous.
Une fois. Deux fois. Trois fois.
Je ne compterai plus.
Sans doute espère-t-elle que ses yeux de biche soient chassés par ceux de Georges.
Clooney.
Et non Guy.
Sans doute.

Je le prendrai en flagrant délit.
Lui.
A deux reprises.

Elle, elle occupe.
Son attention.
Double attention.
De ses loulous.
De son Georges.
C'est connu, les femmes maîtrisent le multitâches.

Georges, lui, il macbooktise.
Que fait-il?
Je ne sais.
Alors forcément, je m'imagine.
Qu'il fait un compte-rendu de réunion sur l'activité d'une entreprise de caoutchouc.
Ou.
Qu'il regarde un DVD de OuiOui.
Ou.
Qu'il ré-organise ses fichiers.
Ou.
Qu'il fait un Super Sudoku.
Ou.
Qu'il regarde les photos de ses dernières vacances à La Bourboule où il a voulu régénérer son capital soleil.
Ou.
Que sa machine est éteinte et qu'il se regarde dans le reflet de l'écran pour vérifier son grain de peau et être au top quand la monitrice le dévisagera pour la vingt-deuxième fois.

Quant à moi, j'observe.
Elle.
Lui.
Et puis elle, cette dame là.
A côté de moi, qui ne lâche pas ses mots fléchés.
Et qui m'a lancé des yeux noirs lorsque je lui ai dit que paratonnerre prenait deux « r ».
N'empêche que.
Elle a effacé.

Quant à moi, j'écoute.
Deux petits loulous derrière moi.
Ils ne se connaissaient pas.
Et désormais, se connaissent.
Oui, l'un a proposé un chewing-gum à l'autre.
Et il y a eu ces répliques, à la suite.
Sorties sur un air détaché.
« 
- Eh, regarde, y'a des nuages!
- C'est quoi des nuages?
- De la fumée
»
Et puis surtout.
« 
- T'as un père toi?
- Non. Juste une maman. Mon père j'le vois pas. Ma mère c'est le soleil, mon père la nuit.
»
Huit ans.
Pas plus.
Le sans père.

Quant à moi, je ne fais rien.
Matériellement.
Oui, mes mains ne sont pas occupées.
A ce moment.

Alors serait-ce donc ça, être occupé?
Etre occupé serait-ce être réduit à avoir les mains occupées?

Réfléchissons.
Si vous êtes occupés, c'est donc que vous faîtes quelque chose.
Avec vos mains.

Lire?
C'est être occupé.
Des yeux.
Et des mains, à tourner les pages.

Oui mais non.
Car regarder la télévision, c'est être occupé.
Avoir l'esprit occupé.
Donc.
Réfléchir.
Penser.
Avoir l'esprit occupé, c'est être occupé.

Mais si on me demande ce que j'ai fait tel jour.
Et que je réponde que j'ai réfléchi à l'ombre d'un poirier du jardin Catherine Labouré.
Alors on me rétorquera que j'ai glandé.

Alors oui.
C'est injuste.
Car je préfère attraper un « Ma mère c'est le soleil, mon père la nuit » plutôt que d'écrire paratonnerre avec un seul « r » et foutre en l'air une grille de mots fléchés.

Et qu'y a-t-il de mieux?
Penser ou s'activer?
L'un est-il mieux que l'autre?
L'un est-il mieux vu que l'autre?

Quoiqu'il en soit.
J'ai.
Observé.
Ecouté.

Et écrit.
Mais en cachette.
Taille six.
Et couleur verte.
Oui, la monitrice a beau avoir des yeux de biche, les miens sont de chat.
Pour ne pas que ma voisine ne me lise.
Qu'elle reste concentrée sur son paratonneRe.
Car je n'aime pas que des intéressés lisent ce que j'écris.
Sur eux.
Normal.
Oui oui voisine, j'ai écrit sur vous.
Vous et votre regard noir.
- Je prends des risques là -
Vous et votre silhouette de Karen Mulder.
Avec non loin d'un demi quintal supplémentaire.

Bref.
Finalement.
En y repensant, j'étais occupé.



« 
- Wé Max, TT OQP!
- Kévin?? Encore toi? Fous-moi le camp! Allez!! Pas vrai d'voir ça!! Non mais!
»




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What else?

06 août 2007

Ca, j'aime

Alors ça, c’était vraiment un grand moment.
Remarque, y’en a eu un autre aussi.
Parfois, le monde est si petit !
J’ai entendu dire qu’il existait un inconscient collectif qui incitait certaines personnes à se croiser.
Ah, me souviens d’un autre maintenant.
Ca fait trois là.

Par lequel commencer ?
Mais avec recul, aucune de ces rencontres n’a été significative.
Si. Juste de réfléchir à propos de ce hasard.
Recommencer et recommencer.
Du coup, aujourd’hui, on en cherche encore la raison.
Quelqu’un m’a dit un jour que ces hasards étaient provoqués par une vie antérieure commune.
Peut-être.
Ce quelqu’un, je ne l’ai jamais revu d’ailleurs. C’était un illuminé.
Peut-être l’avais-je croisé dans une vie antérieure. Va savoir.

La première remonte à quelques mois.
On était vendredi soir. Il devait être 19h58.
Oui, je m’en souviens. J’ai retrouvé le billet sept jours plus tard dans la poche arrière de mon jean qui sortait froissé de la machine à laver.
Je quittai Paris pour rejoindre le pays des rillettes.
Le TGV devait continuer jusqu’à la capitale bretonne.

Ah, maintenant, je me souviens d’une quatrième fois.
Comme quoi, le pouvoir de l’écriture.

Je monte dans la voiture, m’installe à ma place. Une place à quatre.
Ces places à quatre, parfois je les aime. D’autres fois, moins.
Ce soir-là, face à moi, une mère et sa fille. Rien d’extraordinaire.
Mais d’original, leur ressemblance.
Frappante.
Elles devaient avoir à peine vingt ans de différence.
Sans doute quarante et vingt ans.
Oui, sans doute ça.
Madame quarante, Voici dans les mains, en faisait trente-cinq.
Mademoiselle vingt, Kundera dans les mains en paraissait vingt-cinq.
A trente, par laquelle se laisserait-on tenter ?
La maturité ou la fougue ? La raison ou la folie ?
Les mêmes traits.
Le même cheveu.
La même peau.
Les mêmes yeux.
La même posture.
La même beauté.
Soupir.
Je me serai bien envoyé les deux. Là, dans l’entre-wagons.


Le voyage s’est passé. Cinquante-cinq minutes. Point.
Ca, c’était le vendredi.

Dimanche. Le Mans. 20h12.
Mon train, 20h19.
Annulé.
Merde.
Exceptionnellement, un TGV venant de Rennes s’arrêtera pour prendre les rillettes stationnées sur le quai.
Du coup, beaucoup de monde.
Du coup, je vais au bout du quai, monter dans la dernière voiture.
Du coup, là, moins de monde.

J’entre dans la voiture. La première place libre est dans un espace à quatre.
Je m’installe.
Et là, en face, elles.
Clin d’œil.
Ca, c’est génial.
Ca, j’aime.


Une deuxième fois, c’était au Tibet.
Je pars seul.
Envie de partir seul. C’est tout. Oui, c’est bien de partir seul parfois.

Après trois semaines.
Dans un restaurant tibétain à Lhassa, avec des compagnons parlant anglais comme je maîtrise le claquage du réveil le matin.
Et là, enfin un couple de français.
Premiers français croisés.
Enfin ! Echanger.
Moi, mon anglais, c’est comme mélanger de l’Efferalgan avec un Mojito.
Ils viennent à notre table.
On parle. De tout et de rien.

Jusqu’au moment où.
Oui.
Je me rends compte qu’ils habitent à cinq kilomètres du village où j’ai grandi.
De chez moi, là où les poneys puent mais où les forêts sont pleines de cèpes.
Clin d’œil.
Ca, c’est génial.
Ca, j’aime.


Une troisième fois, c’était au pays des rillettes.
Dans une rue.
Comme un flash.
Je pense à quelqu’un.
Ou plutôt l’image de ce quelqu’un déboule comme ça.
D’un seul coup.
Pourquoi ? Aucune idée.

Ca remontait bien à deux années que je n’avais pas eu de nouvelles de cette personne.
Ni moi-même y repenser.
Désolé Virginie.
Vingt mètres plus loin, un angle de rue.
Elle, elle était là.
Sur le trottoir. Immobile.
Clin d’œil.
Ca, c’est génial.
Ca, j’aime.


Et une quatrième fois.
Là où j’aime. Une gare.
Un matin. Un samedi matin oui. Tôt. Très tôt.
Trop tôt. Ma joue avait la trace de l’oreiller. Marque de fabrique.
Dans le hall. Je lève la tête.
Un œil à gauche, sur l’horloge.
L’autre à droite, sur les horaires.
J’ai l’œil souple. Oui.

Etrange.
Je sens une présence derrière moi.
Une présence familière.
Je dois me retourner.
Je me retourne.

Là, à cinq mètres, sur le banc, un ami d’enfance perdu de vue.
Clin d’œil.
Ca, c’est génial.
Ca, j’aime.


Aujourd’hui, encore envie de cligner de l’œil.


Dis, on se connaît ?