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25 avril 2009

Trois heures à Fontainebleau


Mercredi dernier, on ne bossait pas.
Donc on a fait un petit tour du côté de Fontainebleau.
Dans le sept-sept.

Nous sommes partis trois heures.
Pour 500 photos.
Ah ça oui! J'avais l'air d'un con à passer pour un japonais à prendre 10 fois l'écriteau "Fontainebleau-Avon" à la gare...
Et puis d'autres fois aussi.
Mais bon, on se balade bien avec des perruques et des marionnettes à la main dans une capitale, alors...

Là, c'était un test de stop-motion, un premier jet, car il va y avoir un mois de mai folie!
Car c'est rigolo comme truc aussi.
D'ailleurs, vous verrez plein d'erreurs, de passages trop rapides...

Et ça se passe en 1'10.



Au passage, le château de Fontainebleau est à recommander.
Très vaste, riche, avec de chouettes jardins et beaucoup de paquerettes.

01 avril 2009

Poésie printanière


Je rentrai paisiblement ce soir.
Appareil photo toujours dans la besace.
Je passe devant le "talon aiguille".
Et Alain Delon en sort au même moment.
Alors c'est vrai qu'il vieillit bien.
Alors c'est vrai qu'il a de sacrés yeux.
Alors c'est vrai qu'il est bien accompagné.

Mais.
Te te te.
Hors de question que Maxime le prenne en photo.
Maxime s'en fiche d'Alain Delon.
Moi j'connais Moussa le chamelier*!
Et pas lui.
Han Han.
Et ouais!
Bref.

Donc.
C'est le printemps.
Qui dit printemps, dit vert.
Nos amis les pigeons parisiens goûtent une verdure fraîchement de retour.
Du coup, le mal d'estomac pigeonnier pullule.
Pas besoin d'aller au Chili tu me diras...

Alors le proprio de cette Xantia reluisante pourrait crier à la conspiration.
Puisque ses voisines n'ont rien.
Mais non.
Il devrait plutôt crier à la constipation.

 

P1010266.JPG

 

 

N'empêche que nos amis pigeons devraient essayer les épices chiliennes, ce serait moins terne.

 

 

 

*bientôt en vidéo.

03 mars 2009

Soixante-trois jours

Ahlala.
Difficile tout ça.

Pfffiou !
Quelle vie !

Bon.
Oui, c’est moche.
Maxi-moche !
Car j’écris moins.

Mais mais mais.
On va expliquer.

On va prendre une période standard.
Deux mois par exemple.
Ces deux derniers mois.
Du 15 décembre au 15 février.
Soit 63 jours.
Soit 39 jours ouvrés.
Si si.
Les jours ouvrés, c’est important.

15 au 21 décembre, je termine la première vidéo du Chili.
Soit 168 heures non stop.

Le 21, c’est l’Hiver, donc ça se fête.
Donc une journée de perdue.
Hips.

Du 22 au 24 décembre, on travaille.
Et on travaille dur pour pouvoir offrir des clémentines frelatées pakistanaises à sa famille.
D’arrache-pied.
10 heures – 16 heures, non stop, avec une courte pause entre midi et 14 heures et en ne prenant qu’un café à 11 et 15 heures.

Le 25, c’est Noël.
Alors Joyeux Noël.
« Bisous bisous ! »
« Oh la belle dinde ! »
« Chic chic chic !! Messe de minuit à 20 heures ! ».

Du coup, le 26, c’est crise de foi.
Ah oui, on n’y passe pas à côté.
Oui oui, de « foi » : la messe de minuit à 20 heures, c’est pas pour moi.
La messe de minuit à minuit non plus d’ailleurs.
Je préfère laisser la grand-messe de 20 heures à l'abbé d’Arvor.

Du 27 au 29, on part dans le froid à Sofia.
A faire des glissades et des cochoncetés dans le bain.

Le 30, il faut se remettre des courbatures des glissades.
Et aller travailler pour envoyer deux mails.

Le 31, il faut préparer le dîner du réveillon.
Acheter des Haribo.
Programmer le magnétoscope pour enregistrer le bêtisier de TF1.
Programmer le magnétoscope pour enregistrer le bêtisier de FRANCE2.
Programmer le magnétoscope pour enregistrer le bêtisier de FRANCE3.
Programmer le magnétoscope pour enregistrer le bêtisier de M6.
Programmer le magnétoscope pour enregistrer les Asterix.
Programmer le magnétoscope pour enregistrer les Sissi Impératrice.
Le 1er janvier, c’est fête.
Lever à 18 heures, coucher à 20 heures.
Après la messe.

Le 2 janvier, exceptionnellement, je ne travaille pas.
Oui, ça m’arrive.
Donc.
Visionnage.
Du bêtisier de TF1.
Du bêtisier de FRANCE2.
Du bêtisier de FRANCE3.
Du bêtisier de M6.
Des Asterix.
Des Sissi Impératrice.

Du 3 au 4 janvier, il faut faire du ménage.
Dans les cassettes vidéos.
Donc.
Effacer.
Le bêtisier 2008 de TF1 pour pouvoir être prêt à enregistrer le bêtisier 2009 de TF1.
Le bêtisier 2008 de FRANCE2 pour pouvoir être prêt à enregistrer le bêtisier 2009 de FRANCE2.
Le bêtisier 2008 de FRANCE3 pour pouvoir être prêt à enregistrer le bêtisier 2009 de FRANCE3.
Le bêtisier 2008 de M6 pour pouvoir être prêt à enregistrer le bêtisier 2009 de M6.

Quant aux Asterix et Sissi Impératrice, l’année prochaine j’ai décidé.
De ne plus me faire couillonner.
Car chaque année, ce sont les mêmes.
Donc je vais les garder.
Non mais !
Ca fera 8 cassettes JVC VHS de 240 minutes d’économisées, soit près de 100 euros.
Soit près de 100 nuits d’hôtel à Calcutta.

Le 5 janvier, c’est fête.
Oui, c’est fête.
Car la veille, je me suis rendu compte que j’allai pouvoir dormir 100 nuits à Calcutta grâce à Asterix et Sisi.
Du coup, je suis optimiste, j’écris une note.
Celle-ci là.

Le 6 janvier, je transfère la vidéo de Sofia de mon caméscope à mon ordinateur.
Compter 1 heure et dix minutes de transfert pour dix minutes de vidéo.
La vidéo brut de Sofia faisait 55 minutes.
Bref, près de huit heures pour transférer une vidéo d’à peine une heure.

Du 7 au 12 janvier, nous cherchons une musique pour coller sur la video de Sofia.

Le 13 janvier, nous jouons à notre jeu favori.
Nous sortons le ballon-globe.
Et collons un malabar bi-goût au hasard sur un pays.
Yeux bandés.
Ce sera.
L’antarctique.
Ooops non. Raté. Fait trop froid là-bas et les chameaux sont mal-aimables.
Rebelote.
Deuxième malabar bi-goût.
Deuxième œil bandé.
Ce sera.
L’Afrique du Sud.
Chic !

 

19538615.jpg



Du 14 au 19 janvier, je monte Sofia.
Très technique en plus cette coquine.
La vidéo hein.

Le 20, je ne m’en souviens plus.
Ah si.
C’est la Saint Séb.
Je lui envoie un sms.

Le 21 janvier, c’est la sainte Agnès.
Donc c’est fête.

Du 21 au 24 janvier, nous cherchons un objet à faire tomber pour l’Afrique du Sud.
On a bien pensé à un pare-choc de Twingo, mais pas pratique à transporter.
Et puis on aurait l’air de cons dans l’avion.
Ce sera finalement un objet africain.

Du 25 janvier au 1er février, c’est l’Afrique du Sud.
Nous nous faisons peur.
En voyant des rhinocéros nous zapper les priorités à droite.
En voyant le camping peu à peu s’inonder.
En voyant des serpents envahir le camping.
En voyant le moteur de la voiture fumer.
En confondant la pédale de l’embrayage et celle du frein (rhoooo ben oui, ca faisait plus de deux ans que je n’avais pas conduit… ça arrive hein… et puis on roule à gauche, et puis le volant est à droite, et puis y’a que des nœuds en sortant de l’aéroport…).
Nous nous faisons plaisir.
A ne plus confondre frein et embrayage et à rouler à 10 à l’heure.
En découvrant l’incroyable gentillesse des locaux.
En savourant la beauté de la vie sauvage.
En volant les regards d’un éléphant un peu perdu.
En appréciant la démarche majestueuse de la girafe.
En…
En…
Pfffffiou !!!

Du 2 au 4 février, il faut envoyer des mails travailler, pour payer le prochain voyage.

Le 5 février, faut trouver le prochain WE.
Quand on va pas trop loin, on ne joue pas au ballon-globe.
Mais à la boîte à lettres.
Et ce sera le S.
Comme Slovénie.
Donc Ljubljana.
Prononcé Loubiana.

Le 6 février, il faut trouver la musique pour le clip de l’Afrique du Sud.
Pas évident.
Moults choix.

Du 7 au 13 février, je monte la vidéo de l’Afrique du Sud.

Et le 14 février, c’est la Saint-Valentin.
Mon double est au Cameroun.
Donc je regarde les Sissi Impératrice.
Vu que je les ai gardés.
Ben oui.



Donc deux mois résumés.
Maintenant, je suis tranquille pour deux mois.
En gros.

 





Bon, je retourne à la vidéo...

05 janvier 2009

Optimiste

Voyons !
On te l’a piqué.
Mais regarde le bon côté des choses.

Si ça se trouve.
Oui, si ça se trouve.
C’est un envoyé du ciel qui te l’a piqué.
Non, pas un pigeon.
Et tu ne t’en rends même pas compte.

Au contraire.
Tu aimerais l’étriper.
Lui maquiller sa joue à l’aide de ton poing refroidi par l'hiver.
Le traîner à terre.
Lui faire goûter la neige fraîche parisienne de ce 5 janvier.
Et lui rappeler la loi.
Non mais.

Ouh oui.
Tu aimerais lui donner une belle leçon.
A ce salopiot.
Lui tirer les pattes sous les tempes.
Comme te faisait monsieur Michoin en CP.

Mais si ça se trouve.
En fait.
Il te l’a piqué.
Et il t’a évité un accident.
Si si.

Regarde le bon côté des choses.

Tu l’aurais enfourché.
Aurais descendu la pente.
Enneigée.
Ton frein aurait lâché.
Ta roue arrière aurait glissé.
Par terre sur ton épaule tu serais tombé.
La clavicule cassée.
Pire.
Fracture ouverte.
Crac.

Le camion de la Brinks n’aurait pu freiner à temps.
Proumpf.
Fait le camion de la Brinks te passant sur le tronc.

Chpling.
Fait ensuite le camion de la Brinks heurtant la vitrine d’un kiosque où est révélée l’identité du père de l’enfant de Rachida Dati.

Aïe.
Tu fais.

Tu es mal barré mon pauvre.
Clavicule cassée.
Fracture ouverture.
Bassin broyé par l’écrasement du camion de la Brinks.

Tacatacatacata.
Fait alors la mitraillette de l’opportuniste cagoulé sur le camion de la Brinks.

Aïe merde ! Bordeeeeeel !
Tu fais.
Après avoir reçu une balle au mollet gauche.

Tu commences à avoir mal.
Très mal.
Tu gémis.
Avant de voir une liasse de billets de cinq cents euros à portée de main.

Dans un dernier effort.
Tu tends le bras droit.
La liasse va au moins être à toi.

Aaaaaargh.
Tu fais.
Après que la bimbo dans son manteau de fourrure affolée par les coups de feu de l’opportuniste cagoulé ne te marche sur la main avec ses talons aiguille de seize centimètres après avoir piqué le dernier Voici où est révélée l’identité du père de la petite de Rachida Dati.

Tu n’en peux plus.
C’en est trop.

Tu voudrais alors finalement revenir quatre minutes en arrière.
Pour éviter toute cette accumulation de malchance.
Et acheter le dernier Voici.
Car on pourrait vraiment appeler ça comme ça.
T’aurais vraiment pas d’bol mon pote.

Alors finalement.
Tu découvrirais ça :

P1010261.JPG




Et te dirais.
Ouf, on m’a chouré mon vélo !
Quelle chance !






Remarque.
Tu aurais très bien pu rentrer chez toi.
Et avec ton vélo.
Et sans accident.
Aussi.

Et là, pour le coup.
Ton antivol.
C’est pas d’bol.

 

 

Ah, au fait, je vous souhaite des bons vieux pour cette dixième année du XXIème siècle.

 

30 juillet 2008

Merci Woody



C’est l’été.
Il fait bon.
Il fait chaud.
Enfin.
Envie de se rafraîchir.

Et pour se rafraîchir, nous disposons de nombreux moyens.
Dont.
Ces petites choses qui traînent ça et là dans Paris.
Qui arrivent à point nommé au beau milieu d’une escapade à velib’.
Ces petites choses sont très jolies.
Parisiennes.
Gracieuses.
Mais surtout.
Rafraîchissantes.

Les fontaines Wallace.

 

wallace.JPG


Elles sont cent huit à Paris.
Oui cent huit.
Comme le chiffre.

Et quelqu’une m’a raconté un jour qu’elles renfermeraient une légende.
C’était une très jolie histoire.
J’avais aimé.
Normal.
J’aime quand on me raconte des histoires.

Et cette légende raconte qu’il y aurait une fontaine Wallace qui donnerait la vie éternelle.

N’est-ce pas chouette ?

Oui.
Mais laquelle ?

Bref.
Si nous continuons dans les statistiques, forcément, s’il y en avait qu’une qui donnait la vie éternelle, ça se saurait.
Forcément, au moins une personne y aurait déjà goûté.
Enfin, « ça se saurait »… sans doute que ces personnes sont devenues éternelles et qu’elles souhaitent garder leur secret ?
Et puis ?
Si demain je trouve la bonne, il faudrait attendre bien des années et des coups de pédales à velib’ avant que je ne me rende compte que je suis éternel !

Amen.

Mystère.

Bref.
Pour que la légende soit plus jolie, j’ai envie de la rendre plus crédible.
Donc statistiquement non réalisée à ce jour.
Disons qu’il faudrait boire dans chacune de ces cent huit fontaines en une seule journée pour obtenir la vie éternelle.

Oui, c’est déjà plus réaliste.
Car je mets ma main à couper que personne n’a jamais goûté à l’eau de chacune de ces cent huit fontaines.

Donc on dirait que Monsieur ou Madame Eternel(le) n’existe pas encore.

Mais imaginons.
Imaginons qu’un velibeur fou soit convaincu de l’exactitude de cette légende.

On le nommera Paul.
Oui, Paul, c’est intemporel.

Paul a trente ans.
Paul travaille chez Paul.
Il fait des sandwichs.

Mais Paul a un rêve.
Devenir éternel.

Alors imaginons.
Que Paul a minutieusement reconnu le terrain depuis deux mois.
Que Paul a placé toutes les fontaines Wallace de Paris sur une carte.
Pour que Paul soit définitivement prêt le jour J.
Que Paul se soit levé à l’aube.

Le 29 juillet 2008.
Hier. Journée chômée.

De coup de pédale en coup de pédale.
De montées à descentes.
De fontaine à fontaine.
Paul a réussi.

Devant la dernière, place Saint-Sulpice, Paul s’est appliqué.
Comme pour une cérémonie.

Paul a posé son velib’ non loin.
Et a marché.
Doucement.
S’est approché.
A tendu ses mains.
A trempé ses lèvres.
S’est délecté.
De cette dernière eau.
Si fraîche.

Paul était content.
Le soleil commençait à faiblir.
Il regardait l’autre fontaine.
Celle des quatre cardinaux.

Paul avait enfin accès à l’éternité.






Un an plus tard, Paul faisait toujours des sandwichs.
Paul était toujours chez Paul.
Paul faisait toujours du velib’.
Paul regardait toujours avec sourire les fontaines Wallace qu’il croisait.






Trois ans plus tard, Paul faisait toujours des sandwichs.
Paul était à la Brioche dorée.
Paul faisait moins de velib’.
Paul regardait toujours avec sourire les fontaines Wallace qu’il croisait.






Dix ans plus tard, Paul dirigeait une sandwicherie.
« Chez Wallace ».
Place de l’Opéra.
Paul roulait en BMW rutilante.
Paul regardait toujours avec sourire les fontaines Wallace qu’il croisait.

Mais dix ans plus tard.
Il se retrouvait en famille.
Avec ses proches.
Lors du baptême d’une nièce.
Ce soir là, ils avaient regardé de vieux films de famille.
Dont l'anniversaire du pépé, il y a dix ans.
Et ses proches s’étaient fait l’étrange remarque.
Qu’en dix ans, Paul n’avait pas changé.






Vingt ans plus tard, Paul faisait toujours des sandwichs.
Paul était à « The Muffin’s Corner ».
A Folsom, dans la banlieue de Sacramento.
Paul roulait à vélomoteur.
Paul ne croisait plus de fontaines Wallace.
Paul avait perdu le sourire.

Son physique ne changeait plus.
Vingt ans après, il gardait toujours le physique de sa trentième année.
Paul avait quitté Paris trois ans plus tôt.
Il dût quitter sa vie parisienne à partir de ce moment là.
Assumer son statut d’immortel.

Pour ne pas être reconnu.

Laisser sa famille.
Laisser ses proches.
Laisser sa vie parisienne.

Laisser sa première vie de côté.
En faire le deuil.
Une première fois.

Il savait qu’il reviendrait à Paris.
Mais.
Peut-être dans cent.
Ou deux cents ans.

Il savait qu’éternellement, ses vies ne seraient que recommencements.
Au bout de cinq.
Voire de sept ans.

Recommencements.

Nouveaux amis.
Nouvelles petites amies.
Nouveaux jobs.
Nouveaux collègues.

Mais plus de famille.

Alors bien sûr, il suivrait de loin les descendants de sa famille.
Savoir ce que deviendraient ses arrières.
Arrières.
Arrières.
Arrières.
Arrières.
Arrières.
Petits neveux.
Et nièces.






Quatre cents ans plus tard, Paul faisait toujours des sndwchs.
Oui, des sndwchs.
La langue a évolué.
Car quatre cents ans plus tard, les voyelles ne s’écrivent plus.
La langue euro a remplacé le français.
L’anglais.
L’allemand.
L’espagnol.
L’italien.

Paul était à « Th Mffn’s Crnr ».
Toujours.
Mais à Brxlls.
Capitale de l’ancienne Belgique.
Aujourd’hui, capitale de notre ancienne Europe, « l’Rp ».

Mais bizarrement, il évitait toujours la place du Manneken-Pis.
Maintenant, il avait une sainte horreur des fontaines.

 

manneken pis.jpg



Mais Paul continuait.
Malgré tout.

Paul avait accumulé d’énormes connaissances.
Paul était devenu un véritable érudit en Histoire.
Contemporaine.
Et Moderne.

Paul se plaisait de retourner à l’université.
En cours du soir.
Et d’affronter les théories des professeurs.
Et d’émerveiller de son savoir, de sa pétillante intelligence, les jeunes et fraîches étudiantes.

Oui.
Paul était devenu un Dom Juan.
Sans le vouloir.
Le seul homme, dans toute l’Humanité, à avoir flirté avec le plus de femmes.
Et pas que sur des malentendus.
Pourtant, il ne jouissait que d’un physique somme toute ordinaire.
Mais voilà, son intelligence était devenue son arme.

De vie en vie.
D’identité en identité.
Un éternel recommencement.

Ne rien construire.
Juste.
De l’éphémère.





Jeudi 23 mai 8008.

Six mille ans plus tard, Paul avait envie de tout abandonner.
Six mille ans plus tard, Paul ne faisait plus de sndwchs.
Six mille ans plus tard, Paul n’avait plus d’amis.
Six mille ans plus tard, Paul était seul.

Tout seul.

Le mercredi 7 mai 8008, dans la matinée, Halley a frappé. 
 

halley.jpg


Plus rien.
Terre nue.
Vierge.
Poussière.
Obscurité.

Il sait ce que tout cela implique.
Il n’y a plus de vie.
En dehors de la sienne.
De ce qui lui sert de vie.

Il sait qu’il faudra du temps.
Avant que tout ne reprenne vie.

Mais avant ces années.
Ces milliers d’années.
Ces millions d’années.

Paul est seul.
Paul restera seul.

Alors Paul pleure.

Comme une fontaine.
De Wallace.





Woody Allen nous raconte :
«
L’éternité, c'est long, surtout vers la fin.
»




Paul :
«
Ta gueuuuuuuuuuuuuuuuuuule Woody !!!
»

04 juillet 2008

Mélanie est une coquine

Mélanie est heureuse.
Enfin.
Elle a récupéré son bol breton en faïence bleu et blanc avec Mélanie d’écrit.
Elle en rêvait depuis toute petite.

Elle va enfin pouvoir.
Boire son Nesquik dans son bol breton Mélanie.
Oui.
Mélanie, aujourd’hui, elle est heureuse.

Car elle n’aimait pas.
Boire son Nesquik dans un bol breton Jacqueline en faïence bleu et blanc.
Mélanie.
Et je ne parle pas du Viandox.
Il n’avait pas le même goût, le Nesquik.
Il n’avait pas le même goût non plus, le Viandox.
Dans un bol breton Jacqueline en faïence bleu et blanc.

Mais Mélanie, c’est avec Henri qu’elle aimerait partager son Nesquik.
Et son Viandox.
Quand elle l’a vu, elle aurait voulu lui offrir.
Un bol breton en faïence bleu et blanc avec Henri d’écrit.
Faut dire, il était élégant, Henri.
Courtois.
Gentil.
Poli.
Lui.

Et tout s’est passé comme ça.

Mélanie rentre de Saint-Malo.
Mélanie est heureuse.
Car.
Mélanie a son bol breton en faïence bleu et blanc avec Mélanie d’écrit.
Déjà.

Et puis.
Et puis Mélanie devait rentrer chez elle.
Installer son bol breton en faïence bleu et blanc avec Mélanie d’écrit.
Donc.
Mélanie prend le train.

Saint-Malo.
Paris.
Tout le monde descend.
Même vous mademoiselle Mélanie.
Oui, vous.
Vous et votre bol breton en faïence bleu et blanc Mélanie.
Allez. Hop.
On descend. Et plus vite.

Oui, car il faut se dépêcher.
Le train pour Orléans n’attendra pas.
Mélanie avec son bol breton en faïence bleu et blanc avec Mélanie d’écrit.

Alors Mélanie court.
Court.
Court.

Alors ils arrivent à gare d’Austerlitz.
Mélanie.
Et son bol breton en faïence bleu et blanc Mélanie.

Le train part dans vingt-trois secondes.
Mélanie court.
Mélanie a chaud.
Mélanie a très chaud.

Mais Mélanie est une coquine.
Oui.
Mélanie a oublié de prendre son billet.
Pas le temps.

Le train part dans seize secondes.

In extremis, ils réussissent à se faufiler dans un wagon.
Mélanie.
Et son bol breton en faïence bleu et blanc Mélanie.

Depuis deux secondes, le train est parti.
Avec eux.
Mélanie.
Son bol breton en faïence bleu et blanc Mélanie.
Sa chaleur ruisselante.
Sans lui.
Le billet.

Mais voilà.
C’était sans compter sur lui.
Henri.
Qui n’a pas de bol breton en faïence bleu et blanc Henri.

«
Et merde ! Encore une fois j’vais me faire avoir ! Vais encore tomber sur un gros connard. Mais il est beau ce con en plus !
- Je suis désolée, je n’ai pas eu le temps de prendre de billet !
Si je vous dis que vous êtes aussi beau que des escarpins Mark Jacobs, vous pouvez faire quelque chose ?

Bon, comment vais-je la gérer cette petite mignonne…
- Je sais, je vous ai vu courir.
Y’a peut-être moyen que j’me l’envoie vite fait entre deux wagons si je lui fais une faveur.
- Installez-vous dans le wagon 1ère classe, je vous en prie, il n’y a personne, nous vous y serez plus à l’aise.

Courtois en plus. Ou bien c’est parce que je pue trop d’avoir couru et qu’il ne veut pas que j’emmerde les autres passagers avec mes odeurs ??
- Merci beaucoup, vous êtes très gentil.
Quel sourire il a ! Et ces yeux!! Mazeeeeeette !!

Bon, comment s’y prendre alors…
- Ecoutez, ça va aller pour cette fois-ci. Mais gardez-le pour vous.
Bon, si elle ne me saute pas dessus direct après ça, je n’connais plus rien aux nanas. Celle de tout à l’heure m’avait déjà sauté dessus au bout d’une minute !!

Il est gentil en plus !!!
- Vous voulez dire que vous ne me verbalisez pas et que je peux rester ici, en 1ère ?
Il a de ces yeux !!! Waouh !!

Allez fonce mon gars c'est le moment!
- Oui, vous pouvez rester ici. Mais bon, maintenant, que nous sommes tranquilles, à l’aise, passons aux choses sérieuses si vous voulez bien…

Oula !! Mais c’est qu’il a l’air chaud bouillant du slip en plus ce petit !! Lui, à mon avis, il veut voir autre chose que mon bol breton en faïence bleu et blanc Mélanie.
- …
»


Non.
Mélanie est une coquine, oui.
Mais Henri n’est pas un coquin.
Je rectifie.
Mélanie est une coquine, parfois.

Et tout ne s’est pas passé comme cela.
En fin de compte.
Je suis mauvaise langue.

Henri, charmé, mais qui n’a pas de bol breton en faïence bleu et blanc Henri, lui a proposé de s’installer en 1ère.
Oui.
Et avec courtoisie.
Et surtout.
De ne pas la verbaliser.

Mélanie, charmée, a doublement accepté.

Et puis.
Et puis, Mélanie et Henri ont parlé.
Trois.
Quatre.
Voire cinq minutes.

Mélanie était rouge.
Henri était rouge.

Mais il s’est passé un drame.
Mélanie et Henri ont discuté.
Mélanie et Henri se sont plus.
Mais Henri n’a rien demandé à Mélanie.
Henri a oublié.
Et Mélanie n’a rien demandé à Henri.
Mélanie a oublié.

Leurs rougeurs l’ont emporté.
Ils se sont quittés.
Sur des tons de tomates siciliennes.

Mélanie est rentrée chez elle.
Mélanie a enfin pu boire.
Son Viandox dans un bol breton en faïence bleu et blanc Mélanie.

Mais Mélanie est triste.
Mélanie s’en veut.
De ne pas avoir osé demandé à Henri son numéro.

Alors Mélanie va s’en référer à une formidable entité pensante aux extraordinaires capacités.
Oui.
Nous nommerons cette entité M_x___.
Cette entité est d’ailleurs un exemple même de modestie.

Après un long entretien avec M_x___, Mélanie reprend espoir.
Un jour, de pouvoir offrir à Henri un bol breton en faïence bleu et blanc Henri.

Car Mélanie aura trouvé le moyen, un jour.
De recroiser Henri dans les couloirs du train Paris Orléans.
Sans que lui ne l’ait reconnue.
Une règle : l’assurance.
Courage à deux mains.
Vingt-deux de tension.
Cœur à la chamade.
Se diriger vers lui.
Bafouille interdite.
Péter un coup.
Une occasion.
Gorge serrée.
Lui reparler.
L’occasion.
Ou jamais.
On y croit.
Mélanie.
Allez.
Zou !

«
Pardon, excusez-moi, mais je suis embêtée.
J’ai rencontré il y a une quinzaine de jours un charmant contrôleur.
Nous avons discuté d’escarpins Mark Jacobs et de bol breton en faïence bleu et blanc.
J’ai beaucoup apprécié.
Mais troublée, j’ai oublié de lui demander son numéro.
Depuis, j’espérai le recroiser.

Dîtes, le connaîtriez-vous ?
»


Oui.
Mélanie est une coquine.
Un peu quand même.

20 juin 2008

Rendez-vous

Elle me fait voyager dans le temps.
Perdre cinq années.
Vous me direz, c’est pratique.

Mais elle m’obsède.
Me hante.
Me stresse.
Oui, plutôt.

La dernière fois, c'était il y a sept jours.

Enfant, elle me rassurait.
Elle était de mon village.
Enfant, attaché aux repères.
Enfant, attaché aux habitudes.
Elle savait me toucher.
Elle me connaissait.
Mes attentes.
Mes envies.
Mes désirs.

En arrivant à Paris, il a fallu que j’en choisisse une.
Une nouvelle.
Rude tâche.

Laquelle choisir.
La jolie ?
L’intello ?
La bavarde ?
La sexy ?
La commerciale ?
La professionnelle ?
La fashion ?
La saoulante ?
L’aguichante ?
La réservée ?
La mystique ?
La bougonne ?
L’humoriste ?
L’expansive ?
Difficile.

Des hommes ?
Il y en a eu peu.
Et je n’aime pas.
Mais parfois, je n’ai pas eu le choix.
Je les préfère.
Elles.

Mais toujours, il fallait un résultat.
Il faut toujours un résultat.
Et c’est lui, qui me stresse.
Sans doute mon côté féminin.

Mes deux premières années à Paris, ce fut une libanaise.
Une fois sur deux, ça ne marchait pas.
Mais j’insistais.
Car une fois sur deux, ça marchait.
Elle me touchait, elle aussi.
Savait s’y prendre.
Avec passion.
Du moins, je me l’imaginais.
Alors je revenais.
Pourquoi ?
Car elle avait le double CD collector Unplugged de Daniel Guichard en trio avec Gloria et Stéphane.
Joker.

Alors elles me font voyager dans le temps.
Car en ressortant, je perds bien cinq ans.
En ressortant, je file.
Ne traîne pas.
Ne suis pas fier.
Je rentre.
Et m’enferme.
Pas longtemps si c’était à mon goût.
Plus longtemps si ça n’a pas marché.

Une fois, ça n’a pas du tout marché.
Désastre. Catastrophe.
J’étais mécontent.
Je m'en souviens.
Très bien.
Mais je me suis laissé avoir aussi.
Comme un débutant.
De ma faute.
L’homme est faible.
Je fus faible.
Je n’ai pas suivi.
Rien suivi.
Rien regardé.
Je reconnais que j'ai été.
Obnubilé par sa poitrine aux allures de dunes Namibiennes.

Depuis, j’ai dit non.
Plus jamais.

Au pire, je préfère toujours repartir comme je suis venu.
Mais surtout, pas comme si j'avais cinq ans de moins.
Pas de déception.
C’est dingue. Je sais.
On me l’a dit.
Plusieurs fois.

Mais depuis peu, j’ai trouvé une perle.
Nous nous voyons toutes les quatre semaines.
Elle souhaiterait davantage espacer nos rencontres.
Je lui ai expliqué qu’il en était hors de question.
Que j’avais besoin d’elle.
Besoin de ses mains expertes.
Avec le temps, elle a su décrypter mes attentes, mes désirs.
Savoir me toucher.
Elle est experte je vous le dis.
Son salon est magnifique.
Très parisien.
Nos discussions se réfléchissent dans ses nombreux miroirs.
Elle, elle ne parle que très peu de sa personne.
Mais c’est suffisant. Je ne lui en demande pas davantage.
Parfois, elle sort ses instruments.
Alors ma respiration s’accélère.
Souffle saccadé.
Mais elle s’arrange.
Pour que tout se passe bien.
Alors je respire.

Je vous l’ai dit.
Elles me stressent.

Avec elle, je n’ai vécu qu’un échec.
Je lui ai fait savoir. Avec diplomatie.
Et depuis, j’en suis satisfait.

Mais il y a le moment que je déteste.
A chaque fois.
Avant de repartir.
Avec toutes.
Et avec elle.

Je lui donne ses dix-huit euros.



La coiffeuse.

14 juin 2008

Pacha

Les mystères de la rue M___t sont de plus en plus succulents.

Tout s'est passé en septembre dernier.
Il y a d'abord eu Ornella.

Que j'ai revu en janvier, brièvement.
Mais là, c'est le scoop.
Le salopio, sa vilaine et son clebard sont partis.
La semaine dernière.
Je me dis chic, une potentielle nouvelle voisine, avec ses colocs italiennes, adeptes de gym jouant les funambules en shorty pour laver les carreaux.
Mais non.
Bien plus.
C'est elle-même.
Ornella.
Qui est revenue.
Alors j'attends.
J'attends qu'elle ré-installe ses plantes.

Mais surtout, il y a cette chose étrange qui a ouvert ce printemps.
En septembre dernier, j'écrivais ça.
Et finalement, ce n'est pas un institut de bronzage.
Bien mieux.

Aujourd'hui, je ne m'en plains pas.
J'en apprends beaucoup.
Sur les femmes qui attendent seules sur un trottoir.
Elles en attendent. Une, deux, voire plusieurs parfois.

Car finalement, elles n'y viennent jamais seules.
Normal.
Elles sont toutes contentes d'y venir.
Ca se lit sur leur visage quand elles se retrouvent.
Mais bien souvent, elles se retrouvent devant.
A attendre. L'autre. Les autres.

Alors la femme seule arrive.
Entre et ressort. Quand son (ses) amie(s) n'est (sont) pas là.
Et elle attend.
Et toutes, font le même rituel initial.

Elles sortent le portable.

Il y a celles qui ne lâcheront pas le portable.
Appelant.
Ou.
Textotant.
Il y a celle qui va en profiter pour faire du ménage dans son répertoire de contacts.
Car son amie a déjà plus de cinq minutes de retard.
Il y a celle qui va relire tous ses textos reçus depuis janvier 2007.
Car sa copine à déjà plus de dix minutes de retard.
Il y a celle qui va jouer au Sudoku sur son portable après avoir fait le ménage dans son répertoire de contacts et relu tous ses textos reçus depuis janvier 2007.
Car sa copine à déjà plus de quinze minutes de retard.
« 
Putain merde!! Mais qu'est-ce qu'elle fout!!!
J'arrive pas à passer le niveau 18, j'ai supprimé mes contacts fuckfriends meetic et Kévin m'a envoyé que des textos de merde! 
»

Et il y a celles qui rangeront leur portable juste après l'avoir sorti.
S'allumant une clope.
Ou.
Sortant un magazine (rarement des journaux).
Ou.
Regardant chaque détail de la façade.
Ou.
Faisant des allers-retours le long des 25 mètres du trottoir, bras croisés.
Ou.
Tâtant le petit oranger à l'entrée, se demandant si c'est un vrai ou un faux.
Ou.
Regardant en boucle la pub du H_____ passant sur l'écran plat de la façade.
Une fois. Deux fois. Puis trois.
« 
Putain merde!! Mais qu'est-ce qu'elle fout!!! 
Vais pas me re-griller une clope, re-mater Voici, re-manger une orange et re-lire le « Bienvenues au H_____ P____, Ouvert 7j/7 de 10h à 22h, Exclusivement réservé aux femmes »!!
»


Mais surtout, il y a le samedi.
Du petit lait.
Du coup, je passe ma journée à la fenêtre.
Car elles viennent en troupeaux.
Et déguisées.
Et la chef, encore plus déguisée.

La chef, je l'ai parfois vue habillée.
En dindon (elle avait l'air cruche).
En Wonderwoman (rien de Wonder en dehors des lunettes).
En colombe (un peu gnangnan, mais mignonne).
Les yeux bandés (très sérieuse. Trop.).
En périprostipute ( elle était carrément _____!!!!).
En colombienne (charmante, joli oeil droit).
En Babar (me suis fait griller par ses cops à ma fenêtre).
En paysanne (ça n'avait pas l'air de lui plaire).
Avec une robe en pots de yogourts (j'ai adoré).
En Jackson Five (silhouette à l'image de sa chevelure).
En clochette (j'aurai volontiers joué le sonneur).
En bonne soeur (même le séminariste aurait jeté l'éponge).
En cochone (j'ai soudainement eu une folle envie de jambon).
...

Oui, le samedi, la chef enterre sa vie de jeune fille.

Au hammam, qui a ouvert en face de chez moi.

Et ça piaille, et ça piaille...

29 mai 2008

Bouche bée

Jamais j’aurais pu m’attendre à une telle chose.
La probabilité était nulle.
Donc, non probable.
Et pourtant.


Je remonte dans le temps.
8 octobre 2005.
Je suis au Tibet.

Au monastère de Samyé.
En haut de ma colline.
Avec mon sage.
Celui-ci.
Un de mes plus beaux souvenirs.


27 mars 2008.
Je suis à Paris.

A écrire cette note.
Dont ça :
«
Alors il s'est approché de moi.
S'est accroupi.
Et s'est assis.
A mes côtés.
Les pieds ballants dans le vide.
Aussi.
»

Je n’avais pas joint d’illustration de cette scène pour la note.
Lui, je ne l’avais pas en photo.
Lui, je ne voulais pas le mettre dans la boîte.
J’avais bien pris une photo du monastère, du haut de cette colline.
Mais.
Mais elle n’aurait pas été en adéquation avec le texte.
J’avais préféré décrire.


Je remonte encore dans le temps.
7 octobre 2005.
Je suis au Tibet.

Ou plutôt, je suis en train de dîner dans une salle faisant office de restaurant du monastère de Samyé.
Nous sommes cinq.
Cinq touristes.
J’ai rejoint quatre trois japonais à leur table, m’invitant à boire de la « Lhasa beer, the beer of the roof of the world ».
Et à manger des yacks burgers.
Je m’en souviens.

Cinq touristes.
Dont elle.
Seule à sa table.
En train de dîner.
En train de lire.
En train d’écrire.
C’est une jeune et belle asiatique, brune aux cheveux longs.
Elle nous regardera.
Nous sourira.
Mais ne se joindra pas à nous.
Elle semblait Sage.
Je m’en souviens.


17 mai 2008.
L'escapade de mai.
Je suis en Jordanie.

Dans une auberge.
J’arrive de Paris.
Je pose mes sacs.
Demande un lit en dortoir.
Monte mon sac dans le dortoir.
Mange un carambar.
Redescends dans le salon.
Lis la blague carambar.
Salue les différentes nationalités présentes.
Une australienne.
Un néerlandais.
Un allemand.
Un irlandais.
Et un Maxime.

Je leur parle de ma passion pour les carambars.
Et malabars.
Et puis.

Et puis, je vois une pile de livre dans une bibliothèque.
Me lève.
Vais la voir.
Il y a le Lonely Planet en anglais sur la Jordanie.
Il y a le Rough Guide de la Jordanie.
Un autre Lonely Planet sur Israël.
Et en dessous, il y avait l’improbable…

Le Guestbook de l’auberge.
Mais avec une illustration sur la couverture.
Et quelle illustration !
Une photo.

D’une asiatique.
De dos.
Prise en photo.
Du petit muret de la colline de mon Sage.
Avec vue sur le monastère de Samyé.

 

2129580706.JPG
Dans la note "Mon Sage", nous étions tous les deux, assis, ici.


Pourrait-ce être l’asiatique que j’avais croisé ce 7 octobre 2005 dans la salle de restaurant du monastère ?
J’aimerai.
Pourquoi retrouvai-je la photo d’un des sites qui m’avait le plus marqué, ici, dans cette auberge Jordanienne, à Amman, un soir de mai 2008 ?

Je pourrais être niais et naïf en affirmant que c’est mon Sage qui me l’a replacée sur mon chemin ce soir-là.
Mais non.
Je ne serai pas affirmatif.
Je continuerai de trouver cela fabuleux.
Laisser une part de hasard…
…ou pas.


Y’a pas à dire.
La vie est bien faite.
Les voyages sont merveilleux et restent le meilleur investissement.
A court.
Et à long terme.
Car sont immatériels.
On investit.
Pour le personnel.

Profitons-en.
Tant que possible.

02 mai 2008

Le drame de mai

On arrive.
On repart.
On défait les cartons.
On refait les cartons.

Transportés.
Au boulot.

J’aimai bien mon ancien quartier.
Je retrouvai mon quartier d’origine en arrivant à Paris.
J’aimai bien prendre mes trois stations de métro.
Mon rituel.
Trois stations pour aller au boulot. L’idéal.

J’ai dû dire au revoir à tout cela.

A ces conversations téléphonées. Celles-ci là.
Et puis à eux aussi que j’ai appris à connaître. Ces deux-là.
A ces moments d’emploi du temps surchargés. Comme celui-ci.
Et puis à ces scènes croustillantes. Elle est là.
Et surtout à cette scène là. Inoubliable.

Mais c’est comme tout.
Toute bonne chose a une fin.
Avant d’apprécier de nouvelles bonnes choses.
Mais merde.
On était bien là bas.
A l’écart de tout.
Au calme.
Grands bureaux.

Et on se retrouve maintenant avec tout le monde.
Ceux dont les dents rayent la moquette droit sortie des stocks des 70’s du Mondial Moquette de Goussainville (oui, grande boite, donc pas de parquet).
Serrés comme des carambars dans un mug Dora l’exploratrice.

Alors oui.
Alors oui suis à deux bureaux de mon DG.
Alors oui je pisse dans le même chiotte que mon DG.
Alors oui il va falloir que j’apprenne à dire « bonjour mon DG adoré ».
Alors oui mes yeux ont remarqué davantage de stagiaires brunettes canon se trémoussant à la machine à café et riant comme Amanda Lear.
Alors oui on n’est plus à l’écart et au courant de tous les potins, même de celui où la _____ ___ s’est faite ______ par le _______ dans les toilettes pour handicapés.

Oui mais non.
Car je vis un drââââme.
Il me fallait 16 minutes avant pour rejoindre mon bureau adoré avec mes trois stations de métro fétiches.
Et il me faut maintenant 17 minutes pour venir à ce nouveau bureau.
Mais 17 minutes à pieds.
Moche.
Et ça monte en plus.
Alors en velib, hors de question.
Sauf pour repartir bien sûr.
Mais plus de métro.
C’est bien ça le drââââme.

La vie est affreuse, non ?

Maxime, éternel insatisfait…
Encore en train d’étudier la possibilité de prendre le métro…
Pour faire les 478 mètres qui le séparent de son bureau à vol d’oiseau.

Quand on aime, on ne compte pas.

Bon, ce n’est pas le tout, mais j’ai mes congés de mai à poser.


27 février 2008

A l'affût

Encore plus en hiver quand le soleil se montre généreux.
Alors les gens sortent, nous sortons, je sors.
Là, c’était au jardin du Luxembourg.
Oui.
Histoire de changer…
Et la chasse est ouverte.
Pas celle que vous croyez.
La chasse à la chaise perdue est ouverte.

Seul, c’est plus facile.
Du pur pourcentage.
A deux, ça se complique.
A trois, ça commence tâche ardue.
A quatre, mieux vaut rester chez soi à regarder Drucker et son « Vivement dimanche » avec Bernard Menez en guest star et éventuellement penser à ne sortir que son clébard pendant Stade 2.

Alors seul, je cherche tout de même la place de choix, ne nous bradons pas.
On est exigeant avec soi-même ou on ne l’est pas.
Ce n’est qu’une fois installé que le spectacle peut commencer.
Ce n’est qu’une fois installé que les acteurs entrent en scène.

Ils sont à l’affût.
Certains stationnent bien dix minutes, assis sur le rebord de la marre.
Celle où les enfants s’amusent à jouer les Kersauson et autres Joyon.
Ils observent.
Guettent.
Se lèvent et se rassoient.
Car n’ont pas été assez rapides.

D’autres stationnent debout.
Un peu comme à la cantoch, quand on n’a pas de place.
Ils pressent ceux déjà installés en fin de dégustation de leur flan pour leur montrer qu’ils attendent.
Ici, c’est la même chose.
Et bien souvent, les Echos, le Monde ou encore un pseudo Kant à la main remplacent le plateau entaché du self.
Oui.
Car ici, je défie quiconque d’être déjà venu et de n’avoir jamais fait semblant de lire.
Pour observer les jolies passantes.
Ou passants, pour vous mesdames, mesdemoiselles.

Je sais, je fais la même chose.

Encore que parfois, même dans ces conditions, seul, on est dérangé.
Certains vont venir nous piquer notre seconde chaise adaptée à la plastique de nos pieds.
Alors du coup, on est de nouveau sur le marché, comme les autres, ceux assis sur le bord de la marre ou debout, et juste pour se retrouver une seconde chaise.
Celle, et c’est bien connu, nécessaire à l’équilibre corporel de nos membres inférieurs.

Et autour de nous.

Il y a mon voisin, qui lui, a la fameuse place collector.
En bordure de pelouse, avec la chaise aux accoudoirs et au dossier incliné.
La plus recherchée.
La plus cotée.
Et puis bien sûr, il a celle pour ses pieds.
Lui, c’est clair, il est arrivé à l’ouverture du matin.
Car sa place est chère, et il le sait. Le bougre.
D’ailleurs, c’est un quadra élégant, fines chaussures italiennes quatre trous, veste en tweed. J’aurais été surpris quand il sortira de sa besace une bouteille de Bordeaux, buvant au goulot.
Il le fit néanmoins avec beaucoup de raffinement.

Alors je guette.
J’observe.

Il y a ce couple de jeunes se dévorant des yeux, prenant leurs cheveux pour des peluches de Winnie l’ourson.

Il y a ces deux femmes âgées, immobiles.
Assises l’une à côté de l’autre, sans parole, mains bloquées sur la canne.
On aurait dit deux jumelles, regardant le temps passer, descendre le soleil ici plutôt que de chez elles dans leur fauteuil Louix XVI de velours que leur fils aurait retapé dans sa maison de campagne de Provence un dimanche d’automne.
Elles, derrière leur fenêtre et leurs rideaux jaunis à coups de procrastination de ménage et de force.

Il y a le schtroumpf, à l’œil toujours aussi vif, le képi brillant, hiver comme été.

Les deux jeunes brunettes fashionistas, au short, jambes encollantées et ballerines, se partageant un Ipod et lisant Voici, riant plus fort que notre regretté Henri Salvador.

Ces deux touristes anglais, habillés de jeans où on pourrait rentrer à quatre dedans, les yeux encore collés de leur soirée de la veille, découvrant Paris comme on l’aime, un après-midi d’hiver ensoleillé.

Il y a ce jeune couple et leur enfant à peine plus haut que trois bouteilles de Bordeaux empilées et faisant ses allers retours vers la marre, pour montrer à son papa que son bateau s’approche dangereusement de la maison des canards.
« Papa ! Gade ! Le bateau ! Y va dans la maison des canards !! »

Et il y a vous.
Les passants.
Théâtre de toutes les attentions.

Vous passez.
Repassez.
Lentement.
Rapidement.
Jeunes.
En souriant.
Pas très élégants.
Amusés.
Seuls.
Jolis.
Ternes.
Agés.
Sans sourire.
Elégants.
Moins jolis.
Maquillés.
Accompagnés.
Gênés.

Mixité.

Je ne sais plus où donner de l’oeil.
Zut. Flûte.
J’ai perdu ma page.
Celle que je m’étais inventé aujourd'hui.

Passant, elle m’a déconcentré.
Elles m’ont déconcentré.

Hips.
Fait mon voisin quadra.

A la vôtre.
A l'affût. Au fût pardon.

18 septembre 2007

1, 2, 3, nous irons au bois

Ni une ni deux. Il n’en fallait pas plus.
Ce serait fabuleux.
Ils ne seraient pas les premiers. Non, sans doute pas.
Quoique. Sûr qu’ils se comptent sur les doigts de la main.
Faut être barré quand même. Givré.
Mais la folie, c’est chouette aussi de temps en temps.
Après eux, d’autres essaieraient aussi. Forcément.
Vous peut-être.

Se retrouver. Seuls. Dans un décor de bois.
Autour, l’anarchie de plantes. D’arbres.
La tête dans les étoiles.
Comme là bas, au pays du sable.
Le sable en moins, l’excitation en plus.

Par contre tout serait ficelé. Ah oui. Quand même.
Minutieusement préparé.
Chaque pause. Chaque détail. Ne rien oublier.
Telle est la clé du succès.
Une organisation digne d’une attaque Napoléonienne.
Celle de Bérézina, on dirait qu’ils la mettraient de côté.
Ce qui serait à craindre, ce serait les espions prussiens mal intentionnés qui s’y seraient glissés aussi.
C’est un risque.
Mais après tout, l’ensemble n’est que risque.
Mais pas d’originalité sans risque.

Alors ils diraient qu’ils l’ont fait. Eux.
Ils seraient critiqués.
Ils seraient admirés.
Ils seraient traités.
D’irresponsables.
Après tout, ce n’est qu’un jeu.
Ils en seraient capables.

Arrivée en soirée. Tard. Presque à la fermeture.
Le jeu commencerait par une séance de cache-cache. Sacs au dos. Avec les hommes bleus.
Se faufiler. Retenir son souffle. Sentir son cœur s’emballer.
Adrénaline.
Puis pause.
On déballe.
Enfin.
On souffle. On savoure. On profite. On rit. On s’aime.
Enjoy.
Déjà, c’est gagné.

Puis, on remballe.
Puis on se cache.
Puis de nouveau on se faufile.
Puis de nouveau on retient son souffle. Le cœur s’emballe.
Adrénaline II, le retour.
Puis on court ! Court, court !
Là, c’est encore gagné.
Extraordinaire.

Quoiqu’il arrive, plus tard, ce serait de l’ordre de l’anecdote.
A raconter aux enfants, quand ils seraient grands. Très grands quand même.
A raconter aux petits-enfants. Quand ils seraient grands. Très grands quand même.
A ne raconter qu’aux très grands en somme.


Ca, c’est imaginer.
Imaginer avant de réaliser.
De réaliser… Une nuit à la belle étoile, dans un parc, en plein Paris.
Alors ?
Fou ?

Un risque.
Le lendemain matin, les gardiens les attraperaient.
Zut. Flûte.
Mais c’est réalisé.
Procès.
Jugement (petit sans doute).
Amende.

Mais aussi, imaginons cette juge.
Sévère au premier abord.
Et eux, là, devant-elle, jouant les mauvais enfants, tête baissée synonyme d’un
« Excusez-nous madame, nous voulions seulement jouer ».
Et elle, toujours avec son air sévère, par-dessus rajoutant
« Ces pratiques sont interdites par la loi. Une amende vous sera demandée ».
Normal. La juge exerce son métier.

Mais elle viendra. Plus tard. A la fin de l’audience. Discrètement.
S’approchera de la jeune femme, main sur l’épaule, sourire malicieux et lui chuchotera à l’oreille
« J’ai trouvé votre audace touchante. J’aurai aimé, dans ma jeunesse, que mon fiancé me propose de réaliser une telle folie, rien que pour s’amuser… ».

08 août 2007

Elle, je l'adore

Qu’on soit placé en haut, au milieu ou en bas, elle est différente.
Qu’il fasse chaud ou froid, elle est différente.

Quand elle est nue, il paraît qu’elle fait peur. Enfin, c’est ce qu’on dit. C’est n’importe quoi.
Au contraire, nue, elle est plus belle je trouve. Non ?
Moins mystérieuse, mais plus belle. Complètement nue.
Et elle est souvent nue d’ailleurs. Pas pudique. Non, pas du tout.
Ca, c’est bien.

Bon, faut dire, elle a la peau marquée. C’est vrai.
Lisse, plane, elle ne serait pas elle.
C’est son histoire.
C’est l’histoire qui façonne la beauté.
Elle, elle a vécu. C’est beau.

Tous les deux, on a nos coins favoris pour se retrouver.
J’aime écrire avec elle.
C’est souvent au calme que j’aime me faire un tête à tête avec elle.
Souvent, non. Tout le temps en fait.
Enfin tête à tête, disons qu’on est trois. Elle, lui et moi. Lui, c’est le carnet magique.
C’est dans le désert qu’ensemble nous avons passé nos meilleurs moments.
Suis pas habitué aux trios intimes, mais ceux là, déjà faits et refaits.
Toujours j’en redemande.

Elle nous a souvent guidé.
Faut dire, c’est une vraie loupiotte cette coquine.
Je ne suis jamais allé au milieu. Pas encore.
Je ne l’ai donc jamais vu sourire ou faire la moue.
J’aimerai. Ah oui.

En haut ou en bas, c’est pareil. Sauf que c’est inversé. Comme dans un miroir.
Elle a été chassée.
Elle a été conquise.
Mais elle reste sauvage.
Pourtant, il paraît qu’ils vont de nouveau l’embêter.
Au diable ! Mais laissez-là tranquille !

Ce matin je l’ai croisée.
Là, à Paris.
Là, en sortant du métro.
Mais je l’ai à peine vue.
Mais il fallait de bons yeux.
Elle n’est pas du matin.
Pourtant moi non plus, mais au moins je me montre.
Et même avec la marque de l’oreiller sur la joue gauche. Si si.
Par contre, je ne me montre pas nu.
Sauf à elles.

Il paraît qu’elle nous influence.
Peut-être.
Moi, je ne pense pas.
Si ce n’est pas moi, ce sont les haricots. Par exemple.
Mais pas les patates. Non. Mon père me l’a dit.
Ou mes cheveux. Oui, mes cheveux. Mon coiffeur me l’a dit une fois.
Il m’a même dit que certains coiffaient devant elle à minuit quand elle était nue.
Bizarre.
Encore un truc de poufs parisiennes ça. Il leur faut de l’extraordinaire superficiel.
Alors toujours quelqu’un plus superficiel pour leur en donner.

Je crois que rousse, je la préfère.

Ici, nous sommes en haut. Ici, c’est là.
A Quito, capitale du milieu, on est au milieu.
A Johannesburg, on est en bas et elle sourit.

La lune.