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02 mai 2008

Le drame de mai

On arrive.
On repart.
On défait les cartons.
On refait les cartons.

Transportés.
Au boulot.

J’aimai bien mon ancien quartier.
Je retrouvai mon quartier d’origine en arrivant à Paris.
J’aimai bien prendre mes trois stations de métro.
Mon rituel.
Trois stations pour aller au boulot. L’idéal.

J’ai dû dire au revoir à tout cela.

A ces conversations téléphonées. Celles-ci là.
Et puis à eux aussi que j’ai appris à connaître. Ces deux-là.
A ces moments d’emploi du temps surchargés. Comme celui-ci.
Et puis à ces scènes croustillantes. Elle est là.
Et surtout à cette scène là. Inoubliable.

Mais c’est comme tout.
Toute bonne chose a une fin.
Avant d’apprécier de nouvelles bonnes choses.
Mais merde.
On était bien là bas.
A l’écart de tout.
Au calme.
Grands bureaux.

Et on se retrouve maintenant avec tout le monde.
Ceux dont les dents rayent la moquette droit sortie des stocks des 70’s du Mondial Moquette de Goussainville (oui, grande boite, donc pas de parquet).
Serrés comme des carambars dans un mug Dora l’exploratrice.

Alors oui.
Alors oui suis à deux bureaux de mon DG.
Alors oui je pisse dans le même chiotte que mon DG.
Alors oui il va falloir que j’apprenne à dire « bonjour mon DG adoré ».
Alors oui mes yeux ont remarqué davantage de stagiaires brunettes canon se trémoussant à la machine à café et riant comme Amanda Lear.
Alors oui on n’est plus à l’écart et au courant de tous les potins, même de celui où la _____ ___ s’est faite ______ par le _______ dans les toilettes pour handicapés.

Oui mais non.
Car je vis un drââââme.
Il me fallait 16 minutes avant pour rejoindre mon bureau adoré avec mes trois stations de métro fétiches.
Et il me faut maintenant 17 minutes pour venir à ce nouveau bureau.
Mais 17 minutes à pieds.
Moche.
Et ça monte en plus.
Alors en velib, hors de question.
Sauf pour repartir bien sûr.
Mais plus de métro.
C’est bien ça le drââââme.

La vie est affreuse, non ?

Maxime, éternel insatisfait…
Encore en train d’étudier la possibilité de prendre le métro…
Pour faire les 478 mètres qui le séparent de son bureau à vol d’oiseau.

Quand on aime, on ne compte pas.

Bon, ce n’est pas le tout, mais j’ai mes congés de mai à poser.


05 mars 2008

Eux


Lui.
Je l’avais croisé il y a plus d’une année.
Pas très loin.
Au carrefour de la station Duroc.
Je me souviens.

Les velibs n’existaient pas encore.
Les troquets étaient toujours enfumés.
Il faisait beau.
Le merveilleux mois d’avril pouvait laisser présager un été où les adeptes des peaux caramélisées seraient excités comme des enfants devant un flanby.
Je me souviens.

Lui.
Il est venu vers moi.
Il était d’origine asiatique.
Cet homme d’une soixantaine d’année, déguisé d’un imperméable sombre qui cachait son costume du dimanche.
Cet homme qui arborait fièrement ses médailles de guerre sur son imperméable.

Lui.
Il m’avait abordé directement sur le trottoir.
Et commençait à me parler d’Indochine.
Et à me questionner sur le Vietnam.
A moi.
Géographe.
J’ai rebondi.

Eux.
Au même moment, un couple bras dessus bras dessous, passait devant nous et me fit en se retournant :
« Ne l’écoutez pas, il ne raconte que des histoires ».

Moi.
Dubitatif.
Devais-je les croire ?
Les velibs n’existaient pas encore, j’avais mon temps.
Il faisait le fier avec ses médailles.
Mais ces yeux n’avaient rien de fiers.
Alors je l’ai écouté.

Lui.
Il m’a raconté son histoire.
Ses combats.
Là bas, au temps de la guerre.
Ici, face à l’administration française.
Son exil.
Sa famille.
Son amour pour le Vietnam.
Son amour pour la France.

Lui.
Et moi.
Vingt bonnes minutes.
Oui, j’ai l’oreille facile.
Trop, sans doute.
M’en fiche. J’avais mes malabars dans la poche.

Mais alors.
Pourquoi se faire perdre vingt minutes pour au final demander dix euros pour aller à Roissy et accueillir sa famille arrivant de Saïgon - car dans sa mémoire, Ho Chi Minh Ville reste Saïgon –
Pourquoi prendre le temps de raconter toute cette histoire.
Parce que je l’écoute ?

Mais alors, dans l’histoire, quel est le plus dangereux ?
Lui, qui va perdre vingt minutes à ressasser son histoire et essayer de m’entourlouper?
Ou bien moi, qui vais lui prendre ses vingt minutes à l’écouter et au final ne lui proposer qu’un malabar avec un super héros en guise de tatouage?

Lui.
Durant ces vingt minutes, il m’a fait avancer.
Il m’a raconté une jolie histoire.
Moi, durant ces vingt minutes, je ne l’ai pas fait avancer.
Il n’a pas eu ses euros.

C’est surtout six mois plus tard qu’il m’a fait avancer.
Lui.
Quand il m’a recroisé.
Au même endroit.
Sous un ciel plus couvert.
Apprendre à dire non.
Je me souviens.

De la même manière.
La même histoire.
Que j’ai écourté, lui demandant s’il allait me demander dix euros pour aller accueillir sa famille à Roissy.
Il m’a regardé.
A marmonné, dans sa moustache jaunie.
Je lui ai répondu qu’il pouvait au moins changer son histoire.
Remplacer Roissy par Orly.
Non.
Aucune minute à lui consacrer.
Mon velib n’attendait pas.

C’est vraiment là que j’ai découvert.
Qu’il était atteint de schizophrénie laxative.

Et lui.
Ce midi, je l’ai recroisé sur le trottoir d’en face.
Devant le Chien qui Fume.
Galopant rue du Cherche Midi.
Le même.
La même moustache.
Le même imperméable.

Moi.
Je n’ai pas osé.
Lui demander s’il cherchait midi à quatorze heures racontait toujours la même histoire.
Il ne m’intéressait pas.
Plus.
Je l’avais bu.
Dorénavant, il m’était vide.

Et l’autre.

Ah oui, l’autre.
Il m’intéressait.
Beaucoup.
Enormément.
Je l’ai recroisé ce matin.
En revenant de l’ambassade d’Iran, visa en poche.
Ligne 6.
Au loin, j’ai reconnu sa voix.
Cette voix si singulière, que j’entendais chaque matin entre 2003 et 2005 sur la ligne 10.
Et que je n’entendais plus depuis.
J’étais heureux de l’entendre à nouveau.
Un clin d’œil.
Malgré un œil amoché.

L’autre.
Il m’a fait de la peine.
Car avant, comme tous, il demandait de l’argent. Oui.
Mais.
C’était un poète.
Il écrivait ses textes.
Aimait les jolis mots.
Les récitait avec envie.
Un peu comme lui.
Et les offrait.
« En échange d’une pièce, d’un ticket resto ou de métro, pour continuer à jouer avec les mots ».
Comme il disait.
J’aime sa voix.
Il est touchant.

Sauf que là.
Il n’avait pas de texte.
Plus.
J’étais déçu.
Embêté pour lui.

Alors pourquoi.
Alors pourquoi ne proposait-il plus de texte ?
Avait-il perdu sa plume ?
Son envie ?
Son inspiration ?
Ces années de galère l’ont-il touché davantage ?

Il n’est pas passé devant moi.
Il est sorti juste avant.
Là où je devais descendre.
Je suis allé le voir sur le quai.
Et lui ai demandé pourquoi il ne proposait plus de texte.

Et c’est là que je me suis rendu compte que notre imagination prend bien souvent le dessus.
Car il m’a répondu que la photocopieuse était en panne ce matin.


02 mars 2008

Virtuel

J'ai une théorie.
Simple.
J'en suis arrivé à me dire que 80% des célibataires d'Ile de France sont, ou ont au moins une fois été, inscrits sur un site de rencontres virtuelles.
Si si.
Alors on va les imaginer.
Elle et lui.
Qui traîneraient sur un site de rencontres bien connu.

Ils ont roulé leur bosse sur ce site.
Ils ont vécu des périodes olé olé ces deux petits coquins.
Chacun.
De leur côté.

Et ils en ont lu aussi.
Chacun.
De leur côté.

Elle, elle a eu des:
« Kikoo! »
« slt sa va? »
« pkoi ta pa dfoto? »
« T knon, tabite ou? C koi ton zerossiss?»
« ta l'R kool lol mdr ptdr lol //smiley »
« eh pr1cess, jte kif alor jte kiss la miss »
« G vé marché dan 1 parc tu vi1 ac moi? »

Et des romantiques à deux roubles:
« bonjour, par ta beauté tu apportes à la femme ce que Michelange a apporté à la Renaissance ».
« j'aimerai être une larme, pour naître dans tes yeux, vivre sur ta joue et mourir sur tes lèvres ».
« ton père est un voleur, il a volé les étoiles du ciel pour les mettre dans tes yeux ».

Et puis des gigolos comme:
« salut, j'ai la dernière Renault Fuego, et deux places pour aller voir Roland Magdane en concert à la Sauvette. Après, si ça te dit, on se commande une pizza et on joue avec ton olive vite fait dans la cuisine ».
« t'es passée sur ma fiche, mais pourquoi t'as pas flashé? t'es relou, tu fais baisser mes stats ».
« t'as pas de photo, t'es peut-être une grosse laide, mais si tu me mîmes un SuperVixen, peut y avoir moyen de moyenner ».

Parfois des touchants:
« bonjour, je vis seul avec Skippy mon petit caniche, ma jambe de bois me fait de plus en plus mal et je perds la vue depuis qu'on m'a transplanté un oeil de verre. Tu veux parler un peu? Je ne mords pas (oui, j'ai arrêté depuis mon accident de mobylette qui m'a détruit le maxilaire inférieur)».

Rarement des paumés:
« c'est toi la nana qui vend des canevas de petits chiens sur ebay? Ma femme les collectionne (oooops non non, j'ai rien dit hein, je n'ai pas de femme...)»

Souvent des lourds:
« Hey, webcam hot sur msn? moi cé kiki_choduku69@hotmail.com ».
« bonsoir, belle demoiselle, ma femme et moi (ainsi que nos 9 colocataires hommes) sommes friands de plaisirs sensuels et charnels tout en douceur bien sûr. Tu es partante, j'ai vu que tu avais des yeux de coquine ? tu veux mon zero six?».
« T'es en Ile de France? Cool, on est voisins. On peut se retrouver au 4eme sous-sol du parking de Velizy2 à 23h45, on sera tranquille, je ramène les légumes ».

Bref.
Quant à lui, en général, ça restait assez soft.
En dehors d'une ou deux « rche_planQ123 » ou « brigitteM_leSex69 », riche femme au demeurant du haut de ses 57 ans et de son sixième arrondissement qui proposait une suite au Lutétia. On est classe ou on ne l'est pas.
Merci Brigitte, mais lui, ça ne l'intéressait pas.
Il a bien croisé de nombreuses « princess754 » et autres « keSeréje100toi » restées bloquées avec leur zapette et leur DVD devant « la belle au bois dormant ».
Son jeu favori: compter les annonces avec les « blablabla? alors passe ton chemin »
« Passe ton chemin ».
« Passe ton chemin ».
« Passe ton chemin ».
« Passe ton chemin ».
Ca résonnait.
Au point qu'il en rêvait la nuit.
« Passe ton chemin ».
Ah, il en a fait de la route!
Mais il s'en fiche.
Il savait que tous le mèneraient à Rome.

Elle et lui, ils en ont rencontré du monde! Les bougres!
Mais voilà.
Un soir, leurs clics se croiseraient.
« 
- Ooops mince! Il va voir que j'ai visité son profil hihihi
- Tiens tiens... plutot pas mal celle-ci, voyons voir
- Hihihi, ça y est, il me visite
- Hum, intello en plus. Bon, une imperfection sur le menton mais une jolie poitrine quand même.
- Ben alors? il me « chatte » pas ce con? Pfff, encore un branleur qui pète plus haut que son cul. Et puis m'en fiche d'abord, y'a « regisfromparis75 » qui vient de m'envoyer un flash. Non mais!
- Laissons-la venir, voir si elle aurait une accroche intello et rigolote en plus de faire 1m79, 62kg, « très agréable à regarder »,  ce qu'elle a de plus attrirant: « ses fesses »
»

Et elle retourne le voir.
Et lui aussi.
Affreusement attiré par sa poitrine.
Et elle ne cède pas.
Et lui non plus.
Sauf que.
Blasée de « regisfromparis75 » et ses "kikoo, j't'emmène dans ma twingo?", elle craquera la première.
Oui, c'est comme ça.
Point barre.
C'est elle, c'est elle.
Et on ne discute pas.
Non mais.

Et l'histoire commencerait.
Autour de compets de malabars dans le métro.
De batailles de farine et de chocolat Poulain en poudre dans la cuisine encore meurtrie par ça.
De pirouettes sous la couette.
De nutella sur le nez.
De records de feux rouges grillés en velib.
Et de polochons troués.

Et puis, au bout de trois semaines, le tournant.
Les deux compétiteurs, friands de blagues carambars, devraient passer l'étape supérieure.
La fameuse étape de confrontation des amis respectifs.
Aïe.
Ouille.
Car nos deux compères n'assument pas.
De s'être rencontrés virtuellement.
Ils auraient préféré se rencontrer lors d'une merguez ou d'une chipo Party, d'un barbecue géant où paëlla et saucisses de Morteau seraient à volonté, dans le jardin d'un manoir des Yvelines.
Sur fond de soleil couchant, les yeux dans les braises.
Echangeant leurs merguez.
S'enivrant de Banga et autre Riqulès.

La suite coulerait de source.
Ils devraient de nouveau se rencontrer.
Mais « pour de vrai » cette fois-ci.
Alors ils auraient une idée.
Alors il feraient un pacte et décideraient d'un commun accord, afin de pimenter, de n'accepter de se revoir qu'à la seule condition et soumission du hasard.

Ils ne se reverraient pas, tant que l'un et l'autre ne se seraient pas re-croisés aléatoirement dans le métro.

Les règles du jeu seraient simples:
Chaque soir, tour à tour, ils sélectionneraient une ligne de métro.
L'un indiquerait à l'autre dans quel sens il prendrait cette ligne.
Mais sans révéler à l'autre le nom de la station où le premier monterait.
Ni même la position dans la rame.
Se retrouver par le seul fruit du hasard.

Le jeu pourrait durer longtemps.
Très longtemps.
Interdiction de se revoir.
Tant qu'ils ne se seraient pas re-croisés.
Excitation.

Et puis, arriverait le moment où ils se retrouveraient.
Face à face.
Sans rien dire.

Imaginons.
Ce serait ligne 12.
Station Rennes.

Elle, installée sur un strapontin.
A côté, une personne assise et deux autres debout.
En face, une femme noyée dans son super Sudoku d’argent.
Excellent.
Parfait.


Station Sèvres-Babylone.

Il monte.
Il aperçoit de loin sa veste mauve Winnie l'Ourson d'hiver.
Il la reconnaît.
De dos.
Sa choucroute barrette sur les cheveux.
Il avance dans la voiture et s’installe sur le strapontin, face à elle.
En face en diagonale, une personne assise, deux debout.
A côté, une femme perdue dans des mots mêlés. Non, c’est un Sudoku plutôt.
Excellent. Parfait.
Scène posée.

Ca peut commencer.

On dirait qu’ils ne se connaissaient pas.
Toujours pas.



Station Rue du Bac.

Il sort son carnet magique.
Ecrit une ligne.
Miss Sudoku le remarque.
Il range son stylo dans le carnet magique.
Il referme le carnet magique.
Et il lui tend son carnet magique enstyloté.

Etonnée, amusée, elle attrape le carnet magique.
Ouvre la page.
Elle rit.
Miss Sudoku épie.
Miss Sudoku est désormais paumée dans son calcul.
Elle prend le stylo, écrit sur la page du carnet magique.
Premier monsieur debout la regarde sourire et écrire.
Miss Sudoku le regarde, lui, discrètement de côté. Et puis elle, en train d'écrire sur le carnet.


Solférino.

Elle lui tend le carnet magique.
Il attrape le carnet magique.
Il ouvre le carnet magique.
Il sourit.
Il contrôle bien son rire.
Miss Sudoku veut lire. Non. Ce n’est pas bien. Calcule plutôt toi. Grande curieuse va.
Premier monsieur debout chuchote à deuxième monsieur debout.
Deuxième monsieur debout le regarde écrire dans le carnet magique.

Miss Sudoku, premier et deuxième monsieur debout se mettent à sourire.
Tous les trois, les yeux tournés vers le carnet magique.
Ils assistent à une scène improbable ils pensent.
Mais ils aiment.

Il lui re-tend le carnet magique.
Souriante Tonygencyl, elle s’empare du carnet magique.


Assemblée Nationale.

Elle rigole. Un petit cri. Maîtrisé. Tout juste.
Main devant la bouche.
Yeux en amande. Elle rougit.
Elle relit et s’esclaffe.
Elle cherche sa respiration.
Elle rit encore de plus belle.

Il rit.
Ils rient.
Tous.

C'est gagné.

Allez. Zou.


Concorde.

Ils sortent, et ensemble cette fois-ci.
Amusés.
Yeux en croissant de lune.
Ils courent sur le quai.

Premier et deuxième monsieur debout les regardent sortir et courir avec de grands yeux.
Miss Sudoku en laisse tomber son super Sudoku d’argent.
Ils ont compris.
Qu'ils se connaissaient.

Quant à eux, ils se sont rencontrés.
De nouveau.


Réussi.

29 février 2008

Avant-première

Débandade.

Falguière. 9h11.

Première fois que je posais pour une photo dans le métro.
Pourtant, l’œil gauche disait merde à l’autre.
Par chance, le col de chemise était repassé.
Seulement le col, le pull cache le reste.
Pourtant me suis pris une rafale de vent en entrant.
Cheveu Jackson Five.
Mais elle a insisté.
J’ai obtempéré.
Docile.
Et elle va me suivre en plus.
La photo.

Mais c’est l’idéal pour un procrastineur :
Le personnel RATP se charge de proposer le pass NAVIGO pour ceux ne l’ayant pas encore en ce moment dans les stations.

Bref.


Falguière. 9h14.

L’Ipod n’a plus de batterie.
La rame arrive.
J’entre.

Et là, c’est l’avant-première.

Je monte avec un étalon.
Serrés comme des poules.
Une odeur de fauve.
Une jolie grande girafe à la peau tachetée.
Un quinqua avec des lunettes aux yeux de veau.
Une biche à la coiffure digne d’un concours de choucroute.
Un gros cochon terminant son pain au chocolat.
Un rapace le regardant manger avec envie.
Une vieille chèvre en train de bêler après un éléphant lui ayant marché sur le pied.
Une grosse vache avec trois centimètres de maquillage sur la peau.
Le roumain poids plume qui a réussi à se trouver une place et multipliant les canards avec son violon.
Le pigeon qui s’est fait piquer sa place par la vieille chouette.


Pasteur. 9h16.

Des bœufs montent.
Un renard qui élabore les meilleures stratégies pour son super méga Sodoku d’or. Seize cases. Attention. Il ne rigole pas le garenne.
Pas de Reese aux yeux de truites. Zut par contre.
Deux jeunes ânes jean slim révisant leurs identités remarquables.
Une marmotte aux yeux collés cachée sous son écharpe.
Une grande jument très élégante que le pigeon observe furtivement.
Une autruche hautaine qui domine tout le monde, au gloss insolent.
Une petite caille toute mignonne avec ses couettes, cachée derrière la girafe. Que le pigeon observe furtivement aussi. Ce pigeon a de vrais yeux de chat.
Un agnelet se met à crier.
Une génisse lit un « Prions ensemble ». C’est connu, les génisses ont la foi.
Un taureau encostardé aux belles cornes. Je lui conseille de surveiller sa femme.


Volontaires. 9h18.

Un bélier entre en force.
Une grosse truie pousse tout le monde pour sortir.
L’autruche bousculée est loutrée. Outrée pardon.
Un dératé court comme un lièvre pour attraper la rame.
Maître hibou, professeur de chimie, prépare ses cours.
Au fond, un dandy qui s’expose comme un paon, armé de son blackberry.
Le lapin, toujours aussi stoïque : « Attention! Ne mets pas tes mains sur la porte, tu risques de te faire pincer très fort ! ».
Deux bergers allemands se remémorent leurs anecdotes de la dernière fête de la bière à Münich.
Trois pies qui jacassent à propos d’un étrange oiseau.
Un coq, à l’oreille bien sale, les écoute.
Les vers, non, verres, pardon, du quinqua aux yeux de veau se méfient du coq.
Un chauve sourit.
Une jolie minette lovée se blottit dans les bras de son matou.


Vaugirard. 9h20.

Je fuis.



Ce matin, le salon de l’agriculture était en avant-première dans le métro.



29 janvier 2008

De bon matin

Ces moments là, j’aime beaucoup.
Souvent, c’est mon premier sourire du matin.
J’aime bien.
C’est mignon.
Enfin, ça dépend de qui aussi.

Ce matin, c’est encore arrivé.
Et c’est un régal lorsque ça se passe de la même manière.
Ce matin, c’était vraiment collector.

Station Falguière, 9h03.

J’attends la rame.
M’assieds sur les sièges du quai.
Un jeune homme d’une trentaine d’années arrive et s’assieds à deux sièges de moi.
Il a l’air d’un champion de la trace d’oreiller.
J’ai forte affaire.
Sauf que lui a cet atout que je n’ai pas.
La fameuse tâche de dentifrice asséchée sur le coin de la bouche.
Chemise jaune du voyageur représentant placier.
Jaune Poste.
Sans doute VRP pour les glaces Miko ou autres cuisines Mobalpa.
Qui plus est, cravate Tintin.

Oui, il devait travailler pour une société.
Mais n’avait rien d’un général.
Rien d’un Jérôme Kerviel.
Il avait un sac de sport Waïkiki.
Comme quoi, ça doit toujours exister.
Sans doute allait-il muscler ses cuisseaux entre midi et deux.
Bref.
Je vais l’appeler Waïkiki.

La rame arrive.
Nous montons.
Je m’assieds.
Waïkiki reste debout.
Je les observe lire l’article de leur 20minutes sur le fameux trader qu’ils doivent idolâtrer.
Lui.
Et son Tintin.

Station Pasteur, 9h06.

Beaucoup de monde sur le quai.
Vais devoir faire un effort et me laver.
Lever pardon.
Monte alors parmi la foule une jolie brunette.
Un peu comme celle-ci.
En robe Maje (oui, je le savais).
Les boeufs entrant, Waïkiki est obligé de battre en retraite.
Waïkiki est contraint de lâcher la barre du métro qu’il tenait avec force et témérité et file se réfugier contre la porte du fond.
Point d’observation ô combien stratégique.
Brunette, quant à elle se faufile avec souplesse et finesse.
Oui, tous les trois.
Brunette est svelte.
Mais Brunette a le regard froid. Stricte.
Brrrr.
Net.

Et c’est alors que.
Et c’est alors que Waïkiki allonge soudainement son bras.
Et c’est alors que Waïkiki tapote sur l’épaule de Brunette.
Je crois rêver.
Et me dis :
« Non, il ne va pas le faire quand même... Kamikaze ok, mais ça là, c'est hors-catégorie! ».
Et :
« Alors là mon coco, si toi, ton Tintin et ton sac Waïkiki réussissez à entamer une discussion avec la jolie brune aux lèvres aussi brillantes qu’un malabar fraise fraîchement ruminé et qui plus est, au milieu de tout le monde en silence, alors je me fais moine sur le champs ! ».

Brunette se retourne.
De mon côté, à cet instant, j’ai peur.
Panique.
Je sens le séminaire tout proche.
Jusqu’au moment où.

Jusqu’au moment où j’entends le :
« Ah, salut ».
Durant une seconde je deviens blême.
Je me mets à trembler.

Je me mets à trembler rien qu’à l’idée de me dire que ce mardi 29 janvier 2008, je vais être dans l’obligation de devoir appeler mes frères bénédictins au fin fond de l’Yonne pour les avertir que je vais les rejoindre pour me nourrir de prières et les aider à vendre du cidre, des potirons, du pâté et du miel pour le bien de la communauté.
Et tout ça à cause de Tintin et d’un singe.

Non.
Impossible.
Impossible car cet état n’a duré une seconde.
Le temps que je remarque que le « Ah, salut » de Brunette était en fin de compte forcé.
Gêné.
Ouf.
Sauvé.
Oui.
C’était un « Ah, salut » de dépit.
Un « Ah, salut » synonyme de :
« Et merde, il est là lui.
Quel boulet.
Vais être obligée de lui parler.
De leur parler.
Lui.
Et sa tâche de dentifrice ».

Car Brunette est un peu comme nous.
Brunette n’aime pas parler dans un métro surchargé le matin avec un collègue de travail.
Vous savez, ces mêmes collègues qu’on évite au maximum et qu’on ne croise que derrière les vitres de son bureau à se forcer à leur sourire pour montrer aux autres qu’on connaît du monde dans la boîte.
Et ici, pire.
Justement dans le wagon du matin où personne ne parle.
Où certains terminent leur nuit.
Où certains enragent devant leur super Sudoku.
Où certaines lisent avec dévotion leur horoscope.
Où dans le silence du matin la parole se maquille.
Mais où toutes les oreilles restent attentives.

Alors ce fut le festival.
Waïkiki lui dit alors :
« Tiens, tu montes à Pasteur ? ».

Et j’ai vainement attendu le :
« Dis donc guignol, en plus d’avoir une tâche de dentifrice, tu as le sens de l’observation ! Et la trace que t’as sur la joue, c’est ton oreiller ou tu t’es endormi sur ta brosse à dents hier soir ? ».

Mais non.
Il n’est pas sorti.
A la place, j’ai entendu un :
« Oui, comme chaque matin ».
Et Brunette se retourne.
Gênée.

Et puis plus rien pendant une dizaine de secondes.
Ces fameux blancs qu’on aime tant.

Station Volontaires, 9h09.

Mais Waïkiki insiste.
Et Waïkiki répond :
« Ah, c’est bien ça. Mais qu’est-ce qu’il y a comme monde ce matin, non ? ».
Deux secondes d’attente.
Brunette se retourne vers lui et dit :
« Comme chaque matin ».
Waïkiki :
« Ah oui c’est vrai. T’as raison ».

Et puis plus rien.
Rien.
Brunette regardait ses pieds.
Brunette regardait la carte du métro.
Brunette était rouge.
Brunette cherchait à occuper ses mains.
Brunette regardait son Ipod qu’elle avait par politesse quand même enlevé.
Mais Brunette n’osait pas le remettre sur ses oreilles.
Car Brunette savait tout de même que ça ne se faisait pas.
Il s’agît d’un collègue tout de même.
Mais voilà.
Dans ces moments là, le temps s’écoule au ralenti.
Le monde autour prêt à capter la moindre suite de la discussion.

Waïkiki, lui, il s'en fiche qu'elle ne parle plus.
Waïkiki, il pense que Brunette est timide car elle est rouge comme une tomate sicilienne.
Waïkiki, il sourit car il sait qu'il va accompagner Brunette à la sortie du métro jusqu'au boulot.
Peut-être même que Waïkiki attendait ce moment depuis longtemps ?

Mais là, pour elle, il ne manquerait plus que la rame ait une avarie et qu’elle stoppe.
Elle redoute ce moment.
Déjà qu’elle se doute qu'encore une fois par politesse elle va devoir faire la route avec lui en sortant.
Huh !
Courage, prendre sur soi!

Station Vaugirard, 9h11.

Je descends.
Et abandonne Brunette et Waïkiki à leur destin.

Je jubile.
Je ne serai pas séminariste ce soir.
Et ne vendrai pas de miel sur le marché d’Entraygues-sur-Truyère en plein hiver, nus pieds dans les mêmes sandales que les touristes allemands à Ibiza.

Alors vivement demain.
Pour peut-être avoir la chance de revoir mon Waïkiki.
Avec j'espère, une trace de Nesquik sur le bord des lèvres.

17 janvier 2008

Brève

C’est rare.
Très rare.
Sans doute la seule fois dans l’année.
Et c’est pour ça qu’on y fait attention.
Et c’est pour ça que j’y fais attention.

Personnellement, ça ne m’amuserait.
Ca m’userait.
Ca muserait.
Point.

Lui, dans le métro, ça semblait lui plaire.
Peut-être était-ce sa première fois.
Alors ce serait compréhensible.
Mais non.
On va dire que ça n’était pas sa première fois.
Comme ça, ça ne sera pas compréhensible.
Non mais.

Muet.
Niais.
Niet.
Muette.
Miettes.
"Ramasse-toi mon chéri".
On aurait dit un petit canif.
Oui, un petit fien.
Ni fait ni à faire.
A elle. C’était le sien.
Celle qui avait du chien.
Du chien sur les mains.

Il faisait chaud.
Nous étions serrés.
Ils faisaient chier.
Nous étions sots.

Sots.
Elle et moi.
Face à eux. Lui et son regard de chiot.
Face à nous. Mon incompréhension et moi.

Oui, j’ai du mal à comprendre.
… Ces hommes qui font les soldes avec leur petite amie.
… Ces hommes qui portent ces sacs.
Ces sacs, objet de mode à eux seuls. N’importe quoi.

Mais cette journée fut un renouveau au sortir du métro.
Car je l’ai recroisée.
Elle.
Dans ma rue.
Dans sa rue.
Pourquoi est-elle revenue ?
Je ne comprendrai pas.
Aujourd’hui, je n’ai toujours pas compris.
Oui, ai toujours besoin de comprendre.

Elle avait l’air marquée.
Et elle est rentrée.
Que venait-elle faire ?
Qui venait-elle voir ?
Alors je me suis mis à espérer.
Qu’elle reviendrait.
Qu’elle lui reviendrait.
Que tout redeviendrait.
Comme avant.

Mais non.
Je ne l’ai pas revue.
Depuis samedi dernier.
Fausse joie.
Pire.
J’ai vu l’autre.
Toujours sur le balcon.
Elle, et son chignon.

L’histoire continue.
Ornella, je vous salue.
Au plaisir.


06 décembre 2007

Dernier voyage, voyageur

Et pourtant.
Et pourtant ce devait être une journée ordinaire.
Et pourtant ça arrive tous les jours.
Et pourtant, lui, il avait du se réveiller comme à son habitude.
Et pourtant, il ne savait pas qu’il allait vivre sa dernière journée.
Il a croisé sa route.

Mais d’où venait-il ?
Mais qu’allait-il faire ?
Mais que lui est-il passé par la tête ?
Mais voilà.
Il a croisé sa route.

Peut-être revenait-il de courses ?
Peut-être faisait-il sa balade quotidienne ?
Peut-être suivait-il une promise ?
Peut-être venait-il juste de se réveiller ?
Il a croisé sa route.

Je ne sais pas s’il était jeune.
D’ailleurs, de touts petits, même à Paris, on n’en croise guère souvent.
Même jamais vus.
Où se cachent-ils donc ?
Vu qu’ils sont des dizaines de milliers.

L’autre a été sans pitié.
Il ne pouvait pas faire autrement.
Il ne manquerait plus que ça.
Imaginez.
Dans Paris !
Où en serait-on !

Et pourtant, ils sont très habiles.
Ils démarrent au quart de tour.
Comme lorsqu’on me parle de vacances.
Mais lui, il ne partait pas en vacances.
Il était assigné à résidence à Paris.
Je le sais.

Peut-être était-il avec des amis.
Et qu'ils s'amusaient à se défier.
Mais c'était bien risqué.
Quel jeu bête.

Les plus beaux, nous n’y faisons même plus attention.
Tellement nous sommes habitués à en croiser de sales.
Parfois même de génétiquement modifiés.
C’est la ville qui les modifie.
Encore un des pouvoirs de l’urbain.

Heureusement, sur le quai, il n’y avait pas d’enfant.
Ils auraient été choqués.
Normal.
Ils les aiment beaucoup.
Ils aiment jouer avec.
Ils les amusent.

Une fois, j’en ai vu un s’arrêter net.
Et tomber.
Comme une masse.
Un arrêt cardiaque sans doute.
Ca leur arrive aussi.
Provoquant un fracas contre une tôle.

Une autre fois, il y en a eu un qui a voulu se prendre pour Ben Laden.
Il est arrivé sans stopper.
S’est fracassé contre une vitre de l’immeuble.
Et il est tombé.
Comme une masse.
Comme son ami précédent.
Sauf que lui, il s’est relevé.
D’ailleurs, l’histoire ne dit pas que nous l’avons retrouvé.

Mais lui, il n’a pas eu cette chance.

C’était Station Jaurès.
Paradoxalement, sa liberté s’est arrêtée ici.


Lui, le pigeon qui s’est mangé le métro hier midi.

02 décembre 2007

Attendez

Concorde.

Samedi soir.
Tard.
Ligne 12.

Il se glisse et s'assied.
Il n'a pas choisi sa place au hasard.
En face de lui, une jolie brunette.
C'était obligatoire.
Cheveux fins, longs.
Joues du bonheur.
Bouche en croissant de lune à Johannesburg.
Emmitouflée dans son écharpe de mère Noël.
Ecoutant sa musique.
Tête penchée.
Yeux fermés.
Bras croisés.
Lecteur sur ses genoux.

Elle ne l'a pas vu s'installer.
Normal.
Plongée dans sa musique.
En revanche, ses voisins l'ont remarqué.
Un couple de sexagénaires.
Très beau.

Il déciderait qu'ils seraient alors ses complices.
Il savait qu'ils accepteraient de jouer le jeu.
Et en silence.
Juste les yeux.
Et les visages.

Mais la partie ne serait pas facile.

Il y aurait les autres.
Il ne faudrait pas qu'ils ne soient finalement pas complices.

Il y aurait le temps.
Il ne faudrait pas que l'Isis écourte son trajet.

Il y aurait la vue.
Il ne faudrait pas que l'Isis ouvre ses yeux.

Il y aurait le hasard.
Il ne faudrait pas que le destin s'en mêle.

Il y aurait l'audace.
Il ne faudrait pas finalement que l'audace s'échappe au dernier moment.

Et Il y aurait l'excitation.
De toute manière, elle, elle ne fait jamais faux bond.

Tout ce petit monde réuni.
Juste pour quelques instants.
Quelques instants de plaisir.
Anonyme.

Alors il s'exécuta.
Ses voisins ne sont pour l'instant pas encore complices.
Il sort son carnet.
Son stylo.
Arrache une feuille blanche de son carnet.
Ecrit trois mots.
L'Isis a toujours ses yeux fermés.
L'Isis a bougé le bras gauche.

Ses voisins le regardent.
Mais ne voient ce qu'il écrit.
Ils ont des yeux de sexagénaires.
Ils ne sont toujours pas complices.

Il range son carnet.
Il range son stylo.
Il sourit à ses voisins.
Il ouvre grands ses yeux.
Regarde ses voisins.
Approche sa main de sa bouche, index tendu.
Il leur mime le « chut » du fripon.
Ils le regardent.
Ils sourient.
Normal.
Il ne comprennent pas.

Il se tourne vers elle.
L'Iisis a toujours les yeux fermés.
Il approche sa main vers son genou.
Et la feuille aux trois mots.
Bras tendu.
Doucement.

Ses voisins le regardent.
Etonnés.
Ils ne comprennent pas.
Toujours pas.

L'Isis a toujours les yeux fermés.
L'Isis bouge le bras droit.
Il ramène aussitôt sa main.
Range son bras.

Silence.
Son voisin s'est replongé dans la lecture du lapin « Attention! Ne mets pas tes mains sur la porte, tu risques de te faire pincer très fort ».
Sa voisine continue de le regarder.


Assemblée Nationale.

Deuxième tentative.
Il rapproche sa main.
L'Isis a toujours les yeux fermés.
L'Isis ne bouge ni le bras gauche, ni le bras droit.
Alors doucement.
Avec délicatesse.
Il dépose la feuille aux trois mots sur le genou de l'Isis.

Il retire sa main.
La range dans sa poche.
Ses voisins sourient.
Ses voisins ont des yeux de sexagénaires.
Mais ils ont compris.

La feuille est délicatement posée sur son genou.
Les trois mots sont offerts au plus espiègle des regards.
Son voisin ne peut pas lire.
Normal.
Il est placé à l'envers.
En revanche, sa voisine, elle, peut lire.
Et elle ne s'en prive pas.
L'Isis a toujours les yeux fermés.
L'Isis remue sa tête.
Gauche.
Droite.
La voisine penche la tête.
Attention au torticolis mamie.
Elle se redresse.
Torticolis évité.
Elle se tourne vers lui.
Lui adresse un gand sourire.
Son voisin regarde sa voisine.
Il ne comprend pourquoi elle adresse un énorme sourire à son voisin.
Sa voisine se penche vers son voisin.
Attention à votre dos mamie.
Sa voisine murmure à son voisin.
Penché également.
Attention à votre dos papy.
Ils se redressent.
Ils lui sourient.
Il leur sourit.
Merci mamie.
Merci papy.

Ne souriez pas trop fort, vous pouriez faire glisser les trois mots encore en équilibre précaire.

Ne reste plus qu'elle.
L'Isis.


Rue du Bac.

L'Isis remue ses bras.
L'Isis ouvre ses yeux.
Ses paupières cachaient deux magnifiques émeraudes.
En bougeant ses jambes, elle laisse tomber les trois mots.
Avant de ne les rattrapper au vol d'une manière très adroite avec ses moufles lapones.

Les émeraudes scrutent.
Elle relève la tête.
Elle le regarde.
Elle les regarde.
Ils la regardent.
Ils lui sourient.
Ses voisins sont bel et bien devenus complices maintenant.

«
Mais qu'est-ce que c'est?
Mais qui a...
»

«
Attendez...
»
Lui dit-il.

Alors il rentre sa main dans son manteau.
Et en sort un carnet.
Un stylo.
Arracha une feuille blanche de son carnet.
Et écrivît.

« Aucune idée. Quelqu'un est monté, puis descendu. Il vous a juste déposé cette feuille sur votre genou ».

Et lui tendît.

Et ils sourièrent.

Et tous.

Et deux écarlates plus que deux autres.

07 août 2007

On joue??

Fallait égayer tout ça un peu.
L’orage avait éclaté.
L’atmosphère électrique les avait excité.
Tout le monde courait. C’était beau.
Tout le monde était trempé. C’était beau.
Voir des gens trempés courir, c’était beau. flic flac floc (pour toi ça).



L’orage s’est calmé.
Il était temps de finir son verre, de partir sans payer.
Il était temps de jouer.
Allez.
Huit euros soixante. Restons honnêtes cette fois-ci.

Falguière.
Là, il faut faire comme si on ne se connaissait pas.
C’est la règle, pour qu’il n’y ait pas de triche.

Sauf que cette fois-ci, ils se sont faits avoir.
Et avant même de commencer.

Ils sont montés.
Assis, l’un en face à l’autre, en diagonale.
Ils n’ont pas eu le temps de mettre leur jeu en place.
Car en face d’elle, il y avait cet homme.
Lui, ils l’ont tout de suite vu.
Lui, ils l’ont senti ensemble.
Ces choses là, ils les ressentent toujours. L’un avec l’autre, l’un sans l’autre.
Car à Montparnasse-Bienvenüe, une autre est montée.
L’homme la connaissait.
L’homme lui sourit.
Elle ne le voit pas. Elle se pose contre la porte, au fond.
Les « djeunz » diraient qu’il s’est pris un gros vent, un big zef de ouf là l’keum.
C’est bon ça.
Ils l’ont vu se prendre ce vent. Ca souffle parfois dans le métro.
Oui, c’est rigolo. Il lui a sourit, lui a fait signe de la main. Elle ne l’a pas vu.
Clin d’œil.
Tous les deux, ils lui sourient, à lui. Ils ont compris eux.

Minute, ce n’est pas terminé.
De nouveau, l'homme sent qu’elle va tourner la tête.
Alors il recommence. Oui, il en veut le garenne.
Faut dire, cette petite est aussi distinguée que l’arbre du Ténéré.
Alors de nouveau, il lève le bras, fait un signe de la main et lui sourit.
Et de nouveau, hop, l’Harmattan souffle de plus belle.
C’est extra. Du vrai petit lait.
Ils sourient davantage.
L'homme les a vu. Il est gêné. Il ne peut que sourire.
Ca c’est bien.
Ils ont compris qu’ils se connaissaient mais qu’il jouait de malchance.
Tous les trois, ils partagent cette tranche de vie métropolitaine.

Quand ils sortiront, ce sera elle qui ira finalement vers lui.
C’était obligé. La touarègue n’a pas besoin de plusieurs essais elle. Une seule lui suffit. C’est écrit.
C’est comme ça.

Bon, et nous, notre jeu alors ?

Rennes.
Il faut reprendre.
Elle sort, et prend la voiture suivante.
Et s’installe sur un strapontin.
A côté, une personne assise, deux debout.
En face, une femme noyée dans son super Sudoku d’argent.
Excellent. Parfait.

Sèvres-Babylone.
Il sort, et prend la voiture suivante.
Il avance dans la voiture et s’installe sur le strapontin, face à elle.
En face en diagonale, une personne assise, deux debout.
A côté, une femme perdue dans des mots mêlés. Non, c’est un Sudoku plutôt.
Excellent. Parfait.
Scène posée.

Ca peut commencer.

On dirait qu’ils ne se connaissaient pas.

Rue du Bac.
Il sort le carnet magique.
Ecrit une ligne.
Miss Sudoku le remarque.
Il range son stylo dans le carnet magique.
Il referme le carnet magique.
A elle, il lui tend son carnet magique.

Etonnée, amusée, elle attrape le carnet magique.
Ouvre la page.
Elle rit.
Miss Sudoku épie.
Miss Sudoku est désormais paumée dans son calcul.
Elle prend le stylo, écrit sur la page du carnet magique.
Premier monsieur debout la regarde sourire et écrire.
Miss Sudoku le regarde, lui, discrètement de côté. Et puis elle, en train d'écrire.

Solférino.
Elle lui tend le carnet magique.
Il attrape le carnet magique.
Il ouvre le carnet magique.
Il sourit.
Il contrôle bien son rire.
Miss Sudoku veut lire. Non. Ce n’est pas bien. Calcule plutôt toi. Grande curieuse va.
Premier monsieur debout chuchote à deuxième monsieur debout.
Deuxième monsieur debout le regarde écrire dans le carnet magique.

Miss Sudoku, premier et deuxième monsieur debout sourient.
Tous les trois, les yeux, tournés vers le carnet magique.
Ils assistent à une scène improbable ils pensent. Ils aiment.

Il lui re-tend le carnet magique.
Souriante Tonygencyl, elle s’empare du carnet magique.

Assemblée Nationale.
Elle rigole. Un petit cri. Maîtrisé. Tout juste.
Main devant la bouche.
Yeux en amande. Elle rougit.
Elle relit et s’esclaffe.
Elle cherche sa respiration.
Elle rit encore de plus belle.

Il rit.
Ils rient.
Tous.

Gagné.

Allez. Zou.
Concorde.
Ils sortent, et ensemble cette fois-ci.
Amusés.
Yeux en croissant de lune.
Ils courent sur le quai.

Premier et deuxième monsieur debout les regardent sortir et courir avec de grands yeux.
Miss Sudoku en laisse tomber son super Sudoku d’argent.
Ils ont compris.
Eux, ils continuent vers Madeleine. Amusés.
Ils ont aimé.

Joli, bien joué.

01 août 2007

Elle est là-bas

Ici, j’aime y être.
Ici, comme le temps, rien n’est fixe, tout avance.
Ici, c’est mouvement.
Ici, c’est une sorte de trait d’union entre un lieu et un autre, entre le chaud et le froid, la pluie et le soleil, l’envie et le dégoût, le sourire et la moue.

Mon premier grand souvenir remonte à presque vingt-cinq ans. Elle me paraissait immense. J’y avais peur, peur de m’y perdre.
Quand quinze ans plus tard j’y suis revenu, elle me paraissait si petite !
Mes yeux avaient grandi. Elle, pourtant, était restée à l’identique. C’est marrant.
Nous avions cinq ans. Certains pleuraient, d’autres riaient.
Avec deux autres aventuriers, nous nous étions sauvé. Attirés par l’odeur de la fraise tagada.
Sauvés, mais rattrapés, par madame Péchault avec ses yeux de baleine et ses mains de bûcheron auvergnat.

Aujourd’hui, quand j’y retourne, je regarde.
Je les regarde. Eux, ces gens.
On ne les a jamais vu. On ne les recroisera jamais. Sauf peut-être un ou deux.
Ou une, si elle nous plait. Oui, on peut décider de la revoir, en la complimentant sur la finesse de ses fossettes ou de ses chaussettes. Comme celle-ci, une fois, violon sur l’épaule, natte sur l’autre, à la sockette noire et l’autre bleue.
Elle n’avait pas vu. Je l’avais vu. Je ne l’ai pas revue.

Généralement, ils sont tous pressés.
Généralement, ils sont tous stressés.
Mais ils ont tous un point commun. Ils vont regarder là-bas, là-haut, et avancer.

Mais avant d’avancer, d’abord, on avance tous. Allez.
Une autre fois, c’était en montant à Odéon.
La rame était bondée. Et encore une fois, il faisait chaud.
C’était la fin de semaine.
C’était la fin de journée.
C’était la fin du wagon.
In-extremis je m’y glisse. A la porte et contre la vitre j’étais englué.
Essayez de sortir une cigarette d’un paquet neuf, et de la re-glisser correctement, vous verrez, vous n’y arriverez pas.
Là, c’était pareil. On était vingt, dans cet espace, debout comme des cigarettes. Non light pour certain(e)s…
J’étais le vingtième, la vingtième clope, cabossé, contorsionné pour me calquer à la porte, être en symbiose avec cette vitre meurtrie de coups de cutter et de microbes.
Trois, quatre et cinq stations comme ça. Jusque Etienne Marcel

Etienne Marcel.
Là, sur le quai, au loin, on distingue une sorte de brouillard.
La rame continue d’avancer.
En fait, le brouillard n’est pas un brouillard.
Le brouillard, c’est le jet d’eau d’un extincteur. Un SDF joue avec et s’amuse à arroser les wagons.
Clin d’œil.
Mais juste d’un œil, avant d’ouvrir les deux bien grand : mon wagon, ma porte, ma tête s’arrêtent devant lui.
Sur les côtés, par les fenêtres, l’eau entre. Je ris. D’autres aussi. Ca, c’est bien.
Je sens la fraîcheur du jet contre la vitre.
Les traces de cutter restent imperméables.
Nous avons des portes de métro imperméables. Je vous le dis.
Je ris jaune lorsque je soupçonne mon voisin de vouloir descendre. Ca, c’est moins bien.
Là, j’aurai droit à la douche que j’avais oublié de prendre juste avant.
Fausse alerte.
Soupir.
Je ris encore plus.
L’eau continue de dégouliner sur toutes les vitres.
C’est génial.
Scène improbable, scène formidable.


Station ____ __ ____.
Le métro m’y dépose enfin.
Certaines personnes que j’y croiserai n’auront pas eu la même chance que j’ai eue avec mon ami apprenti pompier.

Elle, elle est toujours aussi grande.
Et eux. Ils partent, ou ils arrivent ?
Où vont-ils ?
D’où viennent-ils ?
Qu’attendent-ils ?
Certains ont avancé, d’autres vont avancer.
Certains ont les mains libres, d’autres pas.
Certains se cherchent, d’autres se trouvent.
Des groupes, des familles, des couples, des personnes seules. Et moi.
Ici, comme le sandwich, le téléphone est roi.

Mais ils ont, nous avons tous un point commun.
Nous regardons tous dans la même direction. Là bas, là-haut, au même endroit, à des moments différents.
Oui, c’est sans doute l’objet le plus regardé ici.
Elle attire toute l’attention. C’est elle qui décide de nous faire avancer.
Sans elle, il n’y a plus rien.
Sans elle, plus rien ne bouge.
Sans elle, nous sommes perdus.


L’horloge de la gare.

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31 juillet 2007

Flippant

Cette fois-ci, c’était à Saint-Sulpice.
C’était en été. Il faisait chaud, il faisait beau.
Je me souviens même qu’il faisait plus frais dans le métro. Oui, et d’ailleurs, ça sentait moins la pisse.
Avant, j’avais peu dormi. La petite pinte que je m’étais envoyée m’a fait rougir les yeux. Ils ne demandaient qu'à se fermer.
Vraiment fatigué.

On était combien? Peut-être sept ou huit, là, sur le quai.
Et puis, il y avait elle.
Petite et assez sale. Ses mollets étaient tachetés.
Sa silhouette rappelait celle d'une gamine. Oui, à peine plus grande qu’une adolescente asiatique.

Elle était sur le bord du quai.
A trois mètres devant moi, sur la gauche.
Mes voisins la regardaient aussi.
Elle, toujours de dos.
Puis elle s’est avancée de quelques centimètres et s’est accroupie.
Maintenant ses pieds sont à cheval entre le bord du quai et de la voie.

Les regards vers elle s’intensifient.
Je m’approche d’un pas, pour voir, au loin, si une rame arrive.
Non, pas pour l’instant.
Je regarde mes voisins. Ils reculent.

A ce moment, on ne se dit qu’une chose: si il arrive, on la tire.
Il n’arrive pas encore.
A quoi pense-t-on?
A quoi pense-t-elle?
Le temps est anormalement long.
On aimerait être ailleurs.
On aimerait qu’elle se lève. Mais non.

Au loin, la rame arrive.
Là, on se dit « allez, bouge-toi maintenant ».
Et non. Elle ne bouge pas.
Pire, elle baisse la tête.

La rame se rapproche. Personne ne bouge.
Certains reculent davantage.
Alors je m’avance, me mets derrière elle, m’accroupis aussi, lui attrape sa veste dans son dos et lui pose la main sur l’épaule.
« Il faut vous lever maintenant, le métro arrive ».
Ce n’est pas une enfant. Elle doit être plus âgée que moi.
Elle relève la tête brusquement, me regarde.
Son visage est marqué, sale.
« J’étais en train de dormir je crois ».
Me dévisageant, elle se lève.
« Merci. Vous savez, j’ai trente-trois ans aujourd’hui et envie de mourir ».

Gloups.

La rame stoppe. La main tremble.
Elle monte. Je la regarde monter.
Elle descendra deux stations plus loin.

La rame repartira.
Elle restera immobile sur le quai, à la regarder s'éloigner.

17 juillet 2007

C’est pour ça…

On dit que l’habit ne fait pas le moine.
Oui, on dit ça.

Ils attendaient.
Tous les deux, là, sur le banc. Ils n’étaient pas à l’aise, sans doute était-ce la première fois qu’ils le prenaient.
Elle, elle avait l’air sévère, ça se lisait dans ses yeux, et ses rides naissantes.
Lui, il avait l’air paumé, l’œil cherchant des repères.
Il était bien habillé, avec son chapeau si singulier, son parapluie distingué, son foulard bariolé. On dirait qu’il les portait pour pouvoir se cacher.
Oui, c’était peut-être pour ça. Car il n’avait pas l’air à l’aise.
Non, il n’était pas à l’aise du tout.

Mais elle, c’est l’incarnation du pouvoir. Ca se lit. Pas que dans ses yeux.
Ca se lit aussi sur ses mains.
Son éducation transpire sur ses mains. Des mains fines, rudes.
Des mains qui ont pris des décisions. De longs doigts, longilignes, froids.
Oui, très froids. D’ailleurs, ses mains n’étaient pas ridées.
Peut-être les rides n’osaient-elles pas se découvrir sur ces mains, de peur du regard qu’elle pourrait leur porter?

Ils attendaient.
Et moi aussi. J’étais là, à côté, au milieu de ces deux personnalités.
Pris entre les deux. Tout un symbole.

Elle marmonnait. Ca me faisait rire. Mais je ne le montrais pas.
Il était attachant, elle était destructrice.
Il faisait semblant de l’écouter, elle le sermonait.
Il semblait de plus en plus stressé. Elle, c’est sa nicotine. Ca, c’est sûr.
J’étais là, entre les deux, à faire l’arbitre. Ils ne me voyaient pas.

Et puis silence.
Elle se tait. Enfin.
Alors il se met à sourire. Comme ça.
Pour l’affiche d’en face? Non, je pense pas. Les pubs sur des taux d’intérêts à 6% ne font rire personne. Sauf lui peut-être?
Il est bizarre quand même.
Mais je l’aime bien, il est attachant. Pourtant, ça ne fait que trois minutes que je l’observe.

Avec son chapeau, on dirait Chaplin. Mais avec elle, il a pas dû faire les mêmes conneries. J’imagine même pas.
Enfin si, peut-être, pourquoi pas. Avec ses mains de reine, elle aurait osé l’applaudir en train de faire le pitre?
Il aurait pu jeter son parapluie et son chapeau en l’air, se défaire de son foulard, lancer sa veste, et commencer à faire trois pas, comme Fred Astaire, là, sur le quai.
Oui, vas-y, fais-le!
Si elle ne t’applaudit pas, moi, je t’applaudirai. Promis.
Mais non.

Au loin, il arrive.
Il ne sourit plus. Peut-être a t-il pensé qu’elle ne l’applaudirait pas.
Elle le bouscule, de nouveau, avec ses mots, son regard noir.
Il ne réagit pas.
Bouge-toi, allez! Te laisse pas faire par ces yeux!

Le stress monte.
Elle commence à trembler.

Ça est. Il est arrivé.
Je les laisse monter en premier.
Pour moi, c’est sûr, il n’ont pas l’habitude de le prendre.
Alors c’est pour ça. Oui. J’ai compris.

Le métro. Oui, le métro, il leur fait peur.
Alors je souris, quand je la vois elle, s’ouvrir et s’accoller à lui avec tendresse, comme une enfant perdue cherchant son père.
Car là, oui, c’est le père. Il a réagi sans le vouloir.

Il sourit, elle le serre, elle sourit. Je souris.
Ils avaient sans doute 150ans. Oui, au moins 150 à eux deux.

Mais avec une paire de Gazelles mauves aux pieds et son chapeau Chaplin, lui, il ne pouvait pas passer inaperçu.

C’est pour ça… que j’aime le métro.

11 juillet 2007

Imaginons un peu

Dimanche, 22h12.

Gare du Nord.
Retour du WE.
Bagages sont lourds, mine fatiguée, carte orange périmée, bancos non grattés.
Chaleur, moiteur; ce WE, la canicule a frappé, les mémés une à une sont tombées.
Il prend place dans la rame de métro, bizarrement vide, sort son bouquin fétiche, « Martine à la plage », et jette quelques coups d’œil succincts à sa voisine de gauche, au décolleté plutôt généreux, afin de se rafraîchir l’esprit (ben oui, voyons, on reste des hommes hein).

Etienne Marcel.
Montée d’une Isis; élancée, raffinée. Chaussures italiennes légères, jean bien modelé jolies fesses, petit haut à fines bretelles, cheveux encore peignés par la grâce de l’oreiller du matin et au subtil regard à la fois malicieux et discret.
L’Isis s’assied en face.
Troublé, il se réfugie de plus belle dans sa lecture de fin de journée.

Etienne Marcel.
La rame de métro arrive. Journée pourrie, soirée pourrie, copines pourries. Et ça pue en plus ici.
Pressée de rentrer chez elle au plus vite, aucune envie de sourire. Une rame passe devant.
Elle le remarque dans une rame.
Elle monte, se frayant un passage parmi les bagages... "ooops pardon"..
En face d’elle, ce jeune homme, chargé de bagages, à la lecture peu ordinaire, mais qui a l’air passionnante d’après l’insistance de son attention.
Elle flashe sur lui (j’écourte un peu c’passage, pour que ça aille plus vite, sinon on en finit pas…et ne m'demandez pas pourquoi elle flashe sur lui!! elle flashe sur lui point barre. voilà).
Remuée, elle observe tout, balade ses yeux de bas en haut, de droite à gauche, en diagonale et tombe sur un de ses sacs. Elle penche sa tête, et remarque cette étiquette. Oui, c’est bien une adresse… Un parisien… L’adresse est retenue. Mais la tête toujours penchée, en train de lire, mémoriser, elle croise un regard. Flagrant délit. oooooops!!
Il lève la tête entre deux pages, remontant des jambes de la demoiselle vers ses bras croisés (toujours avec l’œil gauche un peu fripon pour sa voisine quand même au passage) avant d’échouer dans ses yeux. Une…. Deux puis trois secondes de regards soutenus… exercice difficile, surtout pour elle, la tête penchée (gare au torticoli!)
Trois longues secondes. Moment de suspension. Les deux visages se confondent dans les plus beaux tons des tomates siciliennes.

Cité.
Elle ne devait pas descendre ici, mais elle ne peut pas rester. Chamboulée par cet échange oculaire plutôt tumultueux (si si, bien chamboulée, et non pour aller chez Bertillon pour chopper une glace).
Elle fuit donc, trébuche en sortant, laissant tomber sa tong droite (ah non, c’est vrai, elle a pas d’tongs!), tant pis, elle trébuche quand même, et file vers la sortie.

Cité.
Il lui sourit. Il sait ce qu’elle regardait. Il la regarde trébucher, s'envoler. Il espère.