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14 août 2009

L'image du vendredi (11)

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Mauritanie.

C’est le tout premier voyage.
Alors on est un peu crédule.

Je n’aime pas trop le bêbêtes.
Alors je me souviens.
Pour ce premier désert, je me rappelle avoir demandé au guide s’il existait des affreuses bestioles avec des grandes dents dans le désert.
Genre serpents.
Ou araignées.
Voire pire: des serpents avec des pattes velues, des Ser-gnées.

Le guide nous a confirmé que nous pouvions rencontrer quelques unes de ces bestioles, effectivement.
Alors bien sûr je lui ai nous lui avons demandé s’il avait un équipement spécifique en cas de pépin.
Et il a su nous rassurer.
En ayant exactement ces mots:
«
Oui, ne vous inquiétez pas.
En cas de souci, nous avons toujours la solution.
»

A ce moment, il trifouille dans sa sacoche.
Nous nous attendons forcément à voir un téléphone satellite, un pare-choc de twingo un aspivenin ou toute autre redoutable trousse à pharmacie.
Que nenni…

Il en sortira le Coran.

Et oui.
«
En cas de problème, on récite des versets du Coran.
» 

Aaah ouf!!
Nous voilà rassurés!

Allez savoir.
Info.
Intox ?
Nous ne le saurons jamais.


Ce qui nous amène à cette image.
Et cette vilaine bête.
Mais pas vilaine pour tout le monde.
Car c’est aussi en Mauritanie que j’ai aussi découvert que l’araignée était sacrée pour les musulmans.

Car peu de temps avant que Mahomet ne soit véritablement reconnu comme prophète, en 622 et en quittant la Mecque, il fut poursuivi par les locaux et alla se réfugier dans une caverne.
Et juste après être rentré dans cette caverne, il pu échapper à ses poursuivants car des araignées auraient tissé des toiles après son passage, empêchant ses poursuivants de l’attraper.
Cet exil marque d’ailleurs le début du calendrier musulman.

Cette histoire, je l’aime beaucoup.

Donc, cette fameuse image avec cette vilaine bête.

Nous sommes trois à l’arrière marcher au rythme de la digestion du Nescafé et du pain sec du matin.
Le reste du groupe est avec le guide. Devant. Loin.
Et nous tombons nez à nez avec cette chose.
Grosse.
Au moins 70 10 cm de diamètre.
Sur ses pattes arrières.
Prête à nous sauter dessus.

Il me la faut en photo.
Donc je m’approche.
Lentement.
Je suis à moins d’un mètre d’elle.
Sors l’appareil (argentique à l’époque).
Doigt sur le déclencheur.

Et hop.
Tout à coup la vilaine bête fait mine d’attaquer.
Courageux, je recule brusquement.
Et fais tomber tout mon attirail suite à la frousse de l’attaque spontanée.

Plus loin, nous retrouverons le groupe.
Tout heureux de raconter notre étonnante rencontre.
Jusqu’au moment où le guide nous précisera :
«
Nous l’avons croisée aussi et nous l’avons évitée.
J’espère que vous avez fait pareil car c’est l’araignée la plus venimeuse et agressive du désert, elle fait des bonds de plus d’un mètre.
»

Oups.

Là, nous en étions sûrs.
Ce n’était pas de l’intox.

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10 avril 2009

L'image du vendredi (2)



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Mauritanie.
C’est mon premier vrai voyage.
C’est mon premier désert.
C’est mon premier carnet.
C’est la première sortie de ces chaussures qui me suivront partout par la suite.
C’est le voyage qui a tout déclenché.

Le moment de cette photo, je m’en souviens comme si c’était hier.
Je suis à la traîne nu-pieds dans les dunes, car je recherche des fleurs colorées pour le carnet.
Je regarde les autres s’éloigner.
Et puis je stoppe.
Je pose les chaussures.
Je prends une plante.
Et je vois un scarabée.
J’y ajoute le carnet.
Et hop.
Une belle photo de famille.

03 février 2008

1er jour, Mauritanie 2004

Je commence une série appelée "les premiers jours".
Cette série reprendra chaque premier jour tel que je l'ai écrit dans mes carnets de voyages.
Voyage par voyage.
Un seul dessin.
Une seule photo.
Maître mot: mot pour mot.

 
Le style de l'écriture est sommaire. Soyez indulgents, il s'agît du premier carnet.
 
Dimanche 7 mars 2004. 1er jour.

Levés à 4h45, c’est le branle-bas de combat pour se préparer, le taxi étant arrivé en avance. Arrivés à l’aéroport et 52 euros plus tard, nous nous retrouvons dans la queue du stand Point Afrique pour récupérer nos billets.
Tout autour de nous se trouvent nos futurs compagnons, mais le mystère demeurera jusqu’à l’aéroport d’Atar.
Oui, nous ne savons pas avec qui nous partons. De mon côté, j'espèrais au moins 4 italiennes racées bien sûr. Quant à Maud et Seb, eux, ne souhaitaient juste ne pas tomber sur des boulets.

Dans l’avion, nous sommes au milieu de jeunes assez turbulents. Seb tombera sur la place côté hublot, Maud au milieu et Max dans l’allée. En me relisant, je trouve cette phrase très pertinente.
Une première escale technique nous mènera jusqu’à Marrakech où dominent les maisons ocres et de parpaings gris. La chaleur commence à se faire sentir dans l’avion, nous, encore habillés quittant la France en plein hiver.

Atar. Premiers pas sur le continent africain.
Contrairement à ce que Max pensait, la piste n’est pas en terre battue mais bitumée, le bâtiment austère des photos des parents de Maud semble avoir laissé place à un hall plus récent. Oui, dans les carnets, j'aime beaucoup parler de moi à la troisième personne. Allez comprendre.
Visas, douanes, change passés, nous trouvons enfin nos compagnons d’aventure; Mathilda, Faycal, Isabelle et Bernard.
Nous ferons plus ample connaissance une fois arrivés dans une auberge où nous attendait un très bon repas. Zut, pas d'italiennes, mais un groupe très sympa au final.

Notre guide, Lamin, est originaire d’Atar et diplômé en sciences humaines à Nouakchott et parle très bien le français. A l’auberge, il nous parlera de notre parcours, de l’organisation des journées. Lamin est quelqu’un avec qui on se sent vraiment en sécurité, entourés. Securité, car j'ai pas arrêté de lui demander ce jour-là si on allait croiser des serpents, des araignées et des scorpions. Mais il avait une trousse de secours; il nous a dit que si on avait un problème, il sortirait son Coran et lirait des versets. VERIDIQUE. Alors ouf! nous étions ainsi rassurés.
Après 3 jours, j'apprendrai que son prénom n'est pas "Lamin", mais "Lemin".

Un transfert en 4*4 nous emmènera à Ouadane, départ de notre rando. Les premiers hauts plateaux de grès s’offrent à nous, la route est chaotique, le paysage magnifique. En suivant la route, nous avons l’impression d’aller nulle part, que cette route est sans fin.
En route, nous nous arrêterons; nos accompagnateurs pour la prière de 17h et pour donner des bouteilles d’eau à une mère et ses deux enfants à dos d’ânes, au beau milieu du reg de Chinguetti. Le reg s’étend à perte de vue.
Mais où nous emmènent-ils? Minute info: le reg est une étendue désertique de roches et de cailloux. A contrario, une étendue de sables et de dunes est un erg. Sachez que le Sahara est constitué à 80% de reg.
Playskool présente: Maxime, 30 ans, géographe.

Ouadane. Ouadane est une ancienne ville de pélérinage islamiste et un ancien carrefour pour la route du sel. Aujourd'hui, elle n'est plus qu'habitée par quelques centaines d'habitants. Les ruines ocres adossées à la colline sur fond de soleil couchant étaient un premier spectacle exceptionnel pour nous qui étions, à l'époque, novices en termes de déserts.
Nous entrons sur la commune de Ouadane. Le reg laisse place aux dunes et la vieille ville se profile incrustée dans le grés de la colline. Superbe! Alors, qu'est-ce qu'un reg...?
Nous entrons dans notre auberge où l'accueil fut vraiment très chaleureux.
Le site est magnifique, le repas servi très bon, les discussions autour de Lamin très intéressantes. Très pertinent ça aussi...

La lune s’est levée ce soir; elle était pleine. Masquant certaines étoiles par sa luminosité, le spectacle reste grandiose.
La petite brise nocturne est encore douce; on a envie de passer sa première nuit à la belle étoile ou plutôt à la belle lune.

Nous sommes vraiment dans un monde part, au climat difficile où même les roches, par leur friabilité, nous rappellent combien le milieu aride est hostile et redoutable. A l’auberge, une sensation de calme et un sentiment d'apaisement nous traversent.
Ce jour-là première rencontre avec le désert. Un souvenir gravé. Un silence destabilisant au point que les oreilles, non habituées, bourdonnent. Pas de métro sous les pieds. Le calme. La découverte du paisible, tout simplement.
Là bas, on ne donne aucune nouvelle.
On n'en reçoit aucune. Nous sommes seuls, et vivons pour nous, rien que pour nous.
La Mauritanie fut pour moi un déclic.

Rien.
Au milieu de nulle part.



 
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Non non, ce n'est pas un gribouilli d'un de mes neveux.
Je ne m'étais pas encore mis au dessin. C'est la Mauritanie qui m'en a donné l'envie.
Ce "dessin" est aux couleurs locales: terre pour l'ocre, plantes et fleurs pour les pigments, charbon pour l'écriture et crottes de chameau car ça fait bien de dire dans les dîners mondains parisiens qu'on dessine à la crotte de chameau. Si si.


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Mohamed Lemin by Seb