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12 février 2008

1er jour, Tibet 2005

Mon souvenir le plus fort.
Là-bas, je passerai d'abord 5 jours en Chine, via Canton et Chengdu (petit bled de 12 millions d'habitants, fief du Panda) avant d'arriver à Lhassa, le temps de constituer un faux pseudo groupe pour pouvoir entrer au Tibet, car le voyageur solo ne peut "légalement" entrer seul.




Samedi 17 septembre, 1er jour.

Me voici ici, aux côtés de cette grande baie vitrée, éclaboussée de lumière du soleil parisien. Me voici ici en train de noter ces premiers mots, point de départ de tant d’autres qui suivront… Me voici ici, observant cette personne dans le reflet de la vitre. Cette personne, c’est bien moi. Je me regarde, ici, dans cette salle d’embarquement C90, Terminal 2C, dans l’attente d’embarquer pour le vol qui me mènera à Canton.
Ça y est, le rêve commence, le rêve est en train de se réaliser.

Enfin, je me suis posé pour commencer à écrire dans ce carnet.
Enfin, ce moment où je suis tranquille à pouvoir noter, écrire sereinement sans gêne aucune, enfin, ce moment est arrivé.

Tout est allé si vite ces derniers temps, au point que je n’ai même pas pu me préparer psychologiquement à ce voyage ces quinze derniers jours.
J’aime tant cette phase de préparation, de montée d’adrénaline comme j’ai pu avoir avant de partir cette année au Maroc, cette phase si singulière de préparation à la découverte de nouveaux horizons gégraphiques et d’intérieur; de voyage à travers le monde et à travers soi. Pour ce voyage au Tibet, je ne pars pas seul, je m’emmène.
Je ne sais pas si je me sens prêt ou pas; tout ce que je sais, c’est que je suis bien, vraiment très serein.

En arrivant à l’aéroport, j’entrai directement dans ce hall de départ, avec toutes les destinations qui font rêver, qui invitent au voyage: Miami, Los Angeles, Washington, Pékin, Pnomh Penh… et Canton.
Je ne réalise pas ou pas encore, je suis toujours dans cette atmosphère de départ, où l’excitation commence peu à peu à se faire sentir. Je pense que je commencerai mieux à réaliser une fois arrivé à Canton, à la descente de l’avion. Là, oui, l’aventure commencera, ce sera un autre monde.
Peut-être aussi tout simplement que mon état d’esprit d’avant décollage était d’une sérénité à toute épreuve? Je ne sais pas, les heures passant me le diront.

Ces quinze derniers jours auront été d’un speed comme jamais je n’avais atteint; cette échéance « postale » du 15 septembre mobilisant toute mon attention, ma concentration, et surtout tout mon stress…
Ce voyage au lendemain de ce rendez-vous arrive à point nommé. La détente, le repos, le repos de l’esprit.

Hier soir, le sac a été bouclé, les carambars ont été bien cachés, les bancos ont bien tous été grattés. Derniers coups de fils à la famille - si important - les parents, Aurélien et Katia. Avec Seb, on se sera croisé, échangeant les messages. J’avais réservé mon dernier « au-revoir » en salle d’embarquement, face à cette baie vitrée donnant sur le monde, à Tif, la personne qui m’avait le plus marqué.

Salle d’embarquement, quelques minutes avant l’embarquement, des visages qui me seront familiers durant ces quatre semaines se multiplient. Oui, c’est bien en Chine que je vais, et c’est bien un vol chinois que je vais prendre.
Une dernière cigarette s’impose, dans une toute petite salle spécialement dédiée; ici, que des chinois. Je ne me sens déjà plus en France: les paquets de cigarettes jetés étant un florilège des destinations possibles et inimaginables!

11h30.
L’embarquement peut commencer. Je ne ressens absolument rien, ou ne me rends compte toujours de rien. Je reste très zen, imperturbable, sans stress, mais avec le sentiment d’être « bien », tranquille… Bref, toujours cette impression de sérénité… Que c’est agréable!

J’embarque donc dans un Boeing 777 de la compagnie China Southern Airlines (partenaire de SkyTeam s’il vous plaît) et suis accueilli par des hôtesses chinoises au grand sourire et à grande beauté. Je sens que c’est un vol qui va se passer sous les meilleurs hospices…
Séance de remplissage de papiers en tout genre; papiers sur les maladies, services de l’immigration, et déjà, même si c’est en anglais, je ne comprends pas tout, et le steward ne me comprend pas non plus… Tant pis.
En tous cas, c’est grande classe: téléviseurs incorporés aux sièges, avec la cartographie du chemin parcouru! Rien de mieux pour un géographe!

Je me retrouve tout au fond, avec mon ami le hublot; vraiment l’endroit idéal pour écrire et à laisser aller ses pensées, aux côtés d’une jeune chinoise toute gentille, toute timide et mignonne comme tout.
Le vol durera onze heures, le décalage est de plus six heures; donc, en étant parti à 12h30, j’arriverai à Canton à minuit heure française, et 6h le dimanche matin heure locale.
La théorie est donc simple: pendant quatre semaines, je vais vieillir de six heures supplémentaires que si j’étais resté en France. Mais c’est un peu con ce que je raconte, puisque ces six heures, je les rattraperai au retour en fait.
Par contre, ce qui est sûr, c’est qu’à ce moment là actuellement, à 16h heure française, nous rattrapons le temps… au dessus de la Russie, le soleil commence à se coucher. La lumière sur les nuages est de plus en plus splendide; les nuages, ces « nounours » qui rosissent à vue d’œil, puis violacent avant que nous ne rentrions dans une pénombre qui se fait de plus en plus imposante.
Il n’est que 17h, et il fait déjà noir… Nous sommes frappés en direct par le décalage qui se matérialise sous nos yeux où se trouve en ce moment l’Asie centrale, la grande étendue russe, l’immensité russe.
Bizarrement, de nombreux feux sont allumés en lisière de ce que l’on pourrait appeler des bois.
Je ne sais pas si je dois essayer de dormir ou pas, en sachant que je ne réussirai absolument pas à m’endormir.
Le temps… on en revient toujours au même point: le temps… le temps passe, et d’ailleurs ce soir, en fin plutôt aujourd’hui, ou demain, quand serons-nous dimanche? Quand devrai-je inscrire « Dimanche 18 septembre, 2ème jour »? Quand? Je ne sais, mais c’est pas bien grave, la terre ne va pas s’écrouler, ou bien disons que le second jour démarrera au moment du vol Canton-Chengdu. Voilà, ça y est, c’est acté.

La question qui me trotte en ce moment, c’est la question de la prochaine cigarette… Oui, c’est triste, mais c’est comme ça, alors que n’en sommes encore qu’à la moitié du vol… Oui, je trouve qu’on manque d’occupation dans les avions!
Je me rends compte qu’un des plus gros malheurs (en dehors bien sûr d’oublier les carnets de voyage, ça, c’est hors catégorie!) aurait été d’oublier le lecteur MP3 qui lui est rempli de 900 Mo de musique… quel bonheur!
Sans musique, je pense que ça aurait été dramatique, difficile, très difficile, tout le temps plongé dans un silence qui aurait parfois pu être difficile à supporter.

19h heure française, 1h du matin heure locale.
Ça y est, je viens de dépasser le point d’éloignement maximum que j’avais pu faire jusqu’à aujourd’hui. Je n’ai jamais été aussi loin dans le monde.
Nous empruntons maintenant, ou suivons plutôt, la route de la soie, survolons les pays en « Istan » … ces pays qu’a traversé seule Dominique Verot, seule à vélo après s’être séparée de son compagnon et amant durant trois mois! Quel courage, quel exemple!
C’est cet exemple qui me conduit ici, enfin là bas pour quatre semaines. Ce n’est absolument rien comparé aux deux compères qui sont partis durant treize mois, mais le bonheur n’est pas de comparer, et chacun à son rythme le vit et doit le vivre de la manière dont il le souhaite.
Oui, ce récit de voyage est à la base, source de ce voyage au Tibet.

La fatigue est soudainement arrivée, mais il aura été très difficile d’enchaîner plus d’un quart d’heure continu de sommeil…
Nous ne sommes plus qu’à 45 minutes de Canton, les yeux sont tirés.
Nous avons survolé Chengdu, et dans quelques heures, je ferai le chemin inverse.
Voilà, nous allons nous poser dans cinq minutes, mais je sais déjà que ce pays va me plaire, une intuition soudaine…
Il fait encore noir, mais je sais que le sol asiatique n’est plus qu’à quelques minutes, j’ai hâte d’y poser les pieds!

Je suis aux portes d’une nouvelle culture et civilisation.




Peu après, en arrivant à Chengdu, la sérenité a laissé place au stress. N'avoir aucune monnaie locale n'a pas aidé pour le 2ème jour... Et le 3ème, après avoir réussi à changer ses euros, énorme coup de boost. C'est dingue comment
le fait de se retrouver avec le salaire annuel d'un chinois en poche a évacué direct toutes les angoisses. Anormal pour un non-matérialiste... mais bon, là, c'était obligatoire.

La suite fut un vrai rêve, tout simplement incroyable;
A rencontrer des personnes plus marquantes les unes que les autres.
Des paysages synonymes de gorge serrée.
Des lacs sacrés plus hauts que notre Mont Blanc.
Un Everest qui nous sublime quand on le distingue pour la première fois au loin.
Des nuages si bas qu'on les attraperait pour mettre dans notre besace.
Du thé au beurre de yack au goût si singulier.
Les contrastes des couleurs de l'automne sur fond d'un décor de carte postale.

Jamais eu autant de boules dans la gorge en si peu de temps.
Rien qu'à contempler.

Là bas, un maître mot: "Enjoy!".




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L'Everest, du monastère de Rongbuk
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Le palais du Potala, à Lhassa
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Toujours plus près des nuages, d'un plateau à 5100
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Un futur "Yack burger"
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