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04 janvier 2008

Improbable

Station Vaugirard.


C’était entre deux fêtes.
C’était entre deux rames de métro.

L’entre deux fêtes incite à quitter plus tôt.
Calme dans les bureaux.
Folie dans les boutiques.

Il était d’abord devant moi.
Lui, comme moi, prit Direct Soir avant de descendre.

Il était ensuite derrière moi.
Lui, comme moi, avait encore la carte orange.

Oui, je fais attention aux gens.

Pourtant il était normal.
Comme vous.
Comme moi.
Discret.
Passant inaperçu.
Jusqu’au moment où.

Je dis « pourtant il était normal ».
Alors ce qu’il allait faire est anormal ?
Aujourd’hui, sans doute.
Car nous ne sommes pas habitués.
Mais c’est bête.
Car cette « anormalité » devrait rentrer dans l’ordre de la normalité.
Mais paradoxalement, elle ne serait plus la même.

Alors nous étions sur le quai.

Il était ensuite à côté de moi.
Lui, comme moi, était en train de lire.
Mais pas Direct Soir.
Car lui, comme moi, l’avait jeté après l’avoir brièvement survolé.

Et son livre, à ce moment, je n’y ai pas fait attention.

La rame est arrivée.
Nous sommes montés.
Je me suis assis.
Il est resté debout.
S’est plaqué contre les vitres.

En face de moi, assis, une maman et son enfant.
Et une jeune femme.

Je continue ma lecture.
Oreilles noyées de Tinariwen.

Lorsque.

Lorsqu’il se mit tout à coup à interpeller les passagers du dernier wagon de la rame de 17h46, ligne 12, ce 27 décembre.
Tout haut.
Tout fort.
Nous regardant. Tous.

«
Dans cette période de fêtes, j’ai envie de vous faire partager un passage du livre que je suis en train de lire.
C’est un passage sur l’amour.
Je le trouve très joli.
Et je souhaitai que vous en profitiez aussi.
»

J’ai soudainement stoppé ma lecture.
Appuyé sur pause.
Et l’extraordinaire se produisit.
Il se mit à lire son passage.
Tout haut.
Tout fort.

Incroyable.
Formidable.

Je souris.
La maman et l’enfant ne souriaient pas.
Il les inquiétait plutôt.
Anormal ?
La jeune femme sourit.
D’autres personnes se retournèrent.
Et sourirent.

Alors silence.
Silence dans cette rame.
Juste pour l’écouter. Lui.
Nous lire un passage du « Prophète », de Khalil Gibran.

Il ne tremblait pas.
Il lisait avec une grande dévotion.
Il souhaitait vraiment faire partager.
Cela s’entendait.

Même si certains n’écoutèrent pas tout, tous comprirent l’originalité de la scène.

A Falguière, je descendis.
A Falguière, il continua.


Il est comme vous.
Et moi.
Anonyme.
Mais audacieux.
Joli.

28 août 2007

Empressement distingué

Je cours.
Je descends.
Je saute.
Me faufile.
Ouf.
In extremis.
J’ai failli m’étaler.
Mais non.
Il m’a applaudi. Il m’a souri, lui, monsieur Figaro.
Révérence. Merci.
Grazie.

Pourtant, avant, plus relâché, on ne faisait pas.
Même dans une maison de retraite, en salle télé devant Julien Lepers.
Thelma m’a accompagné juste avant. Comme d’habitude en ce moment.
Oui, c’est par période. Périodique. Mon côté féminin.

Plus tard, j’en ai vu un.
A Vaugirard.
Ce fut extra.
Une telle scène, je n’en avais jamais vue.
Monsieur Figaro non plus sans doute.
Il a souri aussi. Avec de grands yeux, synonymes de « oooops mince ».
Alors on s’est regardé. Tous les deux. Main devant la bouche. Yeux rieurs.
Et il m’a dit
« Ca ne semble pas arriver à tout le monde ».
Alors je lui ai répondu
« C’est pour ça que c’est cocasse ».

Cet échange, car à Vaugirard un jeune n’avait pas eu ma chance.
Il descendait à bride abattue. Aussi.
Marches quatre à quatre.
Grande souplesse dans le mouvement. Excellente technique.
Le juge russe aurait osé un neuf.
Il a couru.
Les portes se sont fermées.
Il s’est mangé les portes.
Etalé.
Violemment.
Splendide.
Une vraie crêpe.
J’adore.
Il est jeune, il doit encore apprendre.
La technique ne fait pas tout. Il manque le style. L’artistique.
Dixit le juge français. Si, vous savez, celui qui met quatre à tous. Sauf aux belles crêpes.

A tout âge on apprend.
Comme cet homme.
Station Concorde.
Très distingué.
Chaussé de belles italiennes en daim clair trois quarts.
Encostardé tel un diplomate, l’œil dans Les Echos.
Teint hâlé, rasé avec la même précision que le scalpel du plus habile des chirurgiens.
Parapluie irlandais scotché au poignet gauche.
Oui, il ne manquait pas de classe le quadragénaire.
Je reconnais.
Le clone de Remington Steele.

Mais voilà.
On a beau s’appeler Remington Steele, on n’est jamais à l’abri.
Personne n’est à l’abri.

Falguière.

Il sort.
Lentement, son pas sûr calé à l’allure d’un métronome.
Il monte.
Une marche.
Puis deux.
Puis…
Une de trop. La troisième.
Remington se rate.
Aïe.
Ca fait tâche.
Il tombe. Se retrouve à terre.
C’est chouette.
J’aime.
Le fantasme de l’étudiante s’écroule. Badaboum.
Là. Devant nous.

Alors il est reparti. Soudainement.
Métronome affolé.
Sans jeter un regard derrière lui. Dernier des supplices.

Alors, a t’il ri intérieurement ?
Ou profondément choqué ?

Une chose est sûre :
Remington, mon ami, par temps de pluie, on ne sort pas les italiennes en daim clair trois quarts.

07 août 2007

On joue??

Fallait égayer tout ça un peu.
L’orage avait éclaté.
L’atmosphère électrique les avait excité.
Tout le monde courait. C’était beau.
Tout le monde était trempé. C’était beau.
Voir des gens trempés courir, c’était beau. flic flac floc (pour toi ça).



L’orage s’est calmé.
Il était temps de finir son verre, de partir sans payer.
Il était temps de jouer.
Allez.
Huit euros soixante. Restons honnêtes cette fois-ci.

Falguière.
Là, il faut faire comme si on ne se connaissait pas.
C’est la règle, pour qu’il n’y ait pas de triche.

Sauf que cette fois-ci, ils se sont faits avoir.
Et avant même de commencer.

Ils sont montés.
Assis, l’un en face à l’autre, en diagonale.
Ils n’ont pas eu le temps de mettre leur jeu en place.
Car en face d’elle, il y avait cet homme.
Lui, ils l’ont tout de suite vu.
Lui, ils l’ont senti ensemble.
Ces choses là, ils les ressentent toujours. L’un avec l’autre, l’un sans l’autre.
Car à Montparnasse-Bienvenüe, une autre est montée.
L’homme la connaissait.
L’homme lui sourit.
Elle ne le voit pas. Elle se pose contre la porte, au fond.
Les « djeunz » diraient qu’il s’est pris un gros vent, un big zef de ouf là l’keum.
C’est bon ça.
Ils l’ont vu se prendre ce vent. Ca souffle parfois dans le métro.
Oui, c’est rigolo. Il lui a sourit, lui a fait signe de la main. Elle ne l’a pas vu.
Clin d’œil.
Tous les deux, ils lui sourient, à lui. Ils ont compris eux.

Minute, ce n’est pas terminé.
De nouveau, l'homme sent qu’elle va tourner la tête.
Alors il recommence. Oui, il en veut le garenne.
Faut dire, cette petite est aussi distinguée que l’arbre du Ténéré.
Alors de nouveau, il lève le bras, fait un signe de la main et lui sourit.
Et de nouveau, hop, l’Harmattan souffle de plus belle.
C’est extra. Du vrai petit lait.
Ils sourient davantage.
L'homme les a vu. Il est gêné. Il ne peut que sourire.
Ca c’est bien.
Ils ont compris qu’ils se connaissaient mais qu’il jouait de malchance.
Tous les trois, ils partagent cette tranche de vie métropolitaine.

Quand ils sortiront, ce sera elle qui ira finalement vers lui.
C’était obligé. La touarègue n’a pas besoin de plusieurs essais elle. Une seule lui suffit. C’est écrit.
C’est comme ça.

Bon, et nous, notre jeu alors ?

Rennes.
Il faut reprendre.
Elle sort, et prend la voiture suivante.
Et s’installe sur un strapontin.
A côté, une personne assise, deux debout.
En face, une femme noyée dans son super Sudoku d’argent.
Excellent. Parfait.

Sèvres-Babylone.
Il sort, et prend la voiture suivante.
Il avance dans la voiture et s’installe sur le strapontin, face à elle.
En face en diagonale, une personne assise, deux debout.
A côté, une femme perdue dans des mots mêlés. Non, c’est un Sudoku plutôt.
Excellent. Parfait.
Scène posée.

Ca peut commencer.

On dirait qu’ils ne se connaissaient pas.

Rue du Bac.
Il sort le carnet magique.
Ecrit une ligne.
Miss Sudoku le remarque.
Il range son stylo dans le carnet magique.
Il referme le carnet magique.
A elle, il lui tend son carnet magique.

Etonnée, amusée, elle attrape le carnet magique.
Ouvre la page.
Elle rit.
Miss Sudoku épie.
Miss Sudoku est désormais paumée dans son calcul.
Elle prend le stylo, écrit sur la page du carnet magique.
Premier monsieur debout la regarde sourire et écrire.
Miss Sudoku le regarde, lui, discrètement de côté. Et puis elle, en train d'écrire.

Solférino.
Elle lui tend le carnet magique.
Il attrape le carnet magique.
Il ouvre le carnet magique.
Il sourit.
Il contrôle bien son rire.
Miss Sudoku veut lire. Non. Ce n’est pas bien. Calcule plutôt toi. Grande curieuse va.
Premier monsieur debout chuchote à deuxième monsieur debout.
Deuxième monsieur debout le regarde écrire dans le carnet magique.

Miss Sudoku, premier et deuxième monsieur debout sourient.
Tous les trois, les yeux, tournés vers le carnet magique.
Ils assistent à une scène improbable ils pensent. Ils aiment.

Il lui re-tend le carnet magique.
Souriante Tonygencyl, elle s’empare du carnet magique.

Assemblée Nationale.
Elle rigole. Un petit cri. Maîtrisé. Tout juste.
Main devant la bouche.
Yeux en amande. Elle rougit.
Elle relit et s’esclaffe.
Elle cherche sa respiration.
Elle rit encore de plus belle.

Il rit.
Ils rient.
Tous.

Gagné.

Allez. Zou.
Concorde.
Ils sortent, et ensemble cette fois-ci.
Amusés.
Yeux en croissant de lune.
Ils courent sur le quai.

Premier et deuxième monsieur debout les regardent sortir et courir avec de grands yeux.
Miss Sudoku en laisse tomber son super Sudoku d’argent.
Ils ont compris.
Eux, ils continuent vers Madeleine. Amusés.
Ils ont aimé.

Joli, bien joué.