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05 novembre 2007

Défaite de Federer à Paris-Bercy

Rien.
Ils ne parlent plus.
Pourtant, il y a encore une dizaine de minutes, ils parlaient.
Normalement.
Et depuis, plus rien.

Lui, accoudé sur la tablette.
Yeux tournés vers le plafond.
Sa main tenant sa tête.
Perplexe.

Elle, songeuse.
Pensive.
Jambes croisées.
Tournée vers l’allée.
Main gauche sur le menton.
Main droite gardant soigneusement le Kleenex.

Elle, yeux rouges.
Nez pris. Artificiellement.
Deuxième Kleenex.

Il la regarde.
Yeux perdus.
Elle ne répond pas.
A son regard.
Et continue de tapoter sa cuisse gauche de sa main.
Elle penche sa tête.
Vers l’allée.
Vers moi.
Elle le boycotte.
Affreux.

Nous en sommes témoins tous les deux.
Mon stylo.
Et moi.

Il se tient la tête.
La baisse.
Face à elle, une place vide.
Elle la fixe.
L’envie-t-elle ?
Face à lui, un jeune homme lit l’Equipe.
Tout haut.
Il a raison. Oui.
S’il te plait, n’arrête pas de lire. Tu rajouterais du drame à la situation.
Tension.
Mal à l’aise.
Gêne.

Elle, bras croisés.
Lui, de sa main, prend la sienne.
Tentative.
D’une violente douceur, elle retire sa main.
Croise ses jambes.
Blottit sa main entre ses jambes.
A l’abri.
Se tourne de nouveau vers l’allée.
Pose sa main gauche contre sa joue.

Je ne les regarde pas.
Interdit.
Je ne perçois juste leurs mouvements.
Et devine.

Il se tourne vers l’Equipe.
De nouveau.
Et lit sans doute le gros titre sur la défaite de Federer à Paris-Bercy.
La vitre a désormais son attention.

Elle prend son livre sur la tablette.
Elle lit cinq minutes.
Tourne rapidement les pages.
Comme s’il s’agissait de leur histoire.
D’aujourd’hui.
Tourne rapidement les pages.
A la même allure qu’elle dégaine ses Kleenex.

Troisième Kleenex.

Le soleil se couche.
Les nuages passent du gris au rose.
Ses yeux se ferment.
Ils passent du bleu au rouge.

Rien.
Ils ne parlent pas.
Seul s’exprime le silence.
Ce silence.
Si pesant.
Silence.
Confusion des pensées.
Dans la tête.
«
T’es qu’un con.
T’es qu’une conne.
Parle moi.
Parle moi.
Regarde moi.
Regarde moi.
Comprends-moi idiot.
Comprends-moi idiote.
Il m’énerve.
Elle m’énerve.
Pour combien de temps ?
Pour combien de temps ?
Chartres. Il va débloquer un mot.
Chartres. Elle va débloquer un mot.
Allez, un effort !
Allez, un effort !
»
Doucement. Moins fort.
Je n’entends plus ce que j’écris !

Rien.
Ils ne parlent pas.
Toujours pas.
Quatrième Kleenex.
Elle n’est pas enrhumée.
Ses larmes s’échappent de son nez.
Funèbre cérémonie.

Chartres.

Elle se lève.
Prend son sac et part.
Je la regarde.
Elle part précipitamment.
Yeux rougis.

Lentement, il se lève.
Attrape son sac.
Je ne le regarde pas.
Tension palpable.
Il sort.
Lentement.

 

C'était vendredi soir.
Dans le TER.

Je raconte cela.
Mais parfois, il m'est arrivé d'être aussi bavard.