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20 juin 2008

Rendez-vous

Elle me fait voyager dans le temps.
Perdre cinq années.
Vous me direz, c’est pratique.

Mais elle m’obsède.
Me hante.
Me stresse.
Oui, plutôt.

La dernière fois, c'était il y a sept jours.

Enfant, elle me rassurait.
Elle était de mon village.
Enfant, attaché aux repères.
Enfant, attaché aux habitudes.
Elle savait me toucher.
Elle me connaissait.
Mes attentes.
Mes envies.
Mes désirs.

En arrivant à Paris, il a fallu que j’en choisisse une.
Une nouvelle.
Rude tâche.

Laquelle choisir.
La jolie ?
L’intello ?
La bavarde ?
La sexy ?
La commerciale ?
La professionnelle ?
La fashion ?
La saoulante ?
L’aguichante ?
La réservée ?
La mystique ?
La bougonne ?
L’humoriste ?
L’expansive ?
Difficile.

Des hommes ?
Il y en a eu peu.
Et je n’aime pas.
Mais parfois, je n’ai pas eu le choix.
Je les préfère.
Elles.

Mais toujours, il fallait un résultat.
Il faut toujours un résultat.
Et c’est lui, qui me stresse.
Sans doute mon côté féminin.

Mes deux premières années à Paris, ce fut une libanaise.
Une fois sur deux, ça ne marchait pas.
Mais j’insistais.
Car une fois sur deux, ça marchait.
Elle me touchait, elle aussi.
Savait s’y prendre.
Avec passion.
Du moins, je me l’imaginais.
Alors je revenais.
Pourquoi ?
Car elle avait le double CD collector Unplugged de Daniel Guichard en trio avec Gloria et Stéphane.
Joker.

Alors elles me font voyager dans le temps.
Car en ressortant, je perds bien cinq ans.
En ressortant, je file.
Ne traîne pas.
Ne suis pas fier.
Je rentre.
Et m’enferme.
Pas longtemps si c’était à mon goût.
Plus longtemps si ça n’a pas marché.

Une fois, ça n’a pas du tout marché.
Désastre. Catastrophe.
J’étais mécontent.
Je m'en souviens.
Très bien.
Mais je me suis laissé avoir aussi.
Comme un débutant.
De ma faute.
L’homme est faible.
Je fus faible.
Je n’ai pas suivi.
Rien suivi.
Rien regardé.
Je reconnais que j'ai été.
Obnubilé par sa poitrine aux allures de dunes Namibiennes.

Depuis, j’ai dit non.
Plus jamais.

Au pire, je préfère toujours repartir comme je suis venu.
Mais surtout, pas comme si j'avais cinq ans de moins.
Pas de déception.
C’est dingue. Je sais.
On me l’a dit.
Plusieurs fois.

Mais depuis peu, j’ai trouvé une perle.
Nous nous voyons toutes les quatre semaines.
Elle souhaiterait davantage espacer nos rencontres.
Je lui ai expliqué qu’il en était hors de question.
Que j’avais besoin d’elle.
Besoin de ses mains expertes.
Avec le temps, elle a su décrypter mes attentes, mes désirs.
Savoir me toucher.
Elle est experte je vous le dis.
Son salon est magnifique.
Très parisien.
Nos discussions se réfléchissent dans ses nombreux miroirs.
Elle, elle ne parle que très peu de sa personne.
Mais c’est suffisant. Je ne lui en demande pas davantage.
Parfois, elle sort ses instruments.
Alors ma respiration s’accélère.
Souffle saccadé.
Mais elle s’arrange.
Pour que tout se passe bien.
Alors je respire.

Je vous l’ai dit.
Elles me stressent.

Avec elle, je n’ai vécu qu’un échec.
Je lui ai fait savoir. Avec diplomatie.
Et depuis, j’en suis satisfait.

Mais il y a le moment que je déteste.
A chaque fois.
Avant de repartir.
Avec toutes.
Et avec elle.

Je lui donne ses dix-huit euros.



La coiffeuse.