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11 septembre 2007

François

En arrivant, trois ans en arrière, je l’avais déjà remarqué.
Normal. Eux, je leur porte toujours un certain regard.

Je le trouvai courageux.
A cette époque là, je ne savais pas qu’il s’appelait François.
Je ne le connaissais pas.
Il ne me connaissait non plus.
De vue, je le connaissais.
De vue, il ne me connaissait pas.

De temps en temps, François, je le voyais à la terrasse du Chien qui Fume.
Souvent, François était bien accompagné.
Une compagnie plutôt enviable, généreuse.
Celles qui l’accompagnaient, étaient radieuses.
Celles qui l’accompagnaient respiraient la bonté.
Bien joué François.

François habitait le bâtiment d’en face.
Plusieurs fois, de ma fenêtre, je le voyais devant l’entrée et ses trois marches.
Il s’arrachait.
Se débattait.
Escaladait.
Tirait.
Montait.
Soufflait.
Se posait.
Entrait.
J’admirai.

Du courage.

Puis, suis resté près d’un an sans le recroiser.
Jusqu’à ce soir de début juillet.

Sur ce qu’il avait, je me doutais.
Quand nous nous sommes rencontrés, je ne lui ai pas demandé.
Pas osé. Et puis, ça ne me regarde pas.
Mais je me doute.
J’ai connu la personne qui les représentait dans leur association. J’ai reconnu les mêmes symptômes.

Jusqu’à ce soir de début juillet.
Il était tard. Après minuit.
J’entendis un râle dans la nuit.
Puis un autre. Plus prononcé.
Et des pleurs.
Clope au bec, je me présente à la fenêtre.
En face, devant la porte d’entrée, une personne à terre. Allongée.
C’était elle.
C’était cette personne qui hurlait.
Personne ne vînt le voir.

Ce soir-là, pas envie de jouer. J’ai rangé mes malabars.

Alors je sors.
M’approche d’elle.
M’approche de lui.
Je savais ce que François avait.
Je le connaissais. Il ne me connaissait pas.
Alors je l’aide.
Je l’aide à se relever.
François était lourd.
François était ivre.
J’ai dû les porter. Tous les deux.
Lui. Et son fauteuil roulant.

S’accoudant à la rampe, jambes branlantes, il est de nouveau tombé.
De nouveau je le relève.
Et je l’accompagne. Je les accompagne.
Laisse son fauteuil dans l’entrée, et l’aide à prendre l’ascenseur.

Quatrième.
J’avais toujours un peu rêvé de visiter le bâtiment d’en face.
Tellement d’histoires dans celui-ci !
J’y étais.
Avec François et son ivresse.
Je l’ai accompagné jusque chez lui.
Dans un sursaut de sobriété, il m’a remercié.

Je t’en prie.

Pour moi, François a une sclérose en plaque.
Il est dans un fauteuil roulant, mais garde encore de manière très fébrile l’usage de ses jambes.

Suis reparti.

Et en bas, j’ai croisé un couple qui revenait d’une balade nocturne. Avec leur chien.
Enfin, je les ai approché.
Le fameux couple du bâtiment d’en face.
Dont je raconterai l’histoire une autre fois.

21 août 2007

Révolution

C’était début juillet.
Au début, on n’y prête pas attention.
D’ailleurs rares sont ceux qui durent la remarquer.
C’est en attendant que je l’ai vue. Elle.
Muette.
On est plus attentif en patientant. Je ne sais pas pour vous, mais moi oui.

Elle était sale. Très sale. Pire que mon torchon à poussière.
C’est ce qui m’a frappé en premier.
Elle était marquée. Très marquée.
Elle devait forcément l’être. Obligatoire. C’était marqué.
Faut dire, elle l’a cherché.

Depuis combien de temps était-elle ici ?
Venait-elle de lui ?
D’un autre ? D’une autre ?
Etait-elle importante ? Importante pour quelqu’un ?
S’est-il réalisé lui?
Bataille-t-il ?
A quoi ressemble-t-il ?

N’empêche qu’elle était là. Allongée.
Nue. Tatouée.
Son identité offerte à l’inconnu. Aux inconnus.
Mais aux inconnus curieux.
Je l'ai fixée.
Peut-être aurait-il préféré rester anonyme.
Raté.

Et si la mienne avait été à sa place ?
Bonne question.
J’en ai une. Elle est ordinaire.
J'en ai peu usées. Sauf le 30 septembre 2006.
Sans doute usées moins que lui. Nous ne sommes pas pareil. Normal.
Mais j’espère que la mienne n’a jamais été marquée. Sale.
Par omission. Par mégarde. Alors. Seule excuse.

La sienne, j’ai voulu la prendre. Pour me souvenir de lui.
De son nom.
L’écrire ici.
Mais j’ai oublié.
Il avait une particule. Ca, je n’ai pas oublié.

Génial.
Lui, à particule, piétiné par les accrocs du ballon de rouge en bleu de travail, gitanes jaunies au bec.
Là, accoudés au zinc du Chien qui Fume.
Il n’y a plus d’aristocratie.
Du moins au Chien qui Fume. Celui de rive gauche.

Comme ici, ce qui serait fort, ce serait de retomber sur elle au Chien qui Fume. Mais le deuxième. 

Celui de rive droite.
Je n’ose même pas imaginer


Piétiné, 
Cabossé.
Ignoré.
Délaissé.

Piétinée.
Cabossée.
Ignorée.
Délaissée.

Lui, il était architecte DPLG.
Elle, c’était sa carte de visite qui gisait par terre.