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02 mai 2008

Le drame de mai

On arrive.
On repart.
On défait les cartons.
On refait les cartons.

Transportés.
Au boulot.

J’aimai bien mon ancien quartier.
Je retrouvai mon quartier d’origine en arrivant à Paris.
J’aimai bien prendre mes trois stations de métro.
Mon rituel.
Trois stations pour aller au boulot. L’idéal.

J’ai dû dire au revoir à tout cela.

A ces conversations téléphonées. Celles-ci là.
Et puis à eux aussi que j’ai appris à connaître. Ces deux-là.
A ces moments d’emploi du temps surchargés. Comme celui-ci.
Et puis à ces scènes croustillantes. Elle est là.
Et surtout à cette scène là. Inoubliable.

Mais c’est comme tout.
Toute bonne chose a une fin.
Avant d’apprécier de nouvelles bonnes choses.
Mais merde.
On était bien là bas.
A l’écart de tout.
Au calme.
Grands bureaux.

Et on se retrouve maintenant avec tout le monde.
Ceux dont les dents rayent la moquette droit sortie des stocks des 70’s du Mondial Moquette de Goussainville (oui, grande boite, donc pas de parquet).
Serrés comme des carambars dans un mug Dora l’exploratrice.

Alors oui.
Alors oui suis à deux bureaux de mon DG.
Alors oui je pisse dans le même chiotte que mon DG.
Alors oui il va falloir que j’apprenne à dire « bonjour mon DG adoré ».
Alors oui mes yeux ont remarqué davantage de stagiaires brunettes canon se trémoussant à la machine à café et riant comme Amanda Lear.
Alors oui on n’est plus à l’écart et au courant de tous les potins, même de celui où la _____ ___ s’est faite ______ par le _______ dans les toilettes pour handicapés.

Oui mais non.
Car je vis un drââââme.
Il me fallait 16 minutes avant pour rejoindre mon bureau adoré avec mes trois stations de métro fétiches.
Et il me faut maintenant 17 minutes pour venir à ce nouveau bureau.
Mais 17 minutes à pieds.
Moche.
Et ça monte en plus.
Alors en velib, hors de question.
Sauf pour repartir bien sûr.
Mais plus de métro.
C’est bien ça le drââââme.

La vie est affreuse, non ?

Maxime, éternel insatisfait…
Encore en train d’étudier la possibilité de prendre le métro…
Pour faire les 478 mètres qui le séparent de son bureau à vol d’oiseau.

Quand on aime, on ne compte pas.

Bon, ce n’est pas le tout, mais j’ai mes congés de mai à poser.


09 novembre 2007

Louise et Bernard

C’est l’automne.
Alors les arbres changent.
Celui-ci est passé du rouge vif au nu en deux jours.
Celui-là est encore jaune Poste pour aujourd’hui.
Très joli.

L’avantage des pauses cigarette au boulot.
On regarde et prend le temps de voir l’automne s’installer en semaine.
On entend des conversations de l’étage supérieur.
Comme celle-ci.
Par contre, lui, il reste le même.
Lui.
Le monsieur du septième étage de l’immeuble de gauche.
Pas très bel immeuble d’ailleurs.
Je l’appelle Bernard.
Bernard vit seul.
Du moins, de neuf heures à dix-neuf heures Bernard est seul.
Seul avec son balcon.
Pas très beau balcon d’ailleurs.
Pas très beau tout court Bernard d’ailleurs.

Monsieur Bernard a la quarantaine.
Je sais.
Mes yeux de chat me l’ont dit.
Oui, son appartement est assez loin.
Bernard, l’archétype de l’homme seul.
Du vieux garçon. La quarantaine.
De l’homme en quarantaine.
Pas très beau.
Mes yeux de chat radotent.
Je sais.

Mais Bernard est original.
Malgré tout.
Oui.

Quand il est là, dans l’après-midi, Bernard est quasiment nu.
En slip.
Généralement blanc.
Comme sa peau.
Couleur cumulus.
Bernard a une pilosité développée.
Bernard a une bedaine développée.
Bernard n’a pas les lunettes de Mac Lesggy.
Car Bernard a une monture de lunettes en métal années septante et des verres cul de bouteille.
Je sais.
Mes yeux de chat me l’ont dit.

Bernard, ses affaires sont posées sur une chaise.
Sur son balcon.
Bernard, il prend un malin plaisir à enlever.
Remettre.
Ses chaussures qui sont aussi sur son balcon.
Alors Bernard, il s’habille. Parfois.
Et en lui, je vois celui qui se prépare chaque après-midi comme s’il devait se rendre à un rendez-vous galant.
Alors j’imagine.
J’imagine que Bernard espère.
Que Bernard attend beaucoup de ce rendez-vous galant.
Ce se sent.
Bernard doit être de ceux qui se focalisent sur chaque rendez-vous galant.
Ils doivent se compter sur les doigts de la main.
Monsieur Bernard, il semble vide.
C’est triste.
Chaque jour.
Le rituel.
L’éternel recommencement.
Ce vide. Quotidien.

Chez Bernard, ce n’est pas beau.
Les murs sont ternes.
Les rideaux jaunis.
Les volets abîmés.
La décoration semblable à celle d’un plat somalien.
Et lui.
Ce fameux néon blanc de cuisine.
Je sais.
Mes yeux de chat me l’ont dit.

Dis, monsieur Bernard, pourquoi tu sembles si malheureux ?


En revanche, en face de moi, en bas, à une trentaine de mètres, c’est Louise.
Oui, je l’appelle Louise.
J’aime bien madame Louise.
Louise, elle sait prendre soin de ses plantes.
J’aurai du prendre exemple sur elle.
Pour mon bonsaï et mon oranger.
Je leur ai donné de l’eau à coups de procrastination.
Louise a peu de plantes.
Mais elle aime les regarder quand elle fume.
Louise semble heureuse.
Louise, elle est élégante.

Sa maison est un trésor.
Deux étages.
Louise est au premier.
Une ancienne immense maison bourgeoise habillée de lierre que même le plus habile des jardiniers ne saurait embellir.
La maison dans laquelle vit Louise a vécu.

Louise vit seule.
Du moins, de neuf heures à dix-neuf heures Louise est seule.
Mais Louise n’a pas tout le temps vécu seule.
Je le sais.
Ce ne sont pas mes yeux de chat qui me l’ont dit.
Louise passe son temps dans son salon.
Sur la table de son salon.
Mais ils n’ont pas su me dire ce qu’elle y faisait.
Peut-être écrit-elle?
Louise est en âge d’écrire.
Car Louise, elle a du temps.
Louise, elle a une soixantaine d’année.
Je sais.
Mes yeux de chat me l’ont dit.

Louise, j’aimerai qu’elle écrive dans son salon.
Des histoires.

Dont une sur celui qu’elle aperçoit.
De temps en temps, l’après-midi.
Sortir dehors, en face de chez elle, plus haut, fumer sa cigarette.
Celui qui la regarde, elle, et Bernard.

Et puis une autre histoire.
Où elle rendrait heureux monsieur Bernard.

Dis, madame Louise, tu rendras heureux monsieur Bernard un jour?
Avant de m'écrire quelque chose.

30 août 2007

Téléphoné

« Ca va mon loulou ?
Ca me fait plaisir de t’avoir dis!
Je n’avais pas de nouvelles, je m’inquiétais.
C’est gentil de m’appeler.
Alors tu t’es baigné avec tata ?
C’est bien.
T’as pas eu peur ?
T’as été gentil avec pépé ?
C’est bien ça.
Ah bon ?
T’en as mangé beaucoup ?
Oh dis donc!
T’étais content ?
C’est bien ça mon biquet.
T’es content d’avoir ta maman ?
Ah oui ?
Mais c’est bien ça.
Et tu vas faire quoi cet après-midi ?
C’est bien ça.
Il est gentil pépé hein.
Papa ?
Papa il travaille là. Il pense beaucoup à toi. Il te fait plein de bisous toutou.
Elle fait bien à manger tata ?
C’est vrai ?
Des frites ?
C’est bien ça.
T’es content mon mamour ?
Moi aussi tu me manques.
Je t’embrasse mon mignon. Maman va aller retourner travailler.
Oui.
Oui.
Je t’embrasse.
Tu me passes ton pépé?
Oui mon loulou.
Bibi mon mamour. Je t’aime.
Oui.
Ta maman t’embrasse.
Tu me passes ton pépé?
J’te fais des bisous mon ptit bout d’chou.»

C'était tout à l'heure. Au boulot.
A la pause cigarette.
Dehors. Dans l'escalier.
La collègue du dessus.
Concentré, cigarette au bec, on retient tout.
Et on sourit.