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01 avril 2009

Poésie printanière


Je rentrai paisiblement ce soir.
Appareil photo toujours dans la besace.
Je passe devant le "talon aiguille".
Et Alain Delon en sort au même moment.
Alors c'est vrai qu'il vieillit bien.
Alors c'est vrai qu'il a de sacrés yeux.
Alors c'est vrai qu'il est bien accompagné.

Mais.
Te te te.
Hors de question que Maxime le prenne en photo.
Maxime s'en fiche d'Alain Delon.
Moi j'connais Moussa le chamelier*!
Et pas lui.
Han Han.
Et ouais!
Bref.

Donc.
C'est le printemps.
Qui dit printemps, dit vert.
Nos amis les pigeons parisiens goûtent une verdure fraîchement de retour.
Du coup, le mal d'estomac pigeonnier pullule.
Pas besoin d'aller au Chili tu me diras...

Alors le proprio de cette Xantia reluisante pourrait crier à la conspiration.
Puisque ses voisines n'ont rien.
Mais non.
Il devrait plutôt crier à la constipation.

 

P1010266.JPG

 

 

N'empêche que nos amis pigeons devraient essayer les épices chiliennes, ce serait moins terne.

 

 

 

*bientôt en vidéo.

05 janvier 2009

Optimiste

Voyons !
On te l’a piqué.
Mais regarde le bon côté des choses.

Si ça se trouve.
Oui, si ça se trouve.
C’est un envoyé du ciel qui te l’a piqué.
Non, pas un pigeon.
Et tu ne t’en rends même pas compte.

Au contraire.
Tu aimerais l’étriper.
Lui maquiller sa joue à l’aide de ton poing refroidi par l'hiver.
Le traîner à terre.
Lui faire goûter la neige fraîche parisienne de ce 5 janvier.
Et lui rappeler la loi.
Non mais.

Ouh oui.
Tu aimerais lui donner une belle leçon.
A ce salopiot.
Lui tirer les pattes sous les tempes.
Comme te faisait monsieur Michoin en CP.

Mais si ça se trouve.
En fait.
Il te l’a piqué.
Et il t’a évité un accident.
Si si.

Regarde le bon côté des choses.

Tu l’aurais enfourché.
Aurais descendu la pente.
Enneigée.
Ton frein aurait lâché.
Ta roue arrière aurait glissé.
Par terre sur ton épaule tu serais tombé.
La clavicule cassée.
Pire.
Fracture ouverte.
Crac.

Le camion de la Brinks n’aurait pu freiner à temps.
Proumpf.
Fait le camion de la Brinks te passant sur le tronc.

Chpling.
Fait ensuite le camion de la Brinks heurtant la vitrine d’un kiosque où est révélée l’identité du père de l’enfant de Rachida Dati.

Aïe.
Tu fais.

Tu es mal barré mon pauvre.
Clavicule cassée.
Fracture ouverture.
Bassin broyé par l’écrasement du camion de la Brinks.

Tacatacatacata.
Fait alors la mitraillette de l’opportuniste cagoulé sur le camion de la Brinks.

Aïe merde ! Bordeeeeeel !
Tu fais.
Après avoir reçu une balle au mollet gauche.

Tu commences à avoir mal.
Très mal.
Tu gémis.
Avant de voir une liasse de billets de cinq cents euros à portée de main.

Dans un dernier effort.
Tu tends le bras droit.
La liasse va au moins être à toi.

Aaaaaargh.
Tu fais.
Après que la bimbo dans son manteau de fourrure affolée par les coups de feu de l’opportuniste cagoulé ne te marche sur la main avec ses talons aiguille de seize centimètres après avoir piqué le dernier Voici où est révélée l’identité du père de la petite de Rachida Dati.

Tu n’en peux plus.
C’en est trop.

Tu voudrais alors finalement revenir quatre minutes en arrière.
Pour éviter toute cette accumulation de malchance.
Et acheter le dernier Voici.
Car on pourrait vraiment appeler ça comme ça.
T’aurais vraiment pas d’bol mon pote.

Alors finalement.
Tu découvrirais ça :

P1010261.JPG




Et te dirais.
Ouf, on m’a chouré mon vélo !
Quelle chance !






Remarque.
Tu aurais très bien pu rentrer chez toi.
Et avec ton vélo.
Et sans accident.
Aussi.

Et là, pour le coup.
Ton antivol.
C’est pas d’bol.

 

 

Ah, au fait, je vous souhaite des bons vieux pour cette dixième année du XXIème siècle.

 

04 novembre 2008

100 carats II

ALLELUIA !!! Ali a répondu!!!!!



Bonsoir cher Ami, helllllllllllllllllllllllllllllllllo mon pote !! Ah ça fait plaisir de te relire, on va bien s’marrer encore une fois !!

Je vous remercie vivement pour l'intérêt que vous portez á ma proposition ben attends eh !! c’est pas tous les jours qu’on peut gagner 9,5 millions d’euros hein ! et pour le temps que vous me consacrez. Mais non mais non, ca me fait plaisir mon pote de te répondre pendant mes heures de boulot.

Je voudrais pour commencer, oui vas-y fais peter le programme chic chic chic !! vous garantir que cette transaction est sans risque mais j’espère bien dis donc !!, nous avons réunis toutes les dispositions pour mener á bien les démarches jusqu'au virement des fonds dans compte bancaire. Y’a pas à dire, t’es un pro mec ! C’est toi qui va nous sortir de la crise, j’en suis sûr ! Tu me conseilles de prendre des actions Ricard dis??

Je ne vous connais pas personnellement, on s’en fiche ça on aura tout loisir de se connaître quand on sera blindés, on se fera des barbecues les uns chez les autres. On pourra même s’acheter des barbecues en diamants tellement on sera blindés. j'ai eu votre adresse par le biais de l'Internet, oui je sais, tu te répètes là c'est ainsi que j'ai décidé par simple instinct mmmmmh en plus t’as du flair ?? mais t’es vraiment exceptionnel !! T’as jamais essayé d’écrire à Patrick Sebastien pour aller dans son Cabaret pour faire un duo avec le petit bonhomme en mousse ? de vous faire cette proposition dans l'espoir que vous m'apportiez du soutient. Oui, compte sur moi pour te soutenir corps et âme, nuit et jour, midi et soir. Tu es mon maitre ô Ali Sankara béni bien aimé. Pour toi, je donnerai la vie de mon DG.

J'ai fort besoin de votre collaboration oui oui, car pour mettre en oeuvre cette transaction il me faudrait collaborateur á l'étranger oui oui encore, c'est dire hors du Burkina aaaaaah bon ??, raison pour laquelle j’ai sollicité votre aide hum, tu te debrouilles pas trop mal : tu réponds en refaisant un résumé bref de la demande, tu personnalises, tu y mets du cœur, tu t’exprimes pas trop trop mal…bref, t’es quasiment prêt à m’entuber là. Admettons, tu m’as niqué, tu m’as entubé. Ok. Poursuivons…, je ne me suis basé sur aucun critère, j’ai simplement suivi mon instinct. Et hop, tu en rajoutes un peu sur l’attention. Mais c’est bon je t’ai dis que tu m’as déjà entubé, pas besoin de te répéter !

La procédure est la suivante: aaaah j’aime les modes d’emploi !! Ca me rappelle quand j’étais gamin et que je construisais les Lego, j’avais l’impression d’être un grand ingénieur déjà à 6 ans ! Je vous présenterais á la BCB comme le parent et l’héritier du défunt oui oui (j’hoche la tête bêtement hein) , ceci á partir d'une lettre de réclamation que je vous envoie ci-dessous. Aaah j’aime bien les lettres de réclamation !! Tu sais Ali, on en recoit des tonnes et des tonnes à La Poste parce que les gens sont pas contents du tout du tout !!

Vous devez simplement suivre mes instructions Oui chef, bien chef !! pour le bon déroulement des procédures. Pffff mais pourquoi devoir tout le temps suivre des procedures et process ISO 9001 à la noix ?! Bon, allez, suis bonne pâte hein. Admettons…

Je ferais toutes les démarches au sein de la BCB ouh mais j’espère bien, car sinon, avec un procrastineur comme moi, t’es mal barré mon pote et je vous communiquerais de temps en temps Te te te !! Pas de temps en temps !! Non non !! J’exige le direct et par SMS !! la marche á suivre jusqu'au virement des fonds dans votre compte bancaire. Gnark. A moi la CX Pallace avec toit ouvrant!!!!

J'ai réuni les informations nécessaires sur le défunt c’est moche et vilain ça tu sais Ali !! En plus, j’ai passé mon samedi dernier aprem à mater des trucs de paranormal genre « Mysteres » sur Dailymotion : faut se méfier des morts !! Leurs esprits reviennent et te hantent : les pots de Nutella se vident tout seuls dans la nuit, la vaisselle une fois lavée se range toute seule dans le placard… (remarque, avec les marabout tu dois connaître ça…) et son compte bancaire que j'utiliserais afin d'amener la BCB á procéder dans les brefs délais oui car je compte pas attendre Pâques de l’année prochaine !! J’ai plein de neveux et nièces à gâter pour ce Noel ! au virement de cet argent dans votre compte bancaire, je vous les fournirais au fur et á mesure selon les interrogations de la BCB. Ok, je serai connecté 24heures sur 24 à Facebook, et portable à l’oreille.

Je vous exhorte mazeeeeeette « exhorte » !! Que c’est beau ça !! surtout á travailler dans la stricte discrétion car personne ne doit connaitre mon implication oui t’inquiete mec !! chuuuuuuuuut !! á cause de ma position á la BCB et afin d’éviter qu'un intrus de votre coté ou du mien oui, chez moi, je chasse les intrus à coups de martinet en velcro ne vienne pas nuire á la réussite de cette transaction. Non !! Surtout que j’me suis choppé une saloperie de virus sur mon ordi, que j’ai dû tout reformater et failli paumer quasiment 40Go de photos et videos de voyage, alors crois moi mon Ali, je suis paré !!

Pour commencer, je vous envoie ci-dessous la lettre de réclamation, remplissez comme j'ai indiqué les parties vides et envoyez la moi enfin que je vérifie que rien ne manque héhé petit malin va !! Je suis sûr que tu vas même rajouter des trucs pour encore plus m’entuber ! , je vous donnerais ensuite l'adresse de la banque afin que vous puissiez la leur envoyer. Y’a pas à dire : tu es le roi des sioux ! N.B/ Appelez moi au 00226 78 34 21 84 pour un entretient. Euh comment dire… j’ai pas envie, en plus j’ai un problème, j’suis enrhumé. J’ai pas envie d’appeler bizarrement pour que ça me coûte 1200 euros quand tu auras décroché... Je bosse à la Poste mais j'ai pas un QI de Postier hein... 

Merci et portez vous bien Ahh ben tu vois ! T’as même deviné que j’avais un rhum !! C’est l’effet marabout ça !


M. ALI SANKARA


Alors voici le fameux modèle de lettre à envoyer:

LETTRE DE RECLAMATION A ENVOYER À LA BCB.

Nom...MAXIME...... de Nationalité.........FRANCAISE
A L'ATTENTION DE:
Monsieur ABDALLAH EL MOGADAMI
DIRECTEUR GENERALE DE LA BANQUE COMMERCIALE DU BURKINA (BCB)
OUAGADOUGOU BURKINA FASO
Monsieur,

Je suis .MAXIME LE PETIT COQUIN...me présentant comme héritier du défunt ENG. GEORGES W.BRUMLEY, qui était l'un de vos clients et qui mourut avec sa famille lors d’un accident mortel d'avion.
EN FAIT NON ALI MARQUE DES CONNERIES MONSIEUR MOGADAMI : LE GEORGES BRUMLEY EST MORT A COUPS DE TROMPE D'UN LION SIAMOIS ENRAGE ALORS QU'IL ETENDAIT SES SLIPS DANS SON JARDIN. Il a laissé dans son compte une somme de US 12.5M (Douze millions cinq cent mille dollars Américains) dans votre Banque:BANQUE COMMERCIALE DU BURKINA.

Monsieur,
Ayant présenté ma personne auprès de votre haute institution je demande à cet effet à la BANQUE COMMERCIALE DU BURKINA d'effectuer la procédure de transfert et de normalisation du compte de Monsieur ENG. GEORGES W.BRUMLEY, valeur de 12.5M numéro de contrat FRSL/TERRAM/PVC/1990-2000 et par la suite verser cette somme dans le compte bancaire ci-dessous indiqué avec les détails privés de ma personne:

Bénéficiaire:.MAXIME LE PETIT COQUIN................
Profession :..DOMPTEUR DE POULES PERUVIENNES...

Sexe: ..UNE A DEUX FOIS PAR AN

Tel/fax:...SUR LA COMMODE DANS L ENTREE

E-mail: ..IL EST PLUS HAUT LA...................

Nom de ma Banque: ...BANQUE MI (COMME MINISTERE DE L’INTERIEUR)...............

Numéro de compte:... 014 007 606 0

Code Swift:...2A

Tel/fax:..... 01 40 07 60 60

Adresse de ma banque:..PLACE BEAUVAU 75008 PARIS


Monsieur, je suivrai tout ce dont votre banque aura besoin y compris les normes et procédures attendues de moi par votre aimable institution. OUI CAR JE VEUX ME FAIRE PLEIN DE THUNE.

Recevez mes meilleures salutations. SI SI.

A suivre... mais je vais repondre comme quoi je me montre hésitant à donner ces informations là...

10 septembre 2008

Lui, une troisième fois


En direct.
Il y vingt-cinq minutes.

Je ne m’y attendais pas.
Il m’a eu.
Par surprise.

Cette scène était un clin d’œil.
Sans doute pour ça que je l’ai écouté.
Lui.
Durant quatre minutes.
Le temps que ma rothmans se consume.

En mars dernier, j’écrivais ça, là.

Et là, je retombe sur lui.
Mon vietnamien.
Devant l'entrée de mon boulot.

C’est une impression bizarre.
Lui, ici.
Et moi, là.
Dans un endroit où jamais j’aurai pensé pouvoir le croiser.

Je fume.
Je le vois au loin.
Il arrive.
Et vient vers moi.
Pourquoi moi ?
Et pas mon voisin ?

Le même visage marqué.
Les mêmes rides.
Le même imperméable.
Les mêmes médailles.
La même détresse.

Bref.
Il me parle.
Et bien sûr, c’est la troisième fois qu’il me parle.
Mais ne me reconnaît pas.
Toujours pas.

«
- C’est quoi ici ?
Il m’a l’air toujours à l’ouest. Mais je souris de le revoir. Je tiens ma petite note du jour.
- Des bureaux.
- Des bureaux d’quoi ?
- Des bureaux pour travailler.
- Mais pour travailler quoi ?
- Pour travailler dans les assurances, les banques…
- Aaah d’accord! J’viens d’arriver. Ce matin de Nice. Car j’habite Nice.
Oui oui c’est ça, et moi j’suis le curé d’Melun…
Là, je ne réponds pas. Encore une fois, je bois ce qu’il a à me dire. Je le vide. L’aspire.

- Ah ? Vous habitez à Nice ?
Que va-t-il me sortir cette fois-ci encore …
- Oui, ma famille arrive ce soir de Saïgon à Roissy, à l’aéroport, là où y’a les avions vous savez.
Au moins, il reste cohérent sur son discours, plus d’un an après. Et puis Saïgon, et toujours pas Ho Chi Minh Ville.
- Je vois bien oui, Air France et tout et tout.
- Oui. Et j’ai fait la guerre moi. La guerre d’Indochine. Et ça fait quarante ans que j’suis à Nice.
Il me montre ses médailles.
- Et vendredi, on part à Cayenne.
Alors ça, c’est tout frais, c’est tout nouveau, c’est du scoop.
- A Cayenne ?
- Oui, à Cayenne, voir de la famille. Il fait bon là-bas vous savez.
- Je m’en doute, je m’en doute. En avion ?
- Oui, en avion, de Roissy, à l’aéroport, là où y’a les avions.
- C’est bien, ça.
- Oui. Vous êtes jeunes vous, c’est bien, vous avez quel âge ?
Il articule mal, je ne comprends pas, alors je réponds en hochant bêtement la tête.
- Oui oui.
- Non mais vous avez quel âge ? Vingt-cinq ans ?
Là, j’ai mieux compris.
- Trente et un ans.
- C’est bien, ça. Vous êtes jeune.
Il me prend le bras. Me serre l’avant bras. Les voisins nous regardent. Ma cigarette arrive à sa fin.
Et lui aussi.

- Et oui. Bon, je vais travailler. Bon après-midi.
»

Je repars, je souris.
De l’avoir recroisé.
Mais il est toujours aussi mythomane.

Mais le revoir, aujourd’hui, m’a fait sourire.
Mais surtout, le voir en bonne santé.
C’est con, mais ça fait plaisir.
Au moins.

La prochaine fois, je lui dirai.
Que c’est la quatrième fois qu’on se croise.

La prochaine fois, je lui demanderai.
Pourquoi il raconte autant d’histoires.
Pourquoi il ne raconte pas la vérité.
Pourquoi est-il vraiment ici.

Pourquoi et comment.
En est-il arrivé là.

Sans doute lui offrirai-je.
Un chewing-gum.

Mais j’aimerai connaître sa vérité.


Quant au poète, je ne l’ai toujours pas recroisé.

30 juillet 2008

Merci Woody



C’est l’été.
Il fait bon.
Il fait chaud.
Enfin.
Envie de se rafraîchir.

Et pour se rafraîchir, nous disposons de nombreux moyens.
Dont.
Ces petites choses qui traînent ça et là dans Paris.
Qui arrivent à point nommé au beau milieu d’une escapade à velib’.
Ces petites choses sont très jolies.
Parisiennes.
Gracieuses.
Mais surtout.
Rafraîchissantes.

Les fontaines Wallace.

 

wallace.JPG


Elles sont cent huit à Paris.
Oui cent huit.
Comme le chiffre.

Et quelqu’une m’a raconté un jour qu’elles renfermeraient une légende.
C’était une très jolie histoire.
J’avais aimé.
Normal.
J’aime quand on me raconte des histoires.

Et cette légende raconte qu’il y aurait une fontaine Wallace qui donnerait la vie éternelle.

N’est-ce pas chouette ?

Oui.
Mais laquelle ?

Bref.
Si nous continuons dans les statistiques, forcément, s’il y en avait qu’une qui donnait la vie éternelle, ça se saurait.
Forcément, au moins une personne y aurait déjà goûté.
Enfin, « ça se saurait »… sans doute que ces personnes sont devenues éternelles et qu’elles souhaitent garder leur secret ?
Et puis ?
Si demain je trouve la bonne, il faudrait attendre bien des années et des coups de pédales à velib’ avant que je ne me rende compte que je suis éternel !

Amen.

Mystère.

Bref.
Pour que la légende soit plus jolie, j’ai envie de la rendre plus crédible.
Donc statistiquement non réalisée à ce jour.
Disons qu’il faudrait boire dans chacune de ces cent huit fontaines en une seule journée pour obtenir la vie éternelle.

Oui, c’est déjà plus réaliste.
Car je mets ma main à couper que personne n’a jamais goûté à l’eau de chacune de ces cent huit fontaines.

Donc on dirait que Monsieur ou Madame Eternel(le) n’existe pas encore.

Mais imaginons.
Imaginons qu’un velibeur fou soit convaincu de l’exactitude de cette légende.

On le nommera Paul.
Oui, Paul, c’est intemporel.

Paul a trente ans.
Paul travaille chez Paul.
Il fait des sandwichs.

Mais Paul a un rêve.
Devenir éternel.

Alors imaginons.
Que Paul a minutieusement reconnu le terrain depuis deux mois.
Que Paul a placé toutes les fontaines Wallace de Paris sur une carte.
Pour que Paul soit définitivement prêt le jour J.
Que Paul se soit levé à l’aube.

Le 29 juillet 2008.
Hier. Journée chômée.

De coup de pédale en coup de pédale.
De montées à descentes.
De fontaine à fontaine.
Paul a réussi.

Devant la dernière, place Saint-Sulpice, Paul s’est appliqué.
Comme pour une cérémonie.

Paul a posé son velib’ non loin.
Et a marché.
Doucement.
S’est approché.
A tendu ses mains.
A trempé ses lèvres.
S’est délecté.
De cette dernière eau.
Si fraîche.

Paul était content.
Le soleil commençait à faiblir.
Il regardait l’autre fontaine.
Celle des quatre cardinaux.

Paul avait enfin accès à l’éternité.






Un an plus tard, Paul faisait toujours des sandwichs.
Paul était toujours chez Paul.
Paul faisait toujours du velib’.
Paul regardait toujours avec sourire les fontaines Wallace qu’il croisait.






Trois ans plus tard, Paul faisait toujours des sandwichs.
Paul était à la Brioche dorée.
Paul faisait moins de velib’.
Paul regardait toujours avec sourire les fontaines Wallace qu’il croisait.






Dix ans plus tard, Paul dirigeait une sandwicherie.
« Chez Wallace ».
Place de l’Opéra.
Paul roulait en BMW rutilante.
Paul regardait toujours avec sourire les fontaines Wallace qu’il croisait.

Mais dix ans plus tard.
Il se retrouvait en famille.
Avec ses proches.
Lors du baptême d’une nièce.
Ce soir là, ils avaient regardé de vieux films de famille.
Dont l'anniversaire du pépé, il y a dix ans.
Et ses proches s’étaient fait l’étrange remarque.
Qu’en dix ans, Paul n’avait pas changé.






Vingt ans plus tard, Paul faisait toujours des sandwichs.
Paul était à « The Muffin’s Corner ».
A Folsom, dans la banlieue de Sacramento.
Paul roulait à vélomoteur.
Paul ne croisait plus de fontaines Wallace.
Paul avait perdu le sourire.

Son physique ne changeait plus.
Vingt ans après, il gardait toujours le physique de sa trentième année.
Paul avait quitté Paris trois ans plus tôt.
Il dût quitter sa vie parisienne à partir de ce moment là.
Assumer son statut d’immortel.

Pour ne pas être reconnu.

Laisser sa famille.
Laisser ses proches.
Laisser sa vie parisienne.

Laisser sa première vie de côté.
En faire le deuil.
Une première fois.

Il savait qu’il reviendrait à Paris.
Mais.
Peut-être dans cent.
Ou deux cents ans.

Il savait qu’éternellement, ses vies ne seraient que recommencements.
Au bout de cinq.
Voire de sept ans.

Recommencements.

Nouveaux amis.
Nouvelles petites amies.
Nouveaux jobs.
Nouveaux collègues.

Mais plus de famille.

Alors bien sûr, il suivrait de loin les descendants de sa famille.
Savoir ce que deviendraient ses arrières.
Arrières.
Arrières.
Arrières.
Arrières.
Arrières.
Petits neveux.
Et nièces.






Quatre cents ans plus tard, Paul faisait toujours des sndwchs.
Oui, des sndwchs.
La langue a évolué.
Car quatre cents ans plus tard, les voyelles ne s’écrivent plus.
La langue euro a remplacé le français.
L’anglais.
L’allemand.
L’espagnol.
L’italien.

Paul était à « Th Mffn’s Crnr ».
Toujours.
Mais à Brxlls.
Capitale de l’ancienne Belgique.
Aujourd’hui, capitale de notre ancienne Europe, « l’Rp ».

Mais bizarrement, il évitait toujours la place du Manneken-Pis.
Maintenant, il avait une sainte horreur des fontaines.

 

manneken pis.jpg



Mais Paul continuait.
Malgré tout.

Paul avait accumulé d’énormes connaissances.
Paul était devenu un véritable érudit en Histoire.
Contemporaine.
Et Moderne.

Paul se plaisait de retourner à l’université.
En cours du soir.
Et d’affronter les théories des professeurs.
Et d’émerveiller de son savoir, de sa pétillante intelligence, les jeunes et fraîches étudiantes.

Oui.
Paul était devenu un Dom Juan.
Sans le vouloir.
Le seul homme, dans toute l’Humanité, à avoir flirté avec le plus de femmes.
Et pas que sur des malentendus.
Pourtant, il ne jouissait que d’un physique somme toute ordinaire.
Mais voilà, son intelligence était devenue son arme.

De vie en vie.
D’identité en identité.
Un éternel recommencement.

Ne rien construire.
Juste.
De l’éphémère.





Jeudi 23 mai 8008.

Six mille ans plus tard, Paul avait envie de tout abandonner.
Six mille ans plus tard, Paul ne faisait plus de sndwchs.
Six mille ans plus tard, Paul n’avait plus d’amis.
Six mille ans plus tard, Paul était seul.

Tout seul.

Le mercredi 7 mai 8008, dans la matinée, Halley a frappé. 
 

halley.jpg


Plus rien.
Terre nue.
Vierge.
Poussière.
Obscurité.

Il sait ce que tout cela implique.
Il n’y a plus de vie.
En dehors de la sienne.
De ce qui lui sert de vie.

Il sait qu’il faudra du temps.
Avant que tout ne reprenne vie.

Mais avant ces années.
Ces milliers d’années.
Ces millions d’années.

Paul est seul.
Paul restera seul.

Alors Paul pleure.

Comme une fontaine.
De Wallace.





Woody Allen nous raconte :
«
L’éternité, c'est long, surtout vers la fin.
»




Paul :
«
Ta gueuuuuuuuuuuuuuuuuuule Woody !!!
»

11 juillet 2008

Jean-Kévin aime les SMS


Oui.
Et avant ?
Comment faisaient-ils ?

On est passé de la main.
Aux tuyaux.
Aux ondes.

De la petite main du facteur.
Relayeur d’espoirs, du temps de la grande guerre.
Celui qui apportait des nouvelles.
Parfois hélas déjà bien anciennes.

L’année dernière, j’avais trouvé ça.
C’était merveilleux.
Ces correspondances.
Et surtout, celles de Pierre, un militaire écrivant à sa belle entre 1914 et 1918.

Qu’ils étaient patients à cette époque !

Imaginons, aujourd’hui.

Kevin écrit un banal SMS à Jessica à 11h44.
« slt pr1cess, kestu fé se swar ? »
Rien de plus normal.

Mais du temps de la grande guerre…
Du temps où tout était en noir et blanc.
Comment ça se passait ?

Imaginons.
Imaginons Kevin.
Tout droit venu du XXIème siècle.
Balancé dans le début du XXème siècle.
Kevin transformé Jean Eudes.
En un coup de Banette magique.
Jean Eudes ne saurait pas qu’il était Kevin quelques instants auparavant.
Mais Jean Eudes, il aurait un comportement normal d’un être du XXIème siècle balancé dans début XXème siècle.


11h44. Jean Eudes aurait du sortir son crayon.
11h48. Trouver du papier.
11h52. Toujours chercher du papier.
11h58. Trouver enfin du papier.
11h59. S’asseoir.
Oui, à cette époque, il était bienséant d’écrire assis, se poser. Ecrire était un rituel, une posture à adopter, un exercice et une discipline singulière.
12h00. Humecter la plume de sa langue.
12h02. Parcourir les 76 mètres des couloirs parquetés et rejoindre la salle d’eau pour s’essuyer la langue de l’encre noire.
Oui, car son frère avait oublié de laver la plume lors de l’envoi de son SMS de la veille, ce petit salopio.
12h05. Revenir de la salle d’eau et re-parcourir les 76 mètres des couloirs parquetés pour retourner dans le salon et de nouveau s’asseoir.
12h07. Ecrire.
« Ma tendre et chère Eugénie, permettez-moi ces quelques griffonnades d’encre du Sichuan sur ce papier fumé glacé des hauts plateaux chiliens, afin de vous proposer de me rejoindre, ce soir à l’heure où le soleil s’efface de notre horizon parisien pour mieux s’ouvrir sur celui des îles exotiques Fidjiennes, devant un de ces bancs perdus de l’île de la Cité parmi lesquels nous pûmes à maintes reprises observer les roses et les jonquilles s’ouvrir et savourer le chant des alouettes pirouette cacahuète ».
Oui, ils avaient aussi la prose facile à cette époque là.
12h08. Chercher une enveloppe.
12h08 toujours. Qu’il n’a bien sûr pas chez lui.
12h04. Jean Eudes doit donc sortir pour trouver une enveloppe.
12h08. Trouver ses souliers italiens de cuir de vache argentine.
12h19. Prévenir sa maternelle.
« Mère, je m’absente quelques secondes, ne m’attendez pas pour la partie de jeu de l’oie ».
12h23. Faire les cent mètres qui le séparent de l’établissement des Postes et Télégraphes.
12h20. Saluer Evariste le séminariste qui rentre du pèlerinage de Chartres.
12h22. Inviter Evariste le séminariste à un groupe de réflexion sur l’incidence de la soie cendrée sur le comportement des femmes dans les soirées mondaines de la paroisse de Saint-Dénudé dans le 11ème arrondissement.
12h25. Postes et Télégraphes. Attendre au guichet.
13h25. Postes et Télégraphes. Attendre au guichet.
14h25. Postes et Télégraphes. Attendre au guichet.
14h31. Postes et Télégraphes. Demander au guichetier, bouche dégoulinante de sauce béarnaise de son panini aux quatre fromages, une enveloppe de papier fumé de rose sicilienne.
Oui, c’est prouvé, les guichetiers de La Poste sont intemporels.
« Bonjour monsieur le préposé aux Postes et Télégraphes. Je souhaiterais une enveloppe en papier fumé de rose sicilienne, s’il vous plait. »
14h32.
«
- Oulala mon gars ! J’dois pas avoir ça en stock dis ! Eh, Raymond, t’aurais pas une enveloppe rose chepakoi à fumer en Sicile ?? »
- Nan Bebert . Y’a pas d’ça chez nous.
»
14h34.
«
- D’solé gamin, faut qu’t’ailles voir ailleurs.
»
14h35. Jean Eudes a alors une idée. Jean Eudes ne manque jamais d’idée.
14h36. Faire les cent mètres qui le séparent de sa maison.
14h42. Arriver chez lui.
14h43. Oter ses souliers italiens de cuir de vache argentine.
14h44. Mettre les patins pour ne pas rayer le parquet d’ébène.
14h48. S’assurer que la maternelle s’est absentée et est allée prendre son thé.
« Mère, êtes vous là ? »
15h18. La maternelle semble bien absente. Très bien. La voie est libre.
15h19. S’introduire dans la chambre de Mère et Père.
15h20. Ouvrir le tiroir du meuble de chevet de la maternelle.
15h20 toujours. Tomber sur ça. Et se demander ce que peut bien être cet objet.
15h21. S’obstiner de se convaincre coûte que coûte que la maternelle a de bien étranges cotons tiges.
15h22. Pendre le précieux carnet de feuilles fumées de roses siciliennes de la maternelle.
15h23. Déchirer une feuille et confectionner une enveloppe.
17h44. Glisser le mot destiné à Eugénie dans l’enveloppe.
Oui, Jean Eudes n’est pas un manuel.

J’abrège.
Notre ami Jean Eudes sera retourné aux Postes et Télégraphes.
Mais l’établissement aura été fermé.
Mais sa lettre postée.
Ce vendredi soir.
Pour lui, c’est le principal, il est encore temps, il n’est pas encore vendredi soir.

Eugénie, quant à elle, recevra la lettre de son cher et tendre que quatre jours après.
Normal.
Le mardi.
Découvrant le :
« Ma tendre et chère Eugénie, permettez-moi ces quelques griffonnades d’encre du Sichuan sur ce papier fumé glacé des hauts blablabla blablabla ... ».
Complètement enchantée.


Mais voilà.
Jean Eudes, il ne connaît pas ce monde.
Jean Eudes, il ne sait pas comment ce monde tourne autour de lui.
Jean Eudes, il ne sait pas, qu’une fois une lettre postée, il faut du temps avant que le destinataire ne la découvre.
Jean Eudes, lui, il croyait que les lettres étaient comme les SMS : une fois postées, directement reçues.

Du coup, ce vendredi soir là, Jean Eudes a été contraint à jouer au jeu de l’oie avec sa maternelle.
Et toute la soirée.
Au lieu de rêver sur un banc de l’île de la Cité avec Eugénie.

Jean Eudes, il en a voulu à Eugénie.
De ne pas lui avoir donné de nouvelles.
Le vendredi soir.
Le samedi.
Le dimanche.
Ni même le lundi.

Jean Eudes, ce mardi matin, il a alors décidé de partir.
Au moment où Eugénie découvrait son mot.
Si tendre.
Mais Jean Eudes est déjà loin.
Très loin de Paris.

Jean Eudes a quitté la France.
Zou.
Sur un coup de tête.

Trois mois plus tard, il a atteint son but.
Jean Eudes est arrivé au Japon.
Au pays des gens qui touchent les poils de bras des occidentaux pour voir comment c’est.

Jean Eudes a tout plaqué.
Pour une histoire de lettre.
Pensée sans réponse. A tort.
Pour une histoire de jeu.
De l’oie, dont il avait marre à chaque fois, de se faire piler par sa maternelle.

Et Jean Eudes, bien des années plus tard, toujours au Japon, sera un des précurseurs.
De l’ancêtre du premier téléphone cellulaire inventé.

Et aujourd’hui, c’est donc à Jean Eudes que l’on devrait nos SMS.

Alors qu’en fin de compte, Jean Eudes est notre Kevin.
Et les SMS, c’est bien à notre transfuge du XXIème siècle, Kevin, que nous les devrions.
Un futur grand cerveau ce Kevin…

11h44. « slt pr1cess, kestu fé se swar ? »

Flippant…




Si t’as pas tout suivi, c’est pas grave hein…


Juste.
Je crois que je suis en manque sérieux d’épistolaire.

26 juin 2008

Mardi soir, on a mangé du vert

Sans rien savoir, il y a seize jours, j’écrivais :
«
(…)
C'est un concours, et comme j'ai autant de chances de gagner que l'Afghanistan d'organiser un jour les JO, donc si vous pouviez aller y faire un petit tour et cliquer sur les petites étoiles sous la vidéo, ce serait très sympa.
»


Il y a neuf jours, j’écrivais :
«
(…)
Mon frère, en Afghanistan.
»

Alors la prochaine fois que je fais un concours, je cite Tahiti.


Bref.
La soirée de clôture du concours était mardi.
Je n'avais jamais assisté à ces choses là.
Les approches restent plutôt timides.
Mais c'est plutôt rigolo.
On boit et mange à l'oeil.
Sympa.
Mojito.
Pouilly fumé.
Pas goûté au rouge.
Là, on mangeait tout vert. C'était le concept.

Il paraît même que le somptueux mojito est monté à la tête de certaines.

On m'a renversé mon verre dessus.
Un bocal plein de crocos Haribo a été pété.

Et les gagnants ont été hués acclamés.
Ils le méritaient.

Notons.
MrDream, un jeune créatif très talentueux.
Zoridae, une plume très habile.
Et le gagnant, qui n'a pas démérité.

Les autres, me souviens plus.
C'est pas bien, je sais, je fus trop touché par le bocal cassé de crocos Haribo.

Mais je ne suis pas reparti les mains vides.

scooop.jpg
oui, j'ai chourré une des deux fioles verte là avec une complice.
Mais chuuut, faut pas le dire.



Sinon, Thalia m’a "taggué", au sujet des lectures.
Alors je m'y prête.


Où et quand lisez-vous?
Uniquement les après-midi de week-end au jardin du Luxembourg.
Enfin, je fais semblant. Normal, comme tout le monde.

Comment choisissez-vous vos lectures?
Ca dépend de qui passe devant moi.
De qui se met à côté de moi.

Vos styles de lectures?
Si le vieux con tout bougon me pique la chaise pour mes jambes, ce sera le petit Robert.
Sur sa tête.
Si les deux jeunes prout-prout à serre-tête s'installent à côté, ce sera le tome II de
"Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Ricard".
Si le troupeau de minettes fêtant un enterrement de vie de jeune fille s'approche, ce sera Voici.
Si la mignonne intello snobant la terre entière arrive, ce sera "Lettres à un jeune poète".
Et en V.O s'il te plait.

Ce que vous attendez de vos lectures?
Attrapper une snob intello sans serre-tête fêtant son enterrement de vie de jeune fille toute seule et sans petit Robert à la main.

Vos petites manies?
Bizarrement, je lis toujours la même page.
Et lis cent fois la première ligne.
Une fois, on m'a même conseillé d'ouvrir le livre.



Et encore merci d'avoir soutenu le Maxime pour le concours.

20 juin 2008

Rendez-vous

Elle me fait voyager dans le temps.
Perdre cinq années.
Vous me direz, c’est pratique.

Mais elle m’obsède.
Me hante.
Me stresse.
Oui, plutôt.

La dernière fois, c'était il y a sept jours.

Enfant, elle me rassurait.
Elle était de mon village.
Enfant, attaché aux repères.
Enfant, attaché aux habitudes.
Elle savait me toucher.
Elle me connaissait.
Mes attentes.
Mes envies.
Mes désirs.

En arrivant à Paris, il a fallu que j’en choisisse une.
Une nouvelle.
Rude tâche.

Laquelle choisir.
La jolie ?
L’intello ?
La bavarde ?
La sexy ?
La commerciale ?
La professionnelle ?
La fashion ?
La saoulante ?
L’aguichante ?
La réservée ?
La mystique ?
La bougonne ?
L’humoriste ?
L’expansive ?
Difficile.

Des hommes ?
Il y en a eu peu.
Et je n’aime pas.
Mais parfois, je n’ai pas eu le choix.
Je les préfère.
Elles.

Mais toujours, il fallait un résultat.
Il faut toujours un résultat.
Et c’est lui, qui me stresse.
Sans doute mon côté féminin.

Mes deux premières années à Paris, ce fut une libanaise.
Une fois sur deux, ça ne marchait pas.
Mais j’insistais.
Car une fois sur deux, ça marchait.
Elle me touchait, elle aussi.
Savait s’y prendre.
Avec passion.
Du moins, je me l’imaginais.
Alors je revenais.
Pourquoi ?
Car elle avait le double CD collector Unplugged de Daniel Guichard en trio avec Gloria et Stéphane.
Joker.

Alors elles me font voyager dans le temps.
Car en ressortant, je perds bien cinq ans.
En ressortant, je file.
Ne traîne pas.
Ne suis pas fier.
Je rentre.
Et m’enferme.
Pas longtemps si c’était à mon goût.
Plus longtemps si ça n’a pas marché.

Une fois, ça n’a pas du tout marché.
Désastre. Catastrophe.
J’étais mécontent.
Je m'en souviens.
Très bien.
Mais je me suis laissé avoir aussi.
Comme un débutant.
De ma faute.
L’homme est faible.
Je fus faible.
Je n’ai pas suivi.
Rien suivi.
Rien regardé.
Je reconnais que j'ai été.
Obnubilé par sa poitrine aux allures de dunes Namibiennes.

Depuis, j’ai dit non.
Plus jamais.

Au pire, je préfère toujours repartir comme je suis venu.
Mais surtout, pas comme si j'avais cinq ans de moins.
Pas de déception.
C’est dingue. Je sais.
On me l’a dit.
Plusieurs fois.

Mais depuis peu, j’ai trouvé une perle.
Nous nous voyons toutes les quatre semaines.
Elle souhaiterait davantage espacer nos rencontres.
Je lui ai expliqué qu’il en était hors de question.
Que j’avais besoin d’elle.
Besoin de ses mains expertes.
Avec le temps, elle a su décrypter mes attentes, mes désirs.
Savoir me toucher.
Elle est experte je vous le dis.
Son salon est magnifique.
Très parisien.
Nos discussions se réfléchissent dans ses nombreux miroirs.
Elle, elle ne parle que très peu de sa personne.
Mais c’est suffisant. Je ne lui en demande pas davantage.
Parfois, elle sort ses instruments.
Alors ma respiration s’accélère.
Souffle saccadé.
Mais elle s’arrange.
Pour que tout se passe bien.
Alors je respire.

Je vous l’ai dit.
Elles me stressent.

Avec elle, je n’ai vécu qu’un échec.
Je lui ai fait savoir. Avec diplomatie.
Et depuis, j’en suis satisfait.

Mais il y a le moment que je déteste.
A chaque fois.
Avant de repartir.
Avec toutes.
Et avec elle.

Je lui donne ses dix-huit euros.



La coiffeuse.

14 juin 2008

Pacha

Les mystères de la rue M___t sont de plus en plus succulents.

Tout s'est passé en septembre dernier.
Il y a d'abord eu Ornella.

Que j'ai revu en janvier, brièvement.
Mais là, c'est le scoop.
Le salopio, sa vilaine et son clebard sont partis.
La semaine dernière.
Je me dis chic, une potentielle nouvelle voisine, avec ses colocs italiennes, adeptes de gym jouant les funambules en shorty pour laver les carreaux.
Mais non.
Bien plus.
C'est elle-même.
Ornella.
Qui est revenue.
Alors j'attends.
J'attends qu'elle ré-installe ses plantes.

Mais surtout, il y a cette chose étrange qui a ouvert ce printemps.
En septembre dernier, j'écrivais ça.
Et finalement, ce n'est pas un institut de bronzage.
Bien mieux.

Aujourd'hui, je ne m'en plains pas.
J'en apprends beaucoup.
Sur les femmes qui attendent seules sur un trottoir.
Elles en attendent. Une, deux, voire plusieurs parfois.

Car finalement, elles n'y viennent jamais seules.
Normal.
Elles sont toutes contentes d'y venir.
Ca se lit sur leur visage quand elles se retrouvent.
Mais bien souvent, elles se retrouvent devant.
A attendre. L'autre. Les autres.

Alors la femme seule arrive.
Entre et ressort. Quand son (ses) amie(s) n'est (sont) pas là.
Et elle attend.
Et toutes, font le même rituel initial.

Elles sortent le portable.

Il y a celles qui ne lâcheront pas le portable.
Appelant.
Ou.
Textotant.
Il y a celle qui va en profiter pour faire du ménage dans son répertoire de contacts.
Car son amie a déjà plus de cinq minutes de retard.
Il y a celle qui va relire tous ses textos reçus depuis janvier 2007.
Car sa copine à déjà plus de dix minutes de retard.
Il y a celle qui va jouer au Sudoku sur son portable après avoir fait le ménage dans son répertoire de contacts et relu tous ses textos reçus depuis janvier 2007.
Car sa copine à déjà plus de quinze minutes de retard.
« 
Putain merde!! Mais qu'est-ce qu'elle fout!!!
J'arrive pas à passer le niveau 18, j'ai supprimé mes contacts fuckfriends meetic et Kévin m'a envoyé que des textos de merde! 
»

Et il y a celles qui rangeront leur portable juste après l'avoir sorti.
S'allumant une clope.
Ou.
Sortant un magazine (rarement des journaux).
Ou.
Regardant chaque détail de la façade.
Ou.
Faisant des allers-retours le long des 25 mètres du trottoir, bras croisés.
Ou.
Tâtant le petit oranger à l'entrée, se demandant si c'est un vrai ou un faux.
Ou.
Regardant en boucle la pub du H_____ passant sur l'écran plat de la façade.
Une fois. Deux fois. Puis trois.
« 
Putain merde!! Mais qu'est-ce qu'elle fout!!! 
Vais pas me re-griller une clope, re-mater Voici, re-manger une orange et re-lire le « Bienvenues au H_____ P____, Ouvert 7j/7 de 10h à 22h, Exclusivement réservé aux femmes »!!
»


Mais surtout, il y a le samedi.
Du petit lait.
Du coup, je passe ma journée à la fenêtre.
Car elles viennent en troupeaux.
Et déguisées.
Et la chef, encore plus déguisée.

La chef, je l'ai parfois vue habillée.
En dindon (elle avait l'air cruche).
En Wonderwoman (rien de Wonder en dehors des lunettes).
En colombe (un peu gnangnan, mais mignonne).
Les yeux bandés (très sérieuse. Trop.).
En périprostipute ( elle était carrément _____!!!!).
En colombienne (charmante, joli oeil droit).
En Babar (me suis fait griller par ses cops à ma fenêtre).
En paysanne (ça n'avait pas l'air de lui plaire).
Avec une robe en pots de yogourts (j'ai adoré).
En Jackson Five (silhouette à l'image de sa chevelure).
En clochette (j'aurai volontiers joué le sonneur).
En bonne soeur (même le séminariste aurait jeté l'éponge).
En cochone (j'ai soudainement eu une folle envie de jambon).
...

Oui, le samedi, la chef enterre sa vie de jeune fille.

Au hammam, qui a ouvert en face de chez moi.

Et ça piaille, et ça piaille...

02 mai 2008

Le drame de mai

On arrive.
On repart.
On défait les cartons.
On refait les cartons.

Transportés.
Au boulot.

J’aimai bien mon ancien quartier.
Je retrouvai mon quartier d’origine en arrivant à Paris.
J’aimai bien prendre mes trois stations de métro.
Mon rituel.
Trois stations pour aller au boulot. L’idéal.

J’ai dû dire au revoir à tout cela.

A ces conversations téléphonées. Celles-ci là.
Et puis à eux aussi que j’ai appris à connaître. Ces deux-là.
A ces moments d’emploi du temps surchargés. Comme celui-ci.
Et puis à ces scènes croustillantes. Elle est là.
Et surtout à cette scène là. Inoubliable.

Mais c’est comme tout.
Toute bonne chose a une fin.
Avant d’apprécier de nouvelles bonnes choses.
Mais merde.
On était bien là bas.
A l’écart de tout.
Au calme.
Grands bureaux.

Et on se retrouve maintenant avec tout le monde.
Ceux dont les dents rayent la moquette droit sortie des stocks des 70’s du Mondial Moquette de Goussainville (oui, grande boite, donc pas de parquet).
Serrés comme des carambars dans un mug Dora l’exploratrice.

Alors oui.
Alors oui suis à deux bureaux de mon DG.
Alors oui je pisse dans le même chiotte que mon DG.
Alors oui il va falloir que j’apprenne à dire « bonjour mon DG adoré ».
Alors oui mes yeux ont remarqué davantage de stagiaires brunettes canon se trémoussant à la machine à café et riant comme Amanda Lear.
Alors oui on n’est plus à l’écart et au courant de tous les potins, même de celui où la _____ ___ s’est faite ______ par le _______ dans les toilettes pour handicapés.

Oui mais non.
Car je vis un drââââme.
Il me fallait 16 minutes avant pour rejoindre mon bureau adoré avec mes trois stations de métro fétiches.
Et il me faut maintenant 17 minutes pour venir à ce nouveau bureau.
Mais 17 minutes à pieds.
Moche.
Et ça monte en plus.
Alors en velib, hors de question.
Sauf pour repartir bien sûr.
Mais plus de métro.
C’est bien ça le drââââme.

La vie est affreuse, non ?

Maxime, éternel insatisfait…
Encore en train d’étudier la possibilité de prendre le métro…
Pour faire les 478 mètres qui le séparent de son bureau à vol d’oiseau.

Quand on aime, on ne compte pas.

Bon, ce n’est pas le tout, mais j’ai mes congés de mai à poser.


22 avril 2008

Polaroid

Ca remonte à l’été dernier.
Je me souviens, c’était au même moment que ça.

Un soir.
Tard.
Je rentrai à velib.
Accompagné.
Très bien accompagné.
D’ailleurs.
Je m’en souviens très bien.

C’était encore du temps des pénuries de places de velib.
Oui, nous pourrons dire à nos petits enfants que nous avons connu Paris du temps de la pénurie de places de velib.
Formidable.
Ils nous regarderont avec des yeux admiratifs.
Obligé.

«
- Waouw ! Papy Maximounet a bravé Paris du temps de la pénurie de places de velib ! ».
- Mon papy Maximounet est fort, grand n’a peur de rien sauf de la vaisselle et des factures. T’es mon héros mon papy.
»

«
- Oui mon petit descendant, ton papy a même parfois failli se prendre des prunes (oui, il faut leur parler fruits et légumes pour qu’ils comprennent à cet âge là) et il a traversé une fois les yeux fermés la place de l’Etoile (et il faut aussi leur raconter de belles histoires pour s’endormir les yeux fermés dans les étoiles).
»

Bref.

Nous marchions.
Rue de Sèvres.
Minuit.
Et à terre, sur le trottoir.
Deux polaroids.

Imaginez :
Trouver des photos d’inconnus.
Sans connaître leur histoire.
Leur vie.
Une part d’intimité inconnue qui vous est offerte.
Un peu comme cette pellicule photo que j’ai retrouvée enfouie dans le sable en Algérie.
Que doit-il y avoir à l’intérieur ?
Qui l’a oubliée ?
Est-elle ancienne ?
Que va-t-on découvrir ?
Des questions, souvent sans réponse.
Surtout quand cette pellicule reste muette une fois développée.
Mince.
Frustration.
L’auteur gardera son intimité.

Je m’égare.
Revenons à nos deux polaroids de la rue de Sèvres.
La photo semble passée.
Couleurs ternies.
Dessus, deux femmes.
Asiatiques.
Sans doute chinoises.
Sur la place des droits de l’Homme.
Au Trocadéro.
Clin d’œil d’après coup : Chine sur la place des droits de l’Homme… ça laisse perplexe.

Et cette photo elle avait une histoire.
Cette photo, nous pouvions la dater.
Pour celui à l’œil aguerri.
Car en fond, il avait la Tour.
Notre Tour Eiffel.
Avec son compteur.
Comptabilisant encore le nombre de jours avant l’an 2000.

Nous sommes en août 2007.
Nous trouvons deux polaroids sur un trottoir de la rue de Sèvres avec une chinoise posant devant la tour Eiffel sur le parvis de place des droits de l’Homme quelques jours avant l’an 2000.
Sept ans.
Sept ans plus tard.
Sept ans au Tibet, clin d’œil.

Alors elles.
Que faisaient-elles ici ?
Alors eux.
Ces polaroids.
Que faisaient-ils ici ?
Qui les a perdu ?
Qui voulait que je les trouve pour publier un post et leur redonner vie au lieu d’être oubliées au fin fond d’un tiroir ?

«
- Dis, papy Maximounet, pourquoi tu te poses autant de questions hein ? Dis pourquoi.
»

«
- Ah mais !! Finis ta glace, petit descendant bien curieux! Et on ne mange pas la bouche pleine !
»

Le plus génial, c’est qu’une photo a été prise avec l’une des deux chinoises tenant dans ses mains deux polaroids.
Donc, il y en avait un troisième.
Forcément.
Et ce troisième, je ne l’ai pas.
La collection n’est donc pas complète.
Spielberg pourrait en faire un film « A la recherche du polaroid perdu ».
Oui, Jean-Yves Spielberg, un amateur de dailymotion qui foire tous ses films avec des bandes sons de Daniel Guichard.
Mais non.

 

280630419.JPG

 

N’empêche que.
Si on se donnait vraiment les moyens, il y aurait possibilité de retrouver les propriétaires de ces deux clichés:
Sans reproduction.
Sans voyager et errer à les retrouver.
Sans internet.
Non.

Une seule possibilité.
Enfin si, voyager une fois.
Juste pour une minute, sur place, et montrer ces polaroids…

Alors?
Où et comment ?




Bon, c’est vrai, faudrait être un peu casse-cou et très malin…
«
- Mais, papy Maximounet, t’es mon héros, donc tu pourrais le faire !
»

«
- Ton papy a envie de rester ton papy mon mignon.
Et il n’a pas envie que tu le regardes sur un polaroid posé sur ta table de nuit où serait écrit « C’était mon papy Maximounet »…
»


05 mars 2008

Eux


Lui.
Je l’avais croisé il y a plus d’une année.
Pas très loin.
Au carrefour de la station Duroc.
Je me souviens.

Les velibs n’existaient pas encore.
Les troquets étaient toujours enfumés.
Il faisait beau.
Le merveilleux mois d’avril pouvait laisser présager un été où les adeptes des peaux caramélisées seraient excités comme des enfants devant un flanby.
Je me souviens.

Lui.
Il est venu vers moi.
Il était d’origine asiatique.
Cet homme d’une soixantaine d’année, déguisé d’un imperméable sombre qui cachait son costume du dimanche.
Cet homme qui arborait fièrement ses médailles de guerre sur son imperméable.

Lui.
Il m’avait abordé directement sur le trottoir.
Et commençait à me parler d’Indochine.
Et à me questionner sur le Vietnam.
A moi.
Géographe.
J’ai rebondi.

Eux.
Au même moment, un couple bras dessus bras dessous, passait devant nous et me fit en se retournant :
« Ne l’écoutez pas, il ne raconte que des histoires ».

Moi.
Dubitatif.
Devais-je les croire ?
Les velibs n’existaient pas encore, j’avais mon temps.
Il faisait le fier avec ses médailles.
Mais ces yeux n’avaient rien de fiers.
Alors je l’ai écouté.

Lui.
Il m’a raconté son histoire.
Ses combats.
Là bas, au temps de la guerre.
Ici, face à l’administration française.
Son exil.
Sa famille.
Son amour pour le Vietnam.
Son amour pour la France.

Lui.
Et moi.
Vingt bonnes minutes.
Oui, j’ai l’oreille facile.
Trop, sans doute.
M’en fiche. J’avais mes malabars dans la poche.

Mais alors.
Pourquoi se faire perdre vingt minutes pour au final demander dix euros pour aller à Roissy et accueillir sa famille arrivant de Saïgon - car dans sa mémoire, Ho Chi Minh Ville reste Saïgon –
Pourquoi prendre le temps de raconter toute cette histoire.
Parce que je l’écoute ?

Mais alors, dans l’histoire, quel est le plus dangereux ?
Lui, qui va perdre vingt minutes à ressasser son histoire et essayer de m’entourlouper?
Ou bien moi, qui vais lui prendre ses vingt minutes à l’écouter et au final ne lui proposer qu’un malabar avec un super héros en guise de tatouage?

Lui.
Durant ces vingt minutes, il m’a fait avancer.
Il m’a raconté une jolie histoire.
Moi, durant ces vingt minutes, je ne l’ai pas fait avancer.
Il n’a pas eu ses euros.

C’est surtout six mois plus tard qu’il m’a fait avancer.
Lui.
Quand il m’a recroisé.
Au même endroit.
Sous un ciel plus couvert.
Apprendre à dire non.
Je me souviens.

De la même manière.
La même histoire.
Que j’ai écourté, lui demandant s’il allait me demander dix euros pour aller accueillir sa famille à Roissy.
Il m’a regardé.
A marmonné, dans sa moustache jaunie.
Je lui ai répondu qu’il pouvait au moins changer son histoire.
Remplacer Roissy par Orly.
Non.
Aucune minute à lui consacrer.
Mon velib n’attendait pas.

C’est vraiment là que j’ai découvert.
Qu’il était atteint de schizophrénie laxative.

Et lui.
Ce midi, je l’ai recroisé sur le trottoir d’en face.
Devant le Chien qui Fume.
Galopant rue du Cherche Midi.
Le même.
La même moustache.
Le même imperméable.

Moi.
Je n’ai pas osé.
Lui demander s’il cherchait midi à quatorze heures racontait toujours la même histoire.
Il ne m’intéressait pas.
Plus.
Je l’avais bu.
Dorénavant, il m’était vide.

Et l’autre.

Ah oui, l’autre.
Il m’intéressait.
Beaucoup.
Enormément.
Je l’ai recroisé ce matin.
En revenant de l’ambassade d’Iran, visa en poche.
Ligne 6.
Au loin, j’ai reconnu sa voix.
Cette voix si singulière, que j’entendais chaque matin entre 2003 et 2005 sur la ligne 10.
Et que je n’entendais plus depuis.
J’étais heureux de l’entendre à nouveau.
Un clin d’œil.
Malgré un œil amoché.

L’autre.
Il m’a fait de la peine.
Car avant, comme tous, il demandait de l’argent. Oui.
Mais.
C’était un poète.
Il écrivait ses textes.
Aimait les jolis mots.
Les récitait avec envie.
Un peu comme lui.
Et les offrait.
« En échange d’une pièce, d’un ticket resto ou de métro, pour continuer à jouer avec les mots ».
Comme il disait.
J’aime sa voix.
Il est touchant.

Sauf que là.
Il n’avait pas de texte.
Plus.
J’étais déçu.
Embêté pour lui.

Alors pourquoi.
Alors pourquoi ne proposait-il plus de texte ?
Avait-il perdu sa plume ?
Son envie ?
Son inspiration ?
Ces années de galère l’ont-il touché davantage ?

Il n’est pas passé devant moi.
Il est sorti juste avant.
Là où je devais descendre.
Je suis allé le voir sur le quai.
Et lui ai demandé pourquoi il ne proposait plus de texte.

Et c’est là que je me suis rendu compte que notre imagination prend bien souvent le dessus.
Car il m’a répondu que la photocopieuse était en panne ce matin.


27 février 2008

A l'affût

Encore plus en hiver quand le soleil se montre généreux.
Alors les gens sortent, nous sortons, je sors.
Là, c’était au jardin du Luxembourg.
Oui.
Histoire de changer…
Et la chasse est ouverte.
Pas celle que vous croyez.
La chasse à la chaise perdue est ouverte.

Seul, c’est plus facile.
Du pur pourcentage.
A deux, ça se complique.
A trois, ça commence tâche ardue.
A quatre, mieux vaut rester chez soi à regarder Drucker et son « Vivement dimanche » avec Bernard Menez en guest star et éventuellement penser à ne sortir que son clébard pendant Stade 2.

Alors seul, je cherche tout de même la place de choix, ne nous bradons pas.
On est exigeant avec soi-même ou on ne l’est pas.
Ce n’est qu’une fois installé que le spectacle peut commencer.
Ce n’est qu’une fois installé que les acteurs entrent en scène.

Ils sont à l’affût.
Certains stationnent bien dix minutes, assis sur le rebord de la marre.
Celle où les enfants s’amusent à jouer les Kersauson et autres Joyon.
Ils observent.
Guettent.
Se lèvent et se rassoient.
Car n’ont pas été assez rapides.

D’autres stationnent debout.
Un peu comme à la cantoch, quand on n’a pas de place.
Ils pressent ceux déjà installés en fin de dégustation de leur flan pour leur montrer qu’ils attendent.
Ici, c’est la même chose.
Et bien souvent, les Echos, le Monde ou encore un pseudo Kant à la main remplacent le plateau entaché du self.
Oui.
Car ici, je défie quiconque d’être déjà venu et de n’avoir jamais fait semblant de lire.
Pour observer les jolies passantes.
Ou passants, pour vous mesdames, mesdemoiselles.

Je sais, je fais la même chose.

Encore que parfois, même dans ces conditions, seul, on est dérangé.
Certains vont venir nous piquer notre seconde chaise adaptée à la plastique de nos pieds.
Alors du coup, on est de nouveau sur le marché, comme les autres, ceux assis sur le bord de la marre ou debout, et juste pour se retrouver une seconde chaise.
Celle, et c’est bien connu, nécessaire à l’équilibre corporel de nos membres inférieurs.

Et autour de nous.

Il y a mon voisin, qui lui, a la fameuse place collector.
En bordure de pelouse, avec la chaise aux accoudoirs et au dossier incliné.
La plus recherchée.
La plus cotée.
Et puis bien sûr, il a celle pour ses pieds.
Lui, c’est clair, il est arrivé à l’ouverture du matin.
Car sa place est chère, et il le sait. Le bougre.
D’ailleurs, c’est un quadra élégant, fines chaussures italiennes quatre trous, veste en tweed. J’aurais été surpris quand il sortira de sa besace une bouteille de Bordeaux, buvant au goulot.
Il le fit néanmoins avec beaucoup de raffinement.

Alors je guette.
J’observe.

Il y a ce couple de jeunes se dévorant des yeux, prenant leurs cheveux pour des peluches de Winnie l’ourson.

Il y a ces deux femmes âgées, immobiles.
Assises l’une à côté de l’autre, sans parole, mains bloquées sur la canne.
On aurait dit deux jumelles, regardant le temps passer, descendre le soleil ici plutôt que de chez elles dans leur fauteuil Louix XVI de velours que leur fils aurait retapé dans sa maison de campagne de Provence un dimanche d’automne.
Elles, derrière leur fenêtre et leurs rideaux jaunis à coups de procrastination de ménage et de force.

Il y a le schtroumpf, à l’œil toujours aussi vif, le képi brillant, hiver comme été.

Les deux jeunes brunettes fashionistas, au short, jambes encollantées et ballerines, se partageant un Ipod et lisant Voici, riant plus fort que notre regretté Henri Salvador.

Ces deux touristes anglais, habillés de jeans où on pourrait rentrer à quatre dedans, les yeux encore collés de leur soirée de la veille, découvrant Paris comme on l’aime, un après-midi d’hiver ensoleillé.

Il y a ce jeune couple et leur enfant à peine plus haut que trois bouteilles de Bordeaux empilées et faisant ses allers retours vers la marre, pour montrer à son papa que son bateau s’approche dangereusement de la maison des canards.
« Papa ! Gade ! Le bateau ! Y va dans la maison des canards !! »

Et il y a vous.
Les passants.
Théâtre de toutes les attentions.

Vous passez.
Repassez.
Lentement.
Rapidement.
Jeunes.
En souriant.
Pas très élégants.
Amusés.
Seuls.
Jolis.
Ternes.
Agés.
Sans sourire.
Elégants.
Moins jolis.
Maquillés.
Accompagnés.
Gênés.

Mixité.

Je ne sais plus où donner de l’oeil.
Zut. Flûte.
J’ai perdu ma page.
Celle que je m’étais inventé aujourd'hui.

Passant, elle m’a déconcentré.
Elles m’ont déconcentré.

Hips.
Fait mon voisin quadra.

A la vôtre.
A l'affût. Au fût pardon.

23 janvier 2008

Chrono post

8h14
Douce sonnerie.





8h14
Rendormi.

8h16
ZzzZzz.

8h51
ZzzZzz.

9h00
Sonnerie de secours. Affreuse.

9h00
Mon Dieu. Saperlipopette. Diantre. Sacrebleu. Damned. Nom d’une pipe. Zut. Mince. Bordel.

9h00
Panique.

9h00
Saut de l’ange pour stopper l’affreux son.

9h03
Cognement de doigts de pieds froids contre la chaise.
Prise dans le fil du fer à repasser.
Fer à repasser se casse la gueule.
Incident diplomatique évité.

9h03
Aïe !!!

9h03
Putain mais quel con !

9h03
Miroir.
Découverte du tatouage de l’oreiller sur la joue gauche. Le menton. Le front.
Grand chelem.
Et merde.

9h04
Ouverture du micro-ondes.

9h04
Bouteille de Gewurtz de la veille qui s’explose à terre en ouvrant le micro-ondes.

9h04
Bordel.

9h04
Carrelage embaumé au vin blanc.

9h04
Douche.

9h05
Bordel, c’est gelé.

9h05
Cool c’est chaud.

9h06
Sifflotement de ça sous la douche.

9h11
Des Jours et des Vies : Stephen vient d’apprendre à Shelley qu’il la quittait.

9h12
Repassage du col de la chemise.
Uniquement le col. Le reste, caché par le pull.

9h16
Choix des chaussures.

9h18
Des Jours et des Vies : Shelley apprend à Stephen qu’elle est enceinte.

9h21
Choix des chaussures.

9h22
Amour Gloire et Beauté : Jonathan pique de l’argent dans le porte monnaie de Kelly.

9h26.
Choix de chaussures fait.

9h26.
Lacet gauche explosé.

9h26.
Choix d’autres chaussures.

9h26.
Amour Gloire et Beauté : Steeve découvre que sa grand-mère Karen se drogue.

9h31
Choix de chaussures fait.

9h38
Ma concierge me donne les coordonnées d’un artisan pour mon dégât des eaux.

9h42
Station Falguière.
« En raison d’un incident voyageur, blablabla blablabla »
Ok. J'ai compris. Je ressors.

9h48
Duroc.
Pause pain au chocolat et malabars à la boulangerie.

9h52
Achat de Voici au kiosque.

9h52
Voici: "Patrick Bruel et mimie Mathy, c'est officiel!"

9h56
Station vélib’ de Duroc.
Consternation.
Pas pour Patrick.
Mais.
Quatre vélib’ de libres:
Un crevé.
Un sans chaîne.
Un sans selle.
Un sans roue.

10h02
Station Vélib rue de Sèvres.
Un vélib’ de libre. Et un vrai vélib’ de compet en plus.

10h22
Station Vélib’ Vaugirard.
Par terre, une clef.

10h26
Au boulot.

10h27.
Lecture d’un mail.

10h28.
Pause café.
Alexandra et sa forte poitrine nous parlent de leur passion pour Quentin d'Alliage.
Mathieu renverse son café sur la page 8 des Echos.
Céline arrive avec sa bouilloire. Elle mettra 49 minutes à boire son thé bouillant.
Catherine a oublié une boucle d'oreille dans sa voiture.
Bertrand fixe la poitrine d'Alexandra et mîme le Quentin.
Régis nous fait croire qu'il bosse. Lui.

11h08
Photocopie de feuille de demande de congés.
Bouche en feu, Céline est seule à finir son thé.

11h26
Pause clope.

11h34
Lecture d’un second mail.

11h35
Pause café.
On a raté de peu Céline.
Bertrand ne prend qu'un sucre. Bertrand a du diabète.
Catherine nous montre sa deuxième boucle d'oreille. Catherine est fière.
Régis, Céline, Mathieu et Alexandra nous font croire qu'ils bossent.

12h00.
Déjeuner.

14h22.
Café en terrasse.
Oeil gauche à l'affût.

15h08
Au boulot.
Envoi d’un mail.

15h09
Pause café.
Bertrand me raconte sa compet de twirling bâton du week-end dernier. 

15h22
Bernard enlève ses chaussettes.
Louise a fermé ses volets.

15h32
Pause galette.

15h42.
Mathieu est roi.
Bravo Mathieu.
Régis sert le champagne.
Régis s'en met toujours plus en douce.

16h00
Céline est toute rouge.
Mathieu l’a choisi comme reine.

16h08
J’ai la tête qui tourne.
Bertrand lorgne sur la poitrine d'Alexandra.
Bertrand est un coquin.

16h29
Photocopie de demande de RTT.

16h42
Pause clope.

17h08.
Coup de téléphone.
Ah, ai reçu un colis.
Un prestataire.

17h11
Je signe le colis de Fedex.
J’ouvre.
"Meilleurs voeux 2008".
Et découvre une bouteille de Champagne.

17h21
Pause Champagne.
Catherine a la tête qui tourne.
Catherine nous raconte comment elle a régénéré son capital soleil à la Bourboule.
Bertrand mate les jambes de Julie.
Bertrand est fripon maintenant.
Régis va bientôt vomir.

17h45
Ai du mal à ecirre sur le calveir.
J’enovie des mials rigolos à mon pédégé. Ooops.
Hips.
Sius buorré.

17h58
Je pernds le vileb.
Mntoe sur le prote bgagae.








8h14
Douce sonnerie.

8h14.
J’ai fait un drôle de rêve.
Et doucement, je me réveille.

17 janvier 2008

Brève

C’est rare.
Très rare.
Sans doute la seule fois dans l’année.
Et c’est pour ça qu’on y fait attention.
Et c’est pour ça que j’y fais attention.

Personnellement, ça ne m’amuserait.
Ca m’userait.
Ca muserait.
Point.

Lui, dans le métro, ça semblait lui plaire.
Peut-être était-ce sa première fois.
Alors ce serait compréhensible.
Mais non.
On va dire que ça n’était pas sa première fois.
Comme ça, ça ne sera pas compréhensible.
Non mais.

Muet.
Niais.
Niet.
Muette.
Miettes.
"Ramasse-toi mon chéri".
On aurait dit un petit canif.
Oui, un petit fien.
Ni fait ni à faire.
A elle. C’était le sien.
Celle qui avait du chien.
Du chien sur les mains.

Il faisait chaud.
Nous étions serrés.
Ils faisaient chier.
Nous étions sots.

Sots.
Elle et moi.
Face à eux. Lui et son regard de chiot.
Face à nous. Mon incompréhension et moi.

Oui, j’ai du mal à comprendre.
… Ces hommes qui font les soldes avec leur petite amie.
… Ces hommes qui portent ces sacs.
Ces sacs, objet de mode à eux seuls. N’importe quoi.

Mais cette journée fut un renouveau au sortir du métro.
Car je l’ai recroisée.
Elle.
Dans ma rue.
Dans sa rue.
Pourquoi est-elle revenue ?
Je ne comprendrai pas.
Aujourd’hui, je n’ai toujours pas compris.
Oui, ai toujours besoin de comprendre.

Elle avait l’air marquée.
Et elle est rentrée.
Que venait-elle faire ?
Qui venait-elle voir ?
Alors je me suis mis à espérer.
Qu’elle reviendrait.
Qu’elle lui reviendrait.
Que tout redeviendrait.
Comme avant.

Mais non.
Je ne l’ai pas revue.
Depuis samedi dernier.
Fausse joie.
Pire.
J’ai vu l’autre.
Toujours sur le balcon.
Elle, et son chignon.

L’histoire continue.
Ornella, je vous salue.
Au plaisir.