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08 août 2007

Elle, je l'adore

Qu’on soit placé en haut, au milieu ou en bas, elle est différente.
Qu’il fasse chaud ou froid, elle est différente.

Quand elle est nue, il paraît qu’elle fait peur. Enfin, c’est ce qu’on dit. C’est n’importe quoi.
Au contraire, nue, elle est plus belle je trouve. Non ?
Moins mystérieuse, mais plus belle. Complètement nue.
Et elle est souvent nue d’ailleurs. Pas pudique. Non, pas du tout.
Ca, c’est bien.

Bon, faut dire, elle a la peau marquée. C’est vrai.
Lisse, plane, elle ne serait pas elle.
C’est son histoire.
C’est l’histoire qui façonne la beauté.
Elle, elle a vécu. C’est beau.

Tous les deux, on a nos coins favoris pour se retrouver.
J’aime écrire avec elle.
C’est souvent au calme que j’aime me faire un tête à tête avec elle.
Souvent, non. Tout le temps en fait.
Enfin tête à tête, disons qu’on est trois. Elle, lui et moi. Lui, c’est le carnet magique.
C’est dans le désert qu’ensemble nous avons passé nos meilleurs moments.
Suis pas habitué aux trios intimes, mais ceux là, déjà faits et refaits.
Toujours j’en redemande.

Elle nous a souvent guidé.
Faut dire, c’est une vraie loupiotte cette coquine.
Je ne suis jamais allé au milieu. Pas encore.
Je ne l’ai donc jamais vu sourire ou faire la moue.
J’aimerai. Ah oui.

En haut ou en bas, c’est pareil. Sauf que c’est inversé. Comme dans un miroir.
Elle a été chassée.
Elle a été conquise.
Mais elle reste sauvage.
Pourtant, il paraît qu’ils vont de nouveau l’embêter.
Au diable ! Mais laissez-là tranquille !

Ce matin je l’ai croisée.
Là, à Paris.
Là, en sortant du métro.
Mais je l’ai à peine vue.
Mais il fallait de bons yeux.
Elle n’est pas du matin.
Pourtant moi non plus, mais au moins je me montre.
Et même avec la marque de l’oreiller sur la joue gauche. Si si.
Par contre, je ne me montre pas nu.
Sauf à elles.

Il paraît qu’elle nous influence.
Peut-être.
Moi, je ne pense pas.
Si ce n’est pas moi, ce sont les haricots. Par exemple.
Mais pas les patates. Non. Mon père me l’a dit.
Ou mes cheveux. Oui, mes cheveux. Mon coiffeur me l’a dit une fois.
Il m’a même dit que certains coiffaient devant elle à minuit quand elle était nue.
Bizarre.
Encore un truc de poufs parisiennes ça. Il leur faut de l’extraordinaire superficiel.
Alors toujours quelqu’un plus superficiel pour leur en donner.

Je crois que rousse, je la préfère.

Ici, nous sommes en haut. Ici, c’est là.
A Quito, capitale du milieu, on est au milieu.
A Johannesburg, on est en bas et elle sourit.

La lune.

06 août 2007

Ca, j'aime

Alors ça, c’était vraiment un grand moment.
Remarque, y’en a eu un autre aussi.
Parfois, le monde est si petit !
J’ai entendu dire qu’il existait un inconscient collectif qui incitait certaines personnes à se croiser.
Ah, me souviens d’un autre maintenant.
Ca fait trois là.

Par lequel commencer ?
Mais avec recul, aucune de ces rencontres n’a été significative.
Si. Juste de réfléchir à propos de ce hasard.
Recommencer et recommencer.
Du coup, aujourd’hui, on en cherche encore la raison.
Quelqu’un m’a dit un jour que ces hasards étaient provoqués par une vie antérieure commune.
Peut-être.
Ce quelqu’un, je ne l’ai jamais revu d’ailleurs. C’était un illuminé.
Peut-être l’avais-je croisé dans une vie antérieure. Va savoir.

La première remonte à quelques mois.
On était vendredi soir. Il devait être 19h58.
Oui, je m’en souviens. J’ai retrouvé le billet sept jours plus tard dans la poche arrière de mon jean qui sortait froissé de la machine à laver.
Je quittai Paris pour rejoindre le pays des rillettes.
Le TGV devait continuer jusqu’à la capitale bretonne.

Ah, maintenant, je me souviens d’une quatrième fois.
Comme quoi, le pouvoir de l’écriture.

Je monte dans la voiture, m’installe à ma place. Une place à quatre.
Ces places à quatre, parfois je les aime. D’autres fois, moins.
Ce soir-là, face à moi, une mère et sa fille. Rien d’extraordinaire.
Mais d’original, leur ressemblance.
Frappante.
Elles devaient avoir à peine vingt ans de différence.
Sans doute quarante et vingt ans.
Oui, sans doute ça.
Madame quarante, Voici dans les mains, en faisait trente-cinq.
Mademoiselle vingt, Kundera dans les mains en paraissait vingt-cinq.
A trente, par laquelle se laisserait-on tenter ?
La maturité ou la fougue ? La raison ou la folie ?
Les mêmes traits.
Le même cheveu.
La même peau.
Les mêmes yeux.
La même posture.
La même beauté.
Soupir.
Je me serai bien envoyé les deux. Là, dans l’entre-wagons.


Le voyage s’est passé. Cinquante-cinq minutes. Point.
Ca, c’était le vendredi.

Dimanche. Le Mans. 20h12.
Mon train, 20h19.
Annulé.
Merde.
Exceptionnellement, un TGV venant de Rennes s’arrêtera pour prendre les rillettes stationnées sur le quai.
Du coup, beaucoup de monde.
Du coup, je vais au bout du quai, monter dans la dernière voiture.
Du coup, là, moins de monde.

J’entre dans la voiture. La première place libre est dans un espace à quatre.
Je m’installe.
Et là, en face, elles.
Clin d’œil.
Ca, c’est génial.
Ca, j’aime.


Une deuxième fois, c’était au Tibet.
Je pars seul.
Envie de partir seul. C’est tout. Oui, c’est bien de partir seul parfois.

Après trois semaines.
Dans un restaurant tibétain à Lhassa, avec des compagnons parlant anglais comme je maîtrise le claquage du réveil le matin.
Et là, enfin un couple de français.
Premiers français croisés.
Enfin ! Echanger.
Moi, mon anglais, c’est comme mélanger de l’Efferalgan avec un Mojito.
Ils viennent à notre table.
On parle. De tout et de rien.

Jusqu’au moment où.
Oui.
Je me rends compte qu’ils habitent à cinq kilomètres du village où j’ai grandi.
De chez moi, là où les poneys puent mais où les forêts sont pleines de cèpes.
Clin d’œil.
Ca, c’est génial.
Ca, j’aime.


Une troisième fois, c’était au pays des rillettes.
Dans une rue.
Comme un flash.
Je pense à quelqu’un.
Ou plutôt l’image de ce quelqu’un déboule comme ça.
D’un seul coup.
Pourquoi ? Aucune idée.

Ca remontait bien à deux années que je n’avais pas eu de nouvelles de cette personne.
Ni moi-même y repenser.
Désolé Virginie.
Vingt mètres plus loin, un angle de rue.
Elle, elle était là.
Sur le trottoir. Immobile.
Clin d’œil.
Ca, c’est génial.
Ca, j’aime.


Et une quatrième fois.
Là où j’aime. Une gare.
Un matin. Un samedi matin oui. Tôt. Très tôt.
Trop tôt. Ma joue avait la trace de l’oreiller. Marque de fabrique.
Dans le hall. Je lève la tête.
Un œil à gauche, sur l’horloge.
L’autre à droite, sur les horaires.
J’ai l’œil souple. Oui.

Etrange.
Je sens une présence derrière moi.
Une présence familière.
Je dois me retourner.
Je me retourne.

Là, à cinq mètres, sur le banc, un ami d’enfance perdu de vue.
Clin d’œil.
Ca, c’est génial.
Ca, j’aime.


Aujourd’hui, encore envie de cligner de l’œil.


Dis, on se connaît ?