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27 août 2007

Schtroumpf

Parfois on ne les voit pas.
Tant mieux. Surtout si on ne suit pas la règle.
Ils en ont de la chance quand même.
Ils travaillent dans un lieu béni. Au calme. Au vert.

Là bas, j’aime y être. C’est frais. Coloré. Beau. Reposant.
Là bas, elles, j’aime les regarder. Je ne m’en cache pas.
On m’y trouve, les après-midi de Week-End, par beau temps.

Pourtant, ce n’est pas le plus beau. D’autres sont plus jolis.
Mais l’histoire n’est pas la même.
Lui, au début, il y a très longtemps, ce fut une prison.
Si. C’est marqué dans les manuels.
Si c’est marqué, c’est que c’est officiel.
Une prison dorée alors.

Et eux.
Combien de fois ?
Combien de pas ?
Combien de temps ?
Combien de rencontres ?
Eux.
Ils sont une bible.
Ils connaissent tout. Les coins. Les recoins.
Quelle chance.
Ils sont parents. Photographes. Guides. Oreilles. Traducteurs. Infirmiers. Gardes. Statue. Schtroumpfs.
Dimanche après-midi, ils étaient tout ça à la fois. Je les ai vus. J’ai souri.

J’aime les entendre siffler.
Ici, dans un lieu des plus sûrs de France. Rien d’étonnant.
Ils sont loi.
Envers le petit de quatre ans.
Envers la mamie de quatre-vingts ans.
Du djeuns puma-nike au bourgeois Weston-Burlington.
Du jaune au noir, en passant par le blanc.
Rien. Pas de discrimination.
De tous. C’est bien ça.
Encore heureux ! Manquerait plus que ça !

Ils ont dû en voir.
Des anecdotes, ils doivent en avoir à distribuer.
Et pourtant, il faudrait les approcher.
Leurs anecdotes, ils ne les racontent pas.
Leurs anecdotes, elles restent les leurs.
Il faudrait être proche. Pour qu’ils s’approchent. Et partagent leurs anecdotes.
Plus tard peut-être.

Parfois, on en voit sourire.
Ils ne doivent pas s’en lasser.
D’autres sont aigris. Ca se voit à leur nez. Rabougris. Rosé. Brrrrr. Bouh.
Ils font partie intégrante du décor.
On aime les défier.

« Fiiiiit. (bruit du sifflet)
Hep!. (facultatif le hep)
S’il vous plait. (poli)
Non. (autoritaire)
Pas ici. (il aime renseigner)
Merci. (courtois)
Bonne journée ». (agréable avec ça)

Ou bien.

« Fiiiiit. (bruit du sifflet)
Hep!. (toujours facultatif ce help)
S’il vous plait. (toujours poli)
Non. (toujours autoritaire)
Vous ne pouvez pas. (il aime l’autorité)
C’est interdit. (il raffole de l’autorité)
Parce que. (il n’aime pas expliquer)
Merci. (toujours courtois)
Bonne journée ». (je vous en prie)


Les gardiens du jardin du Luxembourg.

21 août 2007

Révolution

C’était début juillet.
Au début, on n’y prête pas attention.
D’ailleurs rares sont ceux qui durent la remarquer.
C’est en attendant que je l’ai vue. Elle.
Muette.
On est plus attentif en patientant. Je ne sais pas pour vous, mais moi oui.

Elle était sale. Très sale. Pire que mon torchon à poussière.
C’est ce qui m’a frappé en premier.
Elle était marquée. Très marquée.
Elle devait forcément l’être. Obligatoire. C’était marqué.
Faut dire, elle l’a cherché.

Depuis combien de temps était-elle ici ?
Venait-elle de lui ?
D’un autre ? D’une autre ?
Etait-elle importante ? Importante pour quelqu’un ?
S’est-il réalisé lui?
Bataille-t-il ?
A quoi ressemble-t-il ?

N’empêche qu’elle était là. Allongée.
Nue. Tatouée.
Son identité offerte à l’inconnu. Aux inconnus.
Mais aux inconnus curieux.
Je l'ai fixée.
Peut-être aurait-il préféré rester anonyme.
Raté.

Et si la mienne avait été à sa place ?
Bonne question.
J’en ai une. Elle est ordinaire.
J'en ai peu usées. Sauf le 30 septembre 2006.
Sans doute usées moins que lui. Nous ne sommes pas pareil. Normal.
Mais j’espère que la mienne n’a jamais été marquée. Sale.
Par omission. Par mégarde. Alors. Seule excuse.

La sienne, j’ai voulu la prendre. Pour me souvenir de lui.
De son nom.
L’écrire ici.
Mais j’ai oublié.
Il avait une particule. Ca, je n’ai pas oublié.

Génial.
Lui, à particule, piétiné par les accrocs du ballon de rouge en bleu de travail, gitanes jaunies au bec.
Là, accoudés au zinc du Chien qui Fume.
Il n’y a plus d’aristocratie.
Du moins au Chien qui Fume. Celui de rive gauche.

Comme ici, ce qui serait fort, ce serait de retomber sur elle au Chien qui Fume. Mais le deuxième. 

Celui de rive droite.
Je n’ose même pas imaginer


Piétiné, 
Cabossé.
Ignoré.
Délaissé.

Piétinée.
Cabossée.
Ignorée.
Délaissée.

Lui, il était architecte DPLG.
Elle, c’était sa carte de visite qui gisait par terre.

13 août 2007

Plaisir. Double.

Hier, pendant 6h49.
Pas mal.
Au total, il y en a eu 17.
Ca fait donc 8h30 en mouvement.
8h30. Je m’en étonne.
Sur une journée, ça fait beaucoup.
Surtout que ça a commencé à 14h.
Et ça s’est terminé à minuit.
Assidu le Maxime.
J'ai un défaut. Quand j'aime je ne compte pas.

Hier, j’en avais besoin. Idéal.
Oui.
Envie d’autre chose, de s’aérer.
Alors j’en ai vu! Quel bonheur.
Je ne l’avais jamais vue sous cet angle. Ca change radicalement.
On y prend goût. Très vite. Hier, ce fut comme une drogue.
Compréhensible.
Mais je n’étais pas le seul. Les autres aussi ont pris beaucoup de plaisir.
Ils le portaient sur eux. Aussi.
Surtout le long du canal Saint-Martin. Extra.
J’ai vu des choses que je n’avais jamais vues. C’était aussi pour ça que j’en ai fait autant.
Envie d’en voir davantage. Une vraie soif.

Bon, c‘est vrai. J’avoue. Quelques couacs. Surtout avant-hier.
Mais avant-hier, c’était la première fois. Normal.
Mais avant-hier, il y a eu autre chose.
Mais avant-hier, c’était spécial.

Maîtriser la technique. Peu à peu.
Là, je l’ai.
J’en ai aidé même.
Il facilite les rencontres.
On sourit, ils sourient, nous sourions. Sympa.
Alors parfois on fait un bout de chemin ensemble.
Une, je l’ai croisée vers 15h. Puis vers 17h. Cocasse.
C’est pas comme dans les gares. Parfois on recroise.

Grande liberté. Ca, j’aime.
Quelques pauses obligatoires, parties intégrantes du jeu.
Et les fumeurs ne s’en plaignent pas.
J’arrive. Je repars. Aucune perte de temps.
Je pose. Je prends.
J’ai eu chaud. J’ai eu froid.
Avant. Arrière.
Monter. Descendre.
En écoutant du son. Grandiose. Enorme.
Quel bonheur.
De nuit, c’est merveilleux . J’ai découvert. J’ai redécouvert.

Obligatoire. Je recommencerai.
Envie d’aller autre part. Découvrir davantage.
Tant à découvrir. Ca, j’aime.

Hier, j’ai aimé.
A tel point que j’ai recommencé. Plus tard.
Et là, c’était génial.
Tout s’est enchevêtré.
Lui courant après l’autre.
Elle roulant après lui.
Et moi montant haut, très haut. Essoufflé.
J’ai aimé.
Surtout malabar dans le bec.
Ca, on oublie pas.

Hier, j’ai fait du Velib’.

Et puis.

02 août 2007

Cette rencontre, on ne l'oublie pas

Ca fait deux ans et demi aujourd’hui.
Oui, deux ans et demi. Déjà.
Au début, ce n’est pas évident.
On se trompe sur tout, il faut réapprendre. Ca fait avancer.

Elle, je ne l’avais jamais vue. Elle non plus d’ailleurs.
C’est par téléphone que nous nous sommes connus. C’était bizarre.
Elles m’avaient donné son numéro, elle m'avait donné son adresse.
Première fois que je lui parlais à elle. A eux.
Pourtant, j’étais à l’aise. Elle aussi.
Oui, j’aurais très bien pu ne pas être à l’aise. Ce n’est pas ordinaire.
Elle était plus jeune que moi. Vingt-cinq ans je crois. Encore étudiante.

Nous avions convenu du rendez-vous.
Chez elle. Directement. Oui.
Ca se passait comme ça.
Mais pour moi, ça me paraissait normal. Et puis elles m’avaient prévenu qu’il faudrait un jour ou l’autre que j’aille chez elle.
Je m’en souviens comme si c’était hier. Qui aurait pu oublier!

Ce soir là, il faisait froid. Faut dire, c’était en hiver.
Je me revois grelottant, marchant rue Notre-Dame des Champs, sifflotant un air des Cowboys Fringants.
Plouf plouf. Ca, c’était une flaque d’eau.
Ca m’apprendra.
Suis trop joueur.

Au pied de chez elle, je reconnus l’entrée qu’elle m’avait si bien décrite.
Guider et se faire guider, elle est habituée. Elle m’initierait.
Elle avait l’habitude de ce genre de rendez-vous. Ca m’a rassuré.
J’entre. Je monte. J’avance. Je stoppe. Je frappe. Elle m’ouvre.

Ce qui m’a frappé chez elle en premier, bizarrement, ce sont ses chaussures.
Celles en cuir, qui étaient dans un coin, là, à coté de son sac. Les chaussettes étaient soigneusement mises dans ses chaussures. Mais une chaussette rouge et l’autre noire.
Presque comme la violoniste de Gare du Nord que je croiserai un an et demi plus tard.
Mais cette différence de couleur de chaussettes emmitouflées dans les chaussures ne m’a pas étonné.
D’ailleurs, ça m’a paru normal. Oui.

De son huitième étage, elle avait une formidable vue sur le Panthéon illuminé.
Je lui ai dit. Ce fut ma première erreur. Je n’aurai pas dû lui dire.
Je me suis senti mal et à la fois amusé de cette boulette.
C'était obligatoire. Surtout la première fois. Elles m'avaient prévenu.
Elle ne m’en a pas tenu rigueur.
Merci Chloé.
Elle était gentille, attachante, douce et très belle.
Ses lunettes lui allaient à ravir.
Belle, elle ne le savait pas. On lui disait, mais elle ne voulait pas l’accepter.

Nous avons parlé d’actualités, il le fallait.
Nous avons parlé du code civil, c’était obligé.
Nous avons parlé d’Histoire, c’était du bonus. Oui, elle aimait l’Histoire.
De nous, nous n'avons que très peu parlé. Brièvement. Autour d’un verre de soda.

Ce moment, cette soirée, seul, avec elle, j’ai aimé.
J’en garde un merveilleux souvenir.
Elle était vraiment très attachante.

Par la suite, nous avons continué à nous voir. Toujours chez elle.
Mais tout restait très étrange.
Oui, pendant quatre mois nous nous sommes vus.
A ses yeux, nous voir était important.
Aux miens, davantage.

Et puis, son année d’études à Paris s’est terminée. Elle est repartie. Loin. Là bas, chez elle.
Depuis, nous ne nous sommes jamais revus.
Jamais reparlé.
Ca peut paraître étrange, mais non.
Elles m'avaient prévenu.


Ce soir d'hiver, c'était la première fois que je lui faisais sa lecture.
Elle était non-voyante.

 

 

20 juillet 2007

Pour vous... matérialistes, ou pas..


...19h12
...la quiche "vide frigo" aux lardons et tomates du jardin (c'est bien connu, on a tous un jardin dans nos apparts parisiens, tout là haut, au dernier étage) est au four.
...tu as oublié d'acheter ton litre de lait Candia pasteurisé (parce que tu supportes pas le UHT, c'est degueu, pas ecolo et ça fouette) pour le choco-chaud de demain matin.
...tu files à Monop sauter sur le breuvage lacté et chopper un paquet de fraises tagada au passage.
...mais zut!! Monop est fermé
...19h19
...tu rallonges de 400m pour aller à franprix, croisant les doigts de ne pas devoir prolonger pour rejoindre le Bon Marché
...19h21
...tu tombes sur Monique qui t'invite à prendre l'apéro (600m plus loin)
...19h38
...Avec Monique, ça s'éternise, elle te montre ses photos de son dernier Trek à Walibi Belgique
...20h24
(notez hein... 20h24... même pas le temps de ______ avec Monique... (_______=faire un puzzle)
...Tu quittes Monique, rictus au bec, lui taxes du lait au passage (ni vu ni connu (mais tu fais gaffe à la date quand meme, car chez Monique, faut s'méfier))
...20h33
...Dans ta rue, les pompiers
...Devant ton immeuble, les pompiers
...Chez toi, les pompiers
...Merde!!! la quiche!!!

...Tu files chez toi, montes l'escalier, braves les pompiers, et dans un dernier élan, tu dois prendre l'objet, la chose qui t'es la plus chère.

Que prends-tu?

15 juillet 2007

P______ , la voisine

Printemps 2004.
Tout nouveau dans ce bâtiment. Nouvel appartement, nouveaux voisin(e)s.
Il aime déjà ce quartier. Et puis, on ne peut que l’aimer. Ici, on dit qu’une source secrète coulerait et alimenterait les esprits les plus créatifs.
Il ne lui en fallait pas plus.

Ce soir, c’est la soirée des voisins.
Tous les voisins sont là, sourire aux lèvres. Des plats plus beaux que les autres dans chaque bras.
Tous, ou presque. La vieille du sixième n'est pas là. Oui, celle qui pue, gueule, et appelle les flics quand son voisin du cinquième écoute trop fort Intervilles.
Il sait, c’est P______ qui lui a dit.

P______, ce soir-là, elle l’a séduit avec sa quiche.
P______, ses yeux l’ont mangé, en guise de gâteaux apéro, prémices de sa quiche.
P______, elle joue du violon. Il aime. Oui, il aime et aimerait être son archer pour flirter avec ses cordes.

Quelle chance d’avoir P______ comme voisine, s'est-il dit.
Ce soir là, son jus de carottes du jardin spécialement pressées du matin n’a pas eu raison de P______ .
Bizarrement. Enfin il sait pas. C’était il y a longtemps. Et puis P______ , il ne l’a pas recroisée.


Hiver 2007.
Il est tard. Il a la tête qui tourne.
N’aurait jamais dû mélanger jus de carottes et vodka. Enfin il sait plus. Vodka? Tequila? Gin? Rhum? C’était bon, juste.
Etape code.
Concentration: 23A62.
Bien. Ca marche. La tête qui tourne, mais les doigts restent sobres.
Il fait noir, il laisse tomber ses clés, se croyant malin en jouant avec elles.
Du bruit. Dans l’escalier, du bruit. Quelqu’un descend.
Dépêche-toi de ramasser tes clés cruchon! Hop. La souplesse des ses ischio-jambiers ne le perd jamais.
La lumière s’allume. Les pas descendants se font de plus en plus soutenus.

Face à face.
P______. C’est bien elle. Sac poubelle à la main.

Maxime (sobre):
- Bonsoir
P______ la ménagère:
- Bonsoir

Il fait mine de regarder dans la boîte aux lettres, des fois que l’Isis de la station Cité se soit manifestée 
http://ilovethisgame.hautetfort.com/archive/2007/07/11/im...

P______ fait quelques pas dans la courée, et se retourne.

P______ interrogative:
- Excuses-moi, tu n’étais pas à la soirée des voisins d’il y a quelques temps?

Maxime:
- Oui, mais ça remonte. D’ailleurs, on en a plus refait depuis.
Effort surhumain, tentative de reconnexion de neurones… Tester sa mémoire, d’ordinaire plutôt performante, et le Yogourt lâche un:
- Claire?
P______ amusée:
- Non, P______ . Et toi… c’est….
P______ cherche à ce moment.
(C’est bon signe ça mon Maxou!! Bon, par contre, si elle lui sort un « Maxime », il promet de tourner à l‘Evian et de devenir incollable sur tous les adagios de Violon…).
Elle cherche, mais ne trouve pas.
Zut! et ouf! à la fois (l’Evian, ça va deux minutes. Ou si, avec du Rhum. Oui, c’est bon de l’Evian avec du Rhum, c’est blanc, on voit rien.)

- Maxime.
- Ah oui, exact… MAXIME.

En grand gentleman, il ne lui proposera pas de lui prendre ses ordures. Erreur peut-être.
On fait tous des erreurs.
Même P______ fait des erreurs, elle ne se souvenait plus de son prénom.

La tête lui retourne.
Il monte. Il dort.


Printemps 2007.
Midi.
Exceptionnellement, il rentre.
Au moment de partir, il croise P______ , là, en bas, devant sa boîte aux lettres.

Elle se retourne, le voit.
- Salut Maxime!

… et merde… crétin… ça recommence...(soupir intérieur)
- Aaaaah… salut……. !
(c'est un « Aaaaah… salut……. ! » gêné).

Le trou. Le gouffre de mémoire. De nouveau.



Pauline.
Je ne l'oublierai plus. Promis.

09 juillet 2007

Jeux d'enfants

20h, Place de l'Institut.


Comme chaque soirée, ils allaient se retrouver sur un pont. Lui, armé de sa boîte magique et elle, de sa fantaisie.
Ce soir, ce sera le pont des Arts.
Excitation à son comble, ils traversent sans prudence, aimant provoquer les klaxons.
Les premiers pas rappellent ceux du pontont des bords d'un lac néerlandais où ils ont appris à ferrer les grenouilles ensemble, appris à se traiter de "patate pourrite" avec leur voix de fripons, à manger des "goyourts" aux morceaux de fruits dedans... qu'ils recrachaient aussitôt, rictus au bec, dans l'eau dormante... troublant le sommeil des grenouilles qui tentaient juste de se remettre de leurs émotions...
Ce soir, ils ont grandi; pas de grenouille, ni de yoghourt et encore moins de pomme de terre pourrie. Juste lui et sa boîte, elle et sa mèche encore finement peignée par l'oreiller du matin.

Fort de sa grande période de création, il avait confectionné vingt petites plaquettes d'argile résineux portant chacune des chiffres romains, taillés, gravés avec la même finesse que le plus habile et minutieux des chirurgiens, allant de un à vingt. Ces petites plaquettes, ou jetons, étaient introduits dans une boîte de bois d'acacia qu'il avait ramené du Niger.
Le jeu de la boîte magique consistait à ce qu'un unique jeton soit tiré au sort. Sur ce jeton, allait figurer le numéro de l'arrondissement dans lequel ils trouveraient un troquet et feraient leur concours de bulles malabar du mercredi soir. C'est connu, le mercredi reste le jour des "enfants".

"Dix-sept"... Dans un élan, elle criera: "Sept!!!"...
Ce soir, ce sera le 17ème.
En silence, le rite non terminé, il fermera alors ses yeux... la tête penchée.
"Stop!" dit-elle...
Il relève la tête, ouvre les yeux, se tourne vers elle, et lui dit "T".
Elle cherche.... 17ème... "T"... Les Ternes. Ce soir, ils iront tenter de faire chacun tour à tour des montgolfières en malabar dans un troquet du 17ème, place des Ternes.


20h35, Place des Ternes.


Ils aimaient se retrouver, en soirée, dans ces troquets aux terrases bondées, à siroter le mojito et à exercer leur activité favorite: observer les gens, ces parisiens si pressés, ce trottoir qui ressemblait parfois aux plus beaux podiums de défilés de mode, d'originalité, d'excentricité mais rarement d'authenticité.
Ces gens qu'ils ne connaissaient pas, qu'ils ne reverraient jamais, ils aimaient les regarder. S'inventer une vie pour eux, débusquer le moindre indice qui permettrait d'en connaître un peu plus, juste un peu. De voler un regard tendre, en surprendre un complice d'un couple, ou même d'un regard noir, hagard d'un autre couple, de ces jeunes parents qui baladent leur(s) loulou(s) se collant-frottant à eux, et tenter d'imaginer quel père ou mère ils doivent être...
Ou celui-ci encore, à la faute de goût vestimentaire flagrante. Celle-là, qui a oublié que string en dehors du jean ne rime pas avec "sexy"... et puis elle... "Elle"...celle qui est éphémère, celle qui semble tout droit sortie d'un rêve..son pas calé sur l'allure d'un métronome... au regard malicieux et discret...cette silhouette... ces jambes... aaaah...(soupir)....

Plouf!!!.... Jalouse, sa complice de jeu venait de lui éclater sa bulle. Non mais!
22h34, bulle éclatée.
22h54, visage enfin nettoyé (oui, c'etait une bulle compet celle-ci).

Ils ne savaient pas qu'eux aussi, bulles aux lèvres, ils jouaient dans cette pièce, la pièce animée de la rue.