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24 octobre 2008

Gildas la poisse


Mercredi 23 Janvier 2008
01h08.


«
- Allez, tu vas bien reprendre un dernier mojito?
- Non les gars, c'est pas sérieux. Il est déjà 1h00 et j’commence tôt demain.
- Non mais quel vieux con tu fais! T'es relou! T'étais l’premier à t'envoyer une bouteille de Ricard en 45 minutes y'a même pas encore six mois!
- Je sais je sais, mais on change. Et voilà.
- Ouais ben c'est nul. Et t'es un gros con. C'est encore un coup d’cette Marie-Garance de mes deux, elle te bride cette coinc'du'c, crois-moi! Tu devrais ré-apprendre à savoir doser les Ricard plutôt qu'à prendre des cours de Yoga. Et j'suis sûr que tu s’rais raide au bout d'une demie bouteille de Ricard maint’nant. T'es une tarlouze mon pote.
- Ouais tu m’chauffes là. Tu vas voir c'que j'lui dis à Marie-Garance moi et j'vais t'montrer si j'suis une tafiole moi! Allez fais péter la bouteille de Rikmuch, gros blaireau !.
»

Et voilà.
L'homme est faible.
Brice-Antoine est faible.
Il venait de craquer.
Certes, ce n'était pas méchant.
Juste.
Un.
Deux.
Trois.
Verres.
Supplémentaires.

Mais voilà.
Brice-Antoine ne savait pas encore que le dernier verre n’allait être sans conséquence.



Mardi 22 Janvier 2008
10h22.

Comme chaque matin, Gildas faisait son loto.
Avec son meilleur ami.
Le ballon de rouge.
Et toujours les six mêmes chiffres.
Son jour de naissance.
Son mois de naissance.
Son année de naissance.
Le jour de naissance de son Didier.
Le mois de naissance de son Didier.
L’année de naissance de son Didier.

Gildas a soixante six ans.
Il joue au loto depuis 1976.
Année de naissance de son Didier.
Didier, aujourd’hui, il travaille chez Marimbert, le réchapeur de pneus du village, et vient parfois croiser le ballon de son père au « Rustique ». 

loto.gif

Gildas se souvient.
C’était le 20 novembre 1988.
Qu’il a eu cinq bons numéros.
C’était jour de fête.
C’est ce jour-là que Gildas a fait goûter à Didier son premier verre de rouge.
Un Saint-Julien de 1984.
Ah ça oui ! C’était la fête.
Et dans des verres propres en plus.
Mais au final, Gildas a bien vite dilapidé les 728 francs.

Alors aujourd’hui, Gildas espérait gagner ne serait-ce que 150 euros, pour s’offrir les verres de Ricard en cristal de baccarat dont il rêvait depuis si longtemps.



Mercredi 23 Janvier 2008
8h48.

Gildas est au comptoir.
Avec Serge.
Serge Champdavoine.
Serge Champdavoine est tourneur fraiseur chez John-Deere.
Enfin, Serge Champdavoine était tourneur fraiseur chez John-Deere.
Avant que John-Deere ne se délocalise dans l’est.
Serge n’a pas suivi.
Il voulait rester au village.
Dans son village.
Il y est attaché à son village le Serge.
Alors depuis, il tourne au frais le Sergio.

Alors il partage le ballon du matin avec Gildas.
Et ils ont déjà tous les deux.
A 8h48.
Le nez tout rouge.

«
- Gigi, t’es allé voir ton loto c’matin?
- Ouais. Mais la machine m’dit qu’j’ai paumé.
- Rhooo Gigi voyons !! Les machines, c’est comme les gonzesses, tu peux pas leur faire confiance !
- Ouais, mais cette machine-là, elle au moins, elle peut m’faire des bonnes surprises. Et là, j’ai paumé, j’ai paumé. Point barre.
- Bon, ben bois mets moi un aut’ ballon alors.
»



9h00.

Un homme pressé accompagné d’un autre, encostardé, entrent.
Et comme tous les matins, Gildas faisait alors le rituel aux côtés de Serge.
Brûler le billet perdant de loto avec son briquet Bic Collector aux couleurs de l’arc en ciel.



13h57.

Unwahrscheinlich
L’improbable s’était réalisé.

Durant deux secondes.
L’assemblée.
Est restée.
Bouche bée.

Dominique Pedevache a pris la parole.
Dominique Pedevache, c’est le gérant du « Rustique ».
Et Dominique Pedevache a sorti, tout tremblant:

«
- Mon Dieu ! C’est merveilleux !! Hier soir, au tirage du loto, deux billets ont été gagnants !! Et il y en a un qui a été joué ici !!!!! Les deux personnes vont se partager 3 126 813 euros !!!!
»

Forcément.
Dans la salle, tous se disent
« Ah ben merde, c’est pas moi ! ».
Même Gildas.

«
- Ah ben merde, c’est pas moi !
- C’est pas grave papa. Paie ton coup quand même, j’m’assèche, là. Allez hop ! Fais péter l’Aligoté.
»

aligote.jpg


Car Didier avait rejoint son père entre midi et deux.
Avant de retourner chez Marimbert et attaquer des pneus de Massey-Ferguson.
Il n’aimait pas d’ailleurs réchaper les pneus des Massey-Ferguson, Didier.
Mais bon, ça, on s’en fiche.

Au même moment, Bertrand me raconte sa compet de twirling bâton du WE dernier.

Alors les ragots iraient bon train dans le village.
Qui aurait bien pu gagner la cagnotte ?
Qui dans le village allait changer sa 4L jaune Poste pour une Porsche rouge HSBC toute rutilante ?
Qui dans le village allait dorénavant voir sa consommation de pâtes au beurre davantage chuter que le CAC 40 ?
Se ferait-il connaître ?
Car ce serait bien dur pour lui de ne pas se faire remarquer.
Dans les villages, tout se sait si vite.

Regardez, par exemple, la femme du boucher, qui a trompé un jour son taureau de mari, bien corné au passage : la nouvelle s’est répandue comme Ricard mélangé à eau.
Elle a dû quitter la ville et son mari pour ne pas ternir son image de médaillé d’or du boudin à la foire de Mortagne-au-Perche (61).
Business.
Toujours business…

Mais lui, le gagnant, de tout ça, il s’en ficherait.
Ouh oui !

Alors Gildas, solidement accroché à son verre de blanc et pensif, se mit à rêver.

«
- Imagine, petit, si j’avais gagné !
- Rêve pas papa !
- En tout cas, c’est pô moi.
Dit Serge tout excité les rejoignant sur le zinc.
- C’est dingue cette histoire, non ?
- M’en fiche moi du gagnant, j’ai une salop’rie de Massey-Ferguson cet aprem. Sergio, paie ton coup tiens ! Mon paternel a oublié que j’m’asséchais.
»



Une journée.
Deux jours.
Puis trois.
Quatre.
Le gagnant ne se dévoilait pas.

Une semaine.
Deux semaines.
Puis trois.
Quatre.
Le gagnant ne se dévoilait toujours pas.

Un mois.
Deux mois.
Puis trois.
Quatre.
Le gagnant ne s’était pas dévoilé.

Un an.
Deux ans.
Puis trois.
Quatre.
Le gagnant ne s’était jamais dévoilé.

Jamais.

Jamais dans le village ils ne surent qui avait gagné.

Jamais le gagnant ne s’était présenté.

Jamais.

Le gagnant n’avait-il jamais osé venir réclamé sa cagnotte ?
Non.

Le gagnant avait-il perdu son billet ?
Non.
Enfin…



Mercredi 23 Janvier 2008
08h29.

«
- Merde !!! Marie-Garance, le réveil a oublié de sonner !
- Ooh!! Flûte !
- Putain, une heure de retard ! Bon, j’me speede !
- Pffff tu vois !! Si t’étais rentré moins tard hier soir !
- Oh, ça va hein, y’a pas mort d’homme !
»

Tête dans le cul.
Mal au casque.
Aujourd’hui, en plus, Brice-Antoine était accompagné par un cadre.
Pour l’évaluer.
Tant pis, pas de douche.
Brice-Antoine commencera sa journée avec trente minutes de retard.
Et un grand sermon de son cadre évaluateur.

Au lieu de passer au « Rustique » à 8h30, Brice-Antoine y passera à 9h00.



Car Brice-Antoine travaille.
Pour la Française des Jeux.
Et il est chargé d’actualiser les machines de calcul de gains…

loto flash.jpg


Gildas a vraiment la poisse.


Et tout ça.
A cause d’un verre de Ricard de trop.

Commentaires

Terrible ! Pauvre Gildas, il ferait presque de la peine...

Écrit par : Zoridae | 27 octobre 2008

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Zoridae, oui, c'est moche. Mais bon, l'est pas malin non plus le Gildas!

Écrit par : Maxime | 27 octobre 2008

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Très bon texte, comme toujours. Mais bon, tout le monde le sait : l'argent ne fait pas le bonheur :)

Écrit par : shakti | 28 octobre 2008

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Shakti, et pourtant!! Tu sais, notre Gildas, en ces temps de crise, avec les sousous du loto, il aurait racheté toutes les actions de Ricard SA pour les revendre au double d'ici 3 ans et pouvoir monter une nouvelle marque: Pastis Gildas, mondiaaaaaalement connue. Tu t'rends compte si toutes les soirées OVS étaient sponsorisées du coup par Pastis Gildas?? ;-)

Écrit par : Maxime | 28 octobre 2008

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Arg !!!

Écrit par : balmeyer | 01 novembre 2008

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Je suis gildas, je lis ton blog, je deviens fou sur le champ !

Écrit par : balmeyer | 01 novembre 2008

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Balmeyer, c'est trop tard!!! J'ai déjà fait un meurtre!!!
;-)

Écrit par : Gildas la poisse | 04 novembre 2008

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Les commentaires sont fermés.