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26 août 2008

Mon Iran, en mille mots

Téhéran, 11 mars 2008, 22h10.

Une fois l'avion posé, le décor était planté.

«
Nous sommes désormais en République islamique d’Iran.
Nous vous rappelons que l’alcool est interdit.
Et que le port du voile est obligatoire pour les femmes.
»

Au départ de Paris, sans doute 95% des femmes iraniennes ne portaient pas le voile.


Téhéran, 20 mars 2008, 01h00.

Je rentre pour Paris.
J’entre dans l’appareil.
Autour de moi, toutes les femmes sont voilées.
Je m’installe.

Nous sommes dans l’avion, désormais en zone internationale.
Cinq minutes plus tard, 95% des femmes iraniennes auront jeté le voile.




Voilà.
En deux moments clés.
L’atmosphère culturelle actuelle iranienne est posée.


L’Iran.

Un berceau du monde.
De notre civilisation.
De l’Empire de Babylone à celui des Perses.
Non loin de l’origine de l’écriture.
Aux mosaïques les plus extravagantes.
A l’architecture époustouflante.
Au peuple à l’hospitalité inégalée.
Le cœur sur la main.

Je me souviens.

J’arrive.
Tard.
Minuit.
Dans Téhéran.
Avec le Lonely Planet de 2004.
Devant l’adresse où mon auberge n’existait plus.
En fin de compte.
Alors le taxi me laisse.
Je marche.
Me dis que je vais faire comme en Syrie le premier soir, me trouver un trottoir confortable.
Et deux policiers à moto s’arrêtent.
Kalachnikov à la main.
«
Il ne faut pas traîner seul à cette heure-ci avec vos sacs. Venez avec nous.
»
Et me voici.
Arrivé dans une auberge.
Escorté.
Amir Kabir street.
Où on m’accueillera comme un fils.
M’offrira le thé.
Des pâtisseries.


C’est bien là-bas.
En Iran.
Que je n’ai jamais autant rencontré de monde.
Qu’on n’est jamais autant venu vers moi.
Me voir.
Me parler.
M’inviter.
M’offrir.
Me sourire.

On ne reste pas indifférent à ce peuple.
A ces gens.
Qui vous regardent.
Parfois avec amusement.
Parfois avec intérêt.
Parfois avec plaisir.
Parfois avec envie.
Et d’autre fois avec tristesse.
Oui.

Là-bas, ces gens, ces Marjane Satrapi, à chaque coin de rue on les croise.
Ces hommes.
Ces femmes.
Qui rejettent la révolution islamique de la fin des années 70.
Portent sur eux le refus de se plier aux règles de cette révolution.
Discrètement.
Intrinsèquement.

Ces femmes, habillées à l’occidentale, avec leur léger foulard sur les cheveux qui glisse inexorablement vers leur nuque.
A la beauté qui n’est plus à prouver.
Au regard « persan » et charmeur.

Ces hommes, qui viennent vous voir.
Vous parler.
De politique.
De religion.
Et qui crient.
D’être tenus par le gouvernement.
Aucune liberté.
Et lorsqu’ils vous racontent :
«
Tu sais, vous les occidentaux, tout ce que vous racontez dans vos médias au sujet de l’Iran, et bien vous ne vous trompez pas. Tout est vrai…
»
De glace.
On est glacé.

Sept iraniens sur dix sont déprimés.
C’est triste.
Car ils sont tellement intelligents.
Tellement chaleureux.
Tellement ouverts.
Attachés à leur culture.

Le cœur sur la main.
Encore et toujours.
Malgré tout.

Je rencontrerai Heidar.
A peine vingt ans.
Sous le calme apparent de ce garçon se cachait de la colère.
Heidar était monstrueusement cultivé.
Il parlait le français.
L’anglais.
Friand d’histoires occidentales.
Il n’avait qu’une idée en tête.
Fuir l’Iran.

Il voulait être journaliste.
Et je le revois.
Me raconter son histoire.
La sienne.
Celle de sa famille.
De son oncle emprisonné.
Et sa colère.
Colère envers son gouvernement.
Qui tient les rênes de tout son peuple.

Oui.
Seulement quelques personnes tiennent un peuple tout entier.
C’est bien ça le plus triste.
Heidar, c’est sa détresse qui m’a marqué.

Ce sont ces personnes que l’on croise.
Qui nous apprennent de nouvelles choses.
Avec du plaisir, de l’envie.

En Mauritanie, j’avais appris que.
« La connaissance est une fortune qui n’appauvrit pas celui qui en offre ».
Ici, en Iran, ces gens prennent plaisir à partager cette fortune.
Ca se voit.
Ca se sent.
Et ils n’en sont pas avares.
Et restent intègres.
Et humbles.

Alors là-bas.
On savoure.
De se promener dans les rues de Shiraz, au sud, dans ses allées parsemées de roses, à l’atmosphère douce et se savoir à quelques kilomètres de Persepolis.
De ne croiser quasiment aucun occidental.
Dépaysement total.

De découvrir la place de l’Imam d’Ispahan et d’y faire des rencontres extraordinaires.
De se faire prendre en photo par trois iraniennes amusées qui voudront tout savoir sur nos modes de rencontres hommes/femmes chez nous, en occident.
De déambuler dans les rues si bruyantes et animées de Téhéran.
De jouer à se faire peur, en prenant un bus à la gare routière d’Ispahan à 23 heures, là où deux mois auparavant un touriste français s’est pris une balle dans la tête.
D’écouter des heures entières les iraniens revendiquer haut et fort leur identité perse.
Et non arabe.

De se délecter des saveurs de mets iraniens.
D’aimer surprendre un jeune couple se prendre la main en se cachant de regards inquisiteurs.
De découvrir une pancarte Ikéa alors que trois jours auparavant on était en Suède.
De ressentir combien les moments passés ici complètement isolées, il y a quelques années, durent être affreux pour des personnes comme Betty Mahmoudi.
De se faire chérir par les gérants d’auberges.
De rencontrer un ou deux autres occidentaux, la tête retournée également par ce pays et ses richesses.
De s’enfoncer de plus en plus dans le cœur du pays et voir davantage de visages s’ouvrir.

Et de marcher.
Marcher.
Et encore marcher.
De jour.
Comme de nuit.

A la recherche d’authenticité.
De perte de repères.
D’être balancé.
Amusé.
Paumé.
Lâché.

Libre.




Mais pas eux.

Commentaires

Jolie plume.

TU me donnes envie d'y aller. Mais en tant que femme, je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée... Non?

Écrit par : anyia | 27 août 2008

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Anya, c'est un pays sûr tu sais, comme la grande majorité des pays arabes et du Moyen-Orient.
Dans ces pays, le touriste est sacré.

Après, juste, quand on est une occidentale là bas, il faut simplement être assez solide pour supporter tous les regards sur ses fefesses...

Écrit par : Maxime | 27 août 2008

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J'ai pas les fefesses assez bien pour qu'on les regarde, donc pas de problème.
Je suppose qu'il faut un visa? Tu y es resté combien de temps?

Écrit par : anyia | 27 août 2008

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Très bel article, et belle coïncidence : j'ai lu hier soir dans le National Geographic un bon reportage sur l'Iran, son Histoire complexe, sa relation avec la splendeur de son empire perdu...

Écrit par : balmeyer | 27 août 2008

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Anya, te te te! Ils ne font aucune discrimination sur les fefesses, au contraire!
Sinon, oui, il faut un visa, que tu partes 1 ou 90 jours: 60 euros.
Mais ton visa, tu l'as au petit bonheur la chance, et tu peux très bien te faire entuber de tes 60 euros si finalement ces messieurs décident qu'ils ne te le donnent pas...

Balmeyer, je note la référence et file derechef au kiosque!

Écrit par : Maxime | 27 août 2008

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Joliment décrit ! L'Iran.... Ca fait envie et un peu peur à la fois. Pas peur pour nous mais peur de ce qu'on va y voir... Pas dans mes destinations prioritaires mais pourquoi pas, peut-être un jour...

Écrit par : Camille | 27 août 2008

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Cours cours ! :o)

C'est amusant de voire comment l'invasion arabe d'il y a tant de siècles est ressentie comme si elle datait de la veille... certains surnomment la Révolution Islamiste la "deuxième invasion arabe"...

Écrit par : balmeyer | 27 août 2008

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Balmeyer, Oui. Et pour la deuxième, je parlerai plus de révolution idéologique.

Écrit par : Maxime | 27 août 2008

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Ce que j'aime quand je te lis, ce sont les images qu'elles m'inspirent.
Je peux "voir" par tes yeux.
C'est beau, fort et triste à la fois.
La gentillesse des personnes que tu rencontres, la beauté des sites, la diversité de tes émotions et de celles de tous ces gens que tu racontes au fil des mots que tu couches sur ces pages virtuelles... tout ça me donne envie de voyager encore, y compris dans ce pays que je n'avais jamais envisagé visiter auparavant.
Merci :-)

Écrit par : Alexiane | 01 septembre 2008

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Alexiane, merci... Tout est dit... ;-)

Écrit par : Maxime | 01 septembre 2008

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l'Iran... c'est bien la première fois que j'imagine seulement pouvoir aimer ce pays... si peur de ce que je pourrais y trouver, peur de voir trop de peine pour en revenir indemne... peur d'être trop changée pour simplement grandir.

Écrit par : la marie | 03 septembre 2008

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La Marie, et pourtant...
Ce pays, on pourrait le qualifier par "l'habit ne fait pas le moine".
Certes, il y a ces règles, ce mode de vie que personne n'envie.
Et cette relation à la femme (...)
Mais imagine.
Imagine-toi te retrouver un jour devant une façade d'une maison délabrée, terne, vétuste, à la porte nous sommant de faire demi-tour tellement elle serait terrifiante, là où on n'oserait même pas entrer.
Sauf que.
Sauf qu'une fois entré, et tes peurs laissées sous un paillasson où tu n'aurais même pas oser un jour poser tes pieds, tu te rendrais compte combien tu aurais aimé inventer le mot "merveille".

Écrit par : Maxime | 04 septembre 2008

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