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30 juillet 2008

Merci Woody



C’est l’été.
Il fait bon.
Il fait chaud.
Enfin.
Envie de se rafraîchir.

Et pour se rafraîchir, nous disposons de nombreux moyens.
Dont.
Ces petites choses qui traînent ça et là dans Paris.
Qui arrivent à point nommé au beau milieu d’une escapade à velib’.
Ces petites choses sont très jolies.
Parisiennes.
Gracieuses.
Mais surtout.
Rafraîchissantes.

Les fontaines Wallace.

 

wallace.JPG


Elles sont cent huit à Paris.
Oui cent huit.
Comme le chiffre.

Et quelqu’une m’a raconté un jour qu’elles renfermeraient une légende.
C’était une très jolie histoire.
J’avais aimé.
Normal.
J’aime quand on me raconte des histoires.

Et cette légende raconte qu’il y aurait une fontaine Wallace qui donnerait la vie éternelle.

N’est-ce pas chouette ?

Oui.
Mais laquelle ?

Bref.
Si nous continuons dans les statistiques, forcément, s’il y en avait qu’une qui donnait la vie éternelle, ça se saurait.
Forcément, au moins une personne y aurait déjà goûté.
Enfin, « ça se saurait »… sans doute que ces personnes sont devenues éternelles et qu’elles souhaitent garder leur secret ?
Et puis ?
Si demain je trouve la bonne, il faudrait attendre bien des années et des coups de pédales à velib’ avant que je ne me rende compte que je suis éternel !

Amen.

Mystère.

Bref.
Pour que la légende soit plus jolie, j’ai envie de la rendre plus crédible.
Donc statistiquement non réalisée à ce jour.
Disons qu’il faudrait boire dans chacune de ces cent huit fontaines en une seule journée pour obtenir la vie éternelle.

Oui, c’est déjà plus réaliste.
Car je mets ma main à couper que personne n’a jamais goûté à l’eau de chacune de ces cent huit fontaines.

Donc on dirait que Monsieur ou Madame Eternel(le) n’existe pas encore.

Mais imaginons.
Imaginons qu’un velibeur fou soit convaincu de l’exactitude de cette légende.

On le nommera Paul.
Oui, Paul, c’est intemporel.

Paul a trente ans.
Paul travaille chez Paul.
Il fait des sandwichs.

Mais Paul a un rêve.
Devenir éternel.

Alors imaginons.
Que Paul a minutieusement reconnu le terrain depuis deux mois.
Que Paul a placé toutes les fontaines Wallace de Paris sur une carte.
Pour que Paul soit définitivement prêt le jour J.
Que Paul se soit levé à l’aube.

Le 29 juillet 2008.
Hier. Journée chômée.

De coup de pédale en coup de pédale.
De montées à descentes.
De fontaine à fontaine.
Paul a réussi.

Devant la dernière, place Saint-Sulpice, Paul s’est appliqué.
Comme pour une cérémonie.

Paul a posé son velib’ non loin.
Et a marché.
Doucement.
S’est approché.
A tendu ses mains.
A trempé ses lèvres.
S’est délecté.
De cette dernière eau.
Si fraîche.

Paul était content.
Le soleil commençait à faiblir.
Il regardait l’autre fontaine.
Celle des quatre cardinaux.

Paul avait enfin accès à l’éternité.






Un an plus tard, Paul faisait toujours des sandwichs.
Paul était toujours chez Paul.
Paul faisait toujours du velib’.
Paul regardait toujours avec sourire les fontaines Wallace qu’il croisait.






Trois ans plus tard, Paul faisait toujours des sandwichs.
Paul était à la Brioche dorée.
Paul faisait moins de velib’.
Paul regardait toujours avec sourire les fontaines Wallace qu’il croisait.






Dix ans plus tard, Paul dirigeait une sandwicherie.
« Chez Wallace ».
Place de l’Opéra.
Paul roulait en BMW rutilante.
Paul regardait toujours avec sourire les fontaines Wallace qu’il croisait.

Mais dix ans plus tard.
Il se retrouvait en famille.
Avec ses proches.
Lors du baptême d’une nièce.
Ce soir là, ils avaient regardé de vieux films de famille.
Dont l'anniversaire du pépé, il y a dix ans.
Et ses proches s’étaient fait l’étrange remarque.
Qu’en dix ans, Paul n’avait pas changé.






Vingt ans plus tard, Paul faisait toujours des sandwichs.
Paul était à « The Muffin’s Corner ».
A Folsom, dans la banlieue de Sacramento.
Paul roulait à vélomoteur.
Paul ne croisait plus de fontaines Wallace.
Paul avait perdu le sourire.

Son physique ne changeait plus.
Vingt ans après, il gardait toujours le physique de sa trentième année.
Paul avait quitté Paris trois ans plus tôt.
Il dût quitter sa vie parisienne à partir de ce moment là.
Assumer son statut d’immortel.

Pour ne pas être reconnu.

Laisser sa famille.
Laisser ses proches.
Laisser sa vie parisienne.

Laisser sa première vie de côté.
En faire le deuil.
Une première fois.

Il savait qu’il reviendrait à Paris.
Mais.
Peut-être dans cent.
Ou deux cents ans.

Il savait qu’éternellement, ses vies ne seraient que recommencements.
Au bout de cinq.
Voire de sept ans.

Recommencements.

Nouveaux amis.
Nouvelles petites amies.
Nouveaux jobs.
Nouveaux collègues.

Mais plus de famille.

Alors bien sûr, il suivrait de loin les descendants de sa famille.
Savoir ce que deviendraient ses arrières.
Arrières.
Arrières.
Arrières.
Arrières.
Arrières.
Petits neveux.
Et nièces.






Quatre cents ans plus tard, Paul faisait toujours des sndwchs.
Oui, des sndwchs.
La langue a évolué.
Car quatre cents ans plus tard, les voyelles ne s’écrivent plus.
La langue euro a remplacé le français.
L’anglais.
L’allemand.
L’espagnol.
L’italien.

Paul était à « Th Mffn’s Crnr ».
Toujours.
Mais à Brxlls.
Capitale de l’ancienne Belgique.
Aujourd’hui, capitale de notre ancienne Europe, « l’Rp ».

Mais bizarrement, il évitait toujours la place du Manneken-Pis.
Maintenant, il avait une sainte horreur des fontaines.

 

manneken pis.jpg



Mais Paul continuait.
Malgré tout.

Paul avait accumulé d’énormes connaissances.
Paul était devenu un véritable érudit en Histoire.
Contemporaine.
Et Moderne.

Paul se plaisait de retourner à l’université.
En cours du soir.
Et d’affronter les théories des professeurs.
Et d’émerveiller de son savoir, de sa pétillante intelligence, les jeunes et fraîches étudiantes.

Oui.
Paul était devenu un Dom Juan.
Sans le vouloir.
Le seul homme, dans toute l’Humanité, à avoir flirté avec le plus de femmes.
Et pas que sur des malentendus.
Pourtant, il ne jouissait que d’un physique somme toute ordinaire.
Mais voilà, son intelligence était devenue son arme.

De vie en vie.
D’identité en identité.
Un éternel recommencement.

Ne rien construire.
Juste.
De l’éphémère.





Jeudi 23 mai 8008.

Six mille ans plus tard, Paul avait envie de tout abandonner.
Six mille ans plus tard, Paul ne faisait plus de sndwchs.
Six mille ans plus tard, Paul n’avait plus d’amis.
Six mille ans plus tard, Paul était seul.

Tout seul.

Le mercredi 7 mai 8008, dans la matinée, Halley a frappé. 
 

halley.jpg


Plus rien.
Terre nue.
Vierge.
Poussière.
Obscurité.

Il sait ce que tout cela implique.
Il n’y a plus de vie.
En dehors de la sienne.
De ce qui lui sert de vie.

Il sait qu’il faudra du temps.
Avant que tout ne reprenne vie.

Mais avant ces années.
Ces milliers d’années.
Ces millions d’années.

Paul est seul.
Paul restera seul.

Alors Paul pleure.

Comme une fontaine.
De Wallace.





Woody Allen nous raconte :
«
L’éternité, c'est long, surtout vers la fin.
»




Paul :
«
Ta gueuuuuuuuuuuuuuuuuuule Woody !!!
»

23 juillet 2008

Solidarité sud-américaine

«
- Chef, nous devons recruter expressément !
- Quoi ?? Comment oses-tu ! Comment oses-tu me déranger en pleine séance de suivi de retrouvailles en salle de débarquement de l'aéroport de Kuala Lumpur entre une jeune expatriée chilienne et son fiancé brésilien?
- Chef, il y a vraiment urgence ! le contrat du chef de projet « Lancers d’assiettes dans la cuisine » arrive à son terme.
- Mais il nous emmerde lui! Laisse-moi en paix au moins deux minutes! Et puis de toute manière, ça fera du bien pour tout le monde ça! Et là, j'ai une séance d'étreinte vieille de plus de six mois à suivre!
- Bon, très bien. Mais vous savez ce que ça veut dire !
- Oui oui, je sais! Prépare moi les CV, et file, et ne me dérange plus! Je m'occuperai de ça plus tard! Ah mais!
»

Dieu marmonnait dans sa barbe blanche.
Oui.
Il était à la tête de la plus grande entreprise n'ayant jamais existé.
La vie.

Il manageait des millions de chefs de projets.
Ces derniers étaient chargés, à chaque instant, de provoquer ce dont pourquoi ils avaient été recrutés.
Le rythme était dur.
Du coup, il constatait un énorme turnover auprès de ses chefs de projets.
Ils devaient, chaque seconde, dans le monde, s'attacher à leur mission.
Toute personne.
Toute couleur.
Tout pays.
Tous âges.

Le chef de projet « Lancers d’assiettes dans la cuisine » n'avait pu tenir que quelques jours.
Les millions de disputes avaient eu raison de lui.
Dix disputes par centième de secondes.
Le rythme était trop effréné.

Et tous, enviaient certains postes.
Dont le chef de projet « biiiiip censuré ».
Et puis le chef de projet « Bébés ».
Oui, lui, il avait la belle vie, car chaque seconde, il donnait la vie.
Chaque seconde... ce qui restait néanmoins un rythme de fonctionnaire paradisiaque.

Les séances de retrouvailles, d'étreintes, étaient celles qu'il préférait entre toutes.
Bien sûr, sa fonction de chef suprême lui imposait parfois d'assister à des séances de cyclones.
De tremblements de terres.
De guerres.
D'éruptions.
D’épidémies.
Entre autres.
Il devait aussi y assister.
C’était le jeu.
Car.
C'était aussi dans son contrat.
A lui.

Mais cette séance de retrouvailles entre la chilienne et le brésilien lui tenait particulièrement à coeur.
Tous ses chefs de projets mêlés à cette histoire avaient bien travaillé.
Il en était content.
Fier.
Le chef de projet « Communication épistolaire » s'était démené.
Le chef de projet « Téléphone en panne » fut brillant par moments.
Le chef de projet « Larmes » s'est surpassé.
Le chef de projet « Souvenirs », comme à son habitude, s'est accroché.
Le chef de projet « Je pète un plomb » s'est fait remarquer.
Le chef de projet « Avion raté » n'a pas manqué une miette.
Et.
Le chef de projet « Retrouvailles » a su manager tout ce petit monde avec brio.

Clap Clap Clap.
Bravo.
Dieu applaudissait.
Il souriait.
Touchait sa longue barbe, signe de plaisir.
De voir ces deux jeunes petits se retrouver.
Avant de se re-séparer.
Oui.
Car le chef de projet « Ecoute je me plais ici, va falloir décider, et puis j'ai changé » fera des siennes.
Mais plus tard.
Laissons-les un peu respirer quand même.
Séparés si longtemps!

Dieu était content.
De si belles étreintes.
Qu'il en avait oublié son chef de projet « Lancers d’assiettes dans la cuisine ».
L'espace de quelques secondes.
Juste le temps d'assister à cette scène.

Oui.
Grâce à notre chilienne et notre brésilien, ce sont bien vingt-neuf secondes de passées sans chef de projet « Lancers d’assiettes dans la cuisine ».
Dix à chaque centième.
Mille à chaque seconde.
Vingt-neuf mille disputes annulées.

Et parmi ces vingt-neuf mille, la probabilité est que un pour cent ait été cruciale.
C'est à dire deux cent quatre-vingt-dix disputes qui auraient mal tourné.
Donc deux cent quatre-vingt-dix drames évités.
Donc deux cent quatre-vingt-dix familles toujours ensemble. Réunies.

Si nous rapportons alors cela à notre France.

Notre planète compte sept milliards de personnes.
Notre France compte soixante millions de personnes.
Pour deux cent quatre-vingt-dix drames évités dans le monde.
Donc deux virgule cinq familles françaises concernées.
Donc deux familles normales.
Et puis une monoparentale.

Chef de projet « Statistiques et prises de tête » :
- C'est bon Maxime, ton calcul tient la route pour l'instant.

Merci.
Et sans doute, que vous, moi, via les racines de nos réseaux étendus, connaissons-nous au moins une de ces familles?
Regardez:
Puisque nous nous « connaissons » tous via les réseaux sociaux tentaculaires du type Facebook.
Et puisque l'adage est « l'ami de mon ami est mon ami » ou plutôt, aurait tendance aujourd'hui à être « je cherche à ce que l'amiE de mon ami devienne mon amiE ».

Chef de projet « Je nique poke via Facebook »:
- Ah ah, plutôt perspicace le Maxime!

Donc, nul doute que l'un d'entre nous ait connaissance d'une de ces familles.
Alors toi.
Ou vous.
Si je te vouvoie.
Vous, qui connaissez une de ces familles, tu es chargé d'une mission auprès d'elle.
Oui.
Tu vas dire à cette famille de retrouver la chilienne et notre ami brésilien.
Et vite.
Avant que notre chilienne ne se fasse emmerder par le chef de projet « Ecoute je me plais ici, va falloir décider, et puis j'ai changé » et que tout ça soit effacé, n’ait pas lieu.
Oui, il est encore temps.

Alors vous faites ce que tu veux :
Tu prends.
Un papier et un stylo.
Un clavier et un écran.
Un billet et un avion.
Et vous contactez notre chilienne pour éviter qu'elle ne fasse une bêtise.

Chef de projet « Causes perdues »:
- Héhé... Oui oui, c’est ça...


Ah mais !
Chef de projet « Causes perdues », tu as déjà assez affaire avec Mélanie.
Alors laisse-nous deux minutes, tu seras mignon.



21 juillet 2008

What else?

Y a-t-il vraiment des règles?
Doit-on obéir?
Suivre une règle?
Un comportement?

Comment s'occupe-t-on?
Y a-t-il des formes pré-définies d'occupations?
Et celui qui pense.
Oui, celui qui pense éternellement, lui, s'occupe-t-il?
Est-ce que penser est s'occuper?

Je suis direction Genève
Voiture dix-sept.
Mais pas de bol.
Un groupe de jeunes est là aussi.
« Camps Jeunes ».
De huit.
A douze ans.
Turbulents.
Ils hurlent.
Et ça se lit.
Dans leurs yeux.
Sur leur visage.
Qu'ils ne sont pas du seizième.

Et puis.
Il y a Georges Clooney.
Enfin son sosie.
Face à moi.
Le même regard.
La même élégance.
Le même poivre.
Le même sel.
Mais pas le même.
Nom.
La monitrice délaisse l'espace de quelques secondes son attention de ses loulous.
Une fois. Deux fois. Trois fois.
Je ne compterai plus.
Sans doute espère-t-elle que ses yeux de biche soient chassés par ceux de Georges.
Clooney.
Et non Guy.
Sans doute.

Je le prendrai en flagrant délit.
Lui.
A deux reprises.

Elle, elle occupe.
Son attention.
Double attention.
De ses loulous.
De son Georges.
C'est connu, les femmes maîtrisent le multitâches.

Georges, lui, il macbooktise.
Que fait-il?
Je ne sais.
Alors forcément, je m'imagine.
Qu'il fait un compte-rendu de réunion sur l'activité d'une entreprise de caoutchouc.
Ou.
Qu'il regarde un DVD de OuiOui.
Ou.
Qu'il ré-organise ses fichiers.
Ou.
Qu'il fait un Super Sudoku.
Ou.
Qu'il regarde les photos de ses dernières vacances à La Bourboule où il a voulu régénérer son capital soleil.
Ou.
Que sa machine est éteinte et qu'il se regarde dans le reflet de l'écran pour vérifier son grain de peau et être au top quand la monitrice le dévisagera pour la vingt-deuxième fois.

Quant à moi, j'observe.
Elle.
Lui.
Et puis elle, cette dame là.
A côté de moi, qui ne lâche pas ses mots fléchés.
Et qui m'a lancé des yeux noirs lorsque je lui ai dit que paratonnerre prenait deux « r ».
N'empêche que.
Elle a effacé.

Quant à moi, j'écoute.
Deux petits loulous derrière moi.
Ils ne se connaissaient pas.
Et désormais, se connaissent.
Oui, l'un a proposé un chewing-gum à l'autre.
Et il y a eu ces répliques, à la suite.
Sorties sur un air détaché.
« 
- Eh, regarde, y'a des nuages!
- C'est quoi des nuages?
- De la fumée
»
Et puis surtout.
« 
- T'as un père toi?
- Non. Juste une maman. Mon père j'le vois pas. Ma mère c'est le soleil, mon père la nuit.
»
Huit ans.
Pas plus.
Le sans père.

Quant à moi, je ne fais rien.
Matériellement.
Oui, mes mains ne sont pas occupées.
A ce moment.

Alors serait-ce donc ça, être occupé?
Etre occupé serait-ce être réduit à avoir les mains occupées?

Réfléchissons.
Si vous êtes occupés, c'est donc que vous faîtes quelque chose.
Avec vos mains.

Lire?
C'est être occupé.
Des yeux.
Et des mains, à tourner les pages.

Oui mais non.
Car regarder la télévision, c'est être occupé.
Avoir l'esprit occupé.
Donc.
Réfléchir.
Penser.
Avoir l'esprit occupé, c'est être occupé.

Mais si on me demande ce que j'ai fait tel jour.
Et que je réponde que j'ai réfléchi à l'ombre d'un poirier du jardin Catherine Labouré.
Alors on me rétorquera que j'ai glandé.

Alors oui.
C'est injuste.
Car je préfère attraper un « Ma mère c'est le soleil, mon père la nuit » plutôt que d'écrire paratonnerre avec un seul « r » et foutre en l'air une grille de mots fléchés.

Et qu'y a-t-il de mieux?
Penser ou s'activer?
L'un est-il mieux que l'autre?
L'un est-il mieux vu que l'autre?

Quoiqu'il en soit.
J'ai.
Observé.
Ecouté.

Et écrit.
Mais en cachette.
Taille six.
Et couleur verte.
Oui, la monitrice a beau avoir des yeux de biche, les miens sont de chat.
Pour ne pas que ma voisine ne me lise.
Qu'elle reste concentrée sur son paratonneRe.
Car je n'aime pas que des intéressés lisent ce que j'écris.
Sur eux.
Normal.
Oui oui voisine, j'ai écrit sur vous.
Vous et votre regard noir.
- Je prends des risques là -
Vous et votre silhouette de Karen Mulder.
Avec non loin d'un demi quintal supplémentaire.

Bref.
Finalement.
En y repensant, j'étais occupé.



« 
- Wé Max, TT OQP!
- Kévin?? Encore toi? Fous-moi le camp! Allez!! Pas vrai d'voir ça!! Non mais!
»




Photo0038.jpg
What else?

11 juillet 2008

Jean-Kévin aime les SMS


Oui.
Et avant ?
Comment faisaient-ils ?

On est passé de la main.
Aux tuyaux.
Aux ondes.

De la petite main du facteur.
Relayeur d’espoirs, du temps de la grande guerre.
Celui qui apportait des nouvelles.
Parfois hélas déjà bien anciennes.

L’année dernière, j’avais trouvé ça.
C’était merveilleux.
Ces correspondances.
Et surtout, celles de Pierre, un militaire écrivant à sa belle entre 1914 et 1918.

Qu’ils étaient patients à cette époque !

Imaginons, aujourd’hui.

Kevin écrit un banal SMS à Jessica à 11h44.
« slt pr1cess, kestu fé se swar ? »
Rien de plus normal.

Mais du temps de la grande guerre…
Du temps où tout était en noir et blanc.
Comment ça se passait ?

Imaginons.
Imaginons Kevin.
Tout droit venu du XXIème siècle.
Balancé dans le début du XXème siècle.
Kevin transformé Jean Eudes.
En un coup de Banette magique.
Jean Eudes ne saurait pas qu’il était Kevin quelques instants auparavant.
Mais Jean Eudes, il aurait un comportement normal d’un être du XXIème siècle balancé dans début XXème siècle.


11h44. Jean Eudes aurait du sortir son crayon.
11h48. Trouver du papier.
11h52. Toujours chercher du papier.
11h58. Trouver enfin du papier.
11h59. S’asseoir.
Oui, à cette époque, il était bienséant d’écrire assis, se poser. Ecrire était un rituel, une posture à adopter, un exercice et une discipline singulière.
12h00. Humecter la plume de sa langue.
12h02. Parcourir les 76 mètres des couloirs parquetés et rejoindre la salle d’eau pour s’essuyer la langue de l’encre noire.
Oui, car son frère avait oublié de laver la plume lors de l’envoi de son SMS de la veille, ce petit salopio.
12h05. Revenir de la salle d’eau et re-parcourir les 76 mètres des couloirs parquetés pour retourner dans le salon et de nouveau s’asseoir.
12h07. Ecrire.
« Ma tendre et chère Eugénie, permettez-moi ces quelques griffonnades d’encre du Sichuan sur ce papier fumé glacé des hauts plateaux chiliens, afin de vous proposer de me rejoindre, ce soir à l’heure où le soleil s’efface de notre horizon parisien pour mieux s’ouvrir sur celui des îles exotiques Fidjiennes, devant un de ces bancs perdus de l’île de la Cité parmi lesquels nous pûmes à maintes reprises observer les roses et les jonquilles s’ouvrir et savourer le chant des alouettes pirouette cacahuète ».
Oui, ils avaient aussi la prose facile à cette époque là.
12h08. Chercher une enveloppe.
12h08 toujours. Qu’il n’a bien sûr pas chez lui.
12h04. Jean Eudes doit donc sortir pour trouver une enveloppe.
12h08. Trouver ses souliers italiens de cuir de vache argentine.
12h19. Prévenir sa maternelle.
« Mère, je m’absente quelques secondes, ne m’attendez pas pour la partie de jeu de l’oie ».
12h23. Faire les cent mètres qui le séparent de l’établissement des Postes et Télégraphes.
12h20. Saluer Evariste le séminariste qui rentre du pèlerinage de Chartres.
12h22. Inviter Evariste le séminariste à un groupe de réflexion sur l’incidence de la soie cendrée sur le comportement des femmes dans les soirées mondaines de la paroisse de Saint-Dénudé dans le 11ème arrondissement.
12h25. Postes et Télégraphes. Attendre au guichet.
13h25. Postes et Télégraphes. Attendre au guichet.
14h25. Postes et Télégraphes. Attendre au guichet.
14h31. Postes et Télégraphes. Demander au guichetier, bouche dégoulinante de sauce béarnaise de son panini aux quatre fromages, une enveloppe de papier fumé de rose sicilienne.
Oui, c’est prouvé, les guichetiers de La Poste sont intemporels.
« Bonjour monsieur le préposé aux Postes et Télégraphes. Je souhaiterais une enveloppe en papier fumé de rose sicilienne, s’il vous plait. »
14h32.
«
- Oulala mon gars ! J’dois pas avoir ça en stock dis ! Eh, Raymond, t’aurais pas une enveloppe rose chepakoi à fumer en Sicile ?? »
- Nan Bebert . Y’a pas d’ça chez nous.
»
14h34.
«
- D’solé gamin, faut qu’t’ailles voir ailleurs.
»
14h35. Jean Eudes a alors une idée. Jean Eudes ne manque jamais d’idée.
14h36. Faire les cent mètres qui le séparent de sa maison.
14h42. Arriver chez lui.
14h43. Oter ses souliers italiens de cuir de vache argentine.
14h44. Mettre les patins pour ne pas rayer le parquet d’ébène.
14h48. S’assurer que la maternelle s’est absentée et est allée prendre son thé.
« Mère, êtes vous là ? »
15h18. La maternelle semble bien absente. Très bien. La voie est libre.
15h19. S’introduire dans la chambre de Mère et Père.
15h20. Ouvrir le tiroir du meuble de chevet de la maternelle.
15h20 toujours. Tomber sur ça. Et se demander ce que peut bien être cet objet.
15h21. S’obstiner de se convaincre coûte que coûte que la maternelle a de bien étranges cotons tiges.
15h22. Pendre le précieux carnet de feuilles fumées de roses siciliennes de la maternelle.
15h23. Déchirer une feuille et confectionner une enveloppe.
17h44. Glisser le mot destiné à Eugénie dans l’enveloppe.
Oui, Jean Eudes n’est pas un manuel.

J’abrège.
Notre ami Jean Eudes sera retourné aux Postes et Télégraphes.
Mais l’établissement aura été fermé.
Mais sa lettre postée.
Ce vendredi soir.
Pour lui, c’est le principal, il est encore temps, il n’est pas encore vendredi soir.

Eugénie, quant à elle, recevra la lettre de son cher et tendre que quatre jours après.
Normal.
Le mardi.
Découvrant le :
« Ma tendre et chère Eugénie, permettez-moi ces quelques griffonnades d’encre du Sichuan sur ce papier fumé glacé des hauts blablabla blablabla ... ».
Complètement enchantée.


Mais voilà.
Jean Eudes, il ne connaît pas ce monde.
Jean Eudes, il ne sait pas comment ce monde tourne autour de lui.
Jean Eudes, il ne sait pas, qu’une fois une lettre postée, il faut du temps avant que le destinataire ne la découvre.
Jean Eudes, lui, il croyait que les lettres étaient comme les SMS : une fois postées, directement reçues.

Du coup, ce vendredi soir là, Jean Eudes a été contraint à jouer au jeu de l’oie avec sa maternelle.
Et toute la soirée.
Au lieu de rêver sur un banc de l’île de la Cité avec Eugénie.

Jean Eudes, il en a voulu à Eugénie.
De ne pas lui avoir donné de nouvelles.
Le vendredi soir.
Le samedi.
Le dimanche.
Ni même le lundi.

Jean Eudes, ce mardi matin, il a alors décidé de partir.
Au moment où Eugénie découvrait son mot.
Si tendre.
Mais Jean Eudes est déjà loin.
Très loin de Paris.

Jean Eudes a quitté la France.
Zou.
Sur un coup de tête.

Trois mois plus tard, il a atteint son but.
Jean Eudes est arrivé au Japon.
Au pays des gens qui touchent les poils de bras des occidentaux pour voir comment c’est.

Jean Eudes a tout plaqué.
Pour une histoire de lettre.
Pensée sans réponse. A tort.
Pour une histoire de jeu.
De l’oie, dont il avait marre à chaque fois, de se faire piler par sa maternelle.

Et Jean Eudes, bien des années plus tard, toujours au Japon, sera un des précurseurs.
De l’ancêtre du premier téléphone cellulaire inventé.

Et aujourd’hui, c’est donc à Jean Eudes que l’on devrait nos SMS.

Alors qu’en fin de compte, Jean Eudes est notre Kevin.
Et les SMS, c’est bien à notre transfuge du XXIème siècle, Kevin, que nous les devrions.
Un futur grand cerveau ce Kevin…

11h44. « slt pr1cess, kestu fé se swar ? »

Flippant…




Si t’as pas tout suivi, c’est pas grave hein…


Juste.
Je crois que je suis en manque sérieux d’épistolaire.

09 juillet 2008

Une histoire se termine

C'est terminé.

C'est difficile d'écrire ces mots.
Très.
Difficile.
D’admettre.
De reconnaître.

Depuis, je suis plongé dans une angoisse noire.
Mais c'était inévitable.
Je reconnais mes torts.
Mon comportement.
Je n'ai pas su prendre soin d'elle.
Encore une fois.

Alors j'ai envie d'écrire.
Pour oublier.
Sans doute.
Peut-être la faire revenir?
La reconquérir ?
Non.
En vain.
Impossible.
Elle était catégorique.

J'ai bien appelé son meilleur ami, D___y.
En urgence.
Dernier recours.
Pour que lui, réussisse à lui parler.
La convaincre.
Tenter de la faire revenir.
Mais non.
Même lui, n'a pas su lui redonner l'envie.
Même lui, qui pourtant, comme moi, la connaissait.
En profondeur.

C'est à ce moment là que j'ai compris.
Qu'il fallait tirer un trait.
Sur le passé.
Mais Dieu que c'est douloureux.
Encore.

Je me souviens.

C'était jeudi dernier.
En soirée.
Je suis allé la voir.
Sans doute trop routinier.
Elle était toujours aussi belle.
Rayonnante.
Malgré sa peau si blanche.
Malgré ses quelques boutons.
Mais je m'en fichais.

J’ai commencé par la toucher.
Elle n’a pas réagi.
Je lui ai parlé.
Elle est restée muette.
Elle m’a énervé.
Je l’ai alors violenté.
Et m’en suis atrocement voulu.
Ca ne me ressemble pas.

Je sais que pendant ce temps, c’est un substitut qu’il va me falloir.
Une inconnue.
Repartir de zéro.
Tout recommencer.
Mais j’ai peur de tomber.
Sur une vulgaire.
Une anonyme.
Une laide.
Une ingrate.

Il va falloir du temps.
Et en grand procrastineur que je suis, encore davantage.

C’est l’ancien locataire qui nous avait présenté.
Monsieur Bourbon.
Il était gentil monsieur Bourbon.
Je lui en serai toujours reconnaissant.
Malgré qu’elle soit aujourd’hui partie, elle m’a énormément fait avancer.
Elle a su prendre soin de moi.
Tous les deux, ils s’étaient rencontrés station Gaieté.
Sur la ligne 13.
Un vendredi.
Un signe.

Intimidé, elle m’a plu.
Entre nous, le courant est tout de suite passé.
Elle était jeune.
Fraîche.
Dynamique.
Tout ce que j’aime.
En somme.

Alors depuis jeudi, je ne sais plus quoi faire.
J’ai bien traîné sur des sites internet.
Pour en rencontrer une nouvelle.
Aussi fraîche.
Jeune.
Dynamique.
Mais avec moins de boutons.
Oui je sais, je deviens exigeant.
Mais bon.

Mais tout ça reste très douloureux.
Et je sais.
Qu’il va falloir du temps.
Pour la remplacer.



Ma machine à laver.
Qui m’a abandonné jeudi dernier.




04 juillet 2008

Mélanie est une coquine

Mélanie est heureuse.
Enfin.
Elle a récupéré son bol breton en faïence bleu et blanc avec Mélanie d’écrit.
Elle en rêvait depuis toute petite.

Elle va enfin pouvoir.
Boire son Nesquik dans son bol breton Mélanie.
Oui.
Mélanie, aujourd’hui, elle est heureuse.

Car elle n’aimait pas.
Boire son Nesquik dans un bol breton Jacqueline en faïence bleu et blanc.
Mélanie.
Et je ne parle pas du Viandox.
Il n’avait pas le même goût, le Nesquik.
Il n’avait pas le même goût non plus, le Viandox.
Dans un bol breton Jacqueline en faïence bleu et blanc.

Mais Mélanie, c’est avec Henri qu’elle aimerait partager son Nesquik.
Et son Viandox.
Quand elle l’a vu, elle aurait voulu lui offrir.
Un bol breton en faïence bleu et blanc avec Henri d’écrit.
Faut dire, il était élégant, Henri.
Courtois.
Gentil.
Poli.
Lui.

Et tout s’est passé comme ça.

Mélanie rentre de Saint-Malo.
Mélanie est heureuse.
Car.
Mélanie a son bol breton en faïence bleu et blanc avec Mélanie d’écrit.
Déjà.

Et puis.
Et puis Mélanie devait rentrer chez elle.
Installer son bol breton en faïence bleu et blanc avec Mélanie d’écrit.
Donc.
Mélanie prend le train.

Saint-Malo.
Paris.
Tout le monde descend.
Même vous mademoiselle Mélanie.
Oui, vous.
Vous et votre bol breton en faïence bleu et blanc Mélanie.
Allez. Hop.
On descend. Et plus vite.

Oui, car il faut se dépêcher.
Le train pour Orléans n’attendra pas.
Mélanie avec son bol breton en faïence bleu et blanc avec Mélanie d’écrit.

Alors Mélanie court.
Court.
Court.

Alors ils arrivent à gare d’Austerlitz.
Mélanie.
Et son bol breton en faïence bleu et blanc Mélanie.

Le train part dans vingt-trois secondes.
Mélanie court.
Mélanie a chaud.
Mélanie a très chaud.

Mais Mélanie est une coquine.
Oui.
Mélanie a oublié de prendre son billet.
Pas le temps.

Le train part dans seize secondes.

In extremis, ils réussissent à se faufiler dans un wagon.
Mélanie.
Et son bol breton en faïence bleu et blanc Mélanie.

Depuis deux secondes, le train est parti.
Avec eux.
Mélanie.
Son bol breton en faïence bleu et blanc Mélanie.
Sa chaleur ruisselante.
Sans lui.
Le billet.

Mais voilà.
C’était sans compter sur lui.
Henri.
Qui n’a pas de bol breton en faïence bleu et blanc Henri.

«
Et merde ! Encore une fois j’vais me faire avoir ! Vais encore tomber sur un gros connard. Mais il est beau ce con en plus !
- Je suis désolée, je n’ai pas eu le temps de prendre de billet !
Si je vous dis que vous êtes aussi beau que des escarpins Mark Jacobs, vous pouvez faire quelque chose ?

Bon, comment vais-je la gérer cette petite mignonne…
- Je sais, je vous ai vu courir.
Y’a peut-être moyen que j’me l’envoie vite fait entre deux wagons si je lui fais une faveur.
- Installez-vous dans le wagon 1ère classe, je vous en prie, il n’y a personne, nous vous y serez plus à l’aise.

Courtois en plus. Ou bien c’est parce que je pue trop d’avoir couru et qu’il ne veut pas que j’emmerde les autres passagers avec mes odeurs ??
- Merci beaucoup, vous êtes très gentil.
Quel sourire il a ! Et ces yeux!! Mazeeeeeette !!

Bon, comment s’y prendre alors…
- Ecoutez, ça va aller pour cette fois-ci. Mais gardez-le pour vous.
Bon, si elle ne me saute pas dessus direct après ça, je n’connais plus rien aux nanas. Celle de tout à l’heure m’avait déjà sauté dessus au bout d’une minute !!

Il est gentil en plus !!!
- Vous voulez dire que vous ne me verbalisez pas et que je peux rester ici, en 1ère ?
Il a de ces yeux !!! Waouh !!

Allez fonce mon gars c'est le moment!
- Oui, vous pouvez rester ici. Mais bon, maintenant, que nous sommes tranquilles, à l’aise, passons aux choses sérieuses si vous voulez bien…

Oula !! Mais c’est qu’il a l’air chaud bouillant du slip en plus ce petit !! Lui, à mon avis, il veut voir autre chose que mon bol breton en faïence bleu et blanc Mélanie.
- …
»


Non.
Mélanie est une coquine, oui.
Mais Henri n’est pas un coquin.
Je rectifie.
Mélanie est une coquine, parfois.

Et tout ne s’est pas passé comme cela.
En fin de compte.
Je suis mauvaise langue.

Henri, charmé, mais qui n’a pas de bol breton en faïence bleu et blanc Henri, lui a proposé de s’installer en 1ère.
Oui.
Et avec courtoisie.
Et surtout.
De ne pas la verbaliser.

Mélanie, charmée, a doublement accepté.

Et puis.
Et puis, Mélanie et Henri ont parlé.
Trois.
Quatre.
Voire cinq minutes.

Mélanie était rouge.
Henri était rouge.

Mais il s’est passé un drame.
Mélanie et Henri ont discuté.
Mélanie et Henri se sont plus.
Mais Henri n’a rien demandé à Mélanie.
Henri a oublié.
Et Mélanie n’a rien demandé à Henri.
Mélanie a oublié.

Leurs rougeurs l’ont emporté.
Ils se sont quittés.
Sur des tons de tomates siciliennes.

Mélanie est rentrée chez elle.
Mélanie a enfin pu boire.
Son Viandox dans un bol breton en faïence bleu et blanc Mélanie.

Mais Mélanie est triste.
Mélanie s’en veut.
De ne pas avoir osé demandé à Henri son numéro.

Alors Mélanie va s’en référer à une formidable entité pensante aux extraordinaires capacités.
Oui.
Nous nommerons cette entité M_x___.
Cette entité est d’ailleurs un exemple même de modestie.

Après un long entretien avec M_x___, Mélanie reprend espoir.
Un jour, de pouvoir offrir à Henri un bol breton en faïence bleu et blanc Henri.

Car Mélanie aura trouvé le moyen, un jour.
De recroiser Henri dans les couloirs du train Paris Orléans.
Sans que lui ne l’ait reconnue.
Une règle : l’assurance.
Courage à deux mains.
Vingt-deux de tension.
Cœur à la chamade.
Se diriger vers lui.
Bafouille interdite.
Péter un coup.
Une occasion.
Gorge serrée.
Lui reparler.
L’occasion.
Ou jamais.
On y croit.
Mélanie.
Allez.
Zou !

«
Pardon, excusez-moi, mais je suis embêtée.
J’ai rencontré il y a une quinzaine de jours un charmant contrôleur.
Nous avons discuté d’escarpins Mark Jacobs et de bol breton en faïence bleu et blanc.
J’ai beaucoup apprécié.
Mais troublée, j’ai oublié de lui demander son numéro.
Depuis, j’espérai le recroiser.

Dîtes, le connaîtriez-vous ?
»


Oui.
Mélanie est une coquine.
Un peu quand même.

01 juillet 2008

Mosaïque

« 
- Dis, papy Maximounet, tu m'racontes une histoire ce soir hein?
»

« 
- Oui, petit descendant, mais après t'être lavé les dents.
Et ne fais pas comme Joey Starr, ne fais pas semblant.
»



Je m'en souviens.
Il va bientôt y avoir quatre ans.
Déjà.

C'était un samedi après-midi.
Et elle m'a pris d'un coup.
Elle.
L'envie de créer.

J'avais envie.
De jouer avec les couleurs.
De jouer avec l'huile.
Sur une toile.
La toile.
J'ai toujours trouvé cet objet très joli.
Et fort.

Alors je suis parti.
A pieds.
Le velib n'existait toujours pas.
Mon idée en tête.
Ma future création en tête.
Direction Graphigro.

Alors j'ai cherché.
Je ne connaissais rien.
Mais savais qu'il me fallait.
De l'huile.
Et une toile.

Et je les ai trouvé.
Et je suis rentré.
Empressé.
Comme un enfant avec son Kinder tant convoité.

« 
- Oui papy Maximounet!! Chic, chic! Un Kinder, un Kinder!
»

« 
- Te te te. Trop tard petit descendant, tu as les dents propres. Fallait pas te les laver.
Ca t'apprendra.
»

Rentré.
J'avais une folle envie de créer.
Mais ne savais peindre.
Alors, suis allé au plus simple.

J'ai pris la toile.
De quarante centimètres sur quarante centimètres.
Un crayon de bois.
Et ai tracé des lignes verticales.
De trois millimètres de côté.
Et ai tracé des lignes horizontales.
De trois millimètres de côté.
Tu vois, petit descendant, c'est le seul côté ordonné que j'ai.

Au bout d'une heure, j'avais mon quadrillage.
Mes petits carreaux.
Prêts.
Dix-sept mille petits carreaux.
Pour être précis.

Et c'est après que j'ai commencé.

« 
- A manger les Kinder???
»

« 
- Ah mais!! Suis un peu, cerveau d'poule!! Sinon, je te cache tes DVD des Teletubbies!
»

« 
- Non non non, papy Maximounet, continue, continue s'te plait, et puis les Teletubbies, z'ont que quat' doigts, savent pas peindre!
»

Et c'est après que j'ai commencé.
A peindre chaque carreau.
A l'huile.
Et de couleur différente.

Une mosaïque.

De cette mosaïque, je voulais que quelque chose ressorte.
Parle.
S'exprime.
Pour les esprits les moins imaginatifs.
Mais au final, ce seront les autres qui verront.
Les esprits les plus imaginatifs.

Au début, j'étais très assidu.
Patient.
Très patient.

Aujourd'hui, je le suis moins.
Assidu.
Patient.

C'est plus rare.
Mais d'autant plus.
Précieux.
Appréciable.
Agréable.

De retrouver cette mosaïque.
Qui au final, me suit.
Depuis bientôt ces quatre années.
Si importantes.

Dix-sept mille petits carreaux.
Oui.
Ton papy est un grand malade.

P1000641.JPG


« 
- Papy Maximounet, tu vas en faire quoi? La vendre? Pour m'acheter des Kinder et des malabars?
»

« 
- Petit descendant voyons!! Jamais! Elle a une histoire!
Tu aimerais qu'on te coupe un bras toi??
»

« 
- Ben non! J'pourrai plus manger de Kinder!
»


Dix-sept mille petits carreaux.
Il y en aurait même un en nutella.
Encore quelques soirées.
Et encore quelques uns.

Un.
Deux.
Trois.
Quatre.
...


 
P1000649.JPG


 
Patience.
Elle n'est pas finie.
Comme toi, elle ne sera sans doute jamais terminée.
Elle dort toujours.

« 
- ZzzzZzzz...
»