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30 juillet 2008

Merci Woody



C’est l’été.
Il fait bon.
Il fait chaud.
Enfin.
Envie de se rafraîchir.

Et pour se rafraîchir, nous disposons de nombreux moyens.
Dont.
Ces petites choses qui traînent ça et là dans Paris.
Qui arrivent à point nommé au beau milieu d’une escapade à velib’.
Ces petites choses sont très jolies.
Parisiennes.
Gracieuses.
Mais surtout.
Rafraîchissantes.

Les fontaines Wallace.

 

wallace.JPG


Elles sont cent huit à Paris.
Oui cent huit.
Comme le chiffre.

Et quelqu’une m’a raconté un jour qu’elles renfermeraient une légende.
C’était une très jolie histoire.
J’avais aimé.
Normal.
J’aime quand on me raconte des histoires.

Et cette légende raconte qu’il y aurait une fontaine Wallace qui donnerait la vie éternelle.

N’est-ce pas chouette ?

Oui.
Mais laquelle ?

Bref.
Si nous continuons dans les statistiques, forcément, s’il y en avait qu’une qui donnait la vie éternelle, ça se saurait.
Forcément, au moins une personne y aurait déjà goûté.
Enfin, « ça se saurait »… sans doute que ces personnes sont devenues éternelles et qu’elles souhaitent garder leur secret ?
Et puis ?
Si demain je trouve la bonne, il faudrait attendre bien des années et des coups de pédales à velib’ avant que je ne me rende compte que je suis éternel !

Amen.

Mystère.

Bref.
Pour que la légende soit plus jolie, j’ai envie de la rendre plus crédible.
Donc statistiquement non réalisée à ce jour.
Disons qu’il faudrait boire dans chacune de ces cent huit fontaines en une seule journée pour obtenir la vie éternelle.

Oui, c’est déjà plus réaliste.
Car je mets ma main à couper que personne n’a jamais goûté à l’eau de chacune de ces cent huit fontaines.

Donc on dirait que Monsieur ou Madame Eternel(le) n’existe pas encore.

Mais imaginons.
Imaginons qu’un velibeur fou soit convaincu de l’exactitude de cette légende.

On le nommera Paul.
Oui, Paul, c’est intemporel.

Paul a trente ans.
Paul travaille chez Paul.
Il fait des sandwichs.

Mais Paul a un rêve.
Devenir éternel.

Alors imaginons.
Que Paul a minutieusement reconnu le terrain depuis deux mois.
Que Paul a placé toutes les fontaines Wallace de Paris sur une carte.
Pour que Paul soit définitivement prêt le jour J.
Que Paul se soit levé à l’aube.

Le 29 juillet 2008.
Hier. Journée chômée.

De coup de pédale en coup de pédale.
De montées à descentes.
De fontaine à fontaine.
Paul a réussi.

Devant la dernière, place Saint-Sulpice, Paul s’est appliqué.
Comme pour une cérémonie.

Paul a posé son velib’ non loin.
Et a marché.
Doucement.
S’est approché.
A tendu ses mains.
A trempé ses lèvres.
S’est délecté.
De cette dernière eau.
Si fraîche.

Paul était content.
Le soleil commençait à faiblir.
Il regardait l’autre fontaine.
Celle des quatre cardinaux.

Paul avait enfin accès à l’éternité.






Un an plus tard, Paul faisait toujours des sandwichs.
Paul était toujours chez Paul.
Paul faisait toujours du velib’.
Paul regardait toujours avec sourire les fontaines Wallace qu’il croisait.






Trois ans plus tard, Paul faisait toujours des sandwichs.
Paul était à la Brioche dorée.
Paul faisait moins de velib’.
Paul regardait toujours avec sourire les fontaines Wallace qu’il croisait.






Dix ans plus tard, Paul dirigeait une sandwicherie.
« Chez Wallace ».
Place de l’Opéra.
Paul roulait en BMW rutilante.
Paul regardait toujours avec sourire les fontaines Wallace qu’il croisait.

Mais dix ans plus tard.
Il se retrouvait en famille.
Avec ses proches.
Lors du baptême d’une nièce.
Ce soir là, ils avaient regardé de vieux films de famille.
Dont l'anniversaire du pépé, il y a dix ans.
Et ses proches s’étaient fait l’étrange remarque.
Qu’en dix ans, Paul n’avait pas changé.






Vingt ans plus tard, Paul faisait toujours des sandwichs.
Paul était à « The Muffin’s Corner ».
A Folsom, dans la banlieue de Sacramento.
Paul roulait à vélomoteur.
Paul ne croisait plus de fontaines Wallace.
Paul avait perdu le sourire.

Son physique ne changeait plus.
Vingt ans après, il gardait toujours le physique de sa trentième année.
Paul avait quitté Paris trois ans plus tôt.
Il dût quitter sa vie parisienne à partir de ce moment là.
Assumer son statut d’immortel.

Pour ne pas être reconnu.

Laisser sa famille.
Laisser ses proches.
Laisser sa vie parisienne.

Laisser sa première vie de côté.
En faire le deuil.
Une première fois.

Il savait qu’il reviendrait à Paris.
Mais.
Peut-être dans cent.
Ou deux cents ans.

Il savait qu’éternellement, ses vies ne seraient que recommencements.
Au bout de cinq.
Voire de sept ans.

Recommencements.

Nouveaux amis.
Nouvelles petites amies.
Nouveaux jobs.
Nouveaux collègues.

Mais plus de famille.

Alors bien sûr, il suivrait de loin les descendants de sa famille.
Savoir ce que deviendraient ses arrières.
Arrières.
Arrières.
Arrières.
Arrières.
Arrières.
Petits neveux.
Et nièces.






Quatre cents ans plus tard, Paul faisait toujours des sndwchs.
Oui, des sndwchs.
La langue a évolué.
Car quatre cents ans plus tard, les voyelles ne s’écrivent plus.
La langue euro a remplacé le français.
L’anglais.
L’allemand.
L’espagnol.
L’italien.

Paul était à « Th Mffn’s Crnr ».
Toujours.
Mais à Brxlls.
Capitale de l’ancienne Belgique.
Aujourd’hui, capitale de notre ancienne Europe, « l’Rp ».

Mais bizarrement, il évitait toujours la place du Manneken-Pis.
Maintenant, il avait une sainte horreur des fontaines.

 

manneken pis.jpg



Mais Paul continuait.
Malgré tout.

Paul avait accumulé d’énormes connaissances.
Paul était devenu un véritable érudit en Histoire.
Contemporaine.
Et Moderne.

Paul se plaisait de retourner à l’université.
En cours du soir.
Et d’affronter les théories des professeurs.
Et d’émerveiller de son savoir, de sa pétillante intelligence, les jeunes et fraîches étudiantes.

Oui.
Paul était devenu un Dom Juan.
Sans le vouloir.
Le seul homme, dans toute l’Humanité, à avoir flirté avec le plus de femmes.
Et pas que sur des malentendus.
Pourtant, il ne jouissait que d’un physique somme toute ordinaire.
Mais voilà, son intelligence était devenue son arme.

De vie en vie.
D’identité en identité.
Un éternel recommencement.

Ne rien construire.
Juste.
De l’éphémère.





Jeudi 23 mai 8008.

Six mille ans plus tard, Paul avait envie de tout abandonner.
Six mille ans plus tard, Paul ne faisait plus de sndwchs.
Six mille ans plus tard, Paul n’avait plus d’amis.
Six mille ans plus tard, Paul était seul.

Tout seul.

Le mercredi 7 mai 8008, dans la matinée, Halley a frappé. 
 

halley.jpg


Plus rien.
Terre nue.
Vierge.
Poussière.
Obscurité.

Il sait ce que tout cela implique.
Il n’y a plus de vie.
En dehors de la sienne.
De ce qui lui sert de vie.

Il sait qu’il faudra du temps.
Avant que tout ne reprenne vie.

Mais avant ces années.
Ces milliers d’années.
Ces millions d’années.

Paul est seul.
Paul restera seul.

Alors Paul pleure.

Comme une fontaine.
De Wallace.





Woody Allen nous raconte :
«
L’éternité, c'est long, surtout vers la fin.
»




Paul :
«
Ta gueuuuuuuuuuuuuuuuuuule Woody !!!
»

Commentaires

j'aime bien quand on me raconte des histoires aussi
surtout les tiennes!

Écrit par : Nama | 30 juillet 2008

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Tu as vu/lu Entretien avec un vampire, voire toute la saga qu'a écrite Ann Rice ? Il y en a quelques uns, des qu'en peuvent plus de vivre après des millénaires... même si la fontaine à laquelle ils se sont abreuvés pour acquérir la vie éternelle était légèrement... moins rafraîchissante, mais plus... vivifiante ;-) Ton texte m'a fait penser à ses personnages.

Écrit par : shakti | 30 juillet 2008

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Nama, en ces temps difficiles namaesques, une histoire qui te fait plaisir est un plaisir ;-)

Shakti, non, ne l'ai jamais vu/lu, et Ann Rice, en dehors des Kellogg's, connais pas...
Mais j'irai jeter un coup d'oeil!

Écrit par : Maxime | 30 juillet 2008

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Première fois que je viens sur ton blog (par hasard), et j'adore. Cette histoire est criante de vérité.
J'adore, et je reviendrais!

Écrit par : anyia | 31 juillet 2008

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Anya, rouge cavalière, welcome!! Et reviens quand tu veux, les pages sont ouvertes!

Écrit par : Maxime | 31 juillet 2008

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Belle histoire, comme d'habitude, mais un peu triste...
On rêve tous d'éternité sans en mesurer les conséquences.

Cette histoire me fait penser à un passage d'Highlander moi, quand une des compagnes de Christophe Lambert vieillit et meurt et que lui reste là, avec son chagrin et sa solitude.
Sans espoir que cela change un jour.

Triste finalement l'éternité non?
Bonne journée à toi.

Écrit par : Lianne | 06 août 2008

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Retour de la truite, les fontaines, l'eau ça me connait .... j'adore cette nouvelle, jolie leçon de vie,

bon je file chercher un velib, j'ai quelques litres d'eau à avaler, je vous envoi un sms dès que je l'ai trouvée :)

ps : Paul , ça ta jamais traversé l'esprit de partager ton secret avec tes proches ???

Écrit par : elsalatruite | 06 août 2008

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Lianne, oui, ces choses là doivent être affreuses!! Même mourrir de chagrin serait impossible! Le cercle vicieux..Pfffiou!!

Elsa, fais gaffe: grosse chaleur cet aprem!
Et t'as un forfait illimité/éternité? Imagine un peu... TU serais capable de ruiner SFR, accumuler les milliards et les milliards de points carrés rouge!
Et bonne remarque sur le partage de secret! Même Paul n'y avait pas pensé. Mais pour mettre un terme à cette possibilité, on dirait qu'en fin de compte en 2011, une fontaine Wallace aurait été rasée pour y mettre une station velib à la place: du coup, désormais impossible de devenir éternel ;- )

Écrit par : Maxime | 06 août 2008

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Excellente histoire, surtout la réplique finale !

Écrit par : Panthère | 06 août 2008

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Merci Panthère et bienvenue!!! tchouuuuum!!! (oui, suis allergique aux chats... ;-)

Écrit par : Maxime | 06 août 2008

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Par ici par hasard... Et c'est vraiment chouette !
Bravo pour cette histoire !

Écrit par : Mélimélo | 12 août 2008

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Méli, Mélo, merci à vous 2!
;-)

Écrit par : Maxime | 12 août 2008

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Allergique aux chats ? Sans rire, moi aussi :)

Écrit par : Panthère | 12 août 2008

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Panthère, sans blague??

Écrit par : Maxime | 12 août 2008

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(Je vais encore me répéter...)

J'adore !

Écrit par : Corynne | 14 août 2008

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Corynne, grazie!

Et le grognonronchon dirait:
"Moi, j'aime Paul Moleskine".
(oui, je reconnais, elle est subtile...)

Écrit par : Maxime | 14 août 2008

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j'adore également

Écrit par : etre-belle | 12 août 2013

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On en veut davantage avec autant d'humour. Continuez.


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Écrit par : réparation iphone 3g | 25 juillet 2014

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