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02 mars 2008

Virtuel

J'ai une théorie.
Simple.
J'en suis arrivé à me dire que 80% des célibataires d'Ile de France sont, ou ont au moins une fois été, inscrits sur un site de rencontres virtuelles.
Si si.
Alors on va les imaginer.
Elle et lui.
Qui traîneraient sur un site de rencontres bien connu.

Ils ont roulé leur bosse sur ce site.
Ils ont vécu des périodes olé olé ces deux petits coquins.
Chacun.
De leur côté.

Et ils en ont lu aussi.
Chacun.
De leur côté.

Elle, elle a eu des:
« Kikoo! »
« slt sa va? »
« pkoi ta pa dfoto? »
« T knon, tabite ou? C koi ton zerossiss?»
« ta l'R kool lol mdr ptdr lol //smiley »
« eh pr1cess, jte kif alor jte kiss la miss »
« G vé marché dan 1 parc tu vi1 ac moi? »

Et des romantiques à deux roubles:
« bonjour, par ta beauté tu apportes à la femme ce que Michelange a apporté à la Renaissance ».
« j'aimerai être une larme, pour naître dans tes yeux, vivre sur ta joue et mourir sur tes lèvres ».
« ton père est un voleur, il a volé les étoiles du ciel pour les mettre dans tes yeux ».

Et puis des gigolos comme:
« salut, j'ai la dernière Renault Fuego, et deux places pour aller voir Roland Magdane en concert à la Sauvette. Après, si ça te dit, on se commande une pizza et on joue avec ton olive vite fait dans la cuisine ».
« t'es passée sur ma fiche, mais pourquoi t'as pas flashé? t'es relou, tu fais baisser mes stats ».
« t'as pas de photo, t'es peut-être une grosse laide, mais si tu me mîmes un SuperVixen, peut y avoir moyen de moyenner ».

Parfois des touchants:
« bonjour, je vis seul avec Skippy mon petit caniche, ma jambe de bois me fait de plus en plus mal et je perds la vue depuis qu'on m'a transplanté un oeil de verre. Tu veux parler un peu? Je ne mords pas (oui, j'ai arrêté depuis mon accident de mobylette qui m'a détruit le maxilaire inférieur)».

Rarement des paumés:
« c'est toi la nana qui vend des canevas de petits chiens sur ebay? Ma femme les collectionne (oooops non non, j'ai rien dit hein, je n'ai pas de femme...)»

Souvent des lourds:
« Hey, webcam hot sur msn? moi cé kiki_choduku69@hotmail.com ».
« bonsoir, belle demoiselle, ma femme et moi (ainsi que nos 9 colocataires hommes) sommes friands de plaisirs sensuels et charnels tout en douceur bien sûr. Tu es partante, j'ai vu que tu avais des yeux de coquine ? tu veux mon zero six?».
« T'es en Ile de France? Cool, on est voisins. On peut se retrouver au 4eme sous-sol du parking de Velizy2 à 23h45, on sera tranquille, je ramène les légumes ».

Bref.
Quant à lui, en général, ça restait assez soft.
En dehors d'une ou deux « rche_planQ123 » ou « brigitteM_leSex69 », riche femme au demeurant du haut de ses 57 ans et de son sixième arrondissement qui proposait une suite au Lutétia. On est classe ou on ne l'est pas.
Merci Brigitte, mais lui, ça ne l'intéressait pas.
Il a bien croisé de nombreuses « princess754 » et autres « keSeréje100toi » restées bloquées avec leur zapette et leur DVD devant « la belle au bois dormant ».
Son jeu favori: compter les annonces avec les « blablabla? alors passe ton chemin »
« Passe ton chemin ».
« Passe ton chemin ».
« Passe ton chemin ».
« Passe ton chemin ».
Ca résonnait.
Au point qu'il en rêvait la nuit.
« Passe ton chemin ».
Ah, il en a fait de la route!
Mais il s'en fiche.
Il savait que tous le mèneraient à Rome.

Elle et lui, ils en ont rencontré du monde! Les bougres!
Mais voilà.
Un soir, leurs clics se croiseraient.
« 
- Ooops mince! Il va voir que j'ai visité son profil hihihi
- Tiens tiens... plutot pas mal celle-ci, voyons voir
- Hihihi, ça y est, il me visite
- Hum, intello en plus. Bon, une imperfection sur le menton mais une jolie poitrine quand même.
- Ben alors? il me « chatte » pas ce con? Pfff, encore un branleur qui pète plus haut que son cul. Et puis m'en fiche d'abord, y'a « regisfromparis75 » qui vient de m'envoyer un flash. Non mais!
- Laissons-la venir, voir si elle aurait une accroche intello et rigolote en plus de faire 1m79, 62kg, « très agréable à regarder »,  ce qu'elle a de plus attrirant: « ses fesses »
»

Et elle retourne le voir.
Et lui aussi.
Affreusement attiré par sa poitrine.
Et elle ne cède pas.
Et lui non plus.
Sauf que.
Blasée de « regisfromparis75 » et ses "kikoo, j't'emmène dans ma twingo?", elle craquera la première.
Oui, c'est comme ça.
Point barre.
C'est elle, c'est elle.
Et on ne discute pas.
Non mais.

Et l'histoire commencerait.
Autour de compets de malabars dans le métro.
De batailles de farine et de chocolat Poulain en poudre dans la cuisine encore meurtrie par ça.
De pirouettes sous la couette.
De nutella sur le nez.
De records de feux rouges grillés en velib.
Et de polochons troués.

Et puis, au bout de trois semaines, le tournant.
Les deux compétiteurs, friands de blagues carambars, devraient passer l'étape supérieure.
La fameuse étape de confrontation des amis respectifs.
Aïe.
Ouille.
Car nos deux compères n'assument pas.
De s'être rencontrés virtuellement.
Ils auraient préféré se rencontrer lors d'une merguez ou d'une chipo Party, d'un barbecue géant où paëlla et saucisses de Morteau seraient à volonté, dans le jardin d'un manoir des Yvelines.
Sur fond de soleil couchant, les yeux dans les braises.
Echangeant leurs merguez.
S'enivrant de Banga et autre Riqulès.

La suite coulerait de source.
Ils devraient de nouveau se rencontrer.
Mais « pour de vrai » cette fois-ci.
Alors ils auraient une idée.
Alors il feraient un pacte et décideraient d'un commun accord, afin de pimenter, de n'accepter de se revoir qu'à la seule condition et soumission du hasard.

Ils ne se reverraient pas, tant que l'un et l'autre ne se seraient pas re-croisés aléatoirement dans le métro.

Les règles du jeu seraient simples:
Chaque soir, tour à tour, ils sélectionneraient une ligne de métro.
L'un indiquerait à l'autre dans quel sens il prendrait cette ligne.
Mais sans révéler à l'autre le nom de la station où le premier monterait.
Ni même la position dans la rame.
Se retrouver par le seul fruit du hasard.

Le jeu pourrait durer longtemps.
Très longtemps.
Interdiction de se revoir.
Tant qu'ils ne se seraient pas re-croisés.
Excitation.

Et puis, arriverait le moment où ils se retrouveraient.
Face à face.
Sans rien dire.

Imaginons.
Ce serait ligne 12.
Station Rennes.

Elle, installée sur un strapontin.
A côté, une personne assise et deux autres debout.
En face, une femme noyée dans son super Sudoku d’argent.
Excellent.
Parfait.


Station Sèvres-Babylone.

Il monte.
Il aperçoit de loin sa veste mauve Winnie l'Ourson d'hiver.
Il la reconnaît.
De dos.
Sa choucroute barrette sur les cheveux.
Il avance dans la voiture et s’installe sur le strapontin, face à elle.
En face en diagonale, une personne assise, deux debout.
A côté, une femme perdue dans des mots mêlés. Non, c’est un Sudoku plutôt.
Excellent. Parfait.
Scène posée.

Ca peut commencer.

On dirait qu’ils ne se connaissaient pas.
Toujours pas.



Station Rue du Bac.

Il sort son carnet magique.
Ecrit une ligne.
Miss Sudoku le remarque.
Il range son stylo dans le carnet magique.
Il referme le carnet magique.
Et il lui tend son carnet magique enstyloté.

Etonnée, amusée, elle attrape le carnet magique.
Ouvre la page.
Elle rit.
Miss Sudoku épie.
Miss Sudoku est désormais paumée dans son calcul.
Elle prend le stylo, écrit sur la page du carnet magique.
Premier monsieur debout la regarde sourire et écrire.
Miss Sudoku le regarde, lui, discrètement de côté. Et puis elle, en train d'écrire sur le carnet.


Solférino.

Elle lui tend le carnet magique.
Il attrape le carnet magique.
Il ouvre le carnet magique.
Il sourit.
Il contrôle bien son rire.
Miss Sudoku veut lire. Non. Ce n’est pas bien. Calcule plutôt toi. Grande curieuse va.
Premier monsieur debout chuchote à deuxième monsieur debout.
Deuxième monsieur debout le regarde écrire dans le carnet magique.

Miss Sudoku, premier et deuxième monsieur debout se mettent à sourire.
Tous les trois, les yeux tournés vers le carnet magique.
Ils assistent à une scène improbable ils pensent.
Mais ils aiment.

Il lui re-tend le carnet magique.
Souriante Tonygencyl, elle s’empare du carnet magique.


Assemblée Nationale.

Elle rigole. Un petit cri. Maîtrisé. Tout juste.
Main devant la bouche.
Yeux en amande. Elle rougit.
Elle relit et s’esclaffe.
Elle cherche sa respiration.
Elle rit encore de plus belle.

Il rit.
Ils rient.
Tous.

C'est gagné.

Allez. Zou.


Concorde.

Ils sortent, et ensemble cette fois-ci.
Amusés.
Yeux en croissant de lune.
Ils courent sur le quai.

Premier et deuxième monsieur debout les regardent sortir et courir avec de grands yeux.
Miss Sudoku en laisse tomber son super Sudoku d’argent.
Ils ont compris.
Qu'ils se connaissaient.

Quant à eux, ils se sont rencontrés.
De nouveau.


Réussi.

Commentaires

Congratu les schön !

Toujours possédé de cet art délicat du voyage...

Et comme dirait Gégé :
(mais si Gégé ; ton voisin de bureau, à toi, à lui, à elle, à tous !)

"Hey si la Madame elle a le Sudoku, alors elle a la face au nord, forcément... Mouhahaha..."

Écrit par : Corynne | 03 mars 2008

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Dis Corynne, ton Gégé à toi, comment est-il face au nez?

Écrit par : Maxime | 03 mars 2008

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Aucune idée en corps...
Quelque part au front sans doute.

Écrit par : Corynne | 03 mars 2008

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Comment te dire ? J'adooooooore cette note. C'est drôle, bien vu et en même temps... Moi qui suis un peu claustrophobe, tout à coup, j'ai envie de prendre le métro ;-).

Écrit par : Lauren | 03 mars 2008

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Merci Lauren.
Et pour aller plus loin, ce qui devient rigolo, c'est quand tu croises dans le métro quelqu'un qui est inscrit sur le fameux site...
Là, c'est hors-catégorie, surtout quand les deux, se reconnaissent.

Écrit par : Maxime | 05 mars 2008

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C'est pas dans mon habitude mais là, pour le coup c'est plutot pas mal ma grosse!!!!!!!!

Écrit par : Damos | 08 mars 2008

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Merci mon loulou!!
Alors là, c'est rigolo et extra: je déguste mon "cafe latte" à 65 couronnes, avec un "brötav j'sais pas quoi" 35 couronnes avec ton People swiiiiiiidich à 12 couronnes, face à la rue déserte, sous la pluie, et avec ces gens qui parlent le langage Ikéa tout autour, à 6h de retrouver mon métro adoré.
La technologie, y'a pas à dire, c'est canon.

Écrit par : Maxime | 09 mars 2008

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Moi poisson d'eau douce j'y ai rencontré un videur de truites du monoprix,
Nous revions ensemble d'y élever une trentaines de tétards, toi affalé avec tes potes et ta binouse, moi heureuse de voir ma marmaille et total in love de mon homme "viril"

Notre virtuel fut une douce récréation rempli de délires.
La truite y retourne rarement, son videur de truite ayant fait ses valises et démissionner du monop

Ainsi va la vie, ne nous trompons pas de monde.

Écrit par : elsalatruite | 13 mars 2008

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c 'est drôle et touchant...moi j'aime pas le métro alors je ferais pas comme Lauren, mais ça donnereait presque envie!!!!

Écrit par : cynthia | 25 mars 2008

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très sympa ton blog!je rebondis sur cette note puisque moi même je suis inscrit sur meetic...une nana m'a un jour reconnu sur MA ligne de métro mais moi pas reconnu forcément avec 40kg de plus ça change un visage....!!!!cette note est donc t-elle un peu biographique?où en est donc cette histoire d'amour ou d'humour?!

Écrit par : oliv | 08 juin 2008

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Salut oliv, et merci!
Il y a du vécu, mais pas à 100%, d'où la fiction, pour le métro.

Écrit par : Maxime | 09 juin 2008

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Les commentaires sont fermés.