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29 février 2008

Avant-première

Débandade.

Falguière. 9h11.

Première fois que je posais pour une photo dans le métro.
Pourtant, l’œil gauche disait merde à l’autre.
Par chance, le col de chemise était repassé.
Seulement le col, le pull cache le reste.
Pourtant me suis pris une rafale de vent en entrant.
Cheveu Jackson Five.
Mais elle a insisté.
J’ai obtempéré.
Docile.
Et elle va me suivre en plus.
La photo.

Mais c’est l’idéal pour un procrastineur :
Le personnel RATP se charge de proposer le pass NAVIGO pour ceux ne l’ayant pas encore en ce moment dans les stations.

Bref.


Falguière. 9h14.

L’Ipod n’a plus de batterie.
La rame arrive.
J’entre.

Et là, c’est l’avant-première.

Je monte avec un étalon.
Serrés comme des poules.
Une odeur de fauve.
Une jolie grande girafe à la peau tachetée.
Un quinqua avec des lunettes aux yeux de veau.
Une biche à la coiffure digne d’un concours de choucroute.
Un gros cochon terminant son pain au chocolat.
Un rapace le regardant manger avec envie.
Une vieille chèvre en train de bêler après un éléphant lui ayant marché sur le pied.
Une grosse vache avec trois centimètres de maquillage sur la peau.
Le roumain poids plume qui a réussi à se trouver une place et multipliant les canards avec son violon.
Le pigeon qui s’est fait piquer sa place par la vieille chouette.


Pasteur. 9h16.

Des bœufs montent.
Un renard qui élabore les meilleures stratégies pour son super méga Sodoku d’or. Seize cases. Attention. Il ne rigole pas le garenne.
Pas de Reese aux yeux de truites. Zut par contre.
Deux jeunes ânes jean slim révisant leurs identités remarquables.
Une marmotte aux yeux collés cachée sous son écharpe.
Une grande jument très élégante que le pigeon observe furtivement.
Une autruche hautaine qui domine tout le monde, au gloss insolent.
Une petite caille toute mignonne avec ses couettes, cachée derrière la girafe. Que le pigeon observe furtivement aussi. Ce pigeon a de vrais yeux de chat.
Un agnelet se met à crier.
Une génisse lit un « Prions ensemble ». C’est connu, les génisses ont la foi.
Un taureau encostardé aux belles cornes. Je lui conseille de surveiller sa femme.


Volontaires. 9h18.

Un bélier entre en force.
Une grosse truie pousse tout le monde pour sortir.
L’autruche bousculée est loutrée. Outrée pardon.
Un dératé court comme un lièvre pour attraper la rame.
Maître hibou, professeur de chimie, prépare ses cours.
Au fond, un dandy qui s’expose comme un paon, armé de son blackberry.
Le lapin, toujours aussi stoïque : « Attention! Ne mets pas tes mains sur la porte, tu risques de te faire pincer très fort ! ».
Deux bergers allemands se remémorent leurs anecdotes de la dernière fête de la bière à Münich.
Trois pies qui jacassent à propos d’un étrange oiseau.
Un coq, à l’oreille bien sale, les écoute.
Les vers, non, verres, pardon, du quinqua aux yeux de veau se méfient du coq.
Un chauve sourit.
Une jolie minette lovée se blottit dans les bras de son matou.


Vaugirard. 9h20.

Je fuis.



Ce matin, le salon de l’agriculture était en avant-première dans le métro.



27 février 2008

A l'affût

Encore plus en hiver quand le soleil se montre généreux.
Alors les gens sortent, nous sortons, je sors.
Là, c’était au jardin du Luxembourg.
Oui.
Histoire de changer…
Et la chasse est ouverte.
Pas celle que vous croyez.
La chasse à la chaise perdue est ouverte.

Seul, c’est plus facile.
Du pur pourcentage.
A deux, ça se complique.
A trois, ça commence tâche ardue.
A quatre, mieux vaut rester chez soi à regarder Drucker et son « Vivement dimanche » avec Bernard Menez en guest star et éventuellement penser à ne sortir que son clébard pendant Stade 2.

Alors seul, je cherche tout de même la place de choix, ne nous bradons pas.
On est exigeant avec soi-même ou on ne l’est pas.
Ce n’est qu’une fois installé que le spectacle peut commencer.
Ce n’est qu’une fois installé que les acteurs entrent en scène.

Ils sont à l’affût.
Certains stationnent bien dix minutes, assis sur le rebord de la marre.
Celle où les enfants s’amusent à jouer les Kersauson et autres Joyon.
Ils observent.
Guettent.
Se lèvent et se rassoient.
Car n’ont pas été assez rapides.

D’autres stationnent debout.
Un peu comme à la cantoch, quand on n’a pas de place.
Ils pressent ceux déjà installés en fin de dégustation de leur flan pour leur montrer qu’ils attendent.
Ici, c’est la même chose.
Et bien souvent, les Echos, le Monde ou encore un pseudo Kant à la main remplacent le plateau entaché du self.
Oui.
Car ici, je défie quiconque d’être déjà venu et de n’avoir jamais fait semblant de lire.
Pour observer les jolies passantes.
Ou passants, pour vous mesdames, mesdemoiselles.

Je sais, je fais la même chose.

Encore que parfois, même dans ces conditions, seul, on est dérangé.
Certains vont venir nous piquer notre seconde chaise adaptée à la plastique de nos pieds.
Alors du coup, on est de nouveau sur le marché, comme les autres, ceux assis sur le bord de la marre ou debout, et juste pour se retrouver une seconde chaise.
Celle, et c’est bien connu, nécessaire à l’équilibre corporel de nos membres inférieurs.

Et autour de nous.

Il y a mon voisin, qui lui, a la fameuse place collector.
En bordure de pelouse, avec la chaise aux accoudoirs et au dossier incliné.
La plus recherchée.
La plus cotée.
Et puis bien sûr, il a celle pour ses pieds.
Lui, c’est clair, il est arrivé à l’ouverture du matin.
Car sa place est chère, et il le sait. Le bougre.
D’ailleurs, c’est un quadra élégant, fines chaussures italiennes quatre trous, veste en tweed. J’aurais été surpris quand il sortira de sa besace une bouteille de Bordeaux, buvant au goulot.
Il le fit néanmoins avec beaucoup de raffinement.

Alors je guette.
J’observe.

Il y a ce couple de jeunes se dévorant des yeux, prenant leurs cheveux pour des peluches de Winnie l’ourson.

Il y a ces deux femmes âgées, immobiles.
Assises l’une à côté de l’autre, sans parole, mains bloquées sur la canne.
On aurait dit deux jumelles, regardant le temps passer, descendre le soleil ici plutôt que de chez elles dans leur fauteuil Louix XVI de velours que leur fils aurait retapé dans sa maison de campagne de Provence un dimanche d’automne.
Elles, derrière leur fenêtre et leurs rideaux jaunis à coups de procrastination de ménage et de force.

Il y a le schtroumpf, à l’œil toujours aussi vif, le képi brillant, hiver comme été.

Les deux jeunes brunettes fashionistas, au short, jambes encollantées et ballerines, se partageant un Ipod et lisant Voici, riant plus fort que notre regretté Henri Salvador.

Ces deux touristes anglais, habillés de jeans où on pourrait rentrer à quatre dedans, les yeux encore collés de leur soirée de la veille, découvrant Paris comme on l’aime, un après-midi d’hiver ensoleillé.

Il y a ce jeune couple et leur enfant à peine plus haut que trois bouteilles de Bordeaux empilées et faisant ses allers retours vers la marre, pour montrer à son papa que son bateau s’approche dangereusement de la maison des canards.
« Papa ! Gade ! Le bateau ! Y va dans la maison des canards !! »

Et il y a vous.
Les passants.
Théâtre de toutes les attentions.

Vous passez.
Repassez.
Lentement.
Rapidement.
Jeunes.
En souriant.
Pas très élégants.
Amusés.
Seuls.
Jolis.
Ternes.
Agés.
Sans sourire.
Elégants.
Moins jolis.
Maquillés.
Accompagnés.
Gênés.

Mixité.

Je ne sais plus où donner de l’oeil.
Zut. Flûte.
J’ai perdu ma page.
Celle que je m’étais inventé aujourd'hui.

Passant, elle m’a déconcentré.
Elles m’ont déconcentré.

Hips.
Fait mon voisin quadra.

A la vôtre.
A l'affût. Au fût pardon.

23 février 2008

1er jour, Libye 2006

Libye.
Première fois que je pars à cette époque de l'année, meilleure période en fin de compte:
températures idéales, pas de bestiole venant se fourrer sous le matelas chercher la chaleur.





Dimanche 10 décembre, 1er jour.

Allez zou, on est parti, on démarre.
Il est 2h17, l'heure du deuxième café, après le premier consommé il y a peu encore à la maison. Finalement, je serai venu en tacos, m'étant trompé sur les horaires des Roissy-bus. Et tacos merdique qui aura mis ¾ d'heure pour arriver jusqu'au terminal 3 de Roissy, où les premiers « warriors » sont venus passer la nuit dans la chaleur du hall où deux trois ronflements se font remarquer... espérons que ces égarés à la glotte plutôt expressive et revendicative ne rejoignent pas Sebha et un certain groupe qui traversera l'erg Ubari et l'Akakous... Le sud de la Libye en fait, non loin de la frontière algérienne.

Libye, nouvelle étape.
Après la Mauritanie, le Maroc et le Niger, voici une nouvelle escapade saharienne pleine de surprises j'en doute pas. Carrément: ai eu un souci au pied pendant 3 jours, ai paumé mon lecteur mp3, un chamelier m'a fait un massage dorsal que mon estomac n'a pas apprécié mais alors pas du tout du tout, j'ai déchiré tous mes panthalons avec trous au niveau des fesses, une carte numérique photo m'a lâché...
Dans quelques heures maintenant, ce sera un retour dans cette atmosphère sablonneuse si chaleureuse, revigorante et si réparatrice! Aaaah quel bonheur!
Bon, Max, les carnets, on va essayer de les faire un chouia plus artistiques, voluptueux, frais et moins descriptifs que les précédents. Un autre désert, un autre lieu mais pas de mêmes carnets. Le type, il se parle tout seul!!! N'importe quoi...

L'embarquement et l'avion seront à l'heure ainsi que la personne chargée de nous donner les billets.
Le groupe sera d'ailleurs vite formé car il n'y a pas grand foule pour se rendre à Sebha: nous serons 38 dans un airbus de 200 places, l'espace idéal pour pouvoir se reposer et allonger ses petites jambes. La fatigue aidant, je ne suivrai pas grand chose du voyage, et le vol se déroulera super bien avant que Sebha ne pointe le bout de son nez au bout de 3h30. Sebha, ville du sud de la Libye, au milieu du désert. Portraits de Khadafi partout, impressionnant!! Et des chiffres « 37 » partout aussi... cela faisait « 37 » ans que Khadafi était au pouvoir...

Atterrissage en douceur, tout comme l'atmosphère de 24° avec un petit vent. Notre guide ne sera pas là, mais notre minibus, oui.
Première petite surprise: Sebha est plutôt évoluée, aéroport assez récent. Même des écrans plats sur des murs blancs assez tachetés et dégueux. Paradoxe. Dingue comment certains pays arabes manient le kitsch aussi bien que je maîtrise les Week-end RTT.

Mise en route et premiers paysages où se mélangent dunes au nord et roches au sud; ces roches typiques du Sahara formant des collines rocheuses sur différentes couches. Foi de géographe.
De retour dans ces paysages si familiers où on se sent bien, où on aimerait revenir plus souvent.
Choc des températures, choc des cultures.

Déjeuner dans un camping et plat classique de crudités après que notre guide, Ahmed, que nous avons retrouvé, et que son neveu nous ai fait un discours très gentillet.
Clin d'oeil: en discutant avec Ahmed sur le Niger, on se rend compte que nous avons des connaissances communes: Issouf Ag Maha et Mohammed Ixa, grand guide touareg d'Agadez... la famille touarègue est à la fois grande... et si petite. Retour aux sources.

Nous croiserons au camping l'autre groupe du même circuit qui venait de terminer ses deux semaines. Héhé pas de bol.
Et tout n'a pas l'air de s'être idéalement passé pour eux et ils termineront en beauté leur séjour par un retard d'au moins 24h puisqu'ils ont raté leur avion et devront rallier Tripoli pour peut-être s'envoler demain... Mais heureusement, « madame Pascale » et son légendaire sens de l'organisation sont là. Madame Pascale est un reste de vieille hippie toute fripée complètement old school, à la ramasse et qui squatte depuis 2 ans le camping; elle se disait de l'organisation alors qu'elle est plutôt un boulet pour les locaux, se la pétait un peu trop et ses dents du bonheur étaient un véritable affront au pont de Tancarville.

Allez, on reprend la route pour atteindre notre bivouac de la soirée, au pied des dunes d'Ubari. En route, le sommeil régnera sans pareil.

Arrivés sur notre spot, nous profiterons du coucher de soleil avec de fabuleuses couleurs, en attendant que le 4*4 arrive pour se mettre à monter la tente et préparer la cuisine.

Bivouac.
Les premiers scintillements de braises se font sentir. Nous nous retrouvons tous autour du feu et autour d'histoires plus « intelligentes » les unes que les autres... histoires d'interrupteurs, de pensées... Oui, pour comprendre, fallait y être, mais disons que les touaregs sont fans d'énigmes et autres devinettes.
Le dîner est préparé, excellent, avant de nous retrouver pour la fin de soirée autour du feu encore une fois.
Faut dire qu'il caillait quand même le soir!

Clin d'oeil: le « petit » Bechir nous lira ses lettres d'amour qu'il écrit. Tous à l'écouter, à l'abri des étoiles et de la voie lactée comme spectateurs.
Bechir écrit bien, très bien. Ses lettres, comme il raconte, il les destine à celle qui saura être à la hauteur de ses sentiments... il ne l'a pas encore trouvée... mais il espère. A l'écouter, c'est comme si ses lettres d'amour étaient un appel relayé par la fumée du feu incandescent qui s'évanouit dans le désert; la fumée porte ses lettres... elles trouveront destinateur et sauront se poser sur la même touarègue respirant la même fumée du désert... du désert qu'ils connaissent si bien...
Bon, là, suis un peu parti en vrille. N'empêche que c'était touchant ce qu'il écrivait le ptit Bechir: frais et innocent. Un petit rêveur quoi.

La fraîcheur se lève, il va falloir rejoindre la chaleur du duvet, la chaleur des nuits sahariennes.

Premiers pas en Libye, retour dans cette culture touarègue qui m'a tant séduite.
Je retrouve mes repères et n'ai qu'un seul mot à dire: « Enjoy! ».

Buona notte.



Là bas, c'était une semaine de dunes intégrales et une semaine de mélange dunes et tassilis. Des paysages toujours aussi envoûtant.

Une anecdote originale: un soir, alors que le bivouac étais encore frais, je vis que le ciel se couvrait au loin et était strié.
Maxime:  « Tu vois, là bas, il pleut. »
Guide:    « Oui, peut-être, mais à 200km d'ici, en Algérie».
Maxime:  « Non, pas à 200km, mais à 10km maximum. Et dans 20 minutes, il va pleuvoir ici ».
Guide:    « Impossible, il n'a pas plu depuis 25 ans ici »
Maxime:  « Vraiment?? Alors prépare-toi à ouvrir et sortir les gourdes. On parie quoi? »
Guide:    « Tout ce que tu veux. Si il pleut, demain je porterai ton sac ».

Le lendemain, j'ai passé une formidable journée, allégé de quelques kilos.

Les gouttes étaient arrivées 25 minutes plus tard.
Il n'avait pas plu ici depuis 25 ans.
Le lendemain, découvrir un sable meurtri par des gouttes d'eau était exceptionnel.





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Akakous, repartant d'un site de peintures rupestres

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Dunes d'Ubari

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Bechir et Ahmed

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Ubari

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15 février 2008

1er jour, Niger 2006

Départ pour le Niger.
Le désert du Ténéré est souvent cité comme le plus beau.
Nos yeux l’ont constaté.

Première fois et seule fois à ce jour où nous avons marché sous une chaleur vraiment difficile à supporter.
Chaque matin, nous devions initialement marcher de 8h30 jusque midi. La chaleur anormale à cette époque a fait que nous avons dû commencer à marcher à 6h30 pour stopper à 11h.
Le midi, sous la chaleur, même le lever de fourchette était un réel effort.

Bref, partir en vacances pour se lever 2h30 plus tôt qu’à Paris, ça laisse perplexe.
Mais rien qu’une seule courte nuit à la belle étoile, bercés par Aldebaran, Pollux et Bételgeuse, lovés par le Sirocco, vaut toutes les nuits parisiennes.





Samedi 25 février. 1er jour.

…Un château, un merveilleux parc, des rayons de soleil, des demoiselles en dentelle et moi qui traverse ce parc, sourire aux lèvres…
…3h. Le réveil me tire de ce rêve.

Nous sommes trois chez Max ce matin, cette nuit, les yeux enfarinés, le cheveu capricieux mais la tête déjà ailleurs. Et c'est reparti pour la 3ème personne! (et bizarrement c'est toujours quand je ne pars pas seul).
Oui, ils se lèvent ce matin pour rejoindre Agadez au Niger.

Le taxi est à l’heure. Nous aussi. Nous pouvons sauter dedans.
A Orly, la neige et -2° nous accueilleront, ainsi qu’une énorme file d’attente au stand Point-Afrique pour récupérer les billets.
Dans la file, plusieurs destinations seront représentées: Djanet, Louxor, Agadez et Tamanrasset. Il est déjà trop tôt pour essayer de mettre des visages sur notre potentiel futur groupe… Classique.
Pas le temps de tergiverser, enregistrement des bagages, dernière clope en France avant de filer à la douane et d’embarquer.
Dernier au revoir à la France et dernières pensées aux proches.
Aïe.. Problème… Max est déjà en tee-shirt, mais un passage obligé dans le froid et la neige s’impose pour grimper dans l’avion… Pas malin le gars.

Le voyage semblera assez long, avec une escale à Marseille et d’autres nouveaux arrivants. L’envie de retrouver le sol africain est trop forte, provoquant l’impatience de sortir de la carlingue.
Sommeil, musique et quelques échanges rythmeront le voyage.

Nous commençons la descente et bizarrement l’équipage mettra la climatisation dans l’avion, alors que la température était déjà très fraîche… Peut-être histoire d’accroître davantage le choc thermique qui se profilera dès la sortie de l’avion.
Au bout de quatre heures depuis Marseille, l’avion se pose enfin sur le sol nigérien.
A terre, la visibilité est réduite, des brumes de chaleur et des vents de sable nous accueillent.

Enfin nous sortons, et c’est une véritable bouffée de chaleur qui nous prend par surprise à la gorge. Impression très agréable que de « nager » dans ce torrent de chaud, en ayant bien sûr pied…
Il faisait -2° ce matin à Paris et 40° ici à Agadez, sans la moindre trace de neige. Ni même de verglas. Si si.
Enfin de retour en Afrique, au pays des sables, des déserts, des dunes, de l’immensité, de l’infini à perte de vue où toute vie ne peut résister sans aucune ressource...
Sensation forte et ô combien agréable que de se faire fouetter le visage par la force de la chaleur en plein mois de février! Une véritable impression d'être entourés de ventilateurs soufflant un air chaud, un peu comme un sèche-cheveux Braun bloqué sur la température maxi.

Contraintes administratives et formulaires remplis, l’étape suivante est la recherche des sacs tous amassés les uns sur les autres dans le hall de l’aéroport, qui est d’ailleurs un tout petit bâtiment sorti de nulle part, où se croisent, comme en Mauritanie, les arrivants avec leur teint encore pâle et les sortants à la peau finement caramélisée. Le vol qui nous amène repart dans l'heure avec ceux arrivés le dimanche d'avant. Oui, un vol par semaine, et certains le ratent et sont bons pour une semaine de plus.

Pas le temps de tergiverser, nous serons automatiquement happés par Alhousseini notre guide avec son affichette « Point-Afrique, Absolu Ténéré ».
Dans la découverte, les yeux grands ouverts, l’esprit apaisé et neuf, nous entamons notre premier contact avec le monde nigérien, puis secondairement, avec le groupe; nous serons bien six, et rencontrerons André et Marie-Christine (deux habitués de déserts et d’Afrique) et Michelle qui a choisi le Niger pour ses premiers pas dans le monde du calme et de l’absolu que sont les déserts. Toujours pas de grandes brunes italiennes, non. Flûte.
Il n’empêche que Michelle, au bout de 7 jours, a complètement pété un plomb. Michelle n’était jamais allée dans le désert et a commencé par le Ténéré et pour 15 jours… L’isolement complet de ce genre d’escapade l’a atteint psychologiquement. Au bout des 15 jours, fatigue physique et mentale aidant, nous avions l’impression d’avoir devant nous le même faciès que Florence Aubenas durant sa captivité.
(Je ne déconne pas, preuve photo à l'appui…)

A la sortie de l’aéroport, des petits jeunes nous proposeront des babioles ainsi que des demandes de monnaie mais sans la même affluence qu’en Mauritanie ou au Maroc. Le Niger est encore moins touristique. Carrément: c'est le pays au PIB/habitant le moins élevé au monde.

Nous irons directement dans les 4*4 qui nous mèneront à notre point du déjeuner, le long d’un oued asséché.
Aziz, notre cuistot nous aura ramené des sandwichs, car il n’est finalement que 13h30!
Aziz sera notre cuistot durant les 15 jours. Aziz, c'est un merveilleux souvenir; celui qui fait les sauts de mains dans les dunes, celui qui nous fera rire avec ses histoires de minettes, celui pour qui sa maman est ce qu'il a de plus précieux au monde, « ma môman » comme il disait, et qui m'aura emmené en boite à Agadez le dernier soir! Une boite au Niger (qui plus est pour quelqu'un qui ne supporte pas ça) était une expérience cocasse...
Une fois les présentations faites, nous reprendrons notre route. En chemin, un check point militaire où vêtements kakis et kalachnikov nous accueilleront. Il est vrai que nous avons entendu parler que certaines zones du Niger sont encore sensibles, mais existe-t-il un seul endroit au monde où il n’y ait pas de problème? Si!! Le 7ème à Paris!!! Brrrrrr!!
Tous les autres Tours Opérateurs ont stoppé leurs circuits au Niger suite à l’assassinat d’un médecin de la croix rouge française il y a un mois et demi. Mais ce genre de drame survient partout. Oui, un médecin a pris une balle dans la tête dans l'Aïr, par un déséquilibré, connu des autorités. Le coup de pas d'bol en somme.
Quoiqu’il en soit, nous continuons notre route sur ces pistes assez cahoteuses et dans un premier temps le long d’un paysage aride où quelques arbustes et acacias émergent ça et là au gré de quelques oasis aux tons de verts superbes, avant que nous n’entrions vraiment dans le massif de l’Aïr, véritable cimetière naturel de roches basaltiques.
Ici, le reg est maître et nous rappelle la rudesse du climat.
Le vent est présent mais il nous rafraîchit malgré sa chaleur et davantage lorsque nous progressons tambour battant les fenêtres ouvertes, sur un fond en alternance entre musique touarègue et ivoirienne. C'est dans ce 4*4 que nous avons découvert Tinariwen.

Le parcours en 4*4 se prolongera jusqu’en fin d’après-midi, avant d’arriver sur le site de Aouderas, une très belle oasis aux couleurs de fin d’après-midi ressourcante. Il nous restait encore une demie journée de 4*4 à faire avant de rejoindre nos chameliers.
Ici, le camp sera installé, la table sera mise, la cuisine sera consommée après les traditionnels trois thés.
Premiers véritables échanges entre nos aventuriers, premières blagues dispensées et premier service de table by Max (mais attention hein, ce n’est que provisoire…!)
Ce soir, ce sera couscous, qui saura être apprécié avec les honneurs de l’appétit de chacun. Alou et Mohammed nous parleront du programme de ces 15 prochains jours et quelques petites anecdotes « chamelières lumineuses »… Private joke.

Très bonne première soirée, en bivouac, où aucune tente ne sera montée, l’air et l’atmosphère étant très bons. Chacun ira ensuite retrouver ses appartements, à l’ombre de cette voûte tant étoilée, si délicieuse en plein désert. La première nuit à la belle étoile est à chaque fois un vrai retour aux sources. Une nuit tant attendue, tant espérée.

La journée fut longue, le lever tôt et dur, mais au bout, il y a la récompense: nous nous retrouvons au beau milieu du désert du Sahara à bivouaquer sous le regard de Vénus, d’Orion et de leurs autres compères.
Quel bonheur de se retrouver enfin au calme, au milieu de nulle part, à s’oxygéner l’esprit (et prochainement les pattes), à n’écouter seulement que le « bruit » des étoiles filantes dans ce ciel si merveilleux!
Enfin! On y est! On se fait plaisir, on profite, on échange, on rit, on dessine, on écrit ces quelques lignes avant d’aller rejoindre ses premiers rêves étoilés du désert… Bonne nuit, à demain.




Le Ténéré est le désert qui m'a et qui nous a le plus marqué avec Maud et Seb.
Là bas, personne de croisé, en dehors de quelques nomades errants.
Là bas, à Arakao, aux portes d'un erg de plus de mille kilomètres jusqu'à la Libye, l’étendue de dunes que façonne à sa guise le vent.
Là bas, pour la première fois, la mort s’est matérialisée devant nous ;
Pour celui qui oserait fouler sans eau ce Ténéré aux rares puits.
Pour celui qui s’y aventurerait seul. Cette solitude serait psychologiquement mortelle.
Là bas, où même une eau à 30° nous rafraîchissait la gorge.

C’est là bas que nous avons vraiment appris que le désert ne se prenait pas à la légère.


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Dunes, vues d'Arakao

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Ma paire de Weston bien sûr

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Marbres de Zagado, point de départ

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Agadez, de la mosquée
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Mosquée d'Agadez



Ps: en direct là, Damien est en train de pioncer, cuvant son Gewurtz à l'appart.

12 février 2008

1er jour, Tibet 2005

Mon souvenir le plus fort.
Là-bas, je passerai d'abord 5 jours en Chine, via Canton et Chengdu (petit bled de 12 millions d'habitants, fief du Panda) avant d'arriver à Lhassa, le temps de constituer un faux pseudo groupe pour pouvoir entrer au Tibet, car le voyageur solo ne peut "légalement" entrer seul.




Samedi 17 septembre, 1er jour.

Me voici ici, aux côtés de cette grande baie vitrée, éclaboussée de lumière du soleil parisien. Me voici ici en train de noter ces premiers mots, point de départ de tant d’autres qui suivront… Me voici ici, observant cette personne dans le reflet de la vitre. Cette personne, c’est bien moi. Je me regarde, ici, dans cette salle d’embarquement C90, Terminal 2C, dans l’attente d’embarquer pour le vol qui me mènera à Canton.
Ça y est, le rêve commence, le rêve est en train de se réaliser.

Enfin, je me suis posé pour commencer à écrire dans ce carnet.
Enfin, ce moment où je suis tranquille à pouvoir noter, écrire sereinement sans gêne aucune, enfin, ce moment est arrivé.

Tout est allé si vite ces derniers temps, au point que je n’ai même pas pu me préparer psychologiquement à ce voyage ces quinze derniers jours.
J’aime tant cette phase de préparation, de montée d’adrénaline comme j’ai pu avoir avant de partir cette année au Maroc, cette phase si singulière de préparation à la découverte de nouveaux horizons gégraphiques et d’intérieur; de voyage à travers le monde et à travers soi. Pour ce voyage au Tibet, je ne pars pas seul, je m’emmène.
Je ne sais pas si je me sens prêt ou pas; tout ce que je sais, c’est que je suis bien, vraiment très serein.

En arrivant à l’aéroport, j’entrai directement dans ce hall de départ, avec toutes les destinations qui font rêver, qui invitent au voyage: Miami, Los Angeles, Washington, Pékin, Pnomh Penh… et Canton.
Je ne réalise pas ou pas encore, je suis toujours dans cette atmosphère de départ, où l’excitation commence peu à peu à se faire sentir. Je pense que je commencerai mieux à réaliser une fois arrivé à Canton, à la descente de l’avion. Là, oui, l’aventure commencera, ce sera un autre monde.
Peut-être aussi tout simplement que mon état d’esprit d’avant décollage était d’une sérénité à toute épreuve? Je ne sais pas, les heures passant me le diront.

Ces quinze derniers jours auront été d’un speed comme jamais je n’avais atteint; cette échéance « postale » du 15 septembre mobilisant toute mon attention, ma concentration, et surtout tout mon stress…
Ce voyage au lendemain de ce rendez-vous arrive à point nommé. La détente, le repos, le repos de l’esprit.

Hier soir, le sac a été bouclé, les carambars ont été bien cachés, les bancos ont bien tous été grattés. Derniers coups de fils à la famille - si important - les parents, Aurélien et Katia. Avec Seb, on se sera croisé, échangeant les messages. J’avais réservé mon dernier « au-revoir » en salle d’embarquement, face à cette baie vitrée donnant sur le monde, à Tif, la personne qui m’avait le plus marqué.

Salle d’embarquement, quelques minutes avant l’embarquement, des visages qui me seront familiers durant ces quatre semaines se multiplient. Oui, c’est bien en Chine que je vais, et c’est bien un vol chinois que je vais prendre.
Une dernière cigarette s’impose, dans une toute petite salle spécialement dédiée; ici, que des chinois. Je ne me sens déjà plus en France: les paquets de cigarettes jetés étant un florilège des destinations possibles et inimaginables!

11h30.
L’embarquement peut commencer. Je ne ressens absolument rien, ou ne me rends compte toujours de rien. Je reste très zen, imperturbable, sans stress, mais avec le sentiment d’être « bien », tranquille… Bref, toujours cette impression de sérénité… Que c’est agréable!

J’embarque donc dans un Boeing 777 de la compagnie China Southern Airlines (partenaire de SkyTeam s’il vous plaît) et suis accueilli par des hôtesses chinoises au grand sourire et à grande beauté. Je sens que c’est un vol qui va se passer sous les meilleurs hospices…
Séance de remplissage de papiers en tout genre; papiers sur les maladies, services de l’immigration, et déjà, même si c’est en anglais, je ne comprends pas tout, et le steward ne me comprend pas non plus… Tant pis.
En tous cas, c’est grande classe: téléviseurs incorporés aux sièges, avec la cartographie du chemin parcouru! Rien de mieux pour un géographe!

Je me retrouve tout au fond, avec mon ami le hublot; vraiment l’endroit idéal pour écrire et à laisser aller ses pensées, aux côtés d’une jeune chinoise toute gentille, toute timide et mignonne comme tout.
Le vol durera onze heures, le décalage est de plus six heures; donc, en étant parti à 12h30, j’arriverai à Canton à minuit heure française, et 6h le dimanche matin heure locale.
La théorie est donc simple: pendant quatre semaines, je vais vieillir de six heures supplémentaires que si j’étais resté en France. Mais c’est un peu con ce que je raconte, puisque ces six heures, je les rattraperai au retour en fait.
Par contre, ce qui est sûr, c’est qu’à ce moment là actuellement, à 16h heure française, nous rattrapons le temps… au dessus de la Russie, le soleil commence à se coucher. La lumière sur les nuages est de plus en plus splendide; les nuages, ces « nounours » qui rosissent à vue d’œil, puis violacent avant que nous ne rentrions dans une pénombre qui se fait de plus en plus imposante.
Il n’est que 17h, et il fait déjà noir… Nous sommes frappés en direct par le décalage qui se matérialise sous nos yeux où se trouve en ce moment l’Asie centrale, la grande étendue russe, l’immensité russe.
Bizarrement, de nombreux feux sont allumés en lisière de ce que l’on pourrait appeler des bois.
Je ne sais pas si je dois essayer de dormir ou pas, en sachant que je ne réussirai absolument pas à m’endormir.
Le temps… on en revient toujours au même point: le temps… le temps passe, et d’ailleurs ce soir, en fin plutôt aujourd’hui, ou demain, quand serons-nous dimanche? Quand devrai-je inscrire « Dimanche 18 septembre, 2ème jour »? Quand? Je ne sais, mais c’est pas bien grave, la terre ne va pas s’écrouler, ou bien disons que le second jour démarrera au moment du vol Canton-Chengdu. Voilà, ça y est, c’est acté.

La question qui me trotte en ce moment, c’est la question de la prochaine cigarette… Oui, c’est triste, mais c’est comme ça, alors que n’en sommes encore qu’à la moitié du vol… Oui, je trouve qu’on manque d’occupation dans les avions!
Je me rends compte qu’un des plus gros malheurs (en dehors bien sûr d’oublier les carnets de voyage, ça, c’est hors catégorie!) aurait été d’oublier le lecteur MP3 qui lui est rempli de 900 Mo de musique… quel bonheur!
Sans musique, je pense que ça aurait été dramatique, difficile, très difficile, tout le temps plongé dans un silence qui aurait parfois pu être difficile à supporter.

19h heure française, 1h du matin heure locale.
Ça y est, je viens de dépasser le point d’éloignement maximum que j’avais pu faire jusqu’à aujourd’hui. Je n’ai jamais été aussi loin dans le monde.
Nous empruntons maintenant, ou suivons plutôt, la route de la soie, survolons les pays en « Istan » … ces pays qu’a traversé seule Dominique Verot, seule à vélo après s’être séparée de son compagnon et amant durant trois mois! Quel courage, quel exemple!
C’est cet exemple qui me conduit ici, enfin là bas pour quatre semaines. Ce n’est absolument rien comparé aux deux compères qui sont partis durant treize mois, mais le bonheur n’est pas de comparer, et chacun à son rythme le vit et doit le vivre de la manière dont il le souhaite.
Oui, ce récit de voyage est à la base, source de ce voyage au Tibet.

La fatigue est soudainement arrivée, mais il aura été très difficile d’enchaîner plus d’un quart d’heure continu de sommeil…
Nous ne sommes plus qu’à 45 minutes de Canton, les yeux sont tirés.
Nous avons survolé Chengdu, et dans quelques heures, je ferai le chemin inverse.
Voilà, nous allons nous poser dans cinq minutes, mais je sais déjà que ce pays va me plaire, une intuition soudaine…
Il fait encore noir, mais je sais que le sol asiatique n’est plus qu’à quelques minutes, j’ai hâte d’y poser les pieds!

Je suis aux portes d’une nouvelle culture et civilisation.




Peu après, en arrivant à Chengdu, la sérenité a laissé place au stress. N'avoir aucune monnaie locale n'a pas aidé pour le 2ème jour... Et le 3ème, après avoir réussi à changer ses euros, énorme coup de boost. C'est dingue comment
le fait de se retrouver avec le salaire annuel d'un chinois en poche a évacué direct toutes les angoisses. Anormal pour un non-matérialiste... mais bon, là, c'était obligatoire.

La suite fut un vrai rêve, tout simplement incroyable;
A rencontrer des personnes plus marquantes les unes que les autres.
Des paysages synonymes de gorge serrée.
Des lacs sacrés plus hauts que notre Mont Blanc.
Un Everest qui nous sublime quand on le distingue pour la première fois au loin.
Des nuages si bas qu'on les attraperait pour mettre dans notre besace.
Du thé au beurre de yack au goût si singulier.
Les contrastes des couleurs de l'automne sur fond d'un décor de carte postale.

Jamais eu autant de boules dans la gorge en si peu de temps.
Rien qu'à contempler.

Là bas, un maître mot: "Enjoy!".




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L'Everest, du monastère de Rongbuk
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Le palais du Potala, à Lhassa
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Toujours plus près des nuages, d'un plateau à 5100
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Un futur "Yack burger"
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06 février 2008

1er jour, Maroc 2005

Deuxième volet de la série.
Cette fois-ci, je pars seul avec un groupe au Maroc, marcher dans le Djebel Sahro et l'erg Merzouga la deuxième semaine.
Les fous rires auront été le fil conducteur du voyage.



Dimanche 6 mars. 1er jour.

A minuit, à Roissy on écrit. L'avion était à 6h, rendez-vous à 4h. Suis arrivé à Roissy à minuit car pas envie de me réveiller complétement déchiré à 3h à courir après le taxi.
Hier, samedi, l’excitation était bien au rendez-vous.
Les préparatifs au voyage s’en donnaient à cœur joie, mais la première angoisse fut celle du sac au poids excédent!
Ben oui! Pour les charters, on est autorisé à 15kg maximum… Max empile, empile et oublie cette barrière synonyme (il l’apprendra plus tard) de luxe : chaque kilo excédentaire peut rivaliser avec le prix du foie gras...
C’est alors que va commencer la quête de « la balance perdue » car Max n’a pas de balance chez lui. Voisins bousculés et refus avérés, Max sent l’angoisse s’amplifier. Mince mince mince! En relisant, c'est dingue cette manie de parler de soi à la 3eme personne!
Petits détours par les pharmacies de quartier et autres cabinets de kinés (on ne sait jamais), mais on regarde Max avec des gros yeux, lui rappelant qu’on ne pèse plus les personnes dans les pharmacies depuis longtemps. Ah bon ??
Toujours est-il que la quête n’est pas terminée et arrivera finalement à terme en début de soirée. Merci petite mamie voisine.
L’objet tant convoité sera choyé tel un trésor et donnera son verdict : les 15kg ne seraient pas atteints. Ouf !

C’est le deuxième voyage dans le désert :
Dimanche 7 mars 2004, départ pour Atar, Mauritanie,
Dimanche 6 mars 2005, départ pour Marrakech, Maroc.
La « progression voyageuse » est lente et sûre avant son apogée cet automne et le Tibet. Max ne se sentait pas trop aventurier ; l’an passé, avec la Mauritanie et ses amis, ce fut la révélation. C'est vrai.
Oui, avant, j'étais plutôt soleil, plage, volley, dragouille timide à deux balles, à rouler des mécaniques au camping; bref, le ptit con quoi.
Révélation de ce désert si grand, si beau, si silencieux, ce lieu où le temps ne laisse aucune trace, ce lieu où le vent est le sculpteur de l’éphémère, ce lieu où le ciel est plus bleu, la roche plus abrasive, le thé plus sucré, le sable plus chaleureux et les sourires plus généreux. Au Maroc, il décide de partir seul avec un groupe (chose qu’il n’aurait jamais pu faire auparavant), au Tibet, il partira seul, seul avec lui, à « s’auto-psychanalyser » comme il aime bien le dire. Oui, enfin bon, n'en rajoute pas trop non plus...

0h30.
Le terminal est désert, mais les bancs sont colonisés par ces voyageurs qui attendent désespèrément, entre un sandwich et autres cookies, leur vol du lendemain. Cet état d'excitation d'avant voyage à l'aéroport est divin. J'y passerai bien ma vie d'ailleurs à observer tous ces gens.
Dans le bus le menant à Roissy, Max a fait la connaissance d’un normand qui vit 8 mois sur 12 en Tunisie.
Vraiment très sympa « eul gô normand ». Il passera la nuit avec lui… euh…enfin la nuit…ils partageront un bout de banc en essayant de somnoler et en attendant les 5h et les premiers tohus bohus.

Ce matin, ce sera le départ.
Comment ne pas penser à ce dimanche, dans 15 jours, jour du retour. Je lance un défi au temps, ou plutôt, je lui ai lancé un défi hier soir, chez moi, en inscrivant sur un morceau de papier délicatement posé sur la table basse du salon: « tu écris ces mots ici… à ce moment, avant de partir. Tu les retrouveras toujours ici… à ce moment, où tu es revenu », pour mesurer le temps qui passe… Tu as bien noté le moment où tu l’as écrit et as « fixé » l’image de ce moment, et te rends compte que déjà, il a passé… le temps passe… Bon là, il est tard, j'ai pas mon nutella sur moi et suis parti en vrille. Faites pas attention hein. Tout ça pour un unique but: retrouver le même message en rentrant 15 jours après et se dire que lui, au contraire du temps, n'aurait pas bougé. C'est hautement spirituel tout ça, mais suis très attaché au temps.

4h.
Le terminal 3 de Roissy se réveille. Et Max aussi.
L’agitation devient de plus en plus soutenue, des groupes commencent à se former. Biensûr, la question qui préoccupe tout le monde à cette heure est d’essayer de mettre des visages sur les personnes qui formeront les groupes. Certains visages commencent à se distinguer.  Un grand classique.
Enfin arrive l’heure de la pesée. Ouf !! 16kg, soit un de plus, mais passage sans problème. Le pote normand de Max avait expliqué qu’ils acceptaient jusqu’à 18kg. Tout roule.
Billet en main, passeport dans une autre, dents non lavées – ben oui, ca arrive – nous embarquons, et quelle surprise: un petit déj’ digne des longs courriers d’Air France ! Sympa.
Les paysages défilent. Bordeaux, le bassin d’Arcachon, la dune du Pyla, Biarritz puis bientôt Pampelune, Tanger, Rabat, Casablanca et enfin Marrakech après deux-trois assoupissements.

Hall de l’aéroport de Marrakech Menara…Ouh !!!!! La première clope qu’elle est bonne !! Oui, la clope est toujours mon premier geste, même si je suis en transit, quitte à sortir et limite rater le vol (comme pour la Syrie à Milan...enfin bon, passons...).
Sacs récupérés, nous filons rejoindre notre guide, Youssef, qui, à première vue, a vraiment l’air sympa ! Le groupe se forme peu à peu, les premières discussions seront échangées dans le mini-bus nous conduisant à notre hôtel. Hôtel très bien, la réceptionniste est mimi comme tout. Ce guide et son équipe était tout simplement extra, et très attachant.
Les papiers réglés, certains conviennent de se retrouver peu après s’être installés dans les chambres.
Très vite, de fortes affinités se sont créées entre les 4 hollandaises et moi le groupe.

Nous partons alors à la découverte de Marrakech ; découverte pour tous, malgré certains profils de grands trekeurs et routards. Les voyages sont toujours un grand sujet d’échanges pour les voyageurs. Jolie cette tournure!
Marrakech… Marrakech la belle… mais Marrakech la polluée aussi un chouilla !! A certains endroits, on se croirait vraiment dans les tunnels du périph à ses heures de gloire. Après coup, il y a vraiment pire que Marrakech.
Ici, l’ocre règne sans pareil. Sans doute, toujours cet ocre contribue à part entière à la réussite du subtil mélange de la modernité et du traditionnel marocain. Traditionnel marocain dignement porté par la place Djema El Fna et ses souks ! Quelle vie! J'ai à ce moment le regard naïf de celui qui découve les souks et Djema El Fna. Mais Djema El Fna a néanmoins une certaine âme.
Max s’essaie au charme des serpents et se laisse même embrasser ! Héhé…. Mais attention… serpent embrassé et serpent pris en photo égal « sousous » !!! Ils perdent pas le Nord ici! enfin l’Est… Tout est payant ! Attention à ne pas être trop gentil car on a vite fait de se laisser embarquer et de ne plus pouvoir dire « NON » !! Trop tard, me suis fait entubé (et c'était un cobra).
Certains repartiront avec des cadeaux aimablement offerts ; Thérèse avec un pion d’échec en bois réalisé à la « Black & Decker » berbère, ou encore Max avec un henné… (non souhaité !! Car ça mettrait 2 plombes à disparaître cette saloperie…merci pour le boulot !…). Une femme m'a attrapé le bras encore fraîchement pâle et à vidé son stylo de henné sur la main. Il était raté. J'ai cru que ça me resterait un mois et que j'aurai l'air d'un con après au boulot. J'ai une facheuse tendance à m'emballer un peu vite, et ce pour tout.
Beaucoup de proximité dans le souk, et surtout pas d’agressivité.Ici, tout le monde joue le jeu, ce jeu si plaisant dans le respect de chacun. Oui, ça restait très bon-enfant.
La marqueterie, les émaux, les tissus, les épices, les peintures nous assaillent de toute part par leur brillance, leurs couleurs, leur qualité, leur originalité.
Ici, les marocains ont développé leur vocabulaire: si vous portez une moustache (comme Jean-Claude), votre nouveau prénom sera « moustache ». Les femmes seront des « gazelles ».
Détails sur Jean-Claude: on ne se connaissait pas encore et n'avait rien de ces grandes brunes italiennes au regard déstabilisant, mais il a eu le courage de partager ma tente durant ces 15 jours et surtout de supporter mes ronflements de loco. J'ai tout de suite su capter que ce Jean-Claude avait besoin de berceuses au son régulier pour s'endormir dans son duvet Intersport des 70's.
Jean-Claude, au bout de 9 jours, a fortement contribué à vider ma deuxième cartouche de clopes.
Jean-Claude parlait peu, mais avait toujours le bon mot et surtout au moment où il fallait pour que j'hurle de rire.

Fraîchement sortis du souk, nous continuons vers la Koutoubia, la fameuse mosquée de Marrakech et son minaret haut de 77 mètres comme Notre-Dame de Paris. Dîtes, imaginons un instant d’intervertir les deux sites dans leur endroit respectif...
Alors ?…. On échange ??? Avouez que ce serait original!
A travers les parcs remplis d’orangers, nous rentrons à l’hôtel pour nous préparer pour aller dîner, en nous frayant tant bien que mal un chemin parmi la cohorte de taxis beiges. Le parfum des fleurs d'oranger est un véritable cadeau des dieux.
Nous longeons les remparts (car Marrakech est une ancienne cité fortifiée), et le long de ces remparts, Pascal et Dino se donneront à cœur joie sur une discussion d’appareils numériques… une discussion très pixellisée… Alors cette phrase là, zéro de chez zéro!

Retour à l’hôtel, puis dîner dans un snack très convenable à deux pas de l’hôtel. Mais quelle idée d'aller dans un snack!
On retiendra notamment de cette soirée que certains ont eu le privilège qu’un chanteur dénommé « Jean-Claude Pascal » aurait existé…. Il y a de cela très très longtemps… Là, c'est une private joke hein.
Retour à l’hôtel (oui, encore une fois), le temps pour Max d’écrire ces quelques mots et de se réfugier dans ses rêves après une grosse première journée où le repos était bien mérité. A ce moment là, tout le monde est couché. Je suis seul dehors devant un patio sompteux à baver devant la piscine, à regarder les étoiles, à rêver de sable et penser aux 15 jours qui allaient arriver. Je dessine dans le noir.

…Marrakech la belle… Marrakech au mélange des deux Maroc réussis; le traditionnel et le moderne. L’élégance des femmes marocaines modernes rivalise avec brio à la généreuse authenticité féminine marocaine traditionnelle … J’ai envie de revenir à Marrakech…

Mais n'y suis pas encore retourné.


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Djema El Fna de la terrasse du café de France
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Erg Merzouga
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Djebel Sahro

03 février 2008

1er jour, Mauritanie 2004

Je commence une série appelée "les premiers jours".
Cette série reprendra chaque premier jour tel que je l'ai écrit dans mes carnets de voyages.
Voyage par voyage.
Un seul dessin.
Une seule photo.
Maître mot: mot pour mot.

 
Le style de l'écriture est sommaire. Soyez indulgents, il s'agît du premier carnet.
 
Dimanche 7 mars 2004. 1er jour.

Levés à 4h45, c’est le branle-bas de combat pour se préparer, le taxi étant arrivé en avance. Arrivés à l’aéroport et 52 euros plus tard, nous nous retrouvons dans la queue du stand Point Afrique pour récupérer nos billets.
Tout autour de nous se trouvent nos futurs compagnons, mais le mystère demeurera jusqu’à l’aéroport d’Atar.
Oui, nous ne savons pas avec qui nous partons. De mon côté, j'espèrais au moins 4 italiennes racées bien sûr. Quant à Maud et Seb, eux, ne souhaitaient juste ne pas tomber sur des boulets.

Dans l’avion, nous sommes au milieu de jeunes assez turbulents. Seb tombera sur la place côté hublot, Maud au milieu et Max dans l’allée. En me relisant, je trouve cette phrase très pertinente.
Une première escale technique nous mènera jusqu’à Marrakech où dominent les maisons ocres et de parpaings gris. La chaleur commence à se faire sentir dans l’avion, nous, encore habillés quittant la France en plein hiver.

Atar. Premiers pas sur le continent africain.
Contrairement à ce que Max pensait, la piste n’est pas en terre battue mais bitumée, le bâtiment austère des photos des parents de Maud semble avoir laissé place à un hall plus récent. Oui, dans les carnets, j'aime beaucoup parler de moi à la troisième personne. Allez comprendre.
Visas, douanes, change passés, nous trouvons enfin nos compagnons d’aventure; Mathilda, Faycal, Isabelle et Bernard.
Nous ferons plus ample connaissance une fois arrivés dans une auberge où nous attendait un très bon repas. Zut, pas d'italiennes, mais un groupe très sympa au final.

Notre guide, Lamin, est originaire d’Atar et diplômé en sciences humaines à Nouakchott et parle très bien le français. A l’auberge, il nous parlera de notre parcours, de l’organisation des journées. Lamin est quelqu’un avec qui on se sent vraiment en sécurité, entourés. Securité, car j'ai pas arrêté de lui demander ce jour-là si on allait croiser des serpents, des araignées et des scorpions. Mais il avait une trousse de secours; il nous a dit que si on avait un problème, il sortirait son Coran et lirait des versets. VERIDIQUE. Alors ouf! nous étions ainsi rassurés.
Après 3 jours, j'apprendrai que son prénom n'est pas "Lamin", mais "Lemin".

Un transfert en 4*4 nous emmènera à Ouadane, départ de notre rando. Les premiers hauts plateaux de grès s’offrent à nous, la route est chaotique, le paysage magnifique. En suivant la route, nous avons l’impression d’aller nulle part, que cette route est sans fin.
En route, nous nous arrêterons; nos accompagnateurs pour la prière de 17h et pour donner des bouteilles d’eau à une mère et ses deux enfants à dos d’ânes, au beau milieu du reg de Chinguetti. Le reg s’étend à perte de vue.
Mais où nous emmènent-ils? Minute info: le reg est une étendue désertique de roches et de cailloux. A contrario, une étendue de sables et de dunes est un erg. Sachez que le Sahara est constitué à 80% de reg.
Playskool présente: Maxime, 30 ans, géographe.

Ouadane. Ouadane est une ancienne ville de pélérinage islamiste et un ancien carrefour pour la route du sel. Aujourd'hui, elle n'est plus qu'habitée par quelques centaines d'habitants. Les ruines ocres adossées à la colline sur fond de soleil couchant étaient un premier spectacle exceptionnel pour nous qui étions, à l'époque, novices en termes de déserts.
Nous entrons sur la commune de Ouadane. Le reg laisse place aux dunes et la vieille ville se profile incrustée dans le grés de la colline. Superbe! Alors, qu'est-ce qu'un reg...?
Nous entrons dans notre auberge où l'accueil fut vraiment très chaleureux.
Le site est magnifique, le repas servi très bon, les discussions autour de Lamin très intéressantes. Très pertinent ça aussi...

La lune s’est levée ce soir; elle était pleine. Masquant certaines étoiles par sa luminosité, le spectacle reste grandiose.
La petite brise nocturne est encore douce; on a envie de passer sa première nuit à la belle étoile ou plutôt à la belle lune.

Nous sommes vraiment dans un monde part, au climat difficile où même les roches, par leur friabilité, nous rappellent combien le milieu aride est hostile et redoutable. A l’auberge, une sensation de calme et un sentiment d'apaisement nous traversent.
Ce jour-là première rencontre avec le désert. Un souvenir gravé. Un silence destabilisant au point que les oreilles, non habituées, bourdonnent. Pas de métro sous les pieds. Le calme. La découverte du paisible, tout simplement.
Là bas, on ne donne aucune nouvelle.
On n'en reçoit aucune. Nous sommes seuls, et vivons pour nous, rien que pour nous.
La Mauritanie fut pour moi un déclic.

Rien.
Au milieu de nulle part.



 
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Non non, ce n'est pas un gribouilli d'un de mes neveux.
Je ne m'étais pas encore mis au dessin. C'est la Mauritanie qui m'en a donné l'envie.
Ce "dessin" est aux couleurs locales: terre pour l'ocre, plantes et fleurs pour les pigments, charbon pour l'écriture et crottes de chameau car ça fait bien de dire dans les dîners mondains parisiens qu'on dessine à la crotte de chameau. Si si.


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Mohamed Lemin by Seb