Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« 1er jour, Libye 2006 | Page d'accueil | Avant-première »

27 février 2008

A l'affût

Encore plus en hiver quand le soleil se montre généreux.
Alors les gens sortent, nous sortons, je sors.
Là, c’était au jardin du Luxembourg.
Oui.
Histoire de changer…
Et la chasse est ouverte.
Pas celle que vous croyez.
La chasse à la chaise perdue est ouverte.

Seul, c’est plus facile.
Du pur pourcentage.
A deux, ça se complique.
A trois, ça commence tâche ardue.
A quatre, mieux vaut rester chez soi à regarder Drucker et son « Vivement dimanche » avec Bernard Menez en guest star et éventuellement penser à ne sortir que son clébard pendant Stade 2.

Alors seul, je cherche tout de même la place de choix, ne nous bradons pas.
On est exigeant avec soi-même ou on ne l’est pas.
Ce n’est qu’une fois installé que le spectacle peut commencer.
Ce n’est qu’une fois installé que les acteurs entrent en scène.

Ils sont à l’affût.
Certains stationnent bien dix minutes, assis sur le rebord de la marre.
Celle où les enfants s’amusent à jouer les Kersauson et autres Joyon.
Ils observent.
Guettent.
Se lèvent et se rassoient.
Car n’ont pas été assez rapides.

D’autres stationnent debout.
Un peu comme à la cantoch, quand on n’a pas de place.
Ils pressent ceux déjà installés en fin de dégustation de leur flan pour leur montrer qu’ils attendent.
Ici, c’est la même chose.
Et bien souvent, les Echos, le Monde ou encore un pseudo Kant à la main remplacent le plateau entaché du self.
Oui.
Car ici, je défie quiconque d’être déjà venu et de n’avoir jamais fait semblant de lire.
Pour observer les jolies passantes.
Ou passants, pour vous mesdames, mesdemoiselles.

Je sais, je fais la même chose.

Encore que parfois, même dans ces conditions, seul, on est dérangé.
Certains vont venir nous piquer notre seconde chaise adaptée à la plastique de nos pieds.
Alors du coup, on est de nouveau sur le marché, comme les autres, ceux assis sur le bord de la marre ou debout, et juste pour se retrouver une seconde chaise.
Celle, et c’est bien connu, nécessaire à l’équilibre corporel de nos membres inférieurs.

Et autour de nous.

Il y a mon voisin, qui lui, a la fameuse place collector.
En bordure de pelouse, avec la chaise aux accoudoirs et au dossier incliné.
La plus recherchée.
La plus cotée.
Et puis bien sûr, il a celle pour ses pieds.
Lui, c’est clair, il est arrivé à l’ouverture du matin.
Car sa place est chère, et il le sait. Le bougre.
D’ailleurs, c’est un quadra élégant, fines chaussures italiennes quatre trous, veste en tweed. J’aurais été surpris quand il sortira de sa besace une bouteille de Bordeaux, buvant au goulot.
Il le fit néanmoins avec beaucoup de raffinement.

Alors je guette.
J’observe.

Il y a ce couple de jeunes se dévorant des yeux, prenant leurs cheveux pour des peluches de Winnie l’ourson.

Il y a ces deux femmes âgées, immobiles.
Assises l’une à côté de l’autre, sans parole, mains bloquées sur la canne.
On aurait dit deux jumelles, regardant le temps passer, descendre le soleil ici plutôt que de chez elles dans leur fauteuil Louix XVI de velours que leur fils aurait retapé dans sa maison de campagne de Provence un dimanche d’automne.
Elles, derrière leur fenêtre et leurs rideaux jaunis à coups de procrastination de ménage et de force.

Il y a le schtroumpf, à l’œil toujours aussi vif, le képi brillant, hiver comme été.

Les deux jeunes brunettes fashionistas, au short, jambes encollantées et ballerines, se partageant un Ipod et lisant Voici, riant plus fort que notre regretté Henri Salvador.

Ces deux touristes anglais, habillés de jeans où on pourrait rentrer à quatre dedans, les yeux encore collés de leur soirée de la veille, découvrant Paris comme on l’aime, un après-midi d’hiver ensoleillé.

Il y a ce jeune couple et leur enfant à peine plus haut que trois bouteilles de Bordeaux empilées et faisant ses allers retours vers la marre, pour montrer à son papa que son bateau s’approche dangereusement de la maison des canards.
« Papa ! Gade ! Le bateau ! Y va dans la maison des canards !! »

Et il y a vous.
Les passants.
Théâtre de toutes les attentions.

Vous passez.
Repassez.
Lentement.
Rapidement.
Jeunes.
En souriant.
Pas très élégants.
Amusés.
Seuls.
Jolis.
Ternes.
Agés.
Sans sourire.
Elégants.
Moins jolis.
Maquillés.
Accompagnés.
Gênés.

Mixité.

Je ne sais plus où donner de l’oeil.
Zut. Flûte.
J’ai perdu ma page.
Celle que je m’étais inventé aujourd'hui.

Passant, elle m’a déconcentré.
Elles m’ont déconcentré.

Hips.
Fait mon voisin quadra.

A la vôtre.
A l'affût. Au fût pardon.

Commentaires

"Vous passez.
Repassez.
Lentement.
Rapidement."

Alors, vu le niveau de ma corbeille de fringues, je repasse lentement moi...
(Feignasse, toi même)

Écrit par : Corynne | 27 février 2008

Répondre à ce commentaire

"Petite" joueuse.
Dans mon quadriplex de 625 m², ce n'est plus une corbeille, c'est l'Everest.
Mais c'est pratique: le poids repasse tout seul la base.

Écrit par : Maxime | 29 février 2008

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.