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29 janvier 2008

De bon matin

Ces moments là, j’aime beaucoup.
Souvent, c’est mon premier sourire du matin.
J’aime bien.
C’est mignon.
Enfin, ça dépend de qui aussi.

Ce matin, c’est encore arrivé.
Et c’est un régal lorsque ça se passe de la même manière.
Ce matin, c’était vraiment collector.

Station Falguière, 9h03.

J’attends la rame.
M’assieds sur les sièges du quai.
Un jeune homme d’une trentaine d’années arrive et s’assieds à deux sièges de moi.
Il a l’air d’un champion de la trace d’oreiller.
J’ai forte affaire.
Sauf que lui a cet atout que je n’ai pas.
La fameuse tâche de dentifrice asséchée sur le coin de la bouche.
Chemise jaune du voyageur représentant placier.
Jaune Poste.
Sans doute VRP pour les glaces Miko ou autres cuisines Mobalpa.
Qui plus est, cravate Tintin.

Oui, il devait travailler pour une société.
Mais n’avait rien d’un général.
Rien d’un Jérôme Kerviel.
Il avait un sac de sport Waïkiki.
Comme quoi, ça doit toujours exister.
Sans doute allait-il muscler ses cuisseaux entre midi et deux.
Bref.
Je vais l’appeler Waïkiki.

La rame arrive.
Nous montons.
Je m’assieds.
Waïkiki reste debout.
Je les observe lire l’article de leur 20minutes sur le fameux trader qu’ils doivent idolâtrer.
Lui.
Et son Tintin.

Station Pasteur, 9h06.

Beaucoup de monde sur le quai.
Vais devoir faire un effort et me laver.
Lever pardon.
Monte alors parmi la foule une jolie brunette.
Un peu comme celle-ci.
En robe Maje (oui, je le savais).
Les boeufs entrant, Waïkiki est obligé de battre en retraite.
Waïkiki est contraint de lâcher la barre du métro qu’il tenait avec force et témérité et file se réfugier contre la porte du fond.
Point d’observation ô combien stratégique.
Brunette, quant à elle se faufile avec souplesse et finesse.
Oui, tous les trois.
Brunette est svelte.
Mais Brunette a le regard froid. Stricte.
Brrrr.
Net.

Et c’est alors que.
Et c’est alors que Waïkiki allonge soudainement son bras.
Et c’est alors que Waïkiki tapote sur l’épaule de Brunette.
Je crois rêver.
Et me dis :
« Non, il ne va pas le faire quand même... Kamikaze ok, mais ça là, c'est hors-catégorie! ».
Et :
« Alors là mon coco, si toi, ton Tintin et ton sac Waïkiki réussissez à entamer une discussion avec la jolie brune aux lèvres aussi brillantes qu’un malabar fraise fraîchement ruminé et qui plus est, au milieu de tout le monde en silence, alors je me fais moine sur le champs ! ».

Brunette se retourne.
De mon côté, à cet instant, j’ai peur.
Panique.
Je sens le séminaire tout proche.
Jusqu’au moment où.

Jusqu’au moment où j’entends le :
« Ah, salut ».
Durant une seconde je deviens blême.
Je me mets à trembler.

Je me mets à trembler rien qu’à l’idée de me dire que ce mardi 29 janvier 2008, je vais être dans l’obligation de devoir appeler mes frères bénédictins au fin fond de l’Yonne pour les avertir que je vais les rejoindre pour me nourrir de prières et les aider à vendre du cidre, des potirons, du pâté et du miel pour le bien de la communauté.
Et tout ça à cause de Tintin et d’un singe.

Non.
Impossible.
Impossible car cet état n’a duré une seconde.
Le temps que je remarque que le « Ah, salut » de Brunette était en fin de compte forcé.
Gêné.
Ouf.
Sauvé.
Oui.
C’était un « Ah, salut » de dépit.
Un « Ah, salut » synonyme de :
« Et merde, il est là lui.
Quel boulet.
Vais être obligée de lui parler.
De leur parler.
Lui.
Et sa tâche de dentifrice ».

Car Brunette est un peu comme nous.
Brunette n’aime pas parler dans un métro surchargé le matin avec un collègue de travail.
Vous savez, ces mêmes collègues qu’on évite au maximum et qu’on ne croise que derrière les vitres de son bureau à se forcer à leur sourire pour montrer aux autres qu’on connaît du monde dans la boîte.
Et ici, pire.
Justement dans le wagon du matin où personne ne parle.
Où certains terminent leur nuit.
Où certains enragent devant leur super Sudoku.
Où certaines lisent avec dévotion leur horoscope.
Où dans le silence du matin la parole se maquille.
Mais où toutes les oreilles restent attentives.

Alors ce fut le festival.
Waïkiki lui dit alors :
« Tiens, tu montes à Pasteur ? ».

Et j’ai vainement attendu le :
« Dis donc guignol, en plus d’avoir une tâche de dentifrice, tu as le sens de l’observation ! Et la trace que t’as sur la joue, c’est ton oreiller ou tu t’es endormi sur ta brosse à dents hier soir ? ».

Mais non.
Il n’est pas sorti.
A la place, j’ai entendu un :
« Oui, comme chaque matin ».
Et Brunette se retourne.
Gênée.

Et puis plus rien pendant une dizaine de secondes.
Ces fameux blancs qu’on aime tant.

Station Volontaires, 9h09.

Mais Waïkiki insiste.
Et Waïkiki répond :
« Ah, c’est bien ça. Mais qu’est-ce qu’il y a comme monde ce matin, non ? ».
Deux secondes d’attente.
Brunette se retourne vers lui et dit :
« Comme chaque matin ».
Waïkiki :
« Ah oui c’est vrai. T’as raison ».

Et puis plus rien.
Rien.
Brunette regardait ses pieds.
Brunette regardait la carte du métro.
Brunette était rouge.
Brunette cherchait à occuper ses mains.
Brunette regardait son Ipod qu’elle avait par politesse quand même enlevé.
Mais Brunette n’osait pas le remettre sur ses oreilles.
Car Brunette savait tout de même que ça ne se faisait pas.
Il s’agît d’un collègue tout de même.
Mais voilà.
Dans ces moments là, le temps s’écoule au ralenti.
Le monde autour prêt à capter la moindre suite de la discussion.

Waïkiki, lui, il s'en fiche qu'elle ne parle plus.
Waïkiki, il pense que Brunette est timide car elle est rouge comme une tomate sicilienne.
Waïkiki, il sourit car il sait qu'il va accompagner Brunette à la sortie du métro jusqu'au boulot.
Peut-être même que Waïkiki attendait ce moment depuis longtemps ?

Mais là, pour elle, il ne manquerait plus que la rame ait une avarie et qu’elle stoppe.
Elle redoute ce moment.
Déjà qu’elle se doute qu'encore une fois par politesse elle va devoir faire la route avec lui en sortant.
Huh !
Courage, prendre sur soi!

Station Vaugirard, 9h11.

Je descends.
Et abandonne Brunette et Waïkiki à leur destin.

Je jubile.
Je ne serai pas séminariste ce soir.
Et ne vendrai pas de miel sur le marché d’Entraygues-sur-Truyère en plein hiver, nus pieds dans les mêmes sandales que les touristes allemands à Ibiza.

Alors vivement demain.
Pour peut-être avoir la chance de revoir mon Waïkiki.
Avec j'espère, une trace de Nesquik sur le bord des lèvres.

28 janvier 2008

Et si c'était vrai?

Partir.
Ce mot s’écrit si facilement.
Partir.
Cette décision se fait parfois si difficilement.
Partir.
Ce loisir peut se faire parfois si facilement.
Partir.
Ce mot peut s’écrire parfois difficilement.

J’ai envie de n’en garder que deux.
L’écrire facilement.
Le faire facilement.
Dans un contexte.

Partir deux longs week-ends par mois. Et parfois prolonger.
Et pendant un an. Ou deux.
Chicago.
Budapest.
Téhéran.
Nouakchott.
Sao Paulo.
Oulan Bator.
Aman.
Singapour.
Osaka.
Melbourne.
N’Djamena.
Ryad.
Abou Dabi.
Par exemple.

Ou ailleurs.

Tashkent.
Moscou.
Dakar.
Tripoli.
Kuala Lumpur.
Rio de Janeiro.
Tokyo.
Bratislava.
Johanesburg.
Malmö.
San Francisco.
La Paz.
Vancouver.
Perth.
Par exemple.

Le voyageur s’en nourrit.
Emmagasiner les expériences.
Goûter à autre chose.
Se retourner la tête. Et les idées.

En prendre plein la vue.
Se prendre des claques, si bonnes pour soi.
Partir toujours et encore.
Revenir. Se poser. Redécoller. Savourer. Accumuler. S’inonder.
Raconter.
Partager.

Alors je croise les doigts.

A suivre.




(Au fait, vous, vous iriez où ?)

23 janvier 2008

Chrono post

8h14
Douce sonnerie.





8h14
Rendormi.

8h16
ZzzZzz.

8h51
ZzzZzz.

9h00
Sonnerie de secours. Affreuse.

9h00
Mon Dieu. Saperlipopette. Diantre. Sacrebleu. Damned. Nom d’une pipe. Zut. Mince. Bordel.

9h00
Panique.

9h00
Saut de l’ange pour stopper l’affreux son.

9h03
Cognement de doigts de pieds froids contre la chaise.
Prise dans le fil du fer à repasser.
Fer à repasser se casse la gueule.
Incident diplomatique évité.

9h03
Aïe !!!

9h03
Putain mais quel con !

9h03
Miroir.
Découverte du tatouage de l’oreiller sur la joue gauche. Le menton. Le front.
Grand chelem.
Et merde.

9h04
Ouverture du micro-ondes.

9h04
Bouteille de Gewurtz de la veille qui s’explose à terre en ouvrant le micro-ondes.

9h04
Bordel.

9h04
Carrelage embaumé au vin blanc.

9h04
Douche.

9h05
Bordel, c’est gelé.

9h05
Cool c’est chaud.

9h06
Sifflotement de ça sous la douche.

9h11
Des Jours et des Vies : Stephen vient d’apprendre à Shelley qu’il la quittait.

9h12
Repassage du col de la chemise.
Uniquement le col. Le reste, caché par le pull.

9h16
Choix des chaussures.

9h18
Des Jours et des Vies : Shelley apprend à Stephen qu’elle est enceinte.

9h21
Choix des chaussures.

9h22
Amour Gloire et Beauté : Jonathan pique de l’argent dans le porte monnaie de Kelly.

9h26.
Choix de chaussures fait.

9h26.
Lacet gauche explosé.

9h26.
Choix d’autres chaussures.

9h26.
Amour Gloire et Beauté : Steeve découvre que sa grand-mère Karen se drogue.

9h31
Choix de chaussures fait.

9h38
Ma concierge me donne les coordonnées d’un artisan pour mon dégât des eaux.

9h42
Station Falguière.
« En raison d’un incident voyageur, blablabla blablabla »
Ok. J'ai compris. Je ressors.

9h48
Duroc.
Pause pain au chocolat et malabars à la boulangerie.

9h52
Achat de Voici au kiosque.

9h52
Voici: "Patrick Bruel et mimie Mathy, c'est officiel!"

9h56
Station vélib’ de Duroc.
Consternation.
Pas pour Patrick.
Mais.
Quatre vélib’ de libres:
Un crevé.
Un sans chaîne.
Un sans selle.
Un sans roue.

10h02
Station Vélib rue de Sèvres.
Un vélib’ de libre. Et un vrai vélib’ de compet en plus.

10h22
Station Vélib’ Vaugirard.
Par terre, une clef.

10h26
Au boulot.

10h27.
Lecture d’un mail.

10h28.
Pause café.
Alexandra et sa forte poitrine nous parlent de leur passion pour Quentin d'Alliage.
Mathieu renverse son café sur la page 8 des Echos.
Céline arrive avec sa bouilloire. Elle mettra 49 minutes à boire son thé bouillant.
Catherine a oublié une boucle d'oreille dans sa voiture.
Bertrand fixe la poitrine d'Alexandra et mîme le Quentin.
Régis nous fait croire qu'il bosse. Lui.

11h08
Photocopie de feuille de demande de congés.
Bouche en feu, Céline est seule à finir son thé.

11h26
Pause clope.

11h34
Lecture d’un second mail.

11h35
Pause café.
On a raté de peu Céline.
Bertrand ne prend qu'un sucre. Bertrand a du diabète.
Catherine nous montre sa deuxième boucle d'oreille. Catherine est fière.
Régis, Céline, Mathieu et Alexandra nous font croire qu'ils bossent.

12h00.
Déjeuner.

14h22.
Café en terrasse.
Oeil gauche à l'affût.

15h08
Au boulot.
Envoi d’un mail.

15h09
Pause café.
Bertrand me raconte sa compet de twirling bâton du week-end dernier. 

15h22
Bernard enlève ses chaussettes.
Louise a fermé ses volets.

15h32
Pause galette.

15h42.
Mathieu est roi.
Bravo Mathieu.
Régis sert le champagne.
Régis s'en met toujours plus en douce.

16h00
Céline est toute rouge.
Mathieu l’a choisi comme reine.

16h08
J’ai la tête qui tourne.
Bertrand lorgne sur la poitrine d'Alexandra.
Bertrand est un coquin.

16h29
Photocopie de demande de RTT.

16h42
Pause clope.

17h08.
Coup de téléphone.
Ah, ai reçu un colis.
Un prestataire.

17h11
Je signe le colis de Fedex.
J’ouvre.
"Meilleurs voeux 2008".
Et découvre une bouteille de Champagne.

17h21
Pause Champagne.
Catherine a la tête qui tourne.
Catherine nous raconte comment elle a régénéré son capital soleil à la Bourboule.
Bertrand mate les jambes de Julie.
Bertrand est fripon maintenant.
Régis va bientôt vomir.

17h45
Ai du mal à ecirre sur le calveir.
J’enovie des mials rigolos à mon pédégé. Ooops.
Hips.
Sius buorré.

17h58
Je pernds le vileb.
Mntoe sur le prote bgagae.








8h14
Douce sonnerie.

8h14.
J’ai fait un drôle de rêve.
Et doucement, je me réveille.

19 janvier 2008

Escapades

En 4'11.


Zou!

17 janvier 2008

Brève

C’est rare.
Très rare.
Sans doute la seule fois dans l’année.
Et c’est pour ça qu’on y fait attention.
Et c’est pour ça que j’y fais attention.

Personnellement, ça ne m’amuserait.
Ca m’userait.
Ca muserait.
Point.

Lui, dans le métro, ça semblait lui plaire.
Peut-être était-ce sa première fois.
Alors ce serait compréhensible.
Mais non.
On va dire que ça n’était pas sa première fois.
Comme ça, ça ne sera pas compréhensible.
Non mais.

Muet.
Niais.
Niet.
Muette.
Miettes.
"Ramasse-toi mon chéri".
On aurait dit un petit canif.
Oui, un petit fien.
Ni fait ni à faire.
A elle. C’était le sien.
Celle qui avait du chien.
Du chien sur les mains.

Il faisait chaud.
Nous étions serrés.
Ils faisaient chier.
Nous étions sots.

Sots.
Elle et moi.
Face à eux. Lui et son regard de chiot.
Face à nous. Mon incompréhension et moi.

Oui, j’ai du mal à comprendre.
… Ces hommes qui font les soldes avec leur petite amie.
… Ces hommes qui portent ces sacs.
Ces sacs, objet de mode à eux seuls. N’importe quoi.

Mais cette journée fut un renouveau au sortir du métro.
Car je l’ai recroisée.
Elle.
Dans ma rue.
Dans sa rue.
Pourquoi est-elle revenue ?
Je ne comprendrai pas.
Aujourd’hui, je n’ai toujours pas compris.
Oui, ai toujours besoin de comprendre.

Elle avait l’air marquée.
Et elle est rentrée.
Que venait-elle faire ?
Qui venait-elle voir ?
Alors je me suis mis à espérer.
Qu’elle reviendrait.
Qu’elle lui reviendrait.
Que tout redeviendrait.
Comme avant.

Mais non.
Je ne l’ai pas revue.
Depuis samedi dernier.
Fausse joie.
Pire.
J’ai vu l’autre.
Toujours sur le balcon.
Elle, et son chignon.

L’histoire continue.
Ornella, je vous salue.
Au plaisir.


16 janvier 2008

Ce sera celui-ci

25 mars 2007.
Sanaa, Yemen

C'était le dernier jour. Enfin la dernière soirée plutôt.
Il avait marché quinze jours durant dans les montagnes et était de retour dans la capitale.
Il aimait le pays de la reine de Saba, il aimait cette capitale.
Ce soir là, le ciel devenait de plus en plus menaçant, comme les yéménites qu'il avait croisé la veille au soir, kalachnikov à l'épaule.

Mais il lui fallait le dessin du jour.
Fixer un dernier croquis.
Un croquis de cette architecture typique, de ces rues agitées, grouillantes, vivantes et parfois si effrayantes pour certains.

Là bas, tout est resté authentique.
Rues étroites, maisons collées les unes aux autres ornées de motifs de chaux et de plâtre, symboles de la richesse d'une fratrie et montant inexorablement vers le ciel.
L'ocre roi, le qat, la saveur des marchés épicés, l'émotion de quelques sourires volés et de brefs regards croisés.
Même celui de Saddam Hussein, présent à chaque détour de rue sur les voitures, maisons et magasins.

Ce soir-là, il fallait figer tout cela.
Ce soir-là, elle s'est mise à côté de lui, déguisée de son trois pièces noir ; bas, haut, voile.
Ce soir-là, il a osé croiser son regard. A elle, plus de trois secondes.
Mais ce soir-là, c'est plutôt elle qui a osé soutenir le regard de l’occidental.
Normal, c'est elle qui s'est approchée de lui.
C'est elle qui a osé s'asseoir à côté de lui. Là, dans cette rue.

Elle a commencé par se pencher et regarder son esquisse.
Il s’est tourné vers elle, lui a montré du doigt la grande mosquée et lui a souri.
Elle s'est tournée vers lui. Et ses yeux lui ont souri.
Il le sait.
Des yeux sourieurs ne mentent pas.
Même au travers d’un voile.

A quelques mètres derrière eux, sur le trottoir, deux hommes adossés au mur d’une maison austère observaient la scène dans un grand silence.

Là-bas, on ne croise que des visages voilés.
Où seuls les regards restent perceptibles.
Là-bas, il a croisé tous ces yeux, dont certains lui parlèrent plus que d'autres.
Rien de plus mystérieux et envoûtant que le regard d’une femme voilée.
Curiosité attisée.
Frustration.

Au-delà de la barrière linguistique, c'est la barrière culturelle qui s’exprime.

Elle est restée près de dix minutes à ses côtés.
Avec elle il a partagé trois choses.
Un regard.
Un sourire voilé.
Et le silence.

Le ciel menaçant interrompit leur silence.

Elle s'est levée puis s'est envolée.
Il les a regardé s'en aller lentement.
Eux.
Elle et ses yeux rieurs.

Sauvagement attaqué par les gouttes, il se mit à ranger ses affaires de dessin.
La nuit était tombée.
Un des deux hommes qui avait épié la scène s’approcha de lui.
Là, dans cette rue, ils n'étaient plus que tous les trois.

Voyant qu'il commençait à se faire tremper, celui qui s'était avancé lui fit geste de suivre le deuxième homme.
Ils ne parlaient pas.
Il se tourna vers le deuxième.
Le deuxième se tenait à une porte ouverte et lui fit signe d'entrer.
Leur expression était indescriptible.
Il ne voyait pas l'intérieur de la pièce, elle était sombre. Très sombre.

Il était vingt et une heures vingt.
Il s'en souvient.
Il avait regardé leur montre de marque américaine.
Il n'en porte pas.

Il pleuvait maintenant.
Alors il les a suivi.
Il est entré dans cette pièce sombre. Noire. Etroite et très allongée.
Peut-être trois mètres de large.
Et derrière lui, ils ont refermé.
Porte cadenassée.
Dans l'instant, une impression bizarre.
Il se serait cru dans un film, la porte se refermant sur l'occidental symbole d'un « tu es entre nos mains ».
Mais il s'est avancé.
Au loin, une lumière timide mais scintillante.
Le long des murs, des sacs de plâtre entassés.
Ils lui demandèrent de poser ses affaires sur un sac à l'entrée.
Il leur répondit qu'il préférait les garder avec lui.
Merci.

Il s'approcha de la lumière au fond de cette longue pièce.
Et il découvrit alors huit yéménites à la mine patibulaire.
Vautrés comme des rois fainéants sur les sacs.
D'autres assis à même le sol, dos contre sacs.
En pleine pause qat.
Tous autour de quatre bougies rayonnantes.
Ils lui firent signe de s'approcher.
Ils lui firent signe de prendre place.
Et tous le regardèrent s'installer dans un silence de nuit saharienne.
Il s'assit à côté de deux kalachnikov.
Les prit.
Et les éloigna doucement.
Il ne ressentait rien.
Sauf l'étonnement dû à l'originalité de la situation.

Les deux yéménites qui l'avaient invité à entrer entamèrent une conversation avec celui qui semblait être le personnage le plus important de l’assemblée.
Durant une trentaine de secondes.

Dans un anglais incertain, pire que le sien, ce yéménite lui demanda d'où il venait et ce qu'il faisait dans la capitale.
Il le fixait du regard.
Rien ne transparaissait de son visage marqué, accentué par les ombres fragiles des bougies.

« Je suis français et suis venu dans ton pays pour marcher dans la montagne ».

Alors l'homme lui sourit.
Alors ils lui sourirent tous.
Alors l'homme l'invita à se servir du thé.
Alors ils l'invitèrent à consommer le qat.

L'homme voulut qu'il lui parle de la France.
Ils souhaitèrent qu'il leur montre ses carnets, ses dessins et savoir ce qu'il pensait de leur pays.

Ils échangèrent tous ensemble pendant une heure.

Ce fut un moment privilégié.
Moment singulier.
Authentique.

Leur visage s'est ouvert dès lors qu'il leur a précisé qu'il était français.
Et non américain.
De la France, ils connaissent et apprécient Jacques Chirac, mais aussi Zinédine Zidane.
Jacques Chirac pour sa position quant à la guerre du Golfe.
Zinédine Zidane pour son coup de tête lors de la finale de football France-Italie.

Cette scène est à l'image de ce que l'on peut penser des pays arabes et du Moyen-Orient.
L'approche froide imagée soupçonnant la peur cache et laisse place à une hospitalité et une proximité rarement égalées où le sourire, même voilé, reste la langue universelle.

14 janvier 2008

En direct


Ce lundi, 16h52.

Bernard est en slip sur son balcon.
Louise fume.

12 janvier 2008

Toi désert

C'était mi-décembre.
Ces soirées là, on en rêve.
Ces soirées là, on n'oublie jamais.

Certains n'en vivront jamais.
Pour d'autres, c'est leur quotidien.
Nous avions déjà parcouru de nombreux déserts.
Passé de nombreuses soirées autour de feux, théâtres de toutes les attentions.
Mais des soirées comme celle-ci, jamais.

Celle-ci avait ce goût si singulier.
Douze touaregs.
Trois guitares.
Trois jerricanes.
Un feu.
Deux théières.
Un sable chaud.
Une lune.
Un ciel étoilé.
Un désert.

Un souvenir.
Particulier aux côtés de Nabil Bali.

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09 janvier 2008

Partial Niger

Au début des années 90.
Là bas, au Niger.
Là bas, au Mali.
La rébellion.

Et puis le calme.

En 1995 on leur promettait un avenir meilleur.
Une paix consolidée.
Lui, l’Ifhoga, natif de Tidene, en fit un combat.
Lui, l’Ifhoga, natif de Tidene, en paya de sa vie.
Lui, Mano Dayak.

Tout a re-débuté en février.
Depuis quelques années tout se passait en silence.
La colère remontait peu à peu.
Mais en silence.

Et rien.
Rien ne changea.
Pire.
Certains profitèrent de cette paix retrouvée pour ré-exploiter.
Uranium.
Investir davantage.
Français. Chinois.
Les meurtrir davantage.
Lentement.

Eux.
La minorité sans droit de parole.
Elle.
Leur terre exploitée sans qu’ils ne bénéficient des retombées.

Uranium, détail parmi d’autres.

Alors tout a re-débuté en février.
A Iferouane au nord du bel Aïr.

Les touaregs se sont soulevés.
Car rien n’a changé.

Légitimement.
Pour se faire entendre.
Mais sanglant.
Car ne peuvent s’exprimer autrement.
N’avaient d’autre choix.

Ténéré à nouveau interdit.
Pourtant lui, le plus beau de tous.

Thomas et Pierre l’ont compris. Ils voulaient savoir.
Thomas et Pierre souhaitaient nous en parler.
Thomas et Pierre en paient aujourd’hui le prix fort.

Alors ils y sont partis.
Dans ce pays, le plus pauvre du monde.
Coûte que coûte.
Sans autorisation, ils seraient passés par l’Algérie. Ou la Lybie.
Mais ils l’ont eue.
L’autorisation.
Pour un autre prétexte.

Ils sont allés à Agadez.
Et dans l’Aïr.
Rencontrer les rebelles.
Et ils devaient se rendre à Niamey.
Rencontrer les autorités nigériennes.
Dans un souci d'impartialité.

Alors oui.
Ils sont bien allés à Niamey.
Alors oui.
Ils ont bien rencontré les autorités.

Mais tout ne s’est pas passé comme ils le souhaitaient.

Les autorités les ont arrêté.
Les journalistes étaient interdits à Agadez, dans l’Aïr et le Ténéré.

Sans doute le gouvernement de Niamey ne souhaite pas donner la parole aux rebelles touaregs.
Le gouvernement de Niamey n’a souhaité que couper la parole.
Celle des rebelles.
Celle de Thomas et Pierre.
Celle de la diplomatie.

Thomas Dandois et Pierre Creisson encourent la peine de mort.
Pour avoir simplement fait leur travail.

Leur travail...
Comme vous, Monsieur le Président Tandja.

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06 janvier 2008

Une Algérie en 4'29

Le Tassili N'ajjer.
Sur Tinariwen.
Zou!

Décembre 07

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04 janvier 2008

Improbable

Station Vaugirard.


C’était entre deux fêtes.
C’était entre deux rames de métro.

L’entre deux fêtes incite à quitter plus tôt.
Calme dans les bureaux.
Folie dans les boutiques.

Il était d’abord devant moi.
Lui, comme moi, prit Direct Soir avant de descendre.

Il était ensuite derrière moi.
Lui, comme moi, avait encore la carte orange.

Oui, je fais attention aux gens.

Pourtant il était normal.
Comme vous.
Comme moi.
Discret.
Passant inaperçu.
Jusqu’au moment où.

Je dis « pourtant il était normal ».
Alors ce qu’il allait faire est anormal ?
Aujourd’hui, sans doute.
Car nous ne sommes pas habitués.
Mais c’est bête.
Car cette « anormalité » devrait rentrer dans l’ordre de la normalité.
Mais paradoxalement, elle ne serait plus la même.

Alors nous étions sur le quai.

Il était ensuite à côté de moi.
Lui, comme moi, était en train de lire.
Mais pas Direct Soir.
Car lui, comme moi, l’avait jeté après l’avoir brièvement survolé.

Et son livre, à ce moment, je n’y ai pas fait attention.

La rame est arrivée.
Nous sommes montés.
Je me suis assis.
Il est resté debout.
S’est plaqué contre les vitres.

En face de moi, assis, une maman et son enfant.
Et une jeune femme.

Je continue ma lecture.
Oreilles noyées de Tinariwen.

Lorsque.

Lorsqu’il se mit tout à coup à interpeller les passagers du dernier wagon de la rame de 17h46, ligne 12, ce 27 décembre.
Tout haut.
Tout fort.
Nous regardant. Tous.

«
Dans cette période de fêtes, j’ai envie de vous faire partager un passage du livre que je suis en train de lire.
C’est un passage sur l’amour.
Je le trouve très joli.
Et je souhaitai que vous en profitiez aussi.
»

J’ai soudainement stoppé ma lecture.
Appuyé sur pause.
Et l’extraordinaire se produisit.
Il se mit à lire son passage.
Tout haut.
Tout fort.

Incroyable.
Formidable.

Je souris.
La maman et l’enfant ne souriaient pas.
Il les inquiétait plutôt.
Anormal ?
La jeune femme sourit.
D’autres personnes se retournèrent.
Et sourirent.

Alors silence.
Silence dans cette rame.
Juste pour l’écouter. Lui.
Nous lire un passage du « Prophète », de Khalil Gibran.

Il ne tremblait pas.
Il lisait avec une grande dévotion.
Il souhaitait vraiment faire partager.
Cela s’entendait.

Même si certains n’écoutèrent pas tout, tous comprirent l’originalité de la scène.

A Falguière, je descendis.
A Falguière, il continua.


Il est comme vous.
Et moi.
Anonyme.
Mais audacieux.
Joli.

02 janvier 2008

Grillé

J’étais sûr que j’en trouverai un.
Je ne m’attendais pas à en surprendre un si vite.
Dès les premiers moments.
C’était neuf heures quatorze après.
Mon premier.
Mais il a déjà dû y en avoir d’autres.
Et il y en aura encore d’autres.

Et pourtant tout semblait comme une journée ordinaire.
Mais voilà.
Le pouvoir de l’écriture.
Quelques mots écrits par quelques personnes.
Qui feront que nous changerons.
Sans le vouloir nous-même.
Mais contraints.

Alors lui, là, pourquoi ?
L’habitude ?
La rebellion ?
Ou l’oubli tout simplement ?
Et elle était déjà bien entamée.

Et l’autre.
Oui l’autre.
Il l’a laissé faire ?
Ou ne s’en est pas aperçu ?

Mais lui, c’était l’archétype même.
L’archétype de celui pour qui ce serait difficile.
Ce n'est pas une raison.
Alors on se plie.
On se range.
Pas le choix.

Ils sont quelques uns.
Quelques milliers sans doute.
A s’être déjà rendu compte de l’ampleur de la chose.
Il y a quelques mois.
Un an.
Ou deux. Tout au plus.
Ils le savaient.
Ils en parlaient.
Normal. C’est chez eux que ça se passe.
Premiers acteurs.

Mais ils auraient sans doute choisi un autre scénario.
Car aujourd’hui, ils le vivent.
Pour une grande majorité d’entre eux c’est une catastrophe.
Toute une atmosphère qui disparaît.
Leur atmosphère.
Leurs habitudes.
Leur fond de commerce.

Alors oui.
Oui, on va en causer.
Aujourd’hui.
Demain.
Ce mois-ci.
Car c’est nouveau. Cocasse.

Et après ?
Et après, ce ne sera plus nouveau.
Banal.
Rangé.
Frustrant. Pour nous.

Et lui, ce matin à 9h14, il jouissait de sursis.
Car il l’avait décidé.
Sa dernière ?
Peut-être.

Et tout ça.
Pour quelques mots écrits par quelques personnes.


« Tabac interdit dans les lieux de convivialité publique ».
Mais lui, il s'en est grillé une belle dans ce troquet.