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« Et si c'était vrai? | Page d'accueil | 1er jour, Mauritanie 2004 »

29 janvier 2008

De bon matin

Ces moments là, j’aime beaucoup.
Souvent, c’est mon premier sourire du matin.
J’aime bien.
C’est mignon.
Enfin, ça dépend de qui aussi.

Ce matin, c’est encore arrivé.
Et c’est un régal lorsque ça se passe de la même manière.
Ce matin, c’était vraiment collector.

Station Falguière, 9h03.

J’attends la rame.
M’assieds sur les sièges du quai.
Un jeune homme d’une trentaine d’années arrive et s’assieds à deux sièges de moi.
Il a l’air d’un champion de la trace d’oreiller.
J’ai forte affaire.
Sauf que lui a cet atout que je n’ai pas.
La fameuse tâche de dentifrice asséchée sur le coin de la bouche.
Chemise jaune du voyageur représentant placier.
Jaune Poste.
Sans doute VRP pour les glaces Miko ou autres cuisines Mobalpa.
Qui plus est, cravate Tintin.

Oui, il devait travailler pour une société.
Mais n’avait rien d’un général.
Rien d’un Jérôme Kerviel.
Il avait un sac de sport Waïkiki.
Comme quoi, ça doit toujours exister.
Sans doute allait-il muscler ses cuisseaux entre midi et deux.
Bref.
Je vais l’appeler Waïkiki.

La rame arrive.
Nous montons.
Je m’assieds.
Waïkiki reste debout.
Je les observe lire l’article de leur 20minutes sur le fameux trader qu’ils doivent idolâtrer.
Lui.
Et son Tintin.

Station Pasteur, 9h06.

Beaucoup de monde sur le quai.
Vais devoir faire un effort et me laver.
Lever pardon.
Monte alors parmi la foule une jolie brunette.
Un peu comme celle-ci.
En robe Maje (oui, je le savais).
Les boeufs entrant, Waïkiki est obligé de battre en retraite.
Waïkiki est contraint de lâcher la barre du métro qu’il tenait avec force et témérité et file se réfugier contre la porte du fond.
Point d’observation ô combien stratégique.
Brunette, quant à elle se faufile avec souplesse et finesse.
Oui, tous les trois.
Brunette est svelte.
Mais Brunette a le regard froid. Stricte.
Brrrr.
Net.

Et c’est alors que.
Et c’est alors que Waïkiki allonge soudainement son bras.
Et c’est alors que Waïkiki tapote sur l’épaule de Brunette.
Je crois rêver.
Et me dis :
« Non, il ne va pas le faire quand même... Kamikaze ok, mais ça là, c'est hors-catégorie! ».
Et :
« Alors là mon coco, si toi, ton Tintin et ton sac Waïkiki réussissez à entamer une discussion avec la jolie brune aux lèvres aussi brillantes qu’un malabar fraise fraîchement ruminé et qui plus est, au milieu de tout le monde en silence, alors je me fais moine sur le champs ! ».

Brunette se retourne.
De mon côté, à cet instant, j’ai peur.
Panique.
Je sens le séminaire tout proche.
Jusqu’au moment où.

Jusqu’au moment où j’entends le :
« Ah, salut ».
Durant une seconde je deviens blême.
Je me mets à trembler.

Je me mets à trembler rien qu’à l’idée de me dire que ce mardi 29 janvier 2008, je vais être dans l’obligation de devoir appeler mes frères bénédictins au fin fond de l’Yonne pour les avertir que je vais les rejoindre pour me nourrir de prières et les aider à vendre du cidre, des potirons, du pâté et du miel pour le bien de la communauté.
Et tout ça à cause de Tintin et d’un singe.

Non.
Impossible.
Impossible car cet état n’a duré une seconde.
Le temps que je remarque que le « Ah, salut » de Brunette était en fin de compte forcé.
Gêné.
Ouf.
Sauvé.
Oui.
C’était un « Ah, salut » de dépit.
Un « Ah, salut » synonyme de :
« Et merde, il est là lui.
Quel boulet.
Vais être obligée de lui parler.
De leur parler.
Lui.
Et sa tâche de dentifrice ».

Car Brunette est un peu comme nous.
Brunette n’aime pas parler dans un métro surchargé le matin avec un collègue de travail.
Vous savez, ces mêmes collègues qu’on évite au maximum et qu’on ne croise que derrière les vitres de son bureau à se forcer à leur sourire pour montrer aux autres qu’on connaît du monde dans la boîte.
Et ici, pire.
Justement dans le wagon du matin où personne ne parle.
Où certains terminent leur nuit.
Où certains enragent devant leur super Sudoku.
Où certaines lisent avec dévotion leur horoscope.
Où dans le silence du matin la parole se maquille.
Mais où toutes les oreilles restent attentives.

Alors ce fut le festival.
Waïkiki lui dit alors :
« Tiens, tu montes à Pasteur ? ».

Et j’ai vainement attendu le :
« Dis donc guignol, en plus d’avoir une tâche de dentifrice, tu as le sens de l’observation ! Et la trace que t’as sur la joue, c’est ton oreiller ou tu t’es endormi sur ta brosse à dents hier soir ? ».

Mais non.
Il n’est pas sorti.
A la place, j’ai entendu un :
« Oui, comme chaque matin ».
Et Brunette se retourne.
Gênée.

Et puis plus rien pendant une dizaine de secondes.
Ces fameux blancs qu’on aime tant.

Station Volontaires, 9h09.

Mais Waïkiki insiste.
Et Waïkiki répond :
« Ah, c’est bien ça. Mais qu’est-ce qu’il y a comme monde ce matin, non ? ».
Deux secondes d’attente.
Brunette se retourne vers lui et dit :
« Comme chaque matin ».
Waïkiki :
« Ah oui c’est vrai. T’as raison ».

Et puis plus rien.
Rien.
Brunette regardait ses pieds.
Brunette regardait la carte du métro.
Brunette était rouge.
Brunette cherchait à occuper ses mains.
Brunette regardait son Ipod qu’elle avait par politesse quand même enlevé.
Mais Brunette n’osait pas le remettre sur ses oreilles.
Car Brunette savait tout de même que ça ne se faisait pas.
Il s’agît d’un collègue tout de même.
Mais voilà.
Dans ces moments là, le temps s’écoule au ralenti.
Le monde autour prêt à capter la moindre suite de la discussion.

Waïkiki, lui, il s'en fiche qu'elle ne parle plus.
Waïkiki, il pense que Brunette est timide car elle est rouge comme une tomate sicilienne.
Waïkiki, il sourit car il sait qu'il va accompagner Brunette à la sortie du métro jusqu'au boulot.
Peut-être même que Waïkiki attendait ce moment depuis longtemps ?

Mais là, pour elle, il ne manquerait plus que la rame ait une avarie et qu’elle stoppe.
Elle redoute ce moment.
Déjà qu’elle se doute qu'encore une fois par politesse elle va devoir faire la route avec lui en sortant.
Huh !
Courage, prendre sur soi!

Station Vaugirard, 9h11.

Je descends.
Et abandonne Brunette et Waïkiki à leur destin.

Je jubile.
Je ne serai pas séminariste ce soir.
Et ne vendrai pas de miel sur le marché d’Entraygues-sur-Truyère en plein hiver, nus pieds dans les mêmes sandales que les touristes allemands à Ibiza.

Alors vivement demain.
Pour peut-être avoir la chance de revoir mon Waïkiki.
Avec j'espère, une trace de Nesquik sur le bord des lèvres.

Commentaires

Excellent...ces petites scenes du quotidien... ça se boit comme du petit lait... j'aime bien votre plume. J'ai même rit (chose rare pour moi sur les blogs ecrit du net). On a l'impression d'y être.

C'est vrai que le transport en commun est un lieu de vie riche en anecdotes. Moi même qui suis dessinatrice, y trouve source d'inspiration. Je les croque sur mon petit carnet planqué, rusant de discretion pour tracer trait pour train quelques lignes de vies... un voyage en soi!

Écrit par : aurélie | 30 janvier 2008

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Retrouver tes textes, c'est un peu comme la brioche aimée du petit déjeuner.. Un plaisir sans cesse renouveler !

Écrit par : Pascale | 10 février 2008

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Pascale, il aurait manqué que te dises "... et devant Telematin et la météo de Laurent Roumeijko" !!!

Écrit par : Maxime | 12 février 2008

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Sacrilège !!!! Un petit déjeuner, c'est uniquement en musique ... C'est un moment de plaisir ...Pas une punition ...
Bonne journée ou moment où tu liras ça ... !

Écrit par : pascale | 13 février 2008

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