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09 novembre 2007

Louise et Bernard

C’est l’automne.
Alors les arbres changent.
Celui-ci est passé du rouge vif au nu en deux jours.
Celui-là est encore jaune Poste pour aujourd’hui.
Très joli.

L’avantage des pauses cigarette au boulot.
On regarde et prend le temps de voir l’automne s’installer en semaine.
On entend des conversations de l’étage supérieur.
Comme celle-ci.
Par contre, lui, il reste le même.
Lui.
Le monsieur du septième étage de l’immeuble de gauche.
Pas très bel immeuble d’ailleurs.
Je l’appelle Bernard.
Bernard vit seul.
Du moins, de neuf heures à dix-neuf heures Bernard est seul.
Seul avec son balcon.
Pas très beau balcon d’ailleurs.
Pas très beau tout court Bernard d’ailleurs.

Monsieur Bernard a la quarantaine.
Je sais.
Mes yeux de chat me l’ont dit.
Oui, son appartement est assez loin.
Bernard, l’archétype de l’homme seul.
Du vieux garçon. La quarantaine.
De l’homme en quarantaine.
Pas très beau.
Mes yeux de chat radotent.
Je sais.

Mais Bernard est original.
Malgré tout.
Oui.

Quand il est là, dans l’après-midi, Bernard est quasiment nu.
En slip.
Généralement blanc.
Comme sa peau.
Couleur cumulus.
Bernard a une pilosité développée.
Bernard a une bedaine développée.
Bernard n’a pas les lunettes de Mac Lesggy.
Car Bernard a une monture de lunettes en métal années septante et des verres cul de bouteille.
Je sais.
Mes yeux de chat me l’ont dit.

Bernard, ses affaires sont posées sur une chaise.
Sur son balcon.
Bernard, il prend un malin plaisir à enlever.
Remettre.
Ses chaussures qui sont aussi sur son balcon.
Alors Bernard, il s’habille. Parfois.
Et en lui, je vois celui qui se prépare chaque après-midi comme s’il devait se rendre à un rendez-vous galant.
Alors j’imagine.
J’imagine que Bernard espère.
Que Bernard attend beaucoup de ce rendez-vous galant.
Ce se sent.
Bernard doit être de ceux qui se focalisent sur chaque rendez-vous galant.
Ils doivent se compter sur les doigts de la main.
Monsieur Bernard, il semble vide.
C’est triste.
Chaque jour.
Le rituel.
L’éternel recommencement.
Ce vide. Quotidien.

Chez Bernard, ce n’est pas beau.
Les murs sont ternes.
Les rideaux jaunis.
Les volets abîmés.
La décoration semblable à celle d’un plat somalien.
Et lui.
Ce fameux néon blanc de cuisine.
Je sais.
Mes yeux de chat me l’ont dit.

Dis, monsieur Bernard, pourquoi tu sembles si malheureux ?


En revanche, en face de moi, en bas, à une trentaine de mètres, c’est Louise.
Oui, je l’appelle Louise.
J’aime bien madame Louise.
Louise, elle sait prendre soin de ses plantes.
J’aurai du prendre exemple sur elle.
Pour mon bonsaï et mon oranger.
Je leur ai donné de l’eau à coups de procrastination.
Louise a peu de plantes.
Mais elle aime les regarder quand elle fume.
Louise semble heureuse.
Louise, elle est élégante.

Sa maison est un trésor.
Deux étages.
Louise est au premier.
Une ancienne immense maison bourgeoise habillée de lierre que même le plus habile des jardiniers ne saurait embellir.
La maison dans laquelle vit Louise a vécu.

Louise vit seule.
Du moins, de neuf heures à dix-neuf heures Louise est seule.
Mais Louise n’a pas tout le temps vécu seule.
Je le sais.
Ce ne sont pas mes yeux de chat qui me l’ont dit.
Louise passe son temps dans son salon.
Sur la table de son salon.
Mais ils n’ont pas su me dire ce qu’elle y faisait.
Peut-être écrit-elle?
Louise est en âge d’écrire.
Car Louise, elle a du temps.
Louise, elle a une soixantaine d’année.
Je sais.
Mes yeux de chat me l’ont dit.

Louise, j’aimerai qu’elle écrive dans son salon.
Des histoires.

Dont une sur celui qu’elle aperçoit.
De temps en temps, l’après-midi.
Sortir dehors, en face de chez elle, plus haut, fumer sa cigarette.
Celui qui la regarde, elle, et Bernard.

Et puis une autre histoire.
Où elle rendrait heureux monsieur Bernard.

Dis, madame Louise, tu rendras heureux monsieur Bernard un jour?
Avant de m'écrire quelque chose.