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05 octobre 2007

Nocturne

Après réflexion, il est un grand drâme.

Nous sommes bizarrement faits.
Etrange.
Dérangeant.
Frustrant. Surtout.
Ce besoin de sommeil quotidien.
Encore plus étrange.
Encore plus bizarre.
De se dire que le sommeil peut être frustrant.
Mais c'est simple.

On dit toujours que nous n'avons jamais le temps de ne rien faire.
Et pourtant, si.
Nous faisons tout.
Tout ce dont nous avons envie.
Mais nous y passons moins de temps, car nous en manquons. Parfois.
C'est tout.
C'est simple.

Mais.
Nous sommes devenus gloutons.
Gloutons de notre temps.
De notre temps personnel.
Du temps pour soi.
Alors on en a. Oui.
Mais on en veut.
Davantage.
Encore plus.
Toujours plus.
Et dès que l'on en a toujours plus, il nous en faut encore plus.
« Davantage encore toujours plus de celui qu'on a toujours plus ».
Des paliers à atteindre.
Effet boule de neige.
Cercle vicieux.
Exigence.
Derrière se cache un caprice.
En fait.

Mais voilà.
On se met à imaginer.
On se met à rêver.
Que nous pourrions ne dormir que trois heures par nuit et se reveiller le matin en ayant l'impression d'en avoir dormi huit.
Imaginer.
D'abandonner l'appel de la couette d'une heure du matin pour le décaler à celui de cinq heures.
Et de se lever à huit.
Trois heures.
Juste trois heures de sommeil.

Alors les journées rallongeraient.
Les journées rallongeraient de quatre heures.
Les semaines rallongeraient de vingt-huit heures.
Les mois rallongeraient de cent-douze heures.
Les années rallongeraient de mille-trois-cent-quarante-quatre heures.
Alors les années rallongeraient de presque soixante jours.
Alors les années rallongeraient de presque deux mois.

Deux mois pour soi.

Chaque soir.
Entre une heure et cinq heures du matin.

Alors on imagine que deux de ces quatre heures quotidiennes seraient vouées à la création.
Un mois supplémentaire rien que pour la création.
Un mois sur douze à créer.
Dessiner.
Peindre.
Sculpter.
Filmer.
Composer.
Photographier.
Tailler.
Chanter.
Mélanger.
Ecrire.
Je n'ose imaginer quels artistes nous deviendrions.
Imaginez.

Alors on imagine qu'une de ces quatre heures quotidiennes serait vouée à la connaissance.
Quinze jours supplémentaires rien que pour apprendre.
Lire.
Dévouvrir.
Regarder.
Interroger.
Chercher.
S'etonner.
Réfléchir.
S'émerveiller.
Je n'ose imaginer quelle culture nous developperions.
Imaginez.

Alors on imagine qu'une de ces quatre heures quotidiennes serait vouée à l'autre.
Quinze jours supplémentaires rien que pour l'autre.
Communiquer.
Appeler.
Partager.
Aider.
Réconforter.
Rire.
Echanger.
Pleurer.
Jouer.
Taquiner.
Câliner.
Savourer.
Je n'ose imaginer quelles relations nous cultiverions.
Imaginez.

Le temps, cette quête.

Je sais.
Je rêve.
Mais.

C'est comme ça.

Apprenons déjà à savourer le peu que l'on puisse avoir.
Qualité prime à quantité.



Vous vous posez la même question.
Je sais.
Oui.
Mais non.
On ne mange pas la nuit.
Non, ce n'est pas bon.

Vais me coucher.


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