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30 septembre 2007

God bless you

D'ordinaire je n'écris pas le dimanche.
Oui, le dimanche, c'est rosbeef et haricots verts du jardin.
Aucun rapport. Je sais.
J'aime les aucun rapport.

Mais je n'y peux rien.
Suis juste tombé dessus.
Ce dimanche matin au ciel dégagé.
Déjà, quel bonheur.
A l'heure où Laurent Cabrol essayait de nous vendre son four micro-ondes multi-fonctions.
Mais j'en ai déjà un.
Alors tant pis.

Alors j'ai hurlé.
De rire.
Surtout qu'ils en ont un à Lille.
Surtout qu'ils vont en avoir un au Mans.
Encore.
Je vais être cerné.
Atchoum.

Alors j'ai hurlé.
De rire.
Je vais aller à Vernaison.
Il faut que je le trouve.
Obligatoire.

Pourtant ils sont mignons.
Pourtant ils sont rigolos.
Pourtant, j'aurai envie de jouer avec eux.
Oui, au fond, je les aime bien.
Bien qu'ils soient ingrats.

Alors j'ai hurlé.
De rire.
En allant ici.

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28 septembre 2007

Intouchables

Eux, c’est comme elle.
Je les trouve géniaux.

A l’université, j’ai appris à parler leur langue.
A l’université, j’ai appris à les reconnaître.
A l’université, j’ai appris à savoir.
Pourquoi.
Certains étaient dodus.
Certains étaient fins.
Certains étaient absents.
Certains oscillaient entre le noir et le blanc.
Pourquoi.
Ils étaient là.
Oui. Il arrive qu’on apprenne des choses à l’université.
Et intéressantes parfois.

Mais bien avant l’université je les connaissais.
Déjà.
D’ailleurs je les ai toujours connus.
Vous aussi.
Sauf les bédouins, qui les connaissent moins.
Et puis les touaregs.
Mais un peu.
Normal.

Et les plus beaux ?
Où se cachent-ils ?
Dans les hauts plateaux tibétains ils sont fabuleux.
On les côtoie, là.
Mais autre part aussi.

A Londres, ils viennent nous voir.
Directement.
Sans gêne.
A Londres, ils font partie du décor de la rue.
Mais à Londres, ils sont tristes.

D’ordinaire on les préfère quand ils sont absents.
Normal, c’est signe de sourire.
D’autres les préfèrent callypiges.
Surtout en Bretagne.
Normal, ils inspirent le nostalgique, un certain romantisme.

Pour les plus imaginatifs, ils sont tout à la fois.
Un objet.
Un animal.
Un visage.
Une posture.
Une scène.
Un message.
Mais jamais un sentiment.
Quoique.

Ce sont de vraies stars.
On en parle toute la journée.
Ils sont source de toutes les conversations.
Faîtes attention, vous verrez, chaque jour vous en parlerez.
Sans aucun doute le sujet le plus abordé au monde, le plus courant et dans toutes les cultures.
Normal, ils sont universels.

En perpétuel mouvement.
Ils nous ressemblent un peu.
Eux aussi pleurent.
Eux aussi s’énervent.
Quand ils pleurent, on les évite.
Quand ils s’énervent, on se cache.
Normal.
…Non, justement. Ce n’est pas normal.

On aimerait que certains fuient. Plus vite.
Ouste. Du balai.
Ou restent.
Pour nous protéger.
Oui, parfois, ceux-là, on les bénit.
Sans eux, nous ne serions plus ici.
Et depuis longtemps.
Très longtemps.
Ils sont vie.


Les nuages.

26 septembre 2007

Mot à l'eau

Je défie quiconque de ne pas aimer.
Oui, bien sûr, tout le monde n’en rêve pas, mais on aimerait.

On aimerait se retrouver.
Là.
Dans la mer.
Aux abords d’une plage.
De sable.
De galets.
Ou de rochers. Tout simplement.
Et la voir.
Elle, brillante.
Quoique.
Pas forcément brillante.
Mais l’apercevoir.
Elle.

Bien sûr, on en a déjà vu.
Haddock, lui, aimerait en trouver une pleine.
Mais trop souvent, ce sont des ordinaires.
Ouvertes. Gorgées d’eau. Négligeables. Abandonnées. Jetées. Hop, fous moi le camp.
Mais jamais celles qui font rêver. Qui transportent.
Non, c’est extrêmement rare.
Compressées d’oxygène.
Et surtout, habitées.
En recueillir ne serait-ce qu’une, authentique, serait d’une excitation affolante.

Une bouteille à la mer.
Habitée.
De son mot.

J’ai toujours trouvé fabuleux que l'Océan, parcourant plus de sept mille kilomètres, vienne échouer à mes pieds.
Là.
Juste devant moi.
Elle, ce serait pareil.
Qui choisissent-elles?
Y a-t-il un élu comme ici ?

Sauf que.
Sauf qu’elle aurait pu provenir de la plage d’à côté.
Ou d’une autre éloignée de dix.
Cent.
Mille.
Cinq mille.
Dix mille, kilomètres.

Sauf que.
Sauf qu’elle aurait pu être envoyée ce matin.
Hier.
La semaine.
Le mois.
L’an.
Le siècle, derniers.

Alors on imagine.
Alors on imagine que Maiba est vénézuelienne.
Que Maiba a grandi au milieu de la jeunesse dorée de Cumana.
Que Maiba, tous les soirs, elle nage dans l’Océan.
Elle aime l’Océan.
Seule ou accompagnée.
Que Maiba, elle s’en fiche d’être seule.

Mais un soir, Maiba ne se baignera pas.
Ce soir-là, au moment d’approcher ses pieds dans cet Océan qui se termine là, Maiba, la verra.
Maiba lui donnera un coup de pied.
Elle roulera.
Elle sortira de l’eau.
Toujours de ses pieds, Maiba la frottera, la nettoiera du sable humide.
Maiba se baissera.
Maiba la prendra.
Maiba se relèvera.
Ses yeux brilleront.

Pour Maiba, cette bouteille valait toutes les baignades du monde.

Maiba aurait alors une mission.
Sa mission.
Comme si cette bouteille qui lui était arrivée était un trait d’union.
Entre des mots d’antan et de demain.
Prendre contact.
Avec qui ?
Où ?
Pourquoi ?
Comment ?
Toujours ?

Mais Maiba ne connaissait pas le langage.
Le langage de la bouteille.
Cette bouteille qui avait quelque chose à lui dire.
A lui raconter.
Elle ne connaissait pas le langage du mot.
Ce mot qui avait une histoire à lui faire partager.

Alors elle savait qu’il lui faudrait du temps.
Du temps avant de déchiffrer le mot.
Ce qui rajoutait à son excitation.
Maiba serait heureuse.
Dans l’attente.
Dans ses rêves.
Dans sa quête.
La quête du mot mystérieux.

Forcément, plus tard, elle le serait moins.
Heureuse.
Une fois qu’elle aurait découvert et compris le mot.
Une première page se tournerait.
Une première vague s’en irait.

Mais forcément, plus tard elle le redeviendrait.
Heureuse.
Si cette personne qui avait envoyé ce trésor lui répondrait.
Elle. Ou une autre.
Et s’engagerait une correspondance.
Superbe.

Tant de mystère autour de la découverte du mot.
Provenant.
D’une âme vagabonde ?
Nostalgique ?
Joueuse ?
Rêveuse ?
Audacieuse ?
Fantaisiste ?

Remuer ciel et mers.
Pour vivre à travers quelqu’un.
Pour faire revivre quelqu’un.
Faire rêver quelqu’un.
Qui peut-être a oublié.
Il y a cinquante ans.

Imaginer.

24 septembre 2007

Sans commentaire

Ca me fait bizarre.
Et ça fait une semaine maintenant.
Quand on y a pris l'habitude, le changement perturbe.
Du moins, cette habitude là.
On dit que seuls les idiots ne changent pas.
Oui, mais là, vous en conviendrez, cette habitude est synonyme de je vais bien tout va bien.
Normal. Elle est humaine.

Ca ne pouvait pas durer.
Je le savais.
Mais j'aurai préféré être le premier à partir.
D'ailleurs, d'ordinaire, je préfère être le premier à partir.
Et aujourd'hui, elle n'est plus là.
Définitivement.
Une figure.
Que lui est-il arrivé?


Ce matin, je ne travaillais pas.


Tout remonte à trois ans et demi.
J'arrivai dans le quartier.
Elle était la figure du quartier.
Elle était la figure de la rue.
Elle vivait ici.
Hiver comme été.
Ici, sur le trottoir.

Des gens, elle n'acceptait rien.
La première fois, j'avais essayé de lui offrir un café. Dans un gobelet.
Elle n'en a pas voulu.
Elle m'a envoyé balader. Avec ses gestes.
Certains de mes amis ont essayé.
En vain.
Aussi.
Elle marmonnait tout le temps.
Oui, elle avait énormément de mal à s'exprimer.
Peut-être car on ne lui a pas parlé pendant une longue période.
Peut-être sa lacune d'expression orale est la cause de cette vie sur le trottoir.
Peut-être ne parlait-elle pas tout simplement notre langue.
Aucune idée.

Elle n'aimait pas qu'on lui donne.
Elle n'aimait pas qu'on lui prête.
Si.
Qu'on lui prête attention.
Simplement.
En lui parlant. Notre langue.
Alors elle répondait, souriante parfois, en marmonnant, en faisant ses gestes bien à elle.
Oui, elle n'aimait que d'en recevoir des autres. De l'attention.
Elle avait cette humeur d'enfant, du haut de ses ... ans.

Alors elle amassait.
Alors elle amassait cartons, vêtements qu'elle dénichait par elle même.
Elle vivait devant un local commercial. Avec des grilles.
Alors elle cachait ses affaires derrière la grille.
Elle cachait sa vie derrière la grille.

Le samedi, c'etait le jour de la lessive.
Avec un seau. Et puis elle faisait sécher ses affaires sur les cartons.
Avec minutie.
Après, elle se faisait un bain de pieds dans le seau.
Je m'en souviens, l'hiver, la chaleur revigorante du seau fumait.
Elle avait un balai aussi.
Je lui enviais sa fougue pour le balai. Celle-ci, je ne l'ai pas.
Elle balayait son morceau de trottoir.
Son morceau de trottoir...
Elle était chez elle.
Elle était notre voisine.
Que nous n'avons jamais invité pour la soirée des voisins d'ailleurs.


Les gens passaient.
Certains la regardaient avec dégoût.
Certains changeaient de trottoir.
Certains l'ignoraient.
D'autres avaient de l'empathie.
Ceux-là, parfois, lui donnaient une pièce.
Il ne fallait surtout pas.
Elle prennait la pièce et la leur rejetait. Aussi sec.
Synonyme de « gardez votre argent ».
Alors après elle marmonnait.
Alors après elle était énervée.
Elle ne souriait plus.
Là, j'aurai aimé qu'elle parle.
Là, j'aurai aimé entendre ce qu'elle avait à dire.
De ma fenêtre. Là.

Je ne l'entendrai jamais.
Encore moins aujourd'hui.

Depuis un mois, dans le local commercial, des travaux ont commencé.

Ce week-end, je recevais.
Samedi matin, à l'heure où j'allais chercher les pains au chocolat dégoulinant de saveur, les travailleurs ont jeté certaines de ses affaires.
Et lui ont laissé le reste.
Elle n'était toujours pas là.
Dimanche non plus.
Ce matin non plus.

Et ce matin.
Et ce matin, ils ont jeté toutes ses affaires.
Ils ont aussi jeté ses affaires cachées derrière la grille.
Ils ont jeté une partie de sa vie.

A la fenêtre.
Je le vois faire.
Alors je veux savoir.
Je descends.
Enfile un jean.
Sans ceinture.
Pas le temps.
Je vais le voir.
Je lui demande.
Pourquoi.

Il me réponds, dans un français-polonais hésitant
- à croire que ce trottoir est fait pour les naufragés de notre langue -
« la poulice l'a plise ».

Elle a disparu.
Le nouveau propriétaire du local a appelé la police.
Elle a disparu.
Car elle s'est faite jeter comme ses affaires.
Elle a disparu.
Pour laisser place à un institut de bronzage UV.

...

20 septembre 2007

Du petit lait

Mardi midi.
13h27.
Ou vingt-huit. Je ne sais plus. Le soleil était caché.
Je m'en souviens.

Pause café.
A l’extérieur.
Terrasse.
Comme d’habitude. Tous les midis.
Depuis plus de six mois maintenant.

Et puis je regarde.
L’œil gauche écoutant les conversations des collègues.
L’œil droit, quant à lui, surveillant une éventuelle Isis la scène de la rue.
Jusqu’au moment où.

Jusqu’au moment où, brusquement, l’œil gauche détourne son regard lui aussi vers la scène.
Aïe. Doucement œil gauche, sois délicat s’il te plaît.
A ce moment, ils sont tous les deux grand ouverts. Scotchés. Prêts à bondir.
Ils sont déjà en mode capture.
Le film peut commencer.

Moteur.

Il y avait lui.
Il y avait elle.
Et il y avait lui aussi. Leur couple.
Ils étaient deux.
Enfin trois. Avec leur couple.
Ah. Quatre en fin de compte.
Oui, quatre avec leur complicité.
Mais ils sont tout frais. Tous les quatre. Ca se ressent.


Acte I. Mythique.

Sur le trottoir d’en face.
Suis vautré sur le siège en rotin, oeil gauche et droit à l’affût. Mais discrets. Toujours.
Ulysse et Pénélope s’enlacent.
Ulysse et Pénélope s’embrassent.
Pénélope sur la pointe de pied gauche, jambe droite repliée dans l’air. Cliché. Joli.
Ulysse et Pénélope se chuchotent à l’oreille.
Ulysse et Pénélope esquissent de petits rictus.
En silence, je ne rate rien. Mes collègues, eux, si.
N’ont qu’à être attentifs. Tant pis.


Acte II. Insistance.

Toujours sur le trottoir d’en face.
Eux, face à face.
Bras tendus, main dans la main.
Ils se fixent. Avec violence.
Sans parole.
Si. Juste celle des violents regards.
J’aime déjà.
Avançant à reculons. Doucement. Lentement. Très lentement.
Oui, dans quelques secondes ils vont se quitter.


Acte III. Douleur.

Ils se lâchent.
Ils se quittent.
Partent. S’enfuient.
Chacun de leur côté.
Lentement.
Evidemment, ils avaient déjà prévus de se quitter depuis cinq minutes, mais sans y parvenir.
Classique.

« 
Ulysse - Vas-y toi.
Pénélope - Non, toi d’abord.
Ulysse - Non, je t’en prie.
Pénélope - Je ne veux pas te quitter.
Ulysse - Moi non plus.
Pénélope - Allez, on n’est pas sérieux.
Ulysse - On y va.
Pénélope - Je n’y arrive pas.
Ulysse - Moi non plus.
Pénélope - On fait quoi alors ?
Ulysse - Un scrabble ?
Pénélope - Hihi
Pénélope - Arrête, tu me fais rire. Et j’aime lorsque tu me fais rire.
Ulysse - Si tu me dis ça, je ne vais pas pouvoir partir.
Pénélope - A trois on y va.
Pénélope - Un.
Ulysse - Deux.
Pénélope - Trois.
Twingo - Tûût
Pénélope - Zut !
Pénélope - Non, allez. Il faut y aller. Ce n’est pas raisonnable.
Ulysse - Alors ferme les yeux.
Pénélope - Et quand je les ouvrirai de nouveau tu seras parti ? Non, c’est trop dur.
Ulysse - Allez, ferme les yeux et reculons petit à petit.
 »


Acte IV. Délice.

Ulysse et Pénélope se sont quittés.
Ulysse et Pénélope sont partis, chacun de leur côté.
Le délice peut alors se mettre en place.
Cela s’est passé comme ça.

Cinq mètres plus loin, Ulysse se retourne.
Première fois.
Deux secondes.
Cinq mètres plus loin, Pénélope ne se retourne pas.
Ulysse repart.

Dix mètres plus loin, Pénélope se retourne.
Première fois.
Une unique seconde.
Dix mètres plus loin, Ulysse ne se retourne pas.
Pénélope repart.

Vingt mètres plus loin, Ulysse se retourne.
Seconde fois.
Ulysse s’arrête.
Trois secondes.
Vingt mètres plus loin, Pénélope ne se retourne pas.
Ulysse repart.
Penaud.

Cinquante mètres plus loin, Pénélope se retourne.
Seconde fois.
Une seconde. Très brève.
Cinquante mètres plus loin, Ulysse ne se retourne pas.
Pénélope repart.
Soixante mètres plus loin, Pénélope quitte la rue.

Soixante mètres plus loin, Ulysse se retourne.
Troisième fois.
Dernière fois.
A peine une seconde.
Pénélope a disparu.

Ulysse est reparti.


De lui à elle, d’elle à lui.
C’était Troie.
Ulysse et Pénélope.
Et moi.
Trois.
A avoir tout suivi.

Les regards se sont perdus.
Mais la scène ne l’a pas été pour tout le monde.
Merci.

Maxime, bouche en croissant de lune à Johannesburg.

19 septembre 2007

Ouais ben ouais

J’avais oublié.
C’était dimanche soir. Dans le TER.
Je rentrais.
J’ai ouvert l’oreille, et le stylo.
Discrètement, ça va de soi.
Voici une des deux.
Mot pour mot. Elle.


«
- Ouais.
- Tant qu’je suis toute seule, ça aide.
- Ouais. Mmm.
- Et les gens sont pas sympas.
- T’as trop d’taf ?
- Ah ouais ?
- Tu fais des horaires de ouf ?
- Ouais.
- Ouais.
- Tu bosses sur quoi ?
- Ah ouais.
- Ouais ouais.
- Ouais.
- Ca fait un an qu’t’es embauchée ?
- Ouais.
- Ouais ben ouais.
- Ben voilà.
- Ben moi, pas mal de travail.
- Juste dix jours de vacances. Les gens étaient zens, c’est une activité hyper saisonnière, alors j’attendais septembre avec impatience.
- Ouais. Du coup, j’partais plus tôt l’soir.
- Ouais ouais ben ouais.
- Ah ouais ?
- T’as eu des vacances aussi ?
- Ah sympa. Ah ouais c'est chouette !
- Oui oui.
- D’accord.
- D’accord.
- Mmm mmm
- Ouais.
- Oula ! Il était là pendant qu’vous étiez là ?
- Ouais.
- Ouais ouais.
- Ouais.
- Ben oui.
- Ouais.
- Oui ben oui. Vous avez visité quoi ?
- Ouais.
- Ben ouais. Vous avez parlé anglais ?
- Ouais.
- Ouais ouais. D’accord.
- Au Canada c’est comme ça aussi ouais.
- On est en période bleue ou blanche ?
- Hihi.
- Et elle a quel âge ?
- Ta grand-mère s’en est occupée ?
- Ouais ben ouais.
- T’as une grand-mère en or. Elle est trop géniale. La mienne est gentille ouais mais dure, elle nous adore, elle nous aime mais elle a eu une vie difficile.
- Ouais ouais.
- Tout l’temps à faire des gâteaux mais pas affective tu vois.
- Ouais.
- Ah ouais c’est génial.
- Ouais.
- Ah ouais. Mais c’est bien les Week-ends comme ça. T’as bien mangé, nous aussi. J’ai mangé des barbecues histoire de bien commencer la s’maine.
- Oui.
- Tu fais toujours du sport ?
- Ben moi j’ai arrêté. Ouais fais chier d’lâcher 750 euros.
- Oui, l’tennis une année.
- Mmm mmm
- Ouais.
- Ouais, ben ouais moi aussi.
- Ouais.
- Ouais, faut qu’j’essaie aussi.
- Faut moins manger le soir. Le midi oui et le matin.
- Ah ouais ? j’savais pas qu’tu pouvais continuer après 25 ans !
- Ouais.
- Ah ouais ? Et Mathieu ?
- Ah cool.
- Non mais moi j’aime pas, sauf quand j’reçois.
- Ouais.
- Ben ouais.
- Ben moi aussi.
- Ah ben ouais j’aimerai bien aussi.
- Ouais ouais.
- Ah oui ?
- Ouais ben ouais.
… »


Non, ce n’était pas elle qui tenait les rênes de la conversation.
Impressionnant.

18 septembre 2007

1, 2, 3, nous irons au bois

Ni une ni deux. Il n’en fallait pas plus.
Ce serait fabuleux.
Ils ne seraient pas les premiers. Non, sans doute pas.
Quoique. Sûr qu’ils se comptent sur les doigts de la main.
Faut être barré quand même. Givré.
Mais la folie, c’est chouette aussi de temps en temps.
Après eux, d’autres essaieraient aussi. Forcément.
Vous peut-être.

Se retrouver. Seuls. Dans un décor de bois.
Autour, l’anarchie de plantes. D’arbres.
La tête dans les étoiles.
Comme là bas, au pays du sable.
Le sable en moins, l’excitation en plus.

Par contre tout serait ficelé. Ah oui. Quand même.
Minutieusement préparé.
Chaque pause. Chaque détail. Ne rien oublier.
Telle est la clé du succès.
Une organisation digne d’une attaque Napoléonienne.
Celle de Bérézina, on dirait qu’ils la mettraient de côté.
Ce qui serait à craindre, ce serait les espions prussiens mal intentionnés qui s’y seraient glissés aussi.
C’est un risque.
Mais après tout, l’ensemble n’est que risque.
Mais pas d’originalité sans risque.

Alors ils diraient qu’ils l’ont fait. Eux.
Ils seraient critiqués.
Ils seraient admirés.
Ils seraient traités.
D’irresponsables.
Après tout, ce n’est qu’un jeu.
Ils en seraient capables.

Arrivée en soirée. Tard. Presque à la fermeture.
Le jeu commencerait par une séance de cache-cache. Sacs au dos. Avec les hommes bleus.
Se faufiler. Retenir son souffle. Sentir son cœur s’emballer.
Adrénaline.
Puis pause.
On déballe.
Enfin.
On souffle. On savoure. On profite. On rit. On s’aime.
Enjoy.
Déjà, c’est gagné.

Puis, on remballe.
Puis on se cache.
Puis de nouveau on se faufile.
Puis de nouveau on retient son souffle. Le cœur s’emballe.
Adrénaline II, le retour.
Puis on court ! Court, court !
Là, c’est encore gagné.
Extraordinaire.

Quoiqu’il arrive, plus tard, ce serait de l’ordre de l’anecdote.
A raconter aux enfants, quand ils seraient grands. Très grands quand même.
A raconter aux petits-enfants. Quand ils seraient grands. Très grands quand même.
A ne raconter qu’aux très grands en somme.


Ca, c’est imaginer.
Imaginer avant de réaliser.
De réaliser… Une nuit à la belle étoile, dans un parc, en plein Paris.
Alors ?
Fou ?

Un risque.
Le lendemain matin, les gardiens les attraperaient.
Zut. Flûte.
Mais c’est réalisé.
Procès.
Jugement (petit sans doute).
Amende.

Mais aussi, imaginons cette juge.
Sévère au premier abord.
Et eux, là, devant-elle, jouant les mauvais enfants, tête baissée synonyme d’un
« Excusez-nous madame, nous voulions seulement jouer ».
Et elle, toujours avec son air sévère, par-dessus rajoutant
« Ces pratiques sont interdites par la loi. Une amende vous sera demandée ».
Normal. La juge exerce son métier.

Mais elle viendra. Plus tard. A la fin de l’audience. Discrètement.
S’approchera de la jeune femme, main sur l’épaule, sourire malicieux et lui chuchotera à l’oreille
« J’ai trouvé votre audace touchante. J’aurai aimé, dans ma jeunesse, que mon fiancé me propose de réaliser une telle folie, rien que pour s’amuser… ».

17 septembre 2007

Rencontre kalachnikovée

25 mars 2007.
Sana'a, Yemen

C'était le dernier jour. Enfin la dernière soirée plutôt.
Nous avions marché quinze jours durant.
De retour dans la capitale.
J'aimai le pays de la reine de Saba, j'aimai cette capitale.
Ce soir là, le ciel devenait de plus en plus menaçant, comme les yéménites que nous avions croisé la veille au soir, kalachnikov à l'épaule.

Mais il me fallait le dessin du jour.
Un dessin de ces rues grouillantes si agitées, si vivantes et si effrayantes pour certains.
Il devait être vingt et une heures.
Et puis, j'avais envie d'être seul, à remonter les rues.
Aussi sans doute car j'étais le seul à dessiner.

Là bas, tout est resté authentique.
Ces bâtiments-tour collés les uns aux autres ornés de motifs de chaux et de plâtre symboles de la richesse d'une fratrie et montant inexorablement vers le ciel, l'ocre roi, le qat, la saveur des marchés épicés, l'émotion de regards croisés, même celui de Saddam Hussein, présent dans tous les magasins et maisons.

Ce soir-là, il fallait figer tout ça.
Ce soir-là, elle s'est mise à côté de moi, déguisée de son trois pièces noir-mort: bas, haut, voile.
Ce soir-là, j'ai osé croiser son regard, à elle, plus de trois secondes.
Ce soir-là, c'est plutôt elle qui a osé soutenir mon regard plus de trois secondes.
Normal, c'est elle qui s'est approchée de moi.
C'est elle qui a osé s'asseoir à côté de moi. Là, dans cette rue.
Elle a commencé par regarder mon esquisse.
Je lui ai souri.
Ses yeux m'ont souri.
Je le sais.
Des yeux sourieurs ne mentent pas.
Son voile ne laissait transparaître que son regard.

C'est paradoxal.
Les femmes se cachent sous le voile.
Elles veulent se cacher sous le voile.
Ou on leur impose de se cacher sous le voile.
J'accepte, je respecte.
Nous sommes chez eux.
Mais sachez une chose, vous.
Oui, vous:

Vous voilez les femmes pour qu'on ne les voit pas.
Mais il n'y a rien de plus mystérieux et envoûtant que le regard d'une femme voilée.
La curiosité est attisée.
Echec du voile.

Ce voile est une torture.
Pour elles sans doute. Quoique.
Mais pour moi, il l'est incontestablement.
Car je ne vois que leurs yeux.
Alors il m'en faut plus.
Alors je les regarde toutes.
Je croise tous ces yeux, dont certains me parlent plus que d'autres.
Boule de neige.
Envie d'en croiser davantage.

Elle est restée près de dix minutes à mes côtés.
Derrière nous, sur le trottoir, deux hommes, qui observaient la scène, dans un grand silence.
Avec elle, j'ai partagé deux choses.
Un regard.
Et le silence.

Le ciel menaçant a interrompu notre silence.
Elle s'est levée puis s'est envolée.
Je l'ai regardée s'en aller, de dos.
Elle était laide.
Oui, laide de dos.
Car de dos, elles se ressemblent toutes. Elles sont toutes pareilles.
C'est moche.

J'ai commencé à ranger mes affaires de dessin, sauvagement attaqué par les gouttes.
Un des deux hommes s'est alors approché de moi.
La nuit était tombée.
Je me suis levé.
Nous n'étions alors que tous les trois. Là, dans cette rue.

Voyant que je commençai à me faire tremper, celui qui s'était avancé m'a indiqué de sa main le deuxième homme.
Ils ne parlaient pas.
Je me tourne vers le deuxième.
Le deuxième se tenait à une porte ouverte et me faisait signe pour que j'entre.
Leur expression était indescriptible.
Je ne voyais pas l'intérieur de la pièce, elle était sombre. Très sombre.

Il était vingt et une heures vingt.
Je m'en souviens.
J'avais regardé leur montre.
Je n'en porte pas.

Il pleuvait maintenant.
Alors je les ai suivi.
Je suis entré dans cette pièce sombre. Noire. Très allongée, étroite.
Peut-être trois mètres de large.
Et derrière moi, ils ont refermé. Porte cadenassée.
Sur l'instant, une impression bizarre.
Je me serai cru dans un film, la porte se refermant sur l'occidental. « Tu es entre nos mains ».
Alors je me suis avancé.
Au loin, une lumière scintillante.
Le long des murs, des sacs de plâtre.
Ils me demandèrent de poser mes affaires sur un sac de plâtre.
Je leur répondis que je préfèrai les garder avec moi. Merci.

J'approche de la lumière.
Et voici que je découvre huit yéménites à la mine patibulaire.
Ils sont vautrés comme des rois fainéants sur les sacs, et d'autres assis à même le sol, dos contre sacs.
Pause qat.
Tous autour de trois bougies rayonnantes.
Ils me font signe de m'approcher.
Ils me font signe de prendre place.
Tous me regardent.
Je m'assieds à côté de deux kalachnikov. Je les éloigne.
Je ne ressens absolument rien.
Sauf l'étonnement dû à l'originalité de la situation.

Les deux yéménites qui m'ont incité à rentrer entament une conversation avec celui qui semble être un personnage important.
Dans un anglais incertain, pire que le mien, ce yéménite - hôte des lieux je me doute - me demande d'où je viens et ce que je fais ici.
Il me fixe du regard. Rien ne transparaît de son visage marqué.

« Je suis français et suis venu dans ton pays pour marcher dans la montagne ».

Alors il me sourit.
Alors ils me sourient tous.
Alors il m'invite à me servir du thé.
Alors ils m'invitent à consommer le qat.
Alors il souhaite que je lui montre mes carnets et mes dessins.
Alors ils veulent que je leur parle de la France.
Alors il veut que je lui parle de ma vision que j'ai sur son pays.

Alors nous avons échangé pendant une heure.

Ce fut un moment privilégié.
Moment singulier.
Authentique.

Leur visage s'est ouvert dès lors que je leur ai dit que j'étais français et non américain.
De la France, ils connaissent et apprécient Jacques Chirac, mais aussi Zinédine Zidane.
Jacques Chirac pour sa position quant à la guerre du Golfe.
Zinédine Zidane pour son coup de tête lors de la finale France-Italie.

Cette scène est à l'image de ce que l'on peut penser des pays arabes et du Moyen-Orient; l'approche froide imagée soupçonnant la peur cache et laisse place à une hospitalité et une proximité rarement égalées.
C'est pour ça que je les aime.

14 septembre 2007

Noé

Flic.
Sans doute pour ça que j’aime autant le désert.
Flac.
C’est clair.
Floc.
C’était mercredi soir. En rentrant. Dix-huit heures trente.
Flic.
Ca surprend.
Floc.
J’ai horreur de ces choses là.
Flac.
Ah ben c’est du propre maintenant.
Floc.
Manquait plus que ça.
Floc. Oui, deux flocs consécutifs. C’était une rebelle celle-ci. Elle a rebondi. Jolie technique.
Flic.
Le pire des supplices pour le grand procrastineur que je suis.
Flac.
C’est laid. Il est meurtri.
Floc.
Aïe. Sur la tête. Merde. C’est froid. C’est sale.
Flic.
Du coup, j’en ai parlé.
Floc.
Et ça arrive bien plus souvent qu’on ne le pense.
Flac.
Sans doute une personne sur deux.
Floc.
Mais là, ce fut d’abord à un endroit.
Flic.
Puis un second.
Flac.
Puis un troisième. Dehors.
Floc.
Impressionnant.
Flic.
Les nigériens seraient heureux.
Flac.
Et je le reste. Pourtant.
Floc.
C’est matériel.
Flic.
Mais c’est énervant. Quand même.
Flac.
Gros flac. Zut. Elle m’a de nouveau eu. Dans le cou cette fois-ci. Coquine.
Floc.
Je pars ce Week-End.
Flic.
Elles ont intérêt à se tenir à carreau.
Flac.
Dans leur seau.
Floc.
Quoi qu’il arrive, ne serai pas tranquille.
Flic.
Qui le serait d’ailleurs ?
Flac.
Même si j’habitais à la Bourboule. Mon rêve.
Floc.
Non, je plaisante.
Flic.
Faut pas pousser non plus.
Floc.
Ah. J’avais oublié. L’espace d’un instant. Ce flic. Ce flac. Ce floc.
Flac.
Ils sont bien là. Toujours là.
Flic.
Zut.
Floc.
Ca pourrait être stressant.
Flic.
Surtout la nuit.
Flac.
Pour s’endormir. Mais ai le sommeil lourd. Ouf.
Boum.
Non. Ca, c’était le bruit de mon sommeil.
Floc.
Alors appels.
Flic.
A droite. A gauche.
Flac.
Ai horreur de ces appels.
Floc.
J’avertis le dessus. J’avertis le dessous.
Flic.
Le dessous. C’est pareil.
Floc.
Rendez-vous. A droite. A gauche. En haut. En bas.
Flac Flac
Agence. Propriétaire. Voisins. Plombier. Papa maman (ah non, suis grand maintenant).
Flic Flic.
Oui, ça redouble maintenant.
Floc Floc.
Toc toc.
Flic Flic.
C’est qui ?
Flac Flac.
C’est l’plombier !
Flic flic.
Bonjour Monsieur Fernand Raynaud.
Floc Floc.
Sauvez Willy Maxime s’il vous plaît.

Oui.
J’ai un dégât des eaux.
Blub.

12 septembre 2007

Ornella

Dès le premier jour, je les avais remarqué. Eux.
Un couple de quadragénaires.
En face. Là-haut. Au deuxième.
Enfin elle, surtout elle.
Très élégante, élancée, raffinée, distinguée.
Il était là aussi. Lui, leur chien.
Seule tâche au tableau. Le chien dans un appartement.
Faute de goût.

Le samedi matin, j'aimai la regarder prendre soin de ses plantes, sur le balcon ensoleillé.
Au détriment des miennes d'ailleurs.
Chaque dose d'eau minutieusement calculée, dans un geste et une posture digne de la grâce d'une diva.
Toujours sourire aux lèvres.
La douceur matérialisée.

Je connais leur salon.
Je connais leur balcon.
Normal, ils sont mes voisins.
Mais même hors voisins, dans les rues de Paris, la nuit, j'aime regarder chez les autres.
Les décorations, les imperfections, les couleurs, les originalités.
Sans doute mon côté voyeur.
Avec le velib', j'en ai découvert d'autres.

Eux, je les croisai.
Le dimanche matin, il sortait le chien et en profitait pour aller dégoter des pâtisseries qu'il offrait à sa douce.

Lui, il est comme tout le monde.
Il aime saluer les gens, ses voisins, ses amis, ceux avec qui il échange les ordinaires dimanche matin dans la quête à la baguette, la viennoise reluisante kidnappée du four du boulanger, du croissant aux formes atypiques chaque jour.
Il aime ces gens.
Ceux-là avec qui aussi il aime partager un brin de route, de trottoir, à la recherche de la paupiette perdue par-ci, du rôti de veau retrouvé par-là, et ceux qui stationnent sur le trottoir, sur leur trottoir gênant tout le monde.
Non, pas tout le monde, uniquement ceux qui ne sont pas du quartier, ceux-là mêmes qui ne savent pas ou ne connaissent pas encore qu’ici, stationnement sur le trottoir rime avec discussions de comptoir.

C’est ici que les groupes se forment.
C'est ici que les apéritifs prennent naissance.
C'est ici que les déjeuners baptisent.
C'est ici que les digestifs marient.

Dans son quartier, on prend ses repères.
Avec ses voisins, on prend des repères.

Seulement, eux, je ne les connaissais pas.
Seulement par interposition.
Ils recevaient souvent.
Changeaient souvent leur disposition de salon.
Leurs plantes, je les ai vues grandir.
Au détriment des miennes, qui ont perdu toutes leurs feuilles.
Sans doute que d’avoir spontanément laissé s’assécher son bonzaï et son oranger durant six mois par pure procrastination y est pour quelque chose ?
Joker.
Bref.

Elle, je ne l'ai pas vue changer.
Elle restait radieuse.
Même le matin quand nous nous saluions.
Toujours très élégante, et moi, trace de l'oreiller sur la tempe gauche.
Marque de fabrique.
Bonjour.
Sourire.

Et puis.
Et puis un soir de début juillet.
Un vendredi soir.
Je m'en souviens encore.
Je l'ai vu sortir le chien.
Lui.
Mais avec une autre.
Ce n'était pas mon Ornella Muti.
Ils sont sortis en même temps.
Et les ai vus revenir ensemble.
Je m'en souviens. J'étais à la fenêtre. Clope au bec. Yeux interrogateurs.
Et bras autour de la taille.
Eux.

Bras autour de la taille.
J’ai cru rêver.

Elle n'est pas là. Absente ce week-end.
Mais ce salaud vilain en profite.

Et le dimanche soir, même scène.
Rebelote.
Quel toupet!
Et elle, toujours pas là.
Je la verrai, plus tard, cette autre, là-haut, sur le balcon, fumer sa cigarette.
Puis tirer les rideaux.
Elle fait comme chez elle en plus.
Elle n'a rien à voir avec Ornella.
Elle a le visage marqué par le tabac.
Et puis quand elle fume elle n’est pas belle.
Rien. Ni même le soupçon de quelque charme.
Mais pourquoi?

Les semaines suivantes, Ornella ne sera pas revenue.
Aujourd'hui, elle n'est toujours pas revenue.

Ne reste que Maléfique.
Et la boule de poils avachie.


Ben merde alors.


Ornella, je vous salue.
Au plaisir.

11 septembre 2007

François

En arrivant, trois ans en arrière, je l’avais déjà remarqué.
Normal. Eux, je leur porte toujours un certain regard.

Je le trouvai courageux.
A cette époque là, je ne savais pas qu’il s’appelait François.
Je ne le connaissais pas.
Il ne me connaissait non plus.
De vue, je le connaissais.
De vue, il ne me connaissait pas.

De temps en temps, François, je le voyais à la terrasse du Chien qui Fume.
Souvent, François était bien accompagné.
Une compagnie plutôt enviable, généreuse.
Celles qui l’accompagnaient, étaient radieuses.
Celles qui l’accompagnaient respiraient la bonté.
Bien joué François.

François habitait le bâtiment d’en face.
Plusieurs fois, de ma fenêtre, je le voyais devant l’entrée et ses trois marches.
Il s’arrachait.
Se débattait.
Escaladait.
Tirait.
Montait.
Soufflait.
Se posait.
Entrait.
J’admirai.

Du courage.

Puis, suis resté près d’un an sans le recroiser.
Jusqu’à ce soir de début juillet.

Sur ce qu’il avait, je me doutais.
Quand nous nous sommes rencontrés, je ne lui ai pas demandé.
Pas osé. Et puis, ça ne me regarde pas.
Mais je me doute.
J’ai connu la personne qui les représentait dans leur association. J’ai reconnu les mêmes symptômes.

Jusqu’à ce soir de début juillet.
Il était tard. Après minuit.
J’entendis un râle dans la nuit.
Puis un autre. Plus prononcé.
Et des pleurs.
Clope au bec, je me présente à la fenêtre.
En face, devant la porte d’entrée, une personne à terre. Allongée.
C’était elle.
C’était cette personne qui hurlait.
Personne ne vînt le voir.

Ce soir-là, pas envie de jouer. J’ai rangé mes malabars.

Alors je sors.
M’approche d’elle.
M’approche de lui.
Je savais ce que François avait.
Je le connaissais. Il ne me connaissait pas.
Alors je l’aide.
Je l’aide à se relever.
François était lourd.
François était ivre.
J’ai dû les porter. Tous les deux.
Lui. Et son fauteuil roulant.

S’accoudant à la rampe, jambes branlantes, il est de nouveau tombé.
De nouveau je le relève.
Et je l’accompagne. Je les accompagne.
Laisse son fauteuil dans l’entrée, et l’aide à prendre l’ascenseur.

Quatrième.
J’avais toujours un peu rêvé de visiter le bâtiment d’en face.
Tellement d’histoires dans celui-ci !
J’y étais.
Avec François et son ivresse.
Je l’ai accompagné jusque chez lui.
Dans un sursaut de sobriété, il m’a remercié.

Je t’en prie.

Pour moi, François a une sclérose en plaque.
Il est dans un fauteuil roulant, mais garde encore de manière très fébrile l’usage de ses jambes.

Suis reparti.

Et en bas, j’ai croisé un couple qui revenait d’une balade nocturne. Avec leur chien.
Enfin, je les ai approché.
Le fameux couple du bâtiment d’en face.
Dont je raconterai l’histoire une autre fois.

10 septembre 2007

WE famille été 07

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05 septembre 2007

La clef

C’est mon petit jeu.
Ce matin, c’était à profusion. Jambes écartées. Comme d’habitude.
Alors on me regarde avec des yeux différents.
Certains disent « quel gamin ».
D’autres sourient.
Pourtant, parfois c’est risqué.
Me suis fait klaxonner une fois. J’ai gueulé.
En ai arrosé, une fois. J’ai filé.

J’aime rouler dans les flaques d’eau en velib’.

Ce matin en le déposant, j’ai trouvé une clef.
Une clef par terre.
Aïe.
Du coup, ce soir, quelqu’un sera embêté.
Au moins une personne dans Paris sera embêtée ce soir.
Pourtant, ça arrive tous les jours.
Combien de clefs d’appartements retrouvées par terre dans la rue en une journée ?
Au moins une vingtaine. Facilement.
Oui. Voyons plus large, une centaine.
Donc sur cinq millions de personnes transitant aujourd’hui par Paris (chiffres INSEE), il y aura cent élus trouvant une clef par terre.
Et sur cent élus, peut être un ou deux en trouvant une au pied d’une station velib’.
Voyons plus large. Deux.
Je fais donc partie de ces deux super élus parmi cinq millions de personnes. Sympathique.
Parmi ces deux super élus, lequel rapportera avec citoyenneté la clef à la mairie de l’arrondissement ?
Aucun. Ou un de temps en temps. Lui, sera alors super méga gentil élu.

Pour ma part, non. Oui je sais ce n’est pas bien. Mais flûte. J’avais mon lacet à refaire.

Alors cher vous, croyez-moi, j’en suis désolé.
Désolé si vous allez errer jusque tard dans la nuit à chercher un serrurier.
Désolé si vous allez vous prendre une rouste par votre belle.
Désolé si vous allez vous prendre une rouste par vos parents.
Désolé si vous vouliez vous changer en rentrant de votre travail avant d’aller à un rendez-vous galant et vous passer un coup de dentifrice sur les dents.
Désolé si vous allez vous prendre une rouste par votre ami qui vous avait aimablement prêté son appartement hier soir pour votre rendez-vous galant.
Désolé si vous allez vous prendre une rouste par votre rendez-vous galant de ce soir en lui disant que vous ne pouvez l’inviter chez vous ce soir car vous avez déjà remarqué que vous n’aviez pas votre clef en voulant rentrer chez vous juste avant pour vous donner un coup de blendamyl sur les dents et que vous allez devoir lui demander de vous incruster chez elle.
Désolé si vous allez ressasser jusque tard dans la nuit pour savoir si vous vous êtes fait arnaquer par le serrurier en lui donnant neuf cents euros pour ouvrir votre porte.
Désolé si vous allez vous prendre une rouste par votre supérieur au travail qui, ne vous voyant pas arriver, se demandera comment il est possible que quelqu’un arrive en retard à une réunion fatidique avec des « capital risqueurs » russes portant sur l’avenir de votre entreprise et de ses milliers de salariés.

Désolé si vous allez vous prendre une rouste pour tout ça en même temps.
Remarquez, sur cinq millions de personnes, quelle serait la probabilité que vous aviez un rendez-vous galant hier soir ou ce soir avec vos parents et que vous vouliez vous donner un coup de blendamyl sur les dents avant et que vous vous fassiez blâmer par votre boss et les russes et que vous passiez ensuite la nuit à chercher un serrurier en appelant de chez votre rendez-vous galant et que vous ressassiez toute la nuit pour savoir si vous vous êtes fait arnaquer par le serrurier ? Hein ?


Mon lacet n’attendait pas.
Et puis j’en suis sûr, vous aviez un double sur vous.




Si non, pas de bol.

03 septembre 2007

Epistolaire posthume

Extraordinaire.
Génial.
J’aime !

Tout s’est passé comme ça.

Nous ne nous connaissions pas.
Jamais nous n’aurions pu nous connaître. Encore moins nous croiser.
Et pourtant.
C’était écrit.
Ils s’appellent Simone, Madeleine et Pierre.
Trois vies. Trois personnages. Trois destins.
Nous nous sommes rencontrés ce Week-End.
Je suis allé vers eux.
Pour deux ce fut un appel.
Simone, elle, fut le fruit du hasard.
C’est elle d’ailleurs qui m’a donné envie de chercher Madeleine et Pierre.
Simone, elle fut mon coup de cœur.

Peut-être qu’avec davantage de temps j’aurai pu en rencontrer, en croiser d’autres.
Une prochaine fois peut-être.
Chaque chose en son temps.

Simone, ce sont ses croquis qui m’ont séduit.
Elle était cachée. C’est en regardant un vieil atlas de géographie de Vidal-Lablache que je l’ai aperçue.
Je suis allé vers elle et elle a commencé à me raconter sa vie. Une partie. Juste celle que j’ai pu comprendre.
Elle avait un coup de crayon fabuleux. Il ne m’en fallait pas plus.
Des femmes. Simone ne dessinait que des femmes.
Des poses de femmes nues, des modèles de vêtements.
Elle ne m’a pas dit si elle faisait de sa passion son métier. Je ne l’ai pas découvert. Cela restera de l’ordre du mystère.
Mais je suis resté sur ma fin.
Simone a vécu en Inde. Elle suivait son père, médecin. Elle me donnera un de ses carnets de voyage d’Inde.

Madeleine et Pierre, c’est grâce à Simone que je les ai rencontré.
Hier midi. En me baladant.
Ils étaient ensemble. Mais sans s’adresser la parole.
L’un et l’autre, au milieu d’autres. Perdus, mélangés.
J’ai comme senti qu’ils me criaient à l’aide.
Madeleine vivait à Paris. Paris Xème. Elle s’adressait à ses parents.
Pierre était à l’est. Non loin de Reims. Il s’adressait à sa fiancée puis à sa femme.

Madeleine et Pierre ne m’ont pas trop parlé. Je n’ai pas voulu. Je voulais qu’ils me parlent plus tard.
Je savourerai davantage.
Pour eux, je suis passé une première fois.
Leur homme de maison ne m’a pas du tout plu. Alors je suis reparti. Mécontent.

Du reste, je suis resté troublé un certain temps. Mes amis me l’ont dit.
Remarque, c’est compréhensible.
Alors je n’ai pas aimé. Eux, les voir avec cet homme. Non digne d’eux.
Et pourtant.
Ils ont vu du pays.
Quels ont été leurs voyages. Baladés. Echangés.
Simone, Madeleine et Pierre. Comme tout d’ailleurs là bas.
Tout se passe.
Je m’étais approprié Simone. De manière douce, agréable, joviale. Merci Raymond.

Il me fallait désormais Madeleine et Pierre.

Je retournerai voir l’homme de maison à l’allure patibulaire.
En prenant sur moi. Très désagréable.
D’ordinaire on dit d’une personne désagréable dans ce cas qu’on l’évitera.
Oui, j’acquiesce. Je suis d’accord avec ce concept.
Mais là, Madeleine et Pierre, je ne pouvais pas les lui laisser. Non.
Ils m’ont demandé. Je sais.

Alors j’ai rusé. Peu parlementé. Il ne m’en donnait pas l’envie.
Et puis.
Et puis je pris Madeleine et Pierre par la main.
Je les ai sortis.
J’en étais heureux.
Fier. Fier comme un enfant revenant avec un dix sur dix en récitation.
Oui, aujourd’hui, ils sont avec moi. Ils vont pouvoir me parler. Calmement.

Avec eux, c’est un premier trésor que j’ai trouvé.
Simone, Madeleine et Pierre.
Ils ne voyageront plus.
Ils resteront avec moi.
J’ai envie de les faire revivre. A ma façon.

J’ai envie.



Ce Week-end, j’étais à la braderie de Lille.

« Simone », je l’ai remarquée chez le brocanteur d’en face.
Il ne restait d’elle que ses carnets à dessins, ses aquarelles et quelques textes dans de vieilles chemises du début du siècle dernier.
« Madeleine », elle existe pour moi d’après ses quatre-vingts lettres manuscrites de correspondance d’avec ses parents du milieu du siècle dernier que j’ai trouvé.
« Pierre », il existe pour moi par ses quarante lettres manuscrites de correspondance d’avec sa fiancé (qui devînt sa femme) durant sa mobilisation dans les tranchées de la guerre 14-18.

Leur mémoire, un vrai trésor.

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