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26 septembre 2007

Mot à l'eau

Je défie quiconque de ne pas aimer.
Oui, bien sûr, tout le monde n’en rêve pas, mais on aimerait.

On aimerait se retrouver.
Là.
Dans la mer.
Aux abords d’une plage.
De sable.
De galets.
Ou de rochers. Tout simplement.
Et la voir.
Elle, brillante.
Quoique.
Pas forcément brillante.
Mais l’apercevoir.
Elle.

Bien sûr, on en a déjà vu.
Haddock, lui, aimerait en trouver une pleine.
Mais trop souvent, ce sont des ordinaires.
Ouvertes. Gorgées d’eau. Négligeables. Abandonnées. Jetées. Hop, fous moi le camp.
Mais jamais celles qui font rêver. Qui transportent.
Non, c’est extrêmement rare.
Compressées d’oxygène.
Et surtout, habitées.
En recueillir ne serait-ce qu’une, authentique, serait d’une excitation affolante.

Une bouteille à la mer.
Habitée.
De son mot.

J’ai toujours trouvé fabuleux que l'Océan, parcourant plus de sept mille kilomètres, vienne échouer à mes pieds.
Là.
Juste devant moi.
Elle, ce serait pareil.
Qui choisissent-elles?
Y a-t-il un élu comme ici ?

Sauf que.
Sauf qu’elle aurait pu provenir de la plage d’à côté.
Ou d’une autre éloignée de dix.
Cent.
Mille.
Cinq mille.
Dix mille, kilomètres.

Sauf que.
Sauf qu’elle aurait pu être envoyée ce matin.
Hier.
La semaine.
Le mois.
L’an.
Le siècle, derniers.

Alors on imagine.
Alors on imagine que Maiba est vénézuelienne.
Que Maiba a grandi au milieu de la jeunesse dorée de Cumana.
Que Maiba, tous les soirs, elle nage dans l’Océan.
Elle aime l’Océan.
Seule ou accompagnée.
Que Maiba, elle s’en fiche d’être seule.

Mais un soir, Maiba ne se baignera pas.
Ce soir-là, au moment d’approcher ses pieds dans cet Océan qui se termine là, Maiba, la verra.
Maiba lui donnera un coup de pied.
Elle roulera.
Elle sortira de l’eau.
Toujours de ses pieds, Maiba la frottera, la nettoiera du sable humide.
Maiba se baissera.
Maiba la prendra.
Maiba se relèvera.
Ses yeux brilleront.

Pour Maiba, cette bouteille valait toutes les baignades du monde.

Maiba aurait alors une mission.
Sa mission.
Comme si cette bouteille qui lui était arrivée était un trait d’union.
Entre des mots d’antan et de demain.
Prendre contact.
Avec qui ?
Où ?
Pourquoi ?
Comment ?
Toujours ?

Mais Maiba ne connaissait pas le langage.
Le langage de la bouteille.
Cette bouteille qui avait quelque chose à lui dire.
A lui raconter.
Elle ne connaissait pas le langage du mot.
Ce mot qui avait une histoire à lui faire partager.

Alors elle savait qu’il lui faudrait du temps.
Du temps avant de déchiffrer le mot.
Ce qui rajoutait à son excitation.
Maiba serait heureuse.
Dans l’attente.
Dans ses rêves.
Dans sa quête.
La quête du mot mystérieux.

Forcément, plus tard, elle le serait moins.
Heureuse.
Une fois qu’elle aurait découvert et compris le mot.
Une première page se tournerait.
Une première vague s’en irait.

Mais forcément, plus tard elle le redeviendrait.
Heureuse.
Si cette personne qui avait envoyé ce trésor lui répondrait.
Elle. Ou une autre.
Et s’engagerait une correspondance.
Superbe.

Tant de mystère autour de la découverte du mot.
Provenant.
D’une âme vagabonde ?
Nostalgique ?
Joueuse ?
Rêveuse ?
Audacieuse ?
Fantaisiste ?

Remuer ciel et mers.
Pour vivre à travers quelqu’un.
Pour faire revivre quelqu’un.
Faire rêver quelqu’un.
Qui peut-être a oublié.
Il y a cinquante ans.

Imaginer.