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12 septembre 2007

Ornella

Dès le premier jour, je les avais remarqué. Eux.
Un couple de quadragénaires.
En face. Là-haut. Au deuxième.
Enfin elle, surtout elle.
Très élégante, élancée, raffinée, distinguée.
Il était là aussi. Lui, leur chien.
Seule tâche au tableau. Le chien dans un appartement.
Faute de goût.

Le samedi matin, j'aimai la regarder prendre soin de ses plantes, sur le balcon ensoleillé.
Au détriment des miennes d'ailleurs.
Chaque dose d'eau minutieusement calculée, dans un geste et une posture digne de la grâce d'une diva.
Toujours sourire aux lèvres.
La douceur matérialisée.

Je connais leur salon.
Je connais leur balcon.
Normal, ils sont mes voisins.
Mais même hors voisins, dans les rues de Paris, la nuit, j'aime regarder chez les autres.
Les décorations, les imperfections, les couleurs, les originalités.
Sans doute mon côté voyeur.
Avec le velib', j'en ai découvert d'autres.

Eux, je les croisai.
Le dimanche matin, il sortait le chien et en profitait pour aller dégoter des pâtisseries qu'il offrait à sa douce.

Lui, il est comme tout le monde.
Il aime saluer les gens, ses voisins, ses amis, ceux avec qui il échange les ordinaires dimanche matin dans la quête à la baguette, la viennoise reluisante kidnappée du four du boulanger, du croissant aux formes atypiques chaque jour.
Il aime ces gens.
Ceux-là avec qui aussi il aime partager un brin de route, de trottoir, à la recherche de la paupiette perdue par-ci, du rôti de veau retrouvé par-là, et ceux qui stationnent sur le trottoir, sur leur trottoir gênant tout le monde.
Non, pas tout le monde, uniquement ceux qui ne sont pas du quartier, ceux-là mêmes qui ne savent pas ou ne connaissent pas encore qu’ici, stationnement sur le trottoir rime avec discussions de comptoir.

C’est ici que les groupes se forment.
C'est ici que les apéritifs prennent naissance.
C'est ici que les déjeuners baptisent.
C'est ici que les digestifs marient.

Dans son quartier, on prend ses repères.
Avec ses voisins, on prend des repères.

Seulement, eux, je ne les connaissais pas.
Seulement par interposition.
Ils recevaient souvent.
Changeaient souvent leur disposition de salon.
Leurs plantes, je les ai vues grandir.
Au détriment des miennes, qui ont perdu toutes leurs feuilles.
Sans doute que d’avoir spontanément laissé s’assécher son bonzaï et son oranger durant six mois par pure procrastination y est pour quelque chose ?
Joker.
Bref.

Elle, je ne l'ai pas vue changer.
Elle restait radieuse.
Même le matin quand nous nous saluions.
Toujours très élégante, et moi, trace de l'oreiller sur la tempe gauche.
Marque de fabrique.
Bonjour.
Sourire.

Et puis.
Et puis un soir de début juillet.
Un vendredi soir.
Je m'en souviens encore.
Je l'ai vu sortir le chien.
Lui.
Mais avec une autre.
Ce n'était pas mon Ornella Muti.
Ils sont sortis en même temps.
Et les ai vus revenir ensemble.
Je m'en souviens. J'étais à la fenêtre. Clope au bec. Yeux interrogateurs.
Et bras autour de la taille.
Eux.

Bras autour de la taille.
J’ai cru rêver.

Elle n'est pas là. Absente ce week-end.
Mais ce salaud vilain en profite.

Et le dimanche soir, même scène.
Rebelote.
Quel toupet!
Et elle, toujours pas là.
Je la verrai, plus tard, cette autre, là-haut, sur le balcon, fumer sa cigarette.
Puis tirer les rideaux.
Elle fait comme chez elle en plus.
Elle n'a rien à voir avec Ornella.
Elle a le visage marqué par le tabac.
Et puis quand elle fume elle n’est pas belle.
Rien. Ni même le soupçon de quelque charme.
Mais pourquoi?

Les semaines suivantes, Ornella ne sera pas revenue.
Aujourd'hui, elle n'est toujours pas revenue.

Ne reste que Maléfique.
Et la boule de poils avachie.


Ben merde alors.


Ornella, je vous salue.
Au plaisir.