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03 septembre 2007

Epistolaire posthume

Extraordinaire.
Génial.
J’aime !

Tout s’est passé comme ça.

Nous ne nous connaissions pas.
Jamais nous n’aurions pu nous connaître. Encore moins nous croiser.
Et pourtant.
C’était écrit.
Ils s’appellent Simone, Madeleine et Pierre.
Trois vies. Trois personnages. Trois destins.
Nous nous sommes rencontrés ce Week-End.
Je suis allé vers eux.
Pour deux ce fut un appel.
Simone, elle, fut le fruit du hasard.
C’est elle d’ailleurs qui m’a donné envie de chercher Madeleine et Pierre.
Simone, elle fut mon coup de cœur.

Peut-être qu’avec davantage de temps j’aurai pu en rencontrer, en croiser d’autres.
Une prochaine fois peut-être.
Chaque chose en son temps.

Simone, ce sont ses croquis qui m’ont séduit.
Elle était cachée. C’est en regardant un vieil atlas de géographie de Vidal-Lablache que je l’ai aperçue.
Je suis allé vers elle et elle a commencé à me raconter sa vie. Une partie. Juste celle que j’ai pu comprendre.
Elle avait un coup de crayon fabuleux. Il ne m’en fallait pas plus.
Des femmes. Simone ne dessinait que des femmes.
Des poses de femmes nues, des modèles de vêtements.
Elle ne m’a pas dit si elle faisait de sa passion son métier. Je ne l’ai pas découvert. Cela restera de l’ordre du mystère.
Mais je suis resté sur ma fin.
Simone a vécu en Inde. Elle suivait son père, médecin. Elle me donnera un de ses carnets de voyage d’Inde.

Madeleine et Pierre, c’est grâce à Simone que je les ai rencontré.
Hier midi. En me baladant.
Ils étaient ensemble. Mais sans s’adresser la parole.
L’un et l’autre, au milieu d’autres. Perdus, mélangés.
J’ai comme senti qu’ils me criaient à l’aide.
Madeleine vivait à Paris. Paris Xème. Elle s’adressait à ses parents.
Pierre était à l’est. Non loin de Reims. Il s’adressait à sa fiancée puis à sa femme.

Madeleine et Pierre ne m’ont pas trop parlé. Je n’ai pas voulu. Je voulais qu’ils me parlent plus tard.
Je savourerai davantage.
Pour eux, je suis passé une première fois.
Leur homme de maison ne m’a pas du tout plu. Alors je suis reparti. Mécontent.

Du reste, je suis resté troublé un certain temps. Mes amis me l’ont dit.
Remarque, c’est compréhensible.
Alors je n’ai pas aimé. Eux, les voir avec cet homme. Non digne d’eux.
Et pourtant.
Ils ont vu du pays.
Quels ont été leurs voyages. Baladés. Echangés.
Simone, Madeleine et Pierre. Comme tout d’ailleurs là bas.
Tout se passe.
Je m’étais approprié Simone. De manière douce, agréable, joviale. Merci Raymond.

Il me fallait désormais Madeleine et Pierre.

Je retournerai voir l’homme de maison à l’allure patibulaire.
En prenant sur moi. Très désagréable.
D’ordinaire on dit d’une personne désagréable dans ce cas qu’on l’évitera.
Oui, j’acquiesce. Je suis d’accord avec ce concept.
Mais là, Madeleine et Pierre, je ne pouvais pas les lui laisser. Non.
Ils m’ont demandé. Je sais.

Alors j’ai rusé. Peu parlementé. Il ne m’en donnait pas l’envie.
Et puis.
Et puis je pris Madeleine et Pierre par la main.
Je les ai sortis.
J’en étais heureux.
Fier. Fier comme un enfant revenant avec un dix sur dix en récitation.
Oui, aujourd’hui, ils sont avec moi. Ils vont pouvoir me parler. Calmement.

Avec eux, c’est un premier trésor que j’ai trouvé.
Simone, Madeleine et Pierre.
Ils ne voyageront plus.
Ils resteront avec moi.
J’ai envie de les faire revivre. A ma façon.

J’ai envie.



Ce Week-end, j’étais à la braderie de Lille.

« Simone », je l’ai remarquée chez le brocanteur d’en face.
Il ne restait d’elle que ses carnets à dessins, ses aquarelles et quelques textes dans de vieilles chemises du début du siècle dernier.
« Madeleine », elle existe pour moi d’après ses quatre-vingts lettres manuscrites de correspondance d’avec ses parents du milieu du siècle dernier que j’ai trouvé.
« Pierre », il existe pour moi par ses quarante lettres manuscrites de correspondance d’avec sa fiancé (qui devînt sa femme) durant sa mobilisation dans les tranchées de la guerre 14-18.

Leur mémoire, un vrai trésor.

Publié dans des souvenirs | Lien permanent