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30 août 2007

Téléphoné

« Ca va mon loulou ?
Ca me fait plaisir de t’avoir dis!
Je n’avais pas de nouvelles, je m’inquiétais.
C’est gentil de m’appeler.
Alors tu t’es baigné avec tata ?
C’est bien.
T’as pas eu peur ?
T’as été gentil avec pépé ?
C’est bien ça.
Ah bon ?
T’en as mangé beaucoup ?
Oh dis donc!
T’étais content ?
C’est bien ça mon biquet.
T’es content d’avoir ta maman ?
Ah oui ?
Mais c’est bien ça.
Et tu vas faire quoi cet après-midi ?
C’est bien ça.
Il est gentil pépé hein.
Papa ?
Papa il travaille là. Il pense beaucoup à toi. Il te fait plein de bisous toutou.
Elle fait bien à manger tata ?
C’est vrai ?
Des frites ?
C’est bien ça.
T’es content mon mamour ?
Moi aussi tu me manques.
Je t’embrasse mon mignon. Maman va aller retourner travailler.
Oui.
Oui.
Je t’embrasse.
Tu me passes ton pépé?
Oui mon loulou.
Bibi mon mamour. Je t’aime.
Oui.
Ta maman t’embrasse.
Tu me passes ton pépé?
J’te fais des bisous mon ptit bout d’chou.»

C'était tout à l'heure. Au boulot.
A la pause cigarette.
Dehors. Dans l'escalier.
La collègue du dessus.
Concentré, cigarette au bec, on retient tout.
Et on sourit.

29 août 2007

Gilles

Gilles est proche de la quarantaine.
Ca fait quatorze ans qu’il vit ainsi.
Mais pas depuis quatorze ans à Paris.
A Paris, depuis six ans.
Avant, ses neuf premières années, il les a passées dans tout l’hexagone.
Je l’ai appelé le globetrotter de la géométrie tricolore.
Il en a ri.
C’est pour ça que je suis resté un peu avec lui.

Son apparence est comme la vôtre. Comme la mienne.
Vous pourriez être à sa place.
Je pourrais être à sa place.
Je ne nous le souhaite pas.
Je ne lui souhaite plus.
Mais il s’en complait.
Il vit de liberté. Du moins, c’est ce qu’il dit.
Gilles, comma ça, il est heureux. Du moins, c’est ce qu’il dit.
Mais ils ne le sont pas tous. C’est ce qu’il m’a dit. Ca, je le savais.
Non, ils ne sont pas tous comme Gilles.

Sans eux, ce ne serait pas pareil.
Sans eux, le métro ne serait pas pareil.
Sans eux, Paris ne serait pas la même.
Sans eux, nous ne serions pas les mêmes.

Certains sont poètes.
Certains sont artistes.
Certains sont anonymes.
Certains ne sont rien.

Alors ça s'est passé comme ça.

Au début, nous étions deux. Elle, avant de partir, elle avait trouvé deux cartes sur le rebord d’une fenêtre à Saint-Michel.
Comme ça. Anodines.
Faut dire, on avait la tête qui tournait aussi.
Abbeville au cent millième, et Saint-Valery sur Somme au vingt-cinq millième.
On était deux. Deux pour deux cartes.
Elle gardait Abbeville et moi Saint-Valéry.

Gilles, je l’ai rencontré hier soir car je lui ai donné ma carte.
D’abord, il n’était pas là.
J’ai vu un _____. Là, par terre, aux halles de Saint-Germain.
Un _____ et une canette de bière huit six. C’était de la huit six.
Pourtant, huit ça suffit. Mais non. Là, zéro six de plus.

Laisser la carte, là, en plein milieu, déposée sur son _____ pourrait être amusant.
Imaginer sa réaction, en voyant une carte sur son _____.
Génial.
Mais surtout, imaginer.
Car il ne découvrirait que plus tard.
Seulement quand je ne serais plus là, déjà loin sur mon velib’.

Et puis, au coin des halles, devant ma station velib’, Gilles est arrivé.
Gilles était allé faire pisser son chien.
Au loin, je le vois.
Je le vois se pencher sur son _____.
Gilles prend la carte.
Gilles ouvre la carte.
Velib’ à la main, j’exulte.
Gilles sourit.
Maxime sourit.

J’ai commencé à rouler.
J’ai commencé à aller vers lui.
J’ai commencé par lui demander si elle lui plaisait.
J’avais la tête qui tournait.

_____, c’est son duvet.
Gilles est SDF.

28 août 2007

Empressement distingué

Je cours.
Je descends.
Je saute.
Me faufile.
Ouf.
In extremis.
J’ai failli m’étaler.
Mais non.
Il m’a applaudi. Il m’a souri, lui, monsieur Figaro.
Révérence. Merci.
Grazie.

Pourtant, avant, plus relâché, on ne faisait pas.
Même dans une maison de retraite, en salle télé devant Julien Lepers.
Thelma m’a accompagné juste avant. Comme d’habitude en ce moment.
Oui, c’est par période. Périodique. Mon côté féminin.

Plus tard, j’en ai vu un.
A Vaugirard.
Ce fut extra.
Une telle scène, je n’en avais jamais vue.
Monsieur Figaro non plus sans doute.
Il a souri aussi. Avec de grands yeux, synonymes de « oooops mince ».
Alors on s’est regardé. Tous les deux. Main devant la bouche. Yeux rieurs.
Et il m’a dit
« Ca ne semble pas arriver à tout le monde ».
Alors je lui ai répondu
« C’est pour ça que c’est cocasse ».

Cet échange, car à Vaugirard un jeune n’avait pas eu ma chance.
Il descendait à bride abattue. Aussi.
Marches quatre à quatre.
Grande souplesse dans le mouvement. Excellente technique.
Le juge russe aurait osé un neuf.
Il a couru.
Les portes se sont fermées.
Il s’est mangé les portes.
Etalé.
Violemment.
Splendide.
Une vraie crêpe.
J’adore.
Il est jeune, il doit encore apprendre.
La technique ne fait pas tout. Il manque le style. L’artistique.
Dixit le juge français. Si, vous savez, celui qui met quatre à tous. Sauf aux belles crêpes.

A tout âge on apprend.
Comme cet homme.
Station Concorde.
Très distingué.
Chaussé de belles italiennes en daim clair trois quarts.
Encostardé tel un diplomate, l’œil dans Les Echos.
Teint hâlé, rasé avec la même précision que le scalpel du plus habile des chirurgiens.
Parapluie irlandais scotché au poignet gauche.
Oui, il ne manquait pas de classe le quadragénaire.
Je reconnais.
Le clone de Remington Steele.

Mais voilà.
On a beau s’appeler Remington Steele, on n’est jamais à l’abri.
Personne n’est à l’abri.

Falguière.

Il sort.
Lentement, son pas sûr calé à l’allure d’un métronome.
Il monte.
Une marche.
Puis deux.
Puis…
Une de trop. La troisième.
Remington se rate.
Aïe.
Ca fait tâche.
Il tombe. Se retrouve à terre.
C’est chouette.
J’aime.
Le fantasme de l’étudiante s’écroule. Badaboum.
Là. Devant nous.

Alors il est reparti. Soudainement.
Métronome affolé.
Sans jeter un regard derrière lui. Dernier des supplices.

Alors, a t’il ri intérieurement ?
Ou profondément choqué ?

Une chose est sûre :
Remington, mon ami, par temps de pluie, on ne sort pas les italiennes en daim clair trois quarts.

27 août 2007

Schtroumpf

Parfois on ne les voit pas.
Tant mieux. Surtout si on ne suit pas la règle.
Ils en ont de la chance quand même.
Ils travaillent dans un lieu béni. Au calme. Au vert.

Là bas, j’aime y être. C’est frais. Coloré. Beau. Reposant.
Là bas, elles, j’aime les regarder. Je ne m’en cache pas.
On m’y trouve, les après-midi de Week-End, par beau temps.

Pourtant, ce n’est pas le plus beau. D’autres sont plus jolis.
Mais l’histoire n’est pas la même.
Lui, au début, il y a très longtemps, ce fut une prison.
Si. C’est marqué dans les manuels.
Si c’est marqué, c’est que c’est officiel.
Une prison dorée alors.

Et eux.
Combien de fois ?
Combien de pas ?
Combien de temps ?
Combien de rencontres ?
Eux.
Ils sont une bible.
Ils connaissent tout. Les coins. Les recoins.
Quelle chance.
Ils sont parents. Photographes. Guides. Oreilles. Traducteurs. Infirmiers. Gardes. Statue. Schtroumpfs.
Dimanche après-midi, ils étaient tout ça à la fois. Je les ai vus. J’ai souri.

J’aime les entendre siffler.
Ici, dans un lieu des plus sûrs de France. Rien d’étonnant.
Ils sont loi.
Envers le petit de quatre ans.
Envers la mamie de quatre-vingts ans.
Du djeuns puma-nike au bourgeois Weston-Burlington.
Du jaune au noir, en passant par le blanc.
Rien. Pas de discrimination.
De tous. C’est bien ça.
Encore heureux ! Manquerait plus que ça !

Ils ont dû en voir.
Des anecdotes, ils doivent en avoir à distribuer.
Et pourtant, il faudrait les approcher.
Leurs anecdotes, ils ne les racontent pas.
Leurs anecdotes, elles restent les leurs.
Il faudrait être proche. Pour qu’ils s’approchent. Et partagent leurs anecdotes.
Plus tard peut-être.

Parfois, on en voit sourire.
Ils ne doivent pas s’en lasser.
D’autres sont aigris. Ca se voit à leur nez. Rabougris. Rosé. Brrrrr. Bouh.
Ils font partie intégrante du décor.
On aime les défier.

« Fiiiiit. (bruit du sifflet)
Hep!. (facultatif le hep)
S’il vous plait. (poli)
Non. (autoritaire)
Pas ici. (il aime renseigner)
Merci. (courtois)
Bonne journée ». (agréable avec ça)

Ou bien.

« Fiiiiit. (bruit du sifflet)
Hep!. (toujours facultatif ce help)
S’il vous plait. (toujours poli)
Non. (toujours autoritaire)
Vous ne pouvez pas. (il aime l’autorité)
C’est interdit. (il raffole de l’autorité)
Parce que. (il n’aime pas expliquer)
Merci. (toujours courtois)
Bonne journée ». (je vous en prie)


Les gardiens du jardin du Luxembourg.

21 août 2007

Révolution

C’était début juillet.
Au début, on n’y prête pas attention.
D’ailleurs rares sont ceux qui durent la remarquer.
C’est en attendant que je l’ai vue. Elle.
Muette.
On est plus attentif en patientant. Je ne sais pas pour vous, mais moi oui.

Elle était sale. Très sale. Pire que mon torchon à poussière.
C’est ce qui m’a frappé en premier.
Elle était marquée. Très marquée.
Elle devait forcément l’être. Obligatoire. C’était marqué.
Faut dire, elle l’a cherché.

Depuis combien de temps était-elle ici ?
Venait-elle de lui ?
D’un autre ? D’une autre ?
Etait-elle importante ? Importante pour quelqu’un ?
S’est-il réalisé lui?
Bataille-t-il ?
A quoi ressemble-t-il ?

N’empêche qu’elle était là. Allongée.
Nue. Tatouée.
Son identité offerte à l’inconnu. Aux inconnus.
Mais aux inconnus curieux.
Je l'ai fixée.
Peut-être aurait-il préféré rester anonyme.
Raté.

Et si la mienne avait été à sa place ?
Bonne question.
J’en ai une. Elle est ordinaire.
J'en ai peu usées. Sauf le 30 septembre 2006.
Sans doute usées moins que lui. Nous ne sommes pas pareil. Normal.
Mais j’espère que la mienne n’a jamais été marquée. Sale.
Par omission. Par mégarde. Alors. Seule excuse.

La sienne, j’ai voulu la prendre. Pour me souvenir de lui.
De son nom.
L’écrire ici.
Mais j’ai oublié.
Il avait une particule. Ca, je n’ai pas oublié.

Génial.
Lui, à particule, piétiné par les accrocs du ballon de rouge en bleu de travail, gitanes jaunies au bec.
Là, accoudés au zinc du Chien qui Fume.
Il n’y a plus d’aristocratie.
Du moins au Chien qui Fume. Celui de rive gauche.

Comme ici, ce qui serait fort, ce serait de retomber sur elle au Chien qui Fume. Mais le deuxième. 

Celui de rive droite.
Je n’ose même pas imaginer


Piétiné, 
Cabossé.
Ignoré.
Délaissé.

Piétinée.
Cabossée.
Ignorée.
Délaissée.

Lui, il était architecte DPLG.
Elle, c’était sa carte de visite qui gisait par terre.

16 août 2007

Si petit mais si Grand

Des milliers. Des millions. Des milliards.
Ailleurs, on ne s’en rend pas compte.
Ici, c’est frappant.
Normal, c’en est rempli. Il n’y a que ça. On y baigne.

Ailleurs, on ne s’en rend pas compte.
Normal, il n’est pas aussi doux.
Normal, ici, c’est de la soie.
Je l’ai découvert voici trois ans.
Une révélation.
Lui, et tout ce qui l’entoure.
J’ai fondu. Impossible d’y résister. Une combinaison d’éléments. Dont lui.
A les regarder, eux, qu’un seul souhait. S’y blottir.
Les manger, les boire. Qu'ils nous parcourent.



Pour notre seconde rencontre j’en ai eu la gorge serrée.
Tant de souvenirs.
Un retour.
Un rituel.
Aujourd’hui, un besoin. Une drogue. J’en suis conscient.
C’est un refuge pour ces hommes. Il l’est devenu pour moi.

Il voyage perpétuellement. Sans doute aussi pour ça que je l’aime.
Il est en mouvement.
Il est trace du temps, témoin des éléments.
Si fort et fragile à la fois.

Ensemble, ils forment le royaume du pardon.
On y inscrit ses rancoeurs.
Pour mieux les voir s’envoler.
Si simple.

Il n’est pas éphémère. C’est sa force.
Doux, il me fut amante.
Chauffé, il me fut remède.
Déchaîné, il me fut douleur.
Matins, il me fut réveil.
Nuits, il me fut protecteur.
Journées, il me fut guide.
Il me fut. Il me sera.

Seul, il n’existe pas.
Seul, il n’est rien.
Seul, il est invisible.
Seul, il est ordinaire.
Ensemble, ils sont Absolu.
Ensemble, ils sont le fruit du plus imaginatif.
Ensemble, j’aime les imaginer en courbes de femme.
Ensemble, ils peuvent être mort. Oui.
Ensemble, ils ne craignent rien. Une armée.
Ensemble, ils nous transportent. Obligatoire.

Seul, il est incolore.
Ensemble, ils sont noirs. Blancs. Jaunes. Roses. Gris. Rouges.
Seul, il est syllabe.
Ensemble, ils sont poésie.

Le grain de sable du Sahara.

14 août 2007

Manquerait plus que ça

Ce matin, ça a fait tilt.
Je ne m’en souvenais plus. Pourtant, ça m’avait marqué. Une fois. Plusieurs fois.
J’avais trouvé ça beau. Ou bien.
Oui bien. Le mot est mieux. Plus approprié.
Mais heureusement encore !
Manquerait plus que ça !
Mais ce matin, je n’y ai pas eu droit. Une fois n’est pas coutume.
En cinq années, c’était la cinquième fois. Je crois. Ces choses là je les compte.
Sans doute pour ça que ça a fait tilt.
D’ailleurs j’ai voulu lui dire. A lui là.
De rien. Crétin.

On dit que les parisiens sont froids.
Mal aimables.
Impolis.
Passifs.
Bref, plein de choses pas rigolotes.
Pourtant, là, ils ne le sont pas. Sauf les cinq.

J’ai toujours été étonné. Surpris.
Tant de politesse. Ici, dans ce lieu apparenté si froid. Symbole de l’humeur parisienne.
En plus, là, ici, c’est là où j’ai fait mes premiers pas à Paris.
Je me souviens.


Aparté.
Souvenir.
A l’époque, avant la rénovation, chaque matin était différent.
J’aimais.
Chaque jour je passais et lisais un mot différent. Une ardoise était là. Pour y laisser deux trois mots harmonieux.
Toi, moi, nous, pouvions laisser un mot.
Extra.
Dans une journée il allait être lu par des milliers de paires d’yeux.
Certains n’y faisaient pas attention.
D’autres y passaient beaucoup de temps. A lire. A y réfléchir.
Ca, j’aime.

Il y avait un habitué. Un ? Une ? Je ne savais pas. A son écriture je m’étais habitué.
J’aimais ce que cette personne écrivait.
Une écriture d’enfant.
Des mots d’adulte.
Alors un jour j’ai voulu la surprendre.
Un jeu.
En direct.
En flagrant délit.
Je n’en avais jamais vu écrire. Là.
Sans doute qu’elles n’auraient pas aimé.
Sans doute garder le mystère était un défi.
Sans doute pour ça que lui, une fois je l’ai surpris.

Il était 00h45.
Et j’ai compris.
Il choisissait son moment. Au calme. A la fermeture.
Anonyme il voulait rester.
Bouche en croissant de lune à Johannesburg, je lui ai dit « c’est vous. C’est génial ».
Il m’a remercié et est parti.
Cette nuit là, sur l’ardoise il avait écrit
« Le doute est le plus bel hommage que l’on puisse rendre à l’espoir ».

J’en avais découvert un.
J’étais content.

Le meilleur moment fut le lendemain matin.
Comme chaque matin, je devais y repasser.
Et là, j’ai revu ce mot.
Et les autres aussi. Ils passaient devant. Le lisaient.
Je savais ce qu’ils ne savaient pas.
Je savais qui l’avait écrit. Et quand.
C’était son mot à lui.
Mais c’était le mien aussi.
Nous deux. Les seuls à le savoir.

C’était l’ardoise de la station Vaugirard…
…qui n’existe plus.


Je continue.
Reprenons.

J’ai toujours été étonné. Surpris.
Tant de politesse. Ici, dans ce lieu apparenté si froid. Symbole de l’humeur parisienne.
Pourtant, convaincu que nous n’y faisons pas attention.
Bien sûr, c’est la moindre des choses.
Mais pour le parisien, ce n’est pas forcément la moindre des choses.
On raconte qu’il vaut mieux l’avoir en journal.
Oui. Ce n’est pas faux.
Surtout lui là, de ce matin.
Mais lui, c’est une exception.

Alors d’ordinaire je fais comme ça.
J’arrive.
Bras tendu.
Poing fermé.
Du bras droit. Oui, toujours du bras droit.
Je pousse.
Fais deux pas. Ou trois.
Je me retourne.
Je reste bras tendu. Ou pas.
J’attends une seconde. Ou pas.
Parfois je tourne sur moi-même. Petit plaisir rare.
Quand je tourne sur moi-même, c’est simple, c’est qu’il y avait quelqu’un. Derrière.
Neuf fois sur dix, sans forcément tourner sur soi-même, il y a quelqu’un. Derrière.
Alors là, oreilles ouvertes, je l’attends.
Et je l’ai toujours.
Faut dire, je le fais toujours avec la manière.
Sauf cinq fois. Dont ce matin. Mais ça c’est du détail.

Du timide.
Du spontané.
Du souriant.
Du pressé.
Du stressé.
Du non réveillé.
Du doux.
Du grognon.

Mais toujours le même.
Du grave à l’aigu.
D’une bouche à une autre.
D’un âge à un autre.
D’une couleur à une autre.

Lui, c’est le merci envoyé pour avoir tenu la porte battante de sortie de métro.

 

 

13 août 2007

Plaisir. Double.

Hier, pendant 6h49.
Pas mal.
Au total, il y en a eu 17.
Ca fait donc 8h30 en mouvement.
8h30. Je m’en étonne.
Sur une journée, ça fait beaucoup.
Surtout que ça a commencé à 14h.
Et ça s’est terminé à minuit.
Assidu le Maxime.
J'ai un défaut. Quand j'aime je ne compte pas.

Hier, j’en avais besoin. Idéal.
Oui.
Envie d’autre chose, de s’aérer.
Alors j’en ai vu! Quel bonheur.
Je ne l’avais jamais vue sous cet angle. Ca change radicalement.
On y prend goût. Très vite. Hier, ce fut comme une drogue.
Compréhensible.
Mais je n’étais pas le seul. Les autres aussi ont pris beaucoup de plaisir.
Ils le portaient sur eux. Aussi.
Surtout le long du canal Saint-Martin. Extra.
J’ai vu des choses que je n’avais jamais vues. C’était aussi pour ça que j’en ai fait autant.
Envie d’en voir davantage. Une vraie soif.

Bon, c‘est vrai. J’avoue. Quelques couacs. Surtout avant-hier.
Mais avant-hier, c’était la première fois. Normal.
Mais avant-hier, il y a eu autre chose.
Mais avant-hier, c’était spécial.

Maîtriser la technique. Peu à peu.
Là, je l’ai.
J’en ai aidé même.
Il facilite les rencontres.
On sourit, ils sourient, nous sourions. Sympa.
Alors parfois on fait un bout de chemin ensemble.
Une, je l’ai croisée vers 15h. Puis vers 17h. Cocasse.
C’est pas comme dans les gares. Parfois on recroise.

Grande liberté. Ca, j’aime.
Quelques pauses obligatoires, parties intégrantes du jeu.
Et les fumeurs ne s’en plaignent pas.
J’arrive. Je repars. Aucune perte de temps.
Je pose. Je prends.
J’ai eu chaud. J’ai eu froid.
Avant. Arrière.
Monter. Descendre.
En écoutant du son. Grandiose. Enorme.
Quel bonheur.
De nuit, c’est merveilleux . J’ai découvert. J’ai redécouvert.

Obligatoire. Je recommencerai.
Envie d’aller autre part. Découvrir davantage.
Tant à découvrir. Ca, j’aime.

Hier, j’ai aimé.
A tel point que j’ai recommencé. Plus tard.
Et là, c’était génial.
Tout s’est enchevêtré.
Lui courant après l’autre.
Elle roulant après lui.
Et moi montant haut, très haut. Essoufflé.
J’ai aimé.
Surtout malabar dans le bec.
Ca, on oublie pas.

Hier, j’ai fait du Velib’.

Et puis.

11 août 2007

Glacial mais intense

Ca faisait trop longtemps.
Ce soir, j'ai craqué.
C'est humain.
Oui.

Elle, elle était là, en haut.
Elle m'attendait.
Ca faisait des mois, un an je crois qu'insistait, me narguait.
Mon entourage s'est étonné que je résiste aussi longtemps.
Beaucoup m'ont poussé à passer à l'acte.

Ca ne me ressemble pas pourtant, mais je l'ai fait.
Je m'en étonne encore.
Impression bizarre. On se sent neuf.
Ca a duré une heure quinze. Tout compris. Oui. Je ne triche pas.
Fatigué le Maxime.
Elle a eu raison de mes cuisses, mes genous, mon cou.
J'ai eu raison d'elle. Je l'affirme.
Prétentieux? Non. Ca se sent.

J'ai commencé lentement. J'ai eu peur.
Peur de mal faire.
Peur de tout foutre en l'air.
Je crois que je lui ai fait mal.
Oui, pendant un instant, un long filet d'air s'est évacué.
Elle ne parlait pas, je ne sais pas ce qu'elle a ressenti.
Puis avec le temps, la chaleur, elle s'est laissée aller.
Peu à peu, elle s'est humidifiée. C'est le moment que j'ai préféré.
Là, j'ai assuré.
Prétentieux? Non. Ca s'est senti.
Elle n'a rien pu faire, ça s'est vu.
C'est devenu beaucoup plus facile.

Une fois terminé, je lui ai dit que je ne recommencerai pas de sitôt. Non.
Ca ne me ressemble pas. Je l'ai déjà dit.
Pourtant, au fur et à mesure, c'est elle qui a fondu. Et non moi.
Avec le temps, c'est elle qui m'a eu à l'usure.
Ce soir, en une heure quinze, j'ai tiré un trait sur une année.

Ca y est, c'est fait. Je souffle.
Elle ne reviendra pas de sitôt.
Je lui ai dit.
Alors besoin de l'écrire. Là, ce soir, tout de suite. Maintenant.
Ca soulage.
Mes amis vont être contents. Depuis le temps qu'ils me poussaient à changer.
Ils la verront autrement car ils ne la verront plus.

Maintenant, elle est partie.
Partie de chez moi.
Envolée.
C'est mieux comme ça.

Elle, c'est la glace du fraiseur de mon frigidaire que j'ai enfin décongelé.



Maxime, procrastineur de première.

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09 août 2007

Elle est bonne

Elle m’a toujours étonnée.
Par endroits, dans cinq centimètres carrés, de l’asiatique, de l’africaine, de l’américaine, de l’européenne.
Génial.
Déjà, elle participe au voyage.
Pas plus cosmopolite. Non.
Elle en a vu du monde elle aussi.

Elle est vénérée.
Elle est haïe.
C’est une délivrance. Une libération. Ouf. Enfin.
C’est une mort lente aussi.
Mais c’est tellement bon.
Moi, j’ai besoin qu’elle soit là.
Vraiment?

On y stressé.
On y est détendu.
On y est peureux
On y est heureux.
Surtout quand on sait qu’on sera dans le sable, où plus rien n’existe.
Là bas, dans peu de temps, juste après s’être envolé.

Ca pue. C’est étouffant.
Mais on y reste. Trop envie.
On ne résiste pas.
Ou si, à la rigueur deux minutes. Oui, parfois c’est trop dur.
Mais ça fait tellement de bien.
C’est clair. Souvent, juste besoin d’y être.
Sans consommer. En, fait pas besoin.
Ils consomment à notre place.

On y rencontre.
Ils viennent de partout, elles viennent de partout.
Des blondes, des brunes.
Certaines à peine entamées. D’autres surconsommées.
Des laides, des magnifiques.
Une fois, à l’intérieur, j’en ai vu une violette. Si, c’est vrai.
Magnifique.
C’était à Doha.
A qui était-elle ?
D’où venait-elle ?
C’est ça qu’est bon.

Mais eux, moi, on a tous un point commun.
La même manière, la même addiction.
Pourtant, on tous est différents.
Lui, elle, eux, moi.
Ca se voit. C’est flagrant.
Alors on s’observe.
Elle, elle lie. C’est indéniable.

Quand on attend, forcément, on y vient, puis y revient.
Elle nous attire.
On en abuse. Car elle pue trop.
Mais on est comme ça.

Avant, c’était partout.
Du coup, pas le même plaisir. Mais au moins ça ne puait pas.
Et puis un jour ils ont décidé qu’elle n’existerait plus.
Alors en attendant, on y est tous entassés.
Pour combien de temps encore ?

Pour nous, elle est incontournable.
Quelle bouffée !

La salle fumeur de l’aéroport.

08 août 2007

Elle, je l'adore

Qu’on soit placé en haut, au milieu ou en bas, elle est différente.
Qu’il fasse chaud ou froid, elle est différente.

Quand elle est nue, il paraît qu’elle fait peur. Enfin, c’est ce qu’on dit. C’est n’importe quoi.
Au contraire, nue, elle est plus belle je trouve. Non ?
Moins mystérieuse, mais plus belle. Complètement nue.
Et elle est souvent nue d’ailleurs. Pas pudique. Non, pas du tout.
Ca, c’est bien.

Bon, faut dire, elle a la peau marquée. C’est vrai.
Lisse, plane, elle ne serait pas elle.
C’est son histoire.
C’est l’histoire qui façonne la beauté.
Elle, elle a vécu. C’est beau.

Tous les deux, on a nos coins favoris pour se retrouver.
J’aime écrire avec elle.
C’est souvent au calme que j’aime me faire un tête à tête avec elle.
Souvent, non. Tout le temps en fait.
Enfin tête à tête, disons qu’on est trois. Elle, lui et moi. Lui, c’est le carnet magique.
C’est dans le désert qu’ensemble nous avons passé nos meilleurs moments.
Suis pas habitué aux trios intimes, mais ceux là, déjà faits et refaits.
Toujours j’en redemande.

Elle nous a souvent guidé.
Faut dire, c’est une vraie loupiotte cette coquine.
Je ne suis jamais allé au milieu. Pas encore.
Je ne l’ai donc jamais vu sourire ou faire la moue.
J’aimerai. Ah oui.

En haut ou en bas, c’est pareil. Sauf que c’est inversé. Comme dans un miroir.
Elle a été chassée.
Elle a été conquise.
Mais elle reste sauvage.
Pourtant, il paraît qu’ils vont de nouveau l’embêter.
Au diable ! Mais laissez-là tranquille !

Ce matin je l’ai croisée.
Là, à Paris.
Là, en sortant du métro.
Mais je l’ai à peine vue.
Mais il fallait de bons yeux.
Elle n’est pas du matin.
Pourtant moi non plus, mais au moins je me montre.
Et même avec la marque de l’oreiller sur la joue gauche. Si si.
Par contre, je ne me montre pas nu.
Sauf à elles.

Il paraît qu’elle nous influence.
Peut-être.
Moi, je ne pense pas.
Si ce n’est pas moi, ce sont les haricots. Par exemple.
Mais pas les patates. Non. Mon père me l’a dit.
Ou mes cheveux. Oui, mes cheveux. Mon coiffeur me l’a dit une fois.
Il m’a même dit que certains coiffaient devant elle à minuit quand elle était nue.
Bizarre.
Encore un truc de poufs parisiennes ça. Il leur faut de l’extraordinaire superficiel.
Alors toujours quelqu’un plus superficiel pour leur en donner.

Je crois que rousse, je la préfère.

Ici, nous sommes en haut. Ici, c’est là.
A Quito, capitale du milieu, on est au milieu.
A Johannesburg, on est en bas et elle sourit.

La lune.

07 août 2007

On joue??

Fallait égayer tout ça un peu.
L’orage avait éclaté.
L’atmosphère électrique les avait excité.
Tout le monde courait. C’était beau.
Tout le monde était trempé. C’était beau.
Voir des gens trempés courir, c’était beau. flic flac floc (pour toi ça).



L’orage s’est calmé.
Il était temps de finir son verre, de partir sans payer.
Il était temps de jouer.
Allez.
Huit euros soixante. Restons honnêtes cette fois-ci.

Falguière.
Là, il faut faire comme si on ne se connaissait pas.
C’est la règle, pour qu’il n’y ait pas de triche.

Sauf que cette fois-ci, ils se sont faits avoir.
Et avant même de commencer.

Ils sont montés.
Assis, l’un en face à l’autre, en diagonale.
Ils n’ont pas eu le temps de mettre leur jeu en place.
Car en face d’elle, il y avait cet homme.
Lui, ils l’ont tout de suite vu.
Lui, ils l’ont senti ensemble.
Ces choses là, ils les ressentent toujours. L’un avec l’autre, l’un sans l’autre.
Car à Montparnasse-Bienvenüe, une autre est montée.
L’homme la connaissait.
L’homme lui sourit.
Elle ne le voit pas. Elle se pose contre la porte, au fond.
Les « djeunz » diraient qu’il s’est pris un gros vent, un big zef de ouf là l’keum.
C’est bon ça.
Ils l’ont vu se prendre ce vent. Ca souffle parfois dans le métro.
Oui, c’est rigolo. Il lui a sourit, lui a fait signe de la main. Elle ne l’a pas vu.
Clin d’œil.
Tous les deux, ils lui sourient, à lui. Ils ont compris eux.

Minute, ce n’est pas terminé.
De nouveau, l'homme sent qu’elle va tourner la tête.
Alors il recommence. Oui, il en veut le garenne.
Faut dire, cette petite est aussi distinguée que l’arbre du Ténéré.
Alors de nouveau, il lève le bras, fait un signe de la main et lui sourit.
Et de nouveau, hop, l’Harmattan souffle de plus belle.
C’est extra. Du vrai petit lait.
Ils sourient davantage.
L'homme les a vu. Il est gêné. Il ne peut que sourire.
Ca c’est bien.
Ils ont compris qu’ils se connaissaient mais qu’il jouait de malchance.
Tous les trois, ils partagent cette tranche de vie métropolitaine.

Quand ils sortiront, ce sera elle qui ira finalement vers lui.
C’était obligé. La touarègue n’a pas besoin de plusieurs essais elle. Une seule lui suffit. C’est écrit.
C’est comme ça.

Bon, et nous, notre jeu alors ?

Rennes.
Il faut reprendre.
Elle sort, et prend la voiture suivante.
Et s’installe sur un strapontin.
A côté, une personne assise, deux debout.
En face, une femme noyée dans son super Sudoku d’argent.
Excellent. Parfait.

Sèvres-Babylone.
Il sort, et prend la voiture suivante.
Il avance dans la voiture et s’installe sur le strapontin, face à elle.
En face en diagonale, une personne assise, deux debout.
A côté, une femme perdue dans des mots mêlés. Non, c’est un Sudoku plutôt.
Excellent. Parfait.
Scène posée.

Ca peut commencer.

On dirait qu’ils ne se connaissaient pas.

Rue du Bac.
Il sort le carnet magique.
Ecrit une ligne.
Miss Sudoku le remarque.
Il range son stylo dans le carnet magique.
Il referme le carnet magique.
A elle, il lui tend son carnet magique.

Etonnée, amusée, elle attrape le carnet magique.
Ouvre la page.
Elle rit.
Miss Sudoku épie.
Miss Sudoku est désormais paumée dans son calcul.
Elle prend le stylo, écrit sur la page du carnet magique.
Premier monsieur debout la regarde sourire et écrire.
Miss Sudoku le regarde, lui, discrètement de côté. Et puis elle, en train d'écrire.

Solférino.
Elle lui tend le carnet magique.
Il attrape le carnet magique.
Il ouvre le carnet magique.
Il sourit.
Il contrôle bien son rire.
Miss Sudoku veut lire. Non. Ce n’est pas bien. Calcule plutôt toi. Grande curieuse va.
Premier monsieur debout chuchote à deuxième monsieur debout.
Deuxième monsieur debout le regarde écrire dans le carnet magique.

Miss Sudoku, premier et deuxième monsieur debout sourient.
Tous les trois, les yeux, tournés vers le carnet magique.
Ils assistent à une scène improbable ils pensent. Ils aiment.

Il lui re-tend le carnet magique.
Souriante Tonygencyl, elle s’empare du carnet magique.

Assemblée Nationale.
Elle rigole. Un petit cri. Maîtrisé. Tout juste.
Main devant la bouche.
Yeux en amande. Elle rougit.
Elle relit et s’esclaffe.
Elle cherche sa respiration.
Elle rit encore de plus belle.

Il rit.
Ils rient.
Tous.

Gagné.

Allez. Zou.
Concorde.
Ils sortent, et ensemble cette fois-ci.
Amusés.
Yeux en croissant de lune.
Ils courent sur le quai.

Premier et deuxième monsieur debout les regardent sortir et courir avec de grands yeux.
Miss Sudoku en laisse tomber son super Sudoku d’argent.
Ils ont compris.
Eux, ils continuent vers Madeleine. Amusés.
Ils ont aimé.

Joli, bien joué.

06 août 2007

Ca, j'aime

Alors ça, c’était vraiment un grand moment.
Remarque, y’en a eu un autre aussi.
Parfois, le monde est si petit !
J’ai entendu dire qu’il existait un inconscient collectif qui incitait certaines personnes à se croiser.
Ah, me souviens d’un autre maintenant.
Ca fait trois là.

Par lequel commencer ?
Mais avec recul, aucune de ces rencontres n’a été significative.
Si. Juste de réfléchir à propos de ce hasard.
Recommencer et recommencer.
Du coup, aujourd’hui, on en cherche encore la raison.
Quelqu’un m’a dit un jour que ces hasards étaient provoqués par une vie antérieure commune.
Peut-être.
Ce quelqu’un, je ne l’ai jamais revu d’ailleurs. C’était un illuminé.
Peut-être l’avais-je croisé dans une vie antérieure. Va savoir.

La première remonte à quelques mois.
On était vendredi soir. Il devait être 19h58.
Oui, je m’en souviens. J’ai retrouvé le billet sept jours plus tard dans la poche arrière de mon jean qui sortait froissé de la machine à laver.
Je quittai Paris pour rejoindre le pays des rillettes.
Le TGV devait continuer jusqu’à la capitale bretonne.

Ah, maintenant, je me souviens d’une quatrième fois.
Comme quoi, le pouvoir de l’écriture.

Je monte dans la voiture, m’installe à ma place. Une place à quatre.
Ces places à quatre, parfois je les aime. D’autres fois, moins.
Ce soir-là, face à moi, une mère et sa fille. Rien d’extraordinaire.
Mais d’original, leur ressemblance.
Frappante.
Elles devaient avoir à peine vingt ans de différence.
Sans doute quarante et vingt ans.
Oui, sans doute ça.
Madame quarante, Voici dans les mains, en faisait trente-cinq.
Mademoiselle vingt, Kundera dans les mains en paraissait vingt-cinq.
A trente, par laquelle se laisserait-on tenter ?
La maturité ou la fougue ? La raison ou la folie ?
Les mêmes traits.
Le même cheveu.
La même peau.
Les mêmes yeux.
La même posture.
La même beauté.
Soupir.
Je me serai bien envoyé les deux. Là, dans l’entre-wagons.


Le voyage s’est passé. Cinquante-cinq minutes. Point.
Ca, c’était le vendredi.

Dimanche. Le Mans. 20h12.
Mon train, 20h19.
Annulé.
Merde.
Exceptionnellement, un TGV venant de Rennes s’arrêtera pour prendre les rillettes stationnées sur le quai.
Du coup, beaucoup de monde.
Du coup, je vais au bout du quai, monter dans la dernière voiture.
Du coup, là, moins de monde.

J’entre dans la voiture. La première place libre est dans un espace à quatre.
Je m’installe.
Et là, en face, elles.
Clin d’œil.
Ca, c’est génial.
Ca, j’aime.


Une deuxième fois, c’était au Tibet.
Je pars seul.
Envie de partir seul. C’est tout. Oui, c’est bien de partir seul parfois.

Après trois semaines.
Dans un restaurant tibétain à Lhassa, avec des compagnons parlant anglais comme je maîtrise le claquage du réveil le matin.
Et là, enfin un couple de français.
Premiers français croisés.
Enfin ! Echanger.
Moi, mon anglais, c’est comme mélanger de l’Efferalgan avec un Mojito.
Ils viennent à notre table.
On parle. De tout et de rien.

Jusqu’au moment où.
Oui.
Je me rends compte qu’ils habitent à cinq kilomètres du village où j’ai grandi.
De chez moi, là où les poneys puent mais où les forêts sont pleines de cèpes.
Clin d’œil.
Ca, c’est génial.
Ca, j’aime.


Une troisième fois, c’était au pays des rillettes.
Dans une rue.
Comme un flash.
Je pense à quelqu’un.
Ou plutôt l’image de ce quelqu’un déboule comme ça.
D’un seul coup.
Pourquoi ? Aucune idée.

Ca remontait bien à deux années que je n’avais pas eu de nouvelles de cette personne.
Ni moi-même y repenser.
Désolé Virginie.
Vingt mètres plus loin, un angle de rue.
Elle, elle était là.
Sur le trottoir. Immobile.
Clin d’œil.
Ca, c’est génial.
Ca, j’aime.


Et une quatrième fois.
Là où j’aime. Une gare.
Un matin. Un samedi matin oui. Tôt. Très tôt.
Trop tôt. Ma joue avait la trace de l’oreiller. Marque de fabrique.
Dans le hall. Je lève la tête.
Un œil à gauche, sur l’horloge.
L’autre à droite, sur les horaires.
J’ai l’œil souple. Oui.

Etrange.
Je sens une présence derrière moi.
Une présence familière.
Je dois me retourner.
Je me retourne.

Là, à cinq mètres, sur le banc, un ami d’enfance perdu de vue.
Clin d’œil.
Ca, c’est génial.
Ca, j’aime.


Aujourd’hui, encore envie de cligner de l’œil.


Dis, on se connaît ?

02 août 2007

Cette rencontre, on ne l'oublie pas

Ca fait deux ans et demi aujourd’hui.
Oui, deux ans et demi. Déjà.
Au début, ce n’est pas évident.
On se trompe sur tout, il faut réapprendre. Ca fait avancer.

Elle, je ne l’avais jamais vue. Elle non plus d’ailleurs.
C’est par téléphone que nous nous sommes connus. C’était bizarre.
Elles m’avaient donné son numéro, elle m'avait donné son adresse.
Première fois que je lui parlais à elle. A eux.
Pourtant, j’étais à l’aise. Elle aussi.
Oui, j’aurais très bien pu ne pas être à l’aise. Ce n’est pas ordinaire.
Elle était plus jeune que moi. Vingt-cinq ans je crois. Encore étudiante.

Nous avions convenu du rendez-vous.
Chez elle. Directement. Oui.
Ca se passait comme ça.
Mais pour moi, ça me paraissait normal. Et puis elles m’avaient prévenu qu’il faudrait un jour ou l’autre que j’aille chez elle.
Je m’en souviens comme si c’était hier. Qui aurait pu oublier!

Ce soir là, il faisait froid. Faut dire, c’était en hiver.
Je me revois grelottant, marchant rue Notre-Dame des Champs, sifflotant un air des Cowboys Fringants.
Plouf plouf. Ca, c’était une flaque d’eau.
Ca m’apprendra.
Suis trop joueur.

Au pied de chez elle, je reconnus l’entrée qu’elle m’avait si bien décrite.
Guider et se faire guider, elle est habituée. Elle m’initierait.
Elle avait l’habitude de ce genre de rendez-vous. Ca m’a rassuré.
J’entre. Je monte. J’avance. Je stoppe. Je frappe. Elle m’ouvre.

Ce qui m’a frappé chez elle en premier, bizarrement, ce sont ses chaussures.
Celles en cuir, qui étaient dans un coin, là, à coté de son sac. Les chaussettes étaient soigneusement mises dans ses chaussures. Mais une chaussette rouge et l’autre noire.
Presque comme la violoniste de Gare du Nord que je croiserai un an et demi plus tard.
Mais cette différence de couleur de chaussettes emmitouflées dans les chaussures ne m’a pas étonné.
D’ailleurs, ça m’a paru normal. Oui.

De son huitième étage, elle avait une formidable vue sur le Panthéon illuminé.
Je lui ai dit. Ce fut ma première erreur. Je n’aurai pas dû lui dire.
Je me suis senti mal et à la fois amusé de cette boulette.
C'était obligatoire. Surtout la première fois. Elles m'avaient prévenu.
Elle ne m’en a pas tenu rigueur.
Merci Chloé.
Elle était gentille, attachante, douce et très belle.
Ses lunettes lui allaient à ravir.
Belle, elle ne le savait pas. On lui disait, mais elle ne voulait pas l’accepter.

Nous avons parlé d’actualités, il le fallait.
Nous avons parlé du code civil, c’était obligé.
Nous avons parlé d’Histoire, c’était du bonus. Oui, elle aimait l’Histoire.
De nous, nous n'avons que très peu parlé. Brièvement. Autour d’un verre de soda.

Ce moment, cette soirée, seul, avec elle, j’ai aimé.
J’en garde un merveilleux souvenir.
Elle était vraiment très attachante.

Par la suite, nous avons continué à nous voir. Toujours chez elle.
Mais tout restait très étrange.
Oui, pendant quatre mois nous nous sommes vus.
A ses yeux, nous voir était important.
Aux miens, davantage.

Et puis, son année d’études à Paris s’est terminée. Elle est repartie. Loin. Là bas, chez elle.
Depuis, nous ne nous sommes jamais revus.
Jamais reparlé.
Ca peut paraître étrange, mais non.
Elles m'avaient prévenu.


Ce soir d'hiver, c'était la première fois que je lui faisais sa lecture.
Elle était non-voyante.

 

 

01 août 2007

Elle est là-bas

Ici, j’aime y être.
Ici, comme le temps, rien n’est fixe, tout avance.
Ici, c’est mouvement.
Ici, c’est une sorte de trait d’union entre un lieu et un autre, entre le chaud et le froid, la pluie et le soleil, l’envie et le dégoût, le sourire et la moue.

Mon premier grand souvenir remonte à presque vingt-cinq ans. Elle me paraissait immense. J’y avais peur, peur de m’y perdre.
Quand quinze ans plus tard j’y suis revenu, elle me paraissait si petite !
Mes yeux avaient grandi. Elle, pourtant, était restée à l’identique. C’est marrant.
Nous avions cinq ans. Certains pleuraient, d’autres riaient.
Avec deux autres aventuriers, nous nous étions sauvé. Attirés par l’odeur de la fraise tagada.
Sauvés, mais rattrapés, par madame Péchault avec ses yeux de baleine et ses mains de bûcheron auvergnat.

Aujourd’hui, quand j’y retourne, je regarde.
Je les regarde. Eux, ces gens.
On ne les a jamais vu. On ne les recroisera jamais. Sauf peut-être un ou deux.
Ou une, si elle nous plait. Oui, on peut décider de la revoir, en la complimentant sur la finesse de ses fossettes ou de ses chaussettes. Comme celle-ci, une fois, violon sur l’épaule, natte sur l’autre, à la sockette noire et l’autre bleue.
Elle n’avait pas vu. Je l’avais vu. Je ne l’ai pas revue.

Généralement, ils sont tous pressés.
Généralement, ils sont tous stressés.
Mais ils ont tous un point commun. Ils vont regarder là-bas, là-haut, et avancer.

Mais avant d’avancer, d’abord, on avance tous. Allez.
Une autre fois, c’était en montant à Odéon.
La rame était bondée. Et encore une fois, il faisait chaud.
C’était la fin de semaine.
C’était la fin de journée.
C’était la fin du wagon.
In-extremis je m’y glisse. A la porte et contre la vitre j’étais englué.
Essayez de sortir une cigarette d’un paquet neuf, et de la re-glisser correctement, vous verrez, vous n’y arriverez pas.
Là, c’était pareil. On était vingt, dans cet espace, debout comme des cigarettes. Non light pour certain(e)s…
J’étais le vingtième, la vingtième clope, cabossé, contorsionné pour me calquer à la porte, être en symbiose avec cette vitre meurtrie de coups de cutter et de microbes.
Trois, quatre et cinq stations comme ça. Jusque Etienne Marcel

Etienne Marcel.
Là, sur le quai, au loin, on distingue une sorte de brouillard.
La rame continue d’avancer.
En fait, le brouillard n’est pas un brouillard.
Le brouillard, c’est le jet d’eau d’un extincteur. Un SDF joue avec et s’amuse à arroser les wagons.
Clin d’œil.
Mais juste d’un œil, avant d’ouvrir les deux bien grand : mon wagon, ma porte, ma tête s’arrêtent devant lui.
Sur les côtés, par les fenêtres, l’eau entre. Je ris. D’autres aussi. Ca, c’est bien.
Je sens la fraîcheur du jet contre la vitre.
Les traces de cutter restent imperméables.
Nous avons des portes de métro imperméables. Je vous le dis.
Je ris jaune lorsque je soupçonne mon voisin de vouloir descendre. Ca, c’est moins bien.
Là, j’aurai droit à la douche que j’avais oublié de prendre juste avant.
Fausse alerte.
Soupir.
Je ris encore plus.
L’eau continue de dégouliner sur toutes les vitres.
C’est génial.
Scène improbable, scène formidable.


Station ____ __ ____.
Le métro m’y dépose enfin.
Certaines personnes que j’y croiserai n’auront pas eu la même chance que j’ai eue avec mon ami apprenti pompier.

Elle, elle est toujours aussi grande.
Et eux. Ils partent, ou ils arrivent ?
Où vont-ils ?
D’où viennent-ils ?
Qu’attendent-ils ?
Certains ont avancé, d’autres vont avancer.
Certains ont les mains libres, d’autres pas.
Certains se cherchent, d’autres se trouvent.
Des groupes, des familles, des couples, des personnes seules. Et moi.
Ici, comme le sandwich, le téléphone est roi.

Mais ils ont, nous avons tous un point commun.
Nous regardons tous dans la même direction. Là bas, là-haut, au même endroit, à des moments différents.
Oui, c’est sans doute l’objet le plus regardé ici.
Elle attire toute l’attention. C’est elle qui décide de nous faire avancer.
Sans elle, il n’y a plus rien.
Sans elle, plus rien ne bouge.
Sans elle, nous sommes perdus.


L’horloge de la gare.

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