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14 août 2007

Manquerait plus que ça

Ce matin, ça a fait tilt.
Je ne m’en souvenais plus. Pourtant, ça m’avait marqué. Une fois. Plusieurs fois.
J’avais trouvé ça beau. Ou bien.
Oui bien. Le mot est mieux. Plus approprié.
Mais heureusement encore !
Manquerait plus que ça !
Mais ce matin, je n’y ai pas eu droit. Une fois n’est pas coutume.
En cinq années, c’était la cinquième fois. Je crois. Ces choses là je les compte.
Sans doute pour ça que ça a fait tilt.
D’ailleurs j’ai voulu lui dire. A lui là.
De rien. Crétin.

On dit que les parisiens sont froids.
Mal aimables.
Impolis.
Passifs.
Bref, plein de choses pas rigolotes.
Pourtant, là, ils ne le sont pas. Sauf les cinq.

J’ai toujours été étonné. Surpris.
Tant de politesse. Ici, dans ce lieu apparenté si froid. Symbole de l’humeur parisienne.
En plus, là, ici, c’est là où j’ai fait mes premiers pas à Paris.
Je me souviens.


Aparté.
Souvenir.
A l’époque, avant la rénovation, chaque matin était différent.
J’aimais.
Chaque jour je passais et lisais un mot différent. Une ardoise était là. Pour y laisser deux trois mots harmonieux.
Toi, moi, nous, pouvions laisser un mot.
Extra.
Dans une journée il allait être lu par des milliers de paires d’yeux.
Certains n’y faisaient pas attention.
D’autres y passaient beaucoup de temps. A lire. A y réfléchir.
Ca, j’aime.

Il y avait un habitué. Un ? Une ? Je ne savais pas. A son écriture je m’étais habitué.
J’aimais ce que cette personne écrivait.
Une écriture d’enfant.
Des mots d’adulte.
Alors un jour j’ai voulu la surprendre.
Un jeu.
En direct.
En flagrant délit.
Je n’en avais jamais vu écrire. Là.
Sans doute qu’elles n’auraient pas aimé.
Sans doute garder le mystère était un défi.
Sans doute pour ça que lui, une fois je l’ai surpris.

Il était 00h45.
Et j’ai compris.
Il choisissait son moment. Au calme. A la fermeture.
Anonyme il voulait rester.
Bouche en croissant de lune à Johannesburg, je lui ai dit « c’est vous. C’est génial ».
Il m’a remercié et est parti.
Cette nuit là, sur l’ardoise il avait écrit
« Le doute est le plus bel hommage que l’on puisse rendre à l’espoir ».

J’en avais découvert un.
J’étais content.

Le meilleur moment fut le lendemain matin.
Comme chaque matin, je devais y repasser.
Et là, j’ai revu ce mot.
Et les autres aussi. Ils passaient devant. Le lisaient.
Je savais ce qu’ils ne savaient pas.
Je savais qui l’avait écrit. Et quand.
C’était son mot à lui.
Mais c’était le mien aussi.
Nous deux. Les seuls à le savoir.

C’était l’ardoise de la station Vaugirard…
…qui n’existe plus.


Je continue.
Reprenons.

J’ai toujours été étonné. Surpris.
Tant de politesse. Ici, dans ce lieu apparenté si froid. Symbole de l’humeur parisienne.
Pourtant, convaincu que nous n’y faisons pas attention.
Bien sûr, c’est la moindre des choses.
Mais pour le parisien, ce n’est pas forcément la moindre des choses.
On raconte qu’il vaut mieux l’avoir en journal.
Oui. Ce n’est pas faux.
Surtout lui là, de ce matin.
Mais lui, c’est une exception.

Alors d’ordinaire je fais comme ça.
J’arrive.
Bras tendu.
Poing fermé.
Du bras droit. Oui, toujours du bras droit.
Je pousse.
Fais deux pas. Ou trois.
Je me retourne.
Je reste bras tendu. Ou pas.
J’attends une seconde. Ou pas.
Parfois je tourne sur moi-même. Petit plaisir rare.
Quand je tourne sur moi-même, c’est simple, c’est qu’il y avait quelqu’un. Derrière.
Neuf fois sur dix, sans forcément tourner sur soi-même, il y a quelqu’un. Derrière.
Alors là, oreilles ouvertes, je l’attends.
Et je l’ai toujours.
Faut dire, je le fais toujours avec la manière.
Sauf cinq fois. Dont ce matin. Mais ça c’est du détail.

Du timide.
Du spontané.
Du souriant.
Du pressé.
Du stressé.
Du non réveillé.
Du doux.
Du grognon.

Mais toujours le même.
Du grave à l’aigu.
D’une bouche à une autre.
D’un âge à un autre.
D’une couleur à une autre.

Lui, c’est le merci envoyé pour avoir tenu la porte battante de sortie de métro.