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06 août 2007

Ca, j'aime

Alors ça, c’était vraiment un grand moment.
Remarque, y’en a eu un autre aussi.
Parfois, le monde est si petit !
J’ai entendu dire qu’il existait un inconscient collectif qui incitait certaines personnes à se croiser.
Ah, me souviens d’un autre maintenant.
Ca fait trois là.

Par lequel commencer ?
Mais avec recul, aucune de ces rencontres n’a été significative.
Si. Juste de réfléchir à propos de ce hasard.
Recommencer et recommencer.
Du coup, aujourd’hui, on en cherche encore la raison.
Quelqu’un m’a dit un jour que ces hasards étaient provoqués par une vie antérieure commune.
Peut-être.
Ce quelqu’un, je ne l’ai jamais revu d’ailleurs. C’était un illuminé.
Peut-être l’avais-je croisé dans une vie antérieure. Va savoir.

La première remonte à quelques mois.
On était vendredi soir. Il devait être 19h58.
Oui, je m’en souviens. J’ai retrouvé le billet sept jours plus tard dans la poche arrière de mon jean qui sortait froissé de la machine à laver.
Je quittai Paris pour rejoindre le pays des rillettes.
Le TGV devait continuer jusqu’à la capitale bretonne.

Ah, maintenant, je me souviens d’une quatrième fois.
Comme quoi, le pouvoir de l’écriture.

Je monte dans la voiture, m’installe à ma place. Une place à quatre.
Ces places à quatre, parfois je les aime. D’autres fois, moins.
Ce soir-là, face à moi, une mère et sa fille. Rien d’extraordinaire.
Mais d’original, leur ressemblance.
Frappante.
Elles devaient avoir à peine vingt ans de différence.
Sans doute quarante et vingt ans.
Oui, sans doute ça.
Madame quarante, Voici dans les mains, en faisait trente-cinq.
Mademoiselle vingt, Kundera dans les mains en paraissait vingt-cinq.
A trente, par laquelle se laisserait-on tenter ?
La maturité ou la fougue ? La raison ou la folie ?
Les mêmes traits.
Le même cheveu.
La même peau.
Les mêmes yeux.
La même posture.
La même beauté.
Soupir.
Je me serai bien envoyé les deux. Là, dans l’entre-wagons.


Le voyage s’est passé. Cinquante-cinq minutes. Point.
Ca, c’était le vendredi.

Dimanche. Le Mans. 20h12.
Mon train, 20h19.
Annulé.
Merde.
Exceptionnellement, un TGV venant de Rennes s’arrêtera pour prendre les rillettes stationnées sur le quai.
Du coup, beaucoup de monde.
Du coup, je vais au bout du quai, monter dans la dernière voiture.
Du coup, là, moins de monde.

J’entre dans la voiture. La première place libre est dans un espace à quatre.
Je m’installe.
Et là, en face, elles.
Clin d’œil.
Ca, c’est génial.
Ca, j’aime.


Une deuxième fois, c’était au Tibet.
Je pars seul.
Envie de partir seul. C’est tout. Oui, c’est bien de partir seul parfois.

Après trois semaines.
Dans un restaurant tibétain à Lhassa, avec des compagnons parlant anglais comme je maîtrise le claquage du réveil le matin.
Et là, enfin un couple de français.
Premiers français croisés.
Enfin ! Echanger.
Moi, mon anglais, c’est comme mélanger de l’Efferalgan avec un Mojito.
Ils viennent à notre table.
On parle. De tout et de rien.

Jusqu’au moment où.
Oui.
Je me rends compte qu’ils habitent à cinq kilomètres du village où j’ai grandi.
De chez moi, là où les poneys puent mais où les forêts sont pleines de cèpes.
Clin d’œil.
Ca, c’est génial.
Ca, j’aime.


Une troisième fois, c’était au pays des rillettes.
Dans une rue.
Comme un flash.
Je pense à quelqu’un.
Ou plutôt l’image de ce quelqu’un déboule comme ça.
D’un seul coup.
Pourquoi ? Aucune idée.

Ca remontait bien à deux années que je n’avais pas eu de nouvelles de cette personne.
Ni moi-même y repenser.
Désolé Virginie.
Vingt mètres plus loin, un angle de rue.
Elle, elle était là.
Sur le trottoir. Immobile.
Clin d’œil.
Ca, c’est génial.
Ca, j’aime.


Et une quatrième fois.
Là où j’aime. Une gare.
Un matin. Un samedi matin oui. Tôt. Très tôt.
Trop tôt. Ma joue avait la trace de l’oreiller. Marque de fabrique.
Dans le hall. Je lève la tête.
Un œil à gauche, sur l’horloge.
L’autre à droite, sur les horaires.
J’ai l’œil souple. Oui.

Etrange.
Je sens une présence derrière moi.
Une présence familière.
Je dois me retourner.
Je me retourne.

Là, à cinq mètres, sur le banc, un ami d’enfance perdu de vue.
Clin d’œil.
Ca, c’est génial.
Ca, j’aime.


Aujourd’hui, encore envie de cligner de l’œil.


Dis, on se connaît ?