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01 août 2007

Elle est là-bas

Ici, j’aime y être.
Ici, comme le temps, rien n’est fixe, tout avance.
Ici, c’est mouvement.
Ici, c’est une sorte de trait d’union entre un lieu et un autre, entre le chaud et le froid, la pluie et le soleil, l’envie et le dégoût, le sourire et la moue.

Mon premier grand souvenir remonte à presque vingt-cinq ans. Elle me paraissait immense. J’y avais peur, peur de m’y perdre.
Quand quinze ans plus tard j’y suis revenu, elle me paraissait si petite !
Mes yeux avaient grandi. Elle, pourtant, était restée à l’identique. C’est marrant.
Nous avions cinq ans. Certains pleuraient, d’autres riaient.
Avec deux autres aventuriers, nous nous étions sauvé. Attirés par l’odeur de la fraise tagada.
Sauvés, mais rattrapés, par madame Péchault avec ses yeux de baleine et ses mains de bûcheron auvergnat.

Aujourd’hui, quand j’y retourne, je regarde.
Je les regarde. Eux, ces gens.
On ne les a jamais vu. On ne les recroisera jamais. Sauf peut-être un ou deux.
Ou une, si elle nous plait. Oui, on peut décider de la revoir, en la complimentant sur la finesse de ses fossettes ou de ses chaussettes. Comme celle-ci, une fois, violon sur l’épaule, natte sur l’autre, à la sockette noire et l’autre bleue.
Elle n’avait pas vu. Je l’avais vu. Je ne l’ai pas revue.

Généralement, ils sont tous pressés.
Généralement, ils sont tous stressés.
Mais ils ont tous un point commun. Ils vont regarder là-bas, là-haut, et avancer.

Mais avant d’avancer, d’abord, on avance tous. Allez.
Une autre fois, c’était en montant à Odéon.
La rame était bondée. Et encore une fois, il faisait chaud.
C’était la fin de semaine.
C’était la fin de journée.
C’était la fin du wagon.
In-extremis je m’y glisse. A la porte et contre la vitre j’étais englué.
Essayez de sortir une cigarette d’un paquet neuf, et de la re-glisser correctement, vous verrez, vous n’y arriverez pas.
Là, c’était pareil. On était vingt, dans cet espace, debout comme des cigarettes. Non light pour certain(e)s…
J’étais le vingtième, la vingtième clope, cabossé, contorsionné pour me calquer à la porte, être en symbiose avec cette vitre meurtrie de coups de cutter et de microbes.
Trois, quatre et cinq stations comme ça. Jusque Etienne Marcel

Etienne Marcel.
Là, sur le quai, au loin, on distingue une sorte de brouillard.
La rame continue d’avancer.
En fait, le brouillard n’est pas un brouillard.
Le brouillard, c’est le jet d’eau d’un extincteur. Un SDF joue avec et s’amuse à arroser les wagons.
Clin d’œil.
Mais juste d’un œil, avant d’ouvrir les deux bien grand : mon wagon, ma porte, ma tête s’arrêtent devant lui.
Sur les côtés, par les fenêtres, l’eau entre. Je ris. D’autres aussi. Ca, c’est bien.
Je sens la fraîcheur du jet contre la vitre.
Les traces de cutter restent imperméables.
Nous avons des portes de métro imperméables. Je vous le dis.
Je ris jaune lorsque je soupçonne mon voisin de vouloir descendre. Ca, c’est moins bien.
Là, j’aurai droit à la douche que j’avais oublié de prendre juste avant.
Fausse alerte.
Soupir.
Je ris encore plus.
L’eau continue de dégouliner sur toutes les vitres.
C’est génial.
Scène improbable, scène formidable.


Station ____ __ ____.
Le métro m’y dépose enfin.
Certaines personnes que j’y croiserai n’auront pas eu la même chance que j’ai eue avec mon ami apprenti pompier.

Elle, elle est toujours aussi grande.
Et eux. Ils partent, ou ils arrivent ?
Où vont-ils ?
D’où viennent-ils ?
Qu’attendent-ils ?
Certains ont avancé, d’autres vont avancer.
Certains ont les mains libres, d’autres pas.
Certains se cherchent, d’autres se trouvent.
Des groupes, des familles, des couples, des personnes seules. Et moi.
Ici, comme le sandwich, le téléphone est roi.

Mais ils ont, nous avons tous un point commun.
Nous regardons tous dans la même direction. Là bas, là-haut, au même endroit, à des moments différents.
Oui, c’est sans doute l’objet le plus regardé ici.
Elle attire toute l’attention. C’est elle qui décide de nous faire avancer.
Sans elle, il n’y a plus rien.
Sans elle, plus rien ne bouge.
Sans elle, nous sommes perdus.


L’horloge de la gare.

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