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31 juillet 2007

Flippant

Cette fois-ci, c’était à Saint-Sulpice.
C’était en été. Il faisait chaud, il faisait beau.
Je me souviens même qu’il faisait plus frais dans le métro. Oui, et d’ailleurs, ça sentait moins la pisse.
Avant, j’avais peu dormi. La petite pinte que je m’étais envoyée m’a fait rougir les yeux. Ils ne demandaient qu'à se fermer.
Vraiment fatigué.

On était combien? Peut-être sept ou huit, là, sur le quai.
Et puis, il y avait elle.
Petite et assez sale. Ses mollets étaient tachetés.
Sa silhouette rappelait celle d'une gamine. Oui, à peine plus grande qu’une adolescente asiatique.

Elle était sur le bord du quai.
A trois mètres devant moi, sur la gauche.
Mes voisins la regardaient aussi.
Elle, toujours de dos.
Puis elle s’est avancée de quelques centimètres et s’est accroupie.
Maintenant ses pieds sont à cheval entre le bord du quai et de la voie.

Les regards vers elle s’intensifient.
Je m’approche d’un pas, pour voir, au loin, si une rame arrive.
Non, pas pour l’instant.
Je regarde mes voisins. Ils reculent.

A ce moment, on ne se dit qu’une chose: si il arrive, on la tire.
Il n’arrive pas encore.
A quoi pense-t-on?
A quoi pense-t-elle?
Le temps est anormalement long.
On aimerait être ailleurs.
On aimerait qu’elle se lève. Mais non.

Au loin, la rame arrive.
Là, on se dit « allez, bouge-toi maintenant ».
Et non. Elle ne bouge pas.
Pire, elle baisse la tête.

La rame se rapproche. Personne ne bouge.
Certains reculent davantage.
Alors je m’avance, me mets derrière elle, m’accroupis aussi, lui attrape sa veste dans son dos et lui pose la main sur l’épaule.
« Il faut vous lever maintenant, le métro arrive ».
Ce n’est pas une enfant. Elle doit être plus âgée que moi.
Elle relève la tête brusquement, me regarde.
Son visage est marqué, sale.
« J’étais en train de dormir je crois ».
Me dévisageant, elle se lève.
« Merci. Vous savez, j’ai trente-trois ans aujourd’hui et envie de mourir ».

Gloups.

La rame stoppe. La main tremble.
Elle monte. Je la regarde monter.
Elle descendra deux stations plus loin.

La rame repartira.
Elle restera immobile sur le quai, à la regarder s'éloigner.

25 juillet 2007

Lui, trait pour trait

Il en a vu passer le bougre.
Je crois que le mien est jaloux.

Il était sans doute prédestiné à passer de main en main.
D’une main frêle à une main sûre, d’une main malade à une main tonique, d’une hésitante à une autre décidée.
Et bien souvent, il doit être sale. Enfin, je pense. Oui, de main en main, comme ça, ça me fait froid dans le dos.

Tout le long, il sera regardé.
Certains se fixeront sur lui, d’autres l’ignoreront.
Il est si petit et si beau à la fois. Seul, là, au milieu de son bazar, à lui.

On est contraint de finir avec lui. On ne peut pas faire autrement.
Une fois, j’ai essayé de l’éviter. Mais non. En vain, comme d’habitude.
Et puis, l’autre, il est là, il nous force. On ne peut pas faire autrement, ça ne se fait pas, c’est la règle.

En fait, c’est nul. Oui.
Ils pourraient très bien être différents, d’une stature différente, d’une couleur différente, d’un toucher différent, d'une saveur différente.
Oui, on aimerait qu’ils soient originaux. Que ces vingt secondes finales passées en leur compagnie soient au moins un bon souvenir. Sentir leur fraîcheur, leur trait, et se laisser aller avec eux.

Lui, parfois, c’est une véritable libération.
Lui, parfois, il nous soulage, on le prend avec plaisir, les mains revigorées, jouant avec. Il doit aimer ça qu’on joue avec lui.
Il arrive qu’il soit aussi supplice.
Il nous fait trembler, encore plus.
Je le regarde et veux lui demander quelle a été sa dernière victime, quelle a été sa plus grande anecdote, quel a été son souvenir le plus glacial, le plus authentique, le plus riche, le plus vrai.
Mais ce bougre, il ne parle pas.
Enfin si, il parle. Oui, il ne s’exprime qu’en marchant sur la tête. Quelle drôle d’idée.

Mais comme moi, comme toi, comme nous, il vieillit.
De l’âge, il en prendra aussi. De sa vigueur, il en perdra aussi.
Et puis un jour, il deviendra muet, et terminera oublié, comme un vulgaire objet, jeté.
Pourtant, lui, témoin de tant de mots et de maux.

Il est complètement différent du mien.
Le mien, il a vécu. Je l’ai emmené partout.
Enfin, disons que le mien, il est toujours pareil, il ne change pas. Je le remplace souvent, trop souvent.
Mais c’est toujours son jumeau qui prend la relève.
C’est peut-être pour ça que j’ai l’impression d’avoir toujours le même.
Tous les deux, ils sont différents, pas la même histoire, pas les mêmes rencontres.

Le mien mélangé au sien, ça doit être merveilleux.
Oui.
Lui, il a vécu ce que le mien ne vit pas.


Le stylo de mon toubib.

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20 juillet 2007

Pour vous... matérialistes, ou pas..


...19h12
...la quiche "vide frigo" aux lardons et tomates du jardin (c'est bien connu, on a tous un jardin dans nos apparts parisiens, tout là haut, au dernier étage) est au four.
...tu as oublié d'acheter ton litre de lait Candia pasteurisé (parce que tu supportes pas le UHT, c'est degueu, pas ecolo et ça fouette) pour le choco-chaud de demain matin.
...tu files à Monop sauter sur le breuvage lacté et chopper un paquet de fraises tagada au passage.
...mais zut!! Monop est fermé
...19h19
...tu rallonges de 400m pour aller à franprix, croisant les doigts de ne pas devoir prolonger pour rejoindre le Bon Marché
...19h21
...tu tombes sur Monique qui t'invite à prendre l'apéro (600m plus loin)
...19h38
...Avec Monique, ça s'éternise, elle te montre ses photos de son dernier Trek à Walibi Belgique
...20h24
(notez hein... 20h24... même pas le temps de ______ avec Monique... (_______=faire un puzzle)
...Tu quittes Monique, rictus au bec, lui taxes du lait au passage (ni vu ni connu (mais tu fais gaffe à la date quand meme, car chez Monique, faut s'méfier))
...20h33
...Dans ta rue, les pompiers
...Devant ton immeuble, les pompiers
...Chez toi, les pompiers
...Merde!!! la quiche!!!

...Tu files chez toi, montes l'escalier, braves les pompiers, et dans un dernier élan, tu dois prendre l'objet, la chose qui t'es la plus chère.

Que prends-tu?

17 juillet 2007

C’est pour ça…

On dit que l’habit ne fait pas le moine.
Oui, on dit ça.

Ils attendaient.
Tous les deux, là, sur le banc. Ils n’étaient pas à l’aise, sans doute était-ce la première fois qu’ils le prenaient.
Elle, elle avait l’air sévère, ça se lisait dans ses yeux, et ses rides naissantes.
Lui, il avait l’air paumé, l’œil cherchant des repères.
Il était bien habillé, avec son chapeau si singulier, son parapluie distingué, son foulard bariolé. On dirait qu’il les portait pour pouvoir se cacher.
Oui, c’était peut-être pour ça. Car il n’avait pas l’air à l’aise.
Non, il n’était pas à l’aise du tout.

Mais elle, c’est l’incarnation du pouvoir. Ca se lit. Pas que dans ses yeux.
Ca se lit aussi sur ses mains.
Son éducation transpire sur ses mains. Des mains fines, rudes.
Des mains qui ont pris des décisions. De longs doigts, longilignes, froids.
Oui, très froids. D’ailleurs, ses mains n’étaient pas ridées.
Peut-être les rides n’osaient-elles pas se découvrir sur ces mains, de peur du regard qu’elle pourrait leur porter?

Ils attendaient.
Et moi aussi. J’étais là, à côté, au milieu de ces deux personnalités.
Pris entre les deux. Tout un symbole.

Elle marmonnait. Ca me faisait rire. Mais je ne le montrais pas.
Il était attachant, elle était destructrice.
Il faisait semblant de l’écouter, elle le sermonait.
Il semblait de plus en plus stressé. Elle, c’est sa nicotine. Ca, c’est sûr.
J’étais là, entre les deux, à faire l’arbitre. Ils ne me voyaient pas.

Et puis silence.
Elle se tait. Enfin.
Alors il se met à sourire. Comme ça.
Pour l’affiche d’en face? Non, je pense pas. Les pubs sur des taux d’intérêts à 6% ne font rire personne. Sauf lui peut-être?
Il est bizarre quand même.
Mais je l’aime bien, il est attachant. Pourtant, ça ne fait que trois minutes que je l’observe.

Avec son chapeau, on dirait Chaplin. Mais avec elle, il a pas dû faire les mêmes conneries. J’imagine même pas.
Enfin si, peut-être, pourquoi pas. Avec ses mains de reine, elle aurait osé l’applaudir en train de faire le pitre?
Il aurait pu jeter son parapluie et son chapeau en l’air, se défaire de son foulard, lancer sa veste, et commencer à faire trois pas, comme Fred Astaire, là, sur le quai.
Oui, vas-y, fais-le!
Si elle ne t’applaudit pas, moi, je t’applaudirai. Promis.
Mais non.

Au loin, il arrive.
Il ne sourit plus. Peut-être a t-il pensé qu’elle ne l’applaudirait pas.
Elle le bouscule, de nouveau, avec ses mots, son regard noir.
Il ne réagit pas.
Bouge-toi, allez! Te laisse pas faire par ces yeux!

Le stress monte.
Elle commence à trembler.

Ça est. Il est arrivé.
Je les laisse monter en premier.
Pour moi, c’est sûr, il n’ont pas l’habitude de le prendre.
Alors c’est pour ça. Oui. J’ai compris.

Le métro. Oui, le métro, il leur fait peur.
Alors je souris, quand je la vois elle, s’ouvrir et s’accoller à lui avec tendresse, comme une enfant perdue cherchant son père.
Car là, oui, c’est le père. Il a réagi sans le vouloir.

Il sourit, elle le serre, elle sourit. Je souris.
Ils avaient sans doute 150ans. Oui, au moins 150 à eux deux.

Mais avec une paire de Gazelles mauves aux pieds et son chapeau Chaplin, lui, il ne pouvait pas passer inaperçu.

C’est pour ça… que j’aime le métro.

15 juillet 2007

P______ , la voisine

Printemps 2004.
Tout nouveau dans ce bâtiment. Nouvel appartement, nouveaux voisin(e)s.
Il aime déjà ce quartier. Et puis, on ne peut que l’aimer. Ici, on dit qu’une source secrète coulerait et alimenterait les esprits les plus créatifs.
Il ne lui en fallait pas plus.

Ce soir, c’est la soirée des voisins.
Tous les voisins sont là, sourire aux lèvres. Des plats plus beaux que les autres dans chaque bras.
Tous, ou presque. La vieille du sixième n'est pas là. Oui, celle qui pue, gueule, et appelle les flics quand son voisin du cinquième écoute trop fort Intervilles.
Il sait, c’est P______ qui lui a dit.

P______, ce soir-là, elle l’a séduit avec sa quiche.
P______, ses yeux l’ont mangé, en guise de gâteaux apéro, prémices de sa quiche.
P______, elle joue du violon. Il aime. Oui, il aime et aimerait être son archer pour flirter avec ses cordes.

Quelle chance d’avoir P______ comme voisine, s'est-il dit.
Ce soir là, son jus de carottes du jardin spécialement pressées du matin n’a pas eu raison de P______ .
Bizarrement. Enfin il sait pas. C’était il y a longtemps. Et puis P______ , il ne l’a pas recroisée.


Hiver 2007.
Il est tard. Il a la tête qui tourne.
N’aurait jamais dû mélanger jus de carottes et vodka. Enfin il sait plus. Vodka? Tequila? Gin? Rhum? C’était bon, juste.
Etape code.
Concentration: 23A62.
Bien. Ca marche. La tête qui tourne, mais les doigts restent sobres.
Il fait noir, il laisse tomber ses clés, se croyant malin en jouant avec elles.
Du bruit. Dans l’escalier, du bruit. Quelqu’un descend.
Dépêche-toi de ramasser tes clés cruchon! Hop. La souplesse des ses ischio-jambiers ne le perd jamais.
La lumière s’allume. Les pas descendants se font de plus en plus soutenus.

Face à face.
P______. C’est bien elle. Sac poubelle à la main.

Maxime (sobre):
- Bonsoir
P______ la ménagère:
- Bonsoir

Il fait mine de regarder dans la boîte aux lettres, des fois que l’Isis de la station Cité se soit manifestée 
http://ilovethisgame.hautetfort.com/archive/2007/07/11/im...

P______ fait quelques pas dans la courée, et se retourne.

P______ interrogative:
- Excuses-moi, tu n’étais pas à la soirée des voisins d’il y a quelques temps?

Maxime:
- Oui, mais ça remonte. D’ailleurs, on en a plus refait depuis.
Effort surhumain, tentative de reconnexion de neurones… Tester sa mémoire, d’ordinaire plutôt performante, et le Yogourt lâche un:
- Claire?
P______ amusée:
- Non, P______ . Et toi… c’est….
P______ cherche à ce moment.
(C’est bon signe ça mon Maxou!! Bon, par contre, si elle lui sort un « Maxime », il promet de tourner à l‘Evian et de devenir incollable sur tous les adagios de Violon…).
Elle cherche, mais ne trouve pas.
Zut! et ouf! à la fois (l’Evian, ça va deux minutes. Ou si, avec du Rhum. Oui, c’est bon de l’Evian avec du Rhum, c’est blanc, on voit rien.)

- Maxime.
- Ah oui, exact… MAXIME.

En grand gentleman, il ne lui proposera pas de lui prendre ses ordures. Erreur peut-être.
On fait tous des erreurs.
Même P______ fait des erreurs, elle ne se souvenait plus de son prénom.

La tête lui retourne.
Il monte. Il dort.


Printemps 2007.
Midi.
Exceptionnellement, il rentre.
Au moment de partir, il croise P______ , là, en bas, devant sa boîte aux lettres.

Elle se retourne, le voit.
- Salut Maxime!

… et merde… crétin… ça recommence...(soupir intérieur)
- Aaaaah… salut……. !
(c'est un « Aaaaah… salut……. ! » gêné).

Le trou. Le gouffre de mémoire. De nouveau.



Pauline.
Je ne l'oublierai plus. Promis.

13 juillet 2007

Mouvement, Rotterdam

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11 juillet 2007

Imaginons un peu

Dimanche, 22h12.

Gare du Nord.
Retour du WE.
Bagages sont lourds, mine fatiguée, carte orange périmée, bancos non grattés.
Chaleur, moiteur; ce WE, la canicule a frappé, les mémés une à une sont tombées.
Il prend place dans la rame de métro, bizarrement vide, sort son bouquin fétiche, « Martine à la plage », et jette quelques coups d’œil succincts à sa voisine de gauche, au décolleté plutôt généreux, afin de se rafraîchir l’esprit (ben oui, voyons, on reste des hommes hein).

Etienne Marcel.
Montée d’une Isis; élancée, raffinée. Chaussures italiennes légères, jean bien modelé jolies fesses, petit haut à fines bretelles, cheveux encore peignés par la grâce de l’oreiller du matin et au subtil regard à la fois malicieux et discret.
L’Isis s’assied en face.
Troublé, il se réfugie de plus belle dans sa lecture de fin de journée.

Etienne Marcel.
La rame de métro arrive. Journée pourrie, soirée pourrie, copines pourries. Et ça pue en plus ici.
Pressée de rentrer chez elle au plus vite, aucune envie de sourire. Une rame passe devant.
Elle le remarque dans une rame.
Elle monte, se frayant un passage parmi les bagages... "ooops pardon"..
En face d’elle, ce jeune homme, chargé de bagages, à la lecture peu ordinaire, mais qui a l’air passionnante d’après l’insistance de son attention.
Elle flashe sur lui (j’écourte un peu c’passage, pour que ça aille plus vite, sinon on en finit pas…et ne m'demandez pas pourquoi elle flashe sur lui!! elle flashe sur lui point barre. voilà).
Remuée, elle observe tout, balade ses yeux de bas en haut, de droite à gauche, en diagonale et tombe sur un de ses sacs. Elle penche sa tête, et remarque cette étiquette. Oui, c’est bien une adresse… Un parisien… L’adresse est retenue. Mais la tête toujours penchée, en train de lire, mémoriser, elle croise un regard. Flagrant délit. oooooops!!
Il lève la tête entre deux pages, remontant des jambes de la demoiselle vers ses bras croisés (toujours avec l’œil gauche un peu fripon pour sa voisine quand même au passage) avant d’échouer dans ses yeux. Une…. Deux puis trois secondes de regards soutenus… exercice difficile, surtout pour elle, la tête penchée (gare au torticoli!)
Trois longues secondes. Moment de suspension. Les deux visages se confondent dans les plus beaux tons des tomates siciliennes.

Cité.
Elle ne devait pas descendre ici, mais elle ne peut pas rester. Chamboulée par cet échange oculaire plutôt tumultueux (si si, bien chamboulée, et non pour aller chez Bertillon pour chopper une glace).
Elle fuit donc, trébuche en sortant, laissant tomber sa tong droite (ah non, c’est vrai, elle a pas d’tongs!), tant pis, elle trébuche quand même, et file vers la sortie.

Cité.
Il lui sourit. Il sait ce qu’elle regardait. Il la regarde trébucher, s'envoler. Il espère.

09 juillet 2007

Petits anges


Ptits anges
envoyé par maximoch

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Jeux d'enfants

20h, Place de l'Institut.


Comme chaque soirée, ils allaient se retrouver sur un pont. Lui, armé de sa boîte magique et elle, de sa fantaisie.
Ce soir, ce sera le pont des Arts.
Excitation à son comble, ils traversent sans prudence, aimant provoquer les klaxons.
Les premiers pas rappellent ceux du pontont des bords d'un lac néerlandais où ils ont appris à ferrer les grenouilles ensemble, appris à se traiter de "patate pourrite" avec leur voix de fripons, à manger des "goyourts" aux morceaux de fruits dedans... qu'ils recrachaient aussitôt, rictus au bec, dans l'eau dormante... troublant le sommeil des grenouilles qui tentaient juste de se remettre de leurs émotions...
Ce soir, ils ont grandi; pas de grenouille, ni de yoghourt et encore moins de pomme de terre pourrie. Juste lui et sa boîte, elle et sa mèche encore finement peignée par l'oreiller du matin.

Fort de sa grande période de création, il avait confectionné vingt petites plaquettes d'argile résineux portant chacune des chiffres romains, taillés, gravés avec la même finesse que le plus habile et minutieux des chirurgiens, allant de un à vingt. Ces petites plaquettes, ou jetons, étaient introduits dans une boîte de bois d'acacia qu'il avait ramené du Niger.
Le jeu de la boîte magique consistait à ce qu'un unique jeton soit tiré au sort. Sur ce jeton, allait figurer le numéro de l'arrondissement dans lequel ils trouveraient un troquet et feraient leur concours de bulles malabar du mercredi soir. C'est connu, le mercredi reste le jour des "enfants".

"Dix-sept"... Dans un élan, elle criera: "Sept!!!"...
Ce soir, ce sera le 17ème.
En silence, le rite non terminé, il fermera alors ses yeux... la tête penchée.
"Stop!" dit-elle...
Il relève la tête, ouvre les yeux, se tourne vers elle, et lui dit "T".
Elle cherche.... 17ème... "T"... Les Ternes. Ce soir, ils iront tenter de faire chacun tour à tour des montgolfières en malabar dans un troquet du 17ème, place des Ternes.


20h35, Place des Ternes.


Ils aimaient se retrouver, en soirée, dans ces troquets aux terrases bondées, à siroter le mojito et à exercer leur activité favorite: observer les gens, ces parisiens si pressés, ce trottoir qui ressemblait parfois aux plus beaux podiums de défilés de mode, d'originalité, d'excentricité mais rarement d'authenticité.
Ces gens qu'ils ne connaissaient pas, qu'ils ne reverraient jamais, ils aimaient les regarder. S'inventer une vie pour eux, débusquer le moindre indice qui permettrait d'en connaître un peu plus, juste un peu. De voler un regard tendre, en surprendre un complice d'un couple, ou même d'un regard noir, hagard d'un autre couple, de ces jeunes parents qui baladent leur(s) loulou(s) se collant-frottant à eux, et tenter d'imaginer quel père ou mère ils doivent être...
Ou celui-ci encore, à la faute de goût vestimentaire flagrante. Celle-là, qui a oublié que string en dehors du jean ne rime pas avec "sexy"... et puis elle... "Elle"...celle qui est éphémère, celle qui semble tout droit sortie d'un rêve..son pas calé sur l'allure d'un métronome... au regard malicieux et discret...cette silhouette... ces jambes... aaaah...(soupir)....

Plouf!!!.... Jalouse, sa complice de jeu venait de lui éclater sa bulle. Non mais!
22h34, bulle éclatée.
22h54, visage enfin nettoyé (oui, c'etait une bulle compet celle-ci).

Ils ne savaient pas qu'eux aussi, bulles aux lèvres, ils jouaient dans cette pièce, la pièce animée de la rue.