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25 juillet 2007

Lui, trait pour trait

Il en a vu passer le bougre.
Je crois que le mien est jaloux.

Il était sans doute prédestiné à passer de main en main.
D’une main frêle à une main sûre, d’une main malade à une main tonique, d’une hésitante à une autre décidée.
Et bien souvent, il doit être sale. Enfin, je pense. Oui, de main en main, comme ça, ça me fait froid dans le dos.

Tout le long, il sera regardé.
Certains se fixeront sur lui, d’autres l’ignoreront.
Il est si petit et si beau à la fois. Seul, là, au milieu de son bazar, à lui.

On est contraint de finir avec lui. On ne peut pas faire autrement.
Une fois, j’ai essayé de l’éviter. Mais non. En vain, comme d’habitude.
Et puis, l’autre, il est là, il nous force. On ne peut pas faire autrement, ça ne se fait pas, c’est la règle.

En fait, c’est nul. Oui.
Ils pourraient très bien être différents, d’une stature différente, d’une couleur différente, d’un toucher différent, d'une saveur différente.
Oui, on aimerait qu’ils soient originaux. Que ces vingt secondes finales passées en leur compagnie soient au moins un bon souvenir. Sentir leur fraîcheur, leur trait, et se laisser aller avec eux.

Lui, parfois, c’est une véritable libération.
Lui, parfois, il nous soulage, on le prend avec plaisir, les mains revigorées, jouant avec. Il doit aimer ça qu’on joue avec lui.
Il arrive qu’il soit aussi supplice.
Il nous fait trembler, encore plus.
Je le regarde et veux lui demander quelle a été sa dernière victime, quelle a été sa plus grande anecdote, quel a été son souvenir le plus glacial, le plus authentique, le plus riche, le plus vrai.
Mais ce bougre, il ne parle pas.
Enfin si, il parle. Oui, il ne s’exprime qu’en marchant sur la tête. Quelle drôle d’idée.

Mais comme moi, comme toi, comme nous, il vieillit.
De l’âge, il en prendra aussi. De sa vigueur, il en perdra aussi.
Et puis un jour, il deviendra muet, et terminera oublié, comme un vulgaire objet, jeté.
Pourtant, lui, témoin de tant de mots et de maux.

Il est complètement différent du mien.
Le mien, il a vécu. Je l’ai emmené partout.
Enfin, disons que le mien, il est toujours pareil, il ne change pas. Je le remplace souvent, trop souvent.
Mais c’est toujours son jumeau qui prend la relève.
C’est peut-être pour ça que j’ai l’impression d’avoir toujours le même.
Tous les deux, ils sont différents, pas la même histoire, pas les mêmes rencontres.

Le mien mélangé au sien, ça doit être merveilleux.
Oui.
Lui, il a vécu ce que le mien ne vit pas.


Le stylo de mon toubib.

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