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17 juillet 2007

C’est pour ça…

On dit que l’habit ne fait pas le moine.
Oui, on dit ça.

Ils attendaient.
Tous les deux, là, sur le banc. Ils n’étaient pas à l’aise, sans doute était-ce la première fois qu’ils le prenaient.
Elle, elle avait l’air sévère, ça se lisait dans ses yeux, et ses rides naissantes.
Lui, il avait l’air paumé, l’œil cherchant des repères.
Il était bien habillé, avec son chapeau si singulier, son parapluie distingué, son foulard bariolé. On dirait qu’il les portait pour pouvoir se cacher.
Oui, c’était peut-être pour ça. Car il n’avait pas l’air à l’aise.
Non, il n’était pas à l’aise du tout.

Mais elle, c’est l’incarnation du pouvoir. Ca se lit. Pas que dans ses yeux.
Ca se lit aussi sur ses mains.
Son éducation transpire sur ses mains. Des mains fines, rudes.
Des mains qui ont pris des décisions. De longs doigts, longilignes, froids.
Oui, très froids. D’ailleurs, ses mains n’étaient pas ridées.
Peut-être les rides n’osaient-elles pas se découvrir sur ces mains, de peur du regard qu’elle pourrait leur porter?

Ils attendaient.
Et moi aussi. J’étais là, à côté, au milieu de ces deux personnalités.
Pris entre les deux. Tout un symbole.

Elle marmonnait. Ca me faisait rire. Mais je ne le montrais pas.
Il était attachant, elle était destructrice.
Il faisait semblant de l’écouter, elle le sermonait.
Il semblait de plus en plus stressé. Elle, c’est sa nicotine. Ca, c’est sûr.
J’étais là, entre les deux, à faire l’arbitre. Ils ne me voyaient pas.

Et puis silence.
Elle se tait. Enfin.
Alors il se met à sourire. Comme ça.
Pour l’affiche d’en face? Non, je pense pas. Les pubs sur des taux d’intérêts à 6% ne font rire personne. Sauf lui peut-être?
Il est bizarre quand même.
Mais je l’aime bien, il est attachant. Pourtant, ça ne fait que trois minutes que je l’observe.

Avec son chapeau, on dirait Chaplin. Mais avec elle, il a pas dû faire les mêmes conneries. J’imagine même pas.
Enfin si, peut-être, pourquoi pas. Avec ses mains de reine, elle aurait osé l’applaudir en train de faire le pitre?
Il aurait pu jeter son parapluie et son chapeau en l’air, se défaire de son foulard, lancer sa veste, et commencer à faire trois pas, comme Fred Astaire, là, sur le quai.
Oui, vas-y, fais-le!
Si elle ne t’applaudit pas, moi, je t’applaudirai. Promis.
Mais non.

Au loin, il arrive.
Il ne sourit plus. Peut-être a t-il pensé qu’elle ne l’applaudirait pas.
Elle le bouscule, de nouveau, avec ses mots, son regard noir.
Il ne réagit pas.
Bouge-toi, allez! Te laisse pas faire par ces yeux!

Le stress monte.
Elle commence à trembler.

Ça est. Il est arrivé.
Je les laisse monter en premier.
Pour moi, c’est sûr, il n’ont pas l’habitude de le prendre.
Alors c’est pour ça. Oui. J’ai compris.

Le métro. Oui, le métro, il leur fait peur.
Alors je souris, quand je la vois elle, s’ouvrir et s’accoller à lui avec tendresse, comme une enfant perdue cherchant son père.
Car là, oui, c’est le père. Il a réagi sans le vouloir.

Il sourit, elle le serre, elle sourit. Je souris.
Ils avaient sans doute 150ans. Oui, au moins 150 à eux deux.

Mais avec une paire de Gazelles mauves aux pieds et son chapeau Chaplin, lui, il ne pouvait pas passer inaperçu.

C’est pour ça… que j’aime le métro.