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11 juillet 2007

Imaginons un peu

Dimanche, 22h12.

Gare du Nord.
Retour du WE.
Bagages sont lourds, mine fatiguée, carte orange périmée, bancos non grattés.
Chaleur, moiteur; ce WE, la canicule a frappé, les mémés une à une sont tombées.
Il prend place dans la rame de métro, bizarrement vide, sort son bouquin fétiche, « Martine à la plage », et jette quelques coups d’œil succincts à sa voisine de gauche, au décolleté plutôt généreux, afin de se rafraîchir l’esprit (ben oui, voyons, on reste des hommes hein).

Etienne Marcel.
Montée d’une Isis; élancée, raffinée. Chaussures italiennes légères, jean bien modelé jolies fesses, petit haut à fines bretelles, cheveux encore peignés par la grâce de l’oreiller du matin et au subtil regard à la fois malicieux et discret.
L’Isis s’assied en face.
Troublé, il se réfugie de plus belle dans sa lecture de fin de journée.

Etienne Marcel.
La rame de métro arrive. Journée pourrie, soirée pourrie, copines pourries. Et ça pue en plus ici.
Pressée de rentrer chez elle au plus vite, aucune envie de sourire. Une rame passe devant.
Elle le remarque dans une rame.
Elle monte, se frayant un passage parmi les bagages... "ooops pardon"..
En face d’elle, ce jeune homme, chargé de bagages, à la lecture peu ordinaire, mais qui a l’air passionnante d’après l’insistance de son attention.
Elle flashe sur lui (j’écourte un peu c’passage, pour que ça aille plus vite, sinon on en finit pas…et ne m'demandez pas pourquoi elle flashe sur lui!! elle flashe sur lui point barre. voilà).
Remuée, elle observe tout, balade ses yeux de bas en haut, de droite à gauche, en diagonale et tombe sur un de ses sacs. Elle penche sa tête, et remarque cette étiquette. Oui, c’est bien une adresse… Un parisien… L’adresse est retenue. Mais la tête toujours penchée, en train de lire, mémoriser, elle croise un regard. Flagrant délit. oooooops!!
Il lève la tête entre deux pages, remontant des jambes de la demoiselle vers ses bras croisés (toujours avec l’œil gauche un peu fripon pour sa voisine quand même au passage) avant d’échouer dans ses yeux. Une…. Deux puis trois secondes de regards soutenus… exercice difficile, surtout pour elle, la tête penchée (gare au torticoli!)
Trois longues secondes. Moment de suspension. Les deux visages se confondent dans les plus beaux tons des tomates siciliennes.

Cité.
Elle ne devait pas descendre ici, mais elle ne peut pas rester. Chamboulée par cet échange oculaire plutôt tumultueux (si si, bien chamboulée, et non pour aller chez Bertillon pour chopper une glace).
Elle fuit donc, trébuche en sortant, laissant tomber sa tong droite (ah non, c’est vrai, elle a pas d’tongs!), tant pis, elle trébuche quand même, et file vers la sortie.

Cité.
Il lui sourit. Il sait ce qu’elle regardait. Il la regarde trébucher, s'envoler. Il espère.