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Page d'accueil | Petits anges »

09 juillet 2007

Jeux d'enfants

20h, Place de l'Institut.


Comme chaque soirée, ils allaient se retrouver sur un pont. Lui, armé de sa boîte magique et elle, de sa fantaisie.
Ce soir, ce sera le pont des Arts.
Excitation à son comble, ils traversent sans prudence, aimant provoquer les klaxons.
Les premiers pas rappellent ceux du pontont des bords d'un lac néerlandais où ils ont appris à ferrer les grenouilles ensemble, appris à se traiter de "patate pourrite" avec leur voix de fripons, à manger des "goyourts" aux morceaux de fruits dedans... qu'ils recrachaient aussitôt, rictus au bec, dans l'eau dormante... troublant le sommeil des grenouilles qui tentaient juste de se remettre de leurs émotions...
Ce soir, ils ont grandi; pas de grenouille, ni de yoghourt et encore moins de pomme de terre pourrie. Juste lui et sa boîte, elle et sa mèche encore finement peignée par l'oreiller du matin.

Fort de sa grande période de création, il avait confectionné vingt petites plaquettes d'argile résineux portant chacune des chiffres romains, taillés, gravés avec la même finesse que le plus habile et minutieux des chirurgiens, allant de un à vingt. Ces petites plaquettes, ou jetons, étaient introduits dans une boîte de bois d'acacia qu'il avait ramené du Niger.
Le jeu de la boîte magique consistait à ce qu'un unique jeton soit tiré au sort. Sur ce jeton, allait figurer le numéro de l'arrondissement dans lequel ils trouveraient un troquet et feraient leur concours de bulles malabar du mercredi soir. C'est connu, le mercredi reste le jour des "enfants".

"Dix-sept"... Dans un élan, elle criera: "Sept!!!"...
Ce soir, ce sera le 17ème.
En silence, le rite non terminé, il fermera alors ses yeux... la tête penchée.
"Stop!" dit-elle...
Il relève la tête, ouvre les yeux, se tourne vers elle, et lui dit "T".
Elle cherche.... 17ème... "T"... Les Ternes. Ce soir, ils iront tenter de faire chacun tour à tour des montgolfières en malabar dans un troquet du 17ème, place des Ternes.


20h35, Place des Ternes.


Ils aimaient se retrouver, en soirée, dans ces troquets aux terrases bondées, à siroter le mojito et à exercer leur activité favorite: observer les gens, ces parisiens si pressés, ce trottoir qui ressemblait parfois aux plus beaux podiums de défilés de mode, d'originalité, d'excentricité mais rarement d'authenticité.
Ces gens qu'ils ne connaissaient pas, qu'ils ne reverraient jamais, ils aimaient les regarder. S'inventer une vie pour eux, débusquer le moindre indice qui permettrait d'en connaître un peu plus, juste un peu. De voler un regard tendre, en surprendre un complice d'un couple, ou même d'un regard noir, hagard d'un autre couple, de ces jeunes parents qui baladent leur(s) loulou(s) se collant-frottant à eux, et tenter d'imaginer quel père ou mère ils doivent être...
Ou celui-ci encore, à la faute de goût vestimentaire flagrante. Celle-là, qui a oublié que string en dehors du jean ne rime pas avec "sexy"... et puis elle... "Elle"...celle qui est éphémère, celle qui semble tout droit sortie d'un rêve..son pas calé sur l'allure d'un métronome... au regard malicieux et discret...cette silhouette... ces jambes... aaaah...(soupir)....

Plouf!!!.... Jalouse, sa complice de jeu venait de lui éclater sa bulle. Non mais!
22h34, bulle éclatée.
22h54, visage enfin nettoyé (oui, c'etait une bulle compet celle-ci).

Ils ne savaient pas qu'eux aussi, bulles aux lèvres, ils jouaient dans cette pièce, la pièce animée de la rue.